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GRAY, JOHN, homme d’affaires, officier de milice et juge de paix, né vers 1755, probablement à Londres, fils de John Gray ; le 19 mars 1806, il épousa à Montréal Mary Pullman, et ils eurent au moins deux enfants ; décédé le 13 septembre 1829 à Côte-Sainte-Catherine (Outremont, Québec).

Peu avant le mois d’octobre 1781, John Gray suivit son frère aîné, Edward William*, à Montréal où il bénéficia sans doute du prestige dont ce dernier jouissait dans le monde des affaires et dans la vie publique. Il se lança d’abord dans la traite des fourrures et, de 1782 à 1790, il investit des sommes modestes (de £1 250 à £3 000) dans la traite à Niagara (Niagara-on-the-Lake, Ontario), à Detroit et à Michillimakinac (Mackinac Island, Michigan).

Gray se fit une bonne réputation grâce à laquelle il put, dès la fin des années 1780, remplir les tâches de fondé de pouvoir, d’administrateur de successions et d’exécuteur testamentaire. En juin 1791, il assura l’exécution du testament d’un ancien procureur général, Alexander Gray ; au mois d’août, lui et John Lees* servirent de fondés de pouvoir à un marchand de Londres, Alexander Davison, dans la liquidation de la société Davison and Lees. En 1793, Gray et la société québécoise Monro and Bell [V. David Monro] avaient reçu le pouvoir d’agir au nom de Davison, à qui la Trésorerie britannique avait adjugé un contrat fort convoité, celui du ravitaillement des troupes du Haut-Canada. Tout en travaillant en étroite collaboration avec le lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, John Graves Simcoe*, et par l’intermédiaire des sous-traitants Richard Cartwright* à Kingston, Robert Hamilton* à Niagara, John Askin* et David Robertson à Detroit, Gray dirigea pendant un certain temps un commerce d’approvisionnement qui s’avéra lucratif. Il mit aussi sur pied un réseau d’associés efficaces et diversifia ses intérêts commerciaux. Au début des années 1790, il vendait des marchandises sèches et, en décembre 1798, avec le concours de Henry Caldwell* et de John Steel, il exploitait un moulin à farine à Caldwell’s Manor, au Bas-Canada ; ses activités comme fournisseur de farine des troupes du Haut-Canada avaient sans doute donné naissance à cette entreprise.

C’est probablement pendant l’été de 1799 que Gray abandonna le commerce des marchandises sèches pour se lancer dans l’immobilier. Parmi les propriétés qu’il eut à vendre, parfois pour le compte de certains clients, se trouvaient de belles maisons de Montréal habitées à un moment ou à un autre par des hommes en vue, tels Alexander Mackenzie*, William Mcgillivray et William Robertson*. Il annonça aussi des propriétés à vendre à l’extérieur de la ville : un domaine de 112 acres, propriété de son ami décédé Gabriel Christie*, ainsi que des fermes, des moulins à farine et des scieries ayant appartenu à George Davison* et situés dans une région aussi éloignée que celle de Yamachiche-Rivière-du-Loup (Louiseville). Il fit également plusieurs acquisitions dans la colonie du Haut-Canada, qui était alors en pleine expansion. En 1803, il acheta de Samuel Heron* 1 443 acres de terre dans les environs de York (Toronto) ; en 1807, son ami William Berczy* lui céda, en paiement d’une dette, 400 acres dans le canton de Markham ; en 1809, Gray acquit encore 1 000 acres dans le canton de Norwich.

Le 8 avril 1801, Gray, deux trafiquants de fourrures de la North West Company, Joseph Frobisher* et Daniel Sutherland, l’avocat Stephen Sewell et Thomas Schieffelin avaient obtenu une charte provinciale pour fournir une « eau bonne et saine » aux Montréalais. Ayant reçu un monopole qui lui assurait, pour 50 ans, la distribution d’eau par canalisation, la Compagnie des propriétaires des eaux de Montréal réunit un capital de £8 000 (qui pouvait être, au besoin, augmenté de £4 000). Les actions individuelles étaient fixées à £100 et personne ne pouvait en détenir plus de 20 %. Se servant du phénomène de gravité et utilisant des conduites en bois, la compagnie captait l’eau dans un étang situé juste au nord de Côte-des-Neiges (Montréal) et alimenté par une source, puis elle l’amenait à deux réservoirs construits dans la ville. En 1805, la compagnie fournissait déjà l’eau à une clientèle de la rue Notre-Dame, et, à mesure que les installations progressèrent, elle étendit ce service aux résidents d’autres rues. Cependant, les difficultés se multiplièrent dès le début. En hiver, les tuyaux gelaient et éclataient ; durant les étés secs, comme celui de 1806, la source se tarissait, si bien que la compagnie dut acheter une autre source. L’entreprise fut mise en vente au mois d’avril 1816, mais ne trouva preneur que trois ans plus tard. Elle fut alors vendue à perte, pour £5 000, à une compagnie dirigée par Thomas Porteous.

Dans l’intervalle, soit en 1817, Gray et 12 hommes d’affaires éminents de Montréal avaient lancé une autre entreprise importante, la Banque de Montréal. Une campagne de financement avait eu lieu en mai et, au cours d’une réunion tenue le 7 août, les actionnaires choisirent un conseil d’administration formé de 13 personnes, dont Gray. Deux jours plus tard, le conseil élut Gray à la présidence, grâce apparemment aux deux sociétés rivales dans le commerce des fourrures, la North West Company et la Hudson’s Bay Company, qui parvinrent à influencer le vote. Toutes deux voulaient probablement voir à la présidence un conciliateur et un homme qui possédait une expérience de première main dans la traite des fourrures, mais qui n’était lié ni à l’une ni à l’autre compagnie. Pendant la présidence de Gray, des succursales furent établies à Québec en 1817–1818 sous la direction de Daniel Sutherland, à Kingston en 1818 sous l’autorité de Thomas Markland*, puis à York, à Queenston et à Amherstburg ; un siège social permanent fut construit à Montréal et ouvrit ses portes au cours de l’année 1818–1819. Des démarches furent aussi entreprises en vue de constituer la banque en société, et elles allaient aboutir à l’obtention d’une charte royale en 1822. L’établissement se tailla finalement une place importante dans le monde des affaires des deux provinceb.

Gray quitta la présidence de la banque en 1820, peut-être en raison d’une santé défaillante, mais peut-être aussi à la suite de revers financiers qu’ils subit apparemment à la fin de 1818 et au début de 1819. Quelle que soit la raison, elle ne l’empêcha pas de se lancer dans de nouvelles entreprises. En octobre 1820, il annonça son intention de solliciter l’autorisation d’ouvrir un marché dans la ville et, en avril 1822, il fut l’un des quelque 50 hommes d’affaires en vue qui se réunirent sous la présidence de John Richardson pour fonder le Committee of Trade de Montréal. Gray continua à travailler dans l’immobilier. En janvier 1822, il versa à John McKindlay £2 107 pour quelque 27 000 acres de terre situées dans les deux provinces et, vers la fin de 1823, il mit en vente les biens considérables d’Alexander Allison, qui comprenaient des terres dans le Haut-Canada et la St Mary’s Foundry à Montréal. Ne parvenant pas à vendre la fonderie, il se porta acquéreur de l’équipement qu’il transporta dans sa propriété de Côte-Sainte-Catherine. C’est ainsi qu’en août 1825 il cherchait à vendre des poêles, le système d’engrenage d’une scierie, des manivelles, des charrues et des vis.

Très réservé, Gray ne joua qu’un rôle de second plan dans la vie publique, contrairement à ses frères Edward William et Jonathan Abraham. Intéressé à l’éducation et aux sciences, il signa une pétition en 1790 afin que la colonie soit dotée d’une université et, en 1805, il reçut chez lui le botaniste écossais Francis Masson*. Même s’il était quaker par ses origines, Gray fit partie d’un comité qui accueillit l’évêque anglican Charles Inglis* à Montréal en juillet 1789 ; en outre, l’évêque Jacob Mountain le comptait parmi ses amis. Il appartenait à la congrégation anglicane de la Christ Church, mais fréquentait aussi l’église Scotch Presbyterian, qui prit plus tard le nom de St Gabriel Street. Il contribua généreusement à la Société du feu de Montréal, ainsi qu’à une campagne de souscription lancée en octobre 1799 pour aider la Grande-Bretagne à payer le coût du conflit avec la France. Pendant la guerre de 1812, il semble avoir été capitaine dans le 5e bataillon de la milice d’élite incorporée, dans les Chasseurs canadiens et, enfin, dans le 3e bataillon de la milice d’élite incorporée. Il fut nommé juge de paix en juin 1821 ; on lui accorda également, en juin 1824 et avril 1827, des commissions d’audition et de jugement de causes criminelles et d’audition générale de délits commis par des personnes emprisonnées.

Le 13 septembre 1829, John Gray mourut à sa résidence de Côte-Sainte-Catherine, où il possédait aussi de vastes propriétés. Sa carrière reflète l’évolution de la vie économique de Montréal qui, d’une économie fondée surtout sur la traite des fourrures et le commerce d’import-export, passa à une économie plus diversifiée comprenant des travaux publics, comme ceux de la Compagnie des propriétaires des eaux de Montréal, et la création d’établissements financiers, telle la Banque de Montréal. Énergique et habile, Gray ne tarda pas à tirer avantage de ses relations familiales et de ses contacts dans le milieu gouvernemental pour faire fortune, tout en maintenant intacte sa réputation d’homme « d’une parfaite intégrité ».

Carman Miller

ANQ-M, CE1-63, 19 mars 1806, sept. 1829 ; CN1-187, 12 janv. 1822.APC, MG 24, 19, 14–17 ; RG 4, B28, 115 ; RG 68, General index, 1651–1841 : 96, 349.— Musée McCord, J. S. McCord papers, personal finances, box 1, file 2, 10 mars 1836.— B.-C., Statuts, 1901, chap. 10; 1820–1821, chap. 25.— Corr. of Lieut. Governor Simcoe (Cruikshank), 1 : 193, 300 ; 3 : 298 ; 4 : 342.— La Gazette de Québec, 5 sept. 1781, 15 mars 1787, 2 mai, 16 juin 1789, 28 oct., 4 nov. 1790, 16 juin, 18–19 août 1791, 16 févr., 1er nov. 1792, 9 août 1794, 9 avril 1795, 25 juill., 17 déc. 1799, 21 août 1800, 29 janv. 1801, 13 juin, 5 oct. 1809, 21 nov. 1811, 11 avril 1816, 7, 14 janv. 22, 29 avril 1819, 19 juin, 5 oct., 14, 21 déc. 1820, 5 juin, 22, 25 oct. 1821, 9 janv. 1823, 13 août 1825, 24 sept. 1829.— Montreal Gazette, 9 sept. 1789, 27 févr., 25 sept., 13 déc. 1792, 24 déc. 1798, 28 janv., 12 mai, 1er juill. 1799, 8 déc. 1800, 26 janv., 18 mai, 24 août, 28 sept. 1801, 14 juin, 8 juill. 1802, 19 janv. 1807, 7, 21 sept. 1812, 20 nov. 1823, 13 août 1825.— Massicotte, « Répertoire des engagements pour l’Ouest », ANQ Rapport, 1946–1947: 317. R. Campbell, Hist. of Scotch Presbyterian Church, 129.— Merrill Denison, Canada’s first bank ; a history of the Bank of Montreal (2 vol., Toronto et Montréal, 1966–1967), 1 : 84, 86, 122, 132, 160–161, 427.— Miquelon, « Baby family » 191, 194–195.— Robert Rumilly, Histoire de Montréal (5 vol., Montréal, 1970–1974), 2 : 152.— Alfred Sandham, Ville-Marie, or, sketches of Montreal, past and present (Montréal, 1870), 235.— F. C. Smith, The Montreal Water Works : its history compiled from the year 1800 to 1912 (Montréal, 1913), 13.

Bibliographie générale

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Carman Miller, « GRAY, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gray_john_6F.html.

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Auteur de l'article:   Carman Miller
Titre de l'article:   GRAY, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   1 septembre 2014