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GRAY, JOHN HAMILTON, avocat, homme politique et juge, né en 1814 à St George, Bermudes, décédé le 5 juin 1889 à Victoria.

Le grand-père paternel de John Hamilton Gray, Joseph, était un loyaliste de Boston qui s’installa à Halifax ; son père, William, fut commissaire de la marine aux Bermudes et, plus tard, de 1819 à 1845, consul britannique à Norfolk, Virginie. John Hamilton reçut une éducation classique et obtint, en 1833, une licence ès lettres au King’s College à Windsor, Nouvelle-Écosse. Après un stage de clerc auprès de William Blowers Bliss*, il fut admis comme attorney au Nouveau-Brunswick, le 6 février 1836, et comme barrister le 9 février de l’année suivante. Il s’installa à Saint-Jean où l’on se rendit vite compte de la réussite du jeune avocat, due surtout à son éloquence impressionnante en cour. En 1853, il fut nommé conseiller de la reine.

En plus du droit, Gray prit une part active dans la milice. Le 25 mai 1840, il fut nommé capitaine du New Brunswick Régiment of Yeomanry Cavalry. En janvier 1850, il était major dans les Queen’s New Brunswick Rangers et, le 20 mai 1854, il fut nommé lieutenant-colonel, rang auquel il tenait beaucoup. Grâce à ses relations dans l’armée, il rencontra le lieutenant-colonel Harry Smith Ormond qui commandait le 30e d’infanterie au Nouveau-Brunswick. Après le départ d’Ormond pour l’Irlande en décembre 1843, Gray alla lui rendre visite et épousa sa fille, Elizabeth (Eliza), à Dublin en 1845 ; ils eurent sept enfants. L’intérêt de Gray pour la chose militaire l’amena plus tard à faire partie de la Dominion Rifle Association, dont il devint vice-président.

Peut-être à cause de ses liens étroits avec l’armée et de son milieu familial, Gray se sentait à l’aise au sein de l’establishment traditionnel du Nouveau-Brunswick. Le journaliste libéral George Edward Fenety* le qualifia de « conservateur de la vieille école », expression qu’il voulait obligeante. Gray avait « des manières très courtoises et un naturel indulgent ». Pourtant, son entrée en politique du côté des réformistes porta à confusion.

En 1848–1849, la ville de Saint-Jean était aux prises avec d’innombrables difficultés, tels le bouleversement économique relatif à l’adoption par la Grande-Bretagne des pratiques du libre-échange, la dépression, les émeutes survenues à cause des défilés des membres de l’ordre d’Orange, d’énormes incendies et le rejet d’un projet de chemin de fer grâce auquel on espérait obtenir une prépondérance économique sur la côte nord-est de l’Atlantique. Ces ennuis favorisèrent l’union de gens de toutes tendances politiques en la New Brunswick Colonial Association créée en 1849 [V. Charles Simonds*]. Lors d’une réunion tenue au début de septembre, Gray proposa une motion en faveur d’une « Union fédérale des colonies de l’Amérique du Nord britannique, en vue de leur indépendance immédiate ». L’association rejeta cette proposition d’indépendance surprenante, provenant du très respectable Gray, mais pressentit que la notion d’union fédérale serait acceptée ; l’association adopta aussi une plate-forme de réformes progressives qui servit de fondement à une solide campagne lors des élections provinciales de 1850. Gray, Simonds, Robert Duncan Wilmot*, William Johnstone Ritchie*, Samuel Leonard Tilley* et William Hayden Needham*, de Saint-Jean et membres de l’association, tous engagés dans ce programme et dans la défaite du gouvernement compact à Fredericton, furent élus. Gray semble avoir été élu comme libéral ; il est possible qu’il l’ait été comme radical. Il fut assurément un partisan inconditionnel de Saint-Jean. À l’Assemblée, il se révéla d’une efficacité extrême, se portant aussitôt aux premiers rangs de l’opposition. Lorsqu’il prenait la parole, la chambre était comble, car Gray était un orateur « du genre le plus accompli et le plus classique ». On prétendit plus tard qu’il « était peut-être l’orateur [au style] le plus élégant [...] de la chambre, comme s’il avait rédigé ses discours fort avant dans la nuit et mis ses phrases en musique [...] ses répliques impromptues à ses adversaires étant d’un fini égal ».

Le lieutenant-gouverneur Edmund Walker Head*, trouvant son Conseil exécutif inepte et moribond, donna à ce gouvernement compact un dernier souffle de vie en offrant à Wilmot et à Gray des postes au conseil. Ils acceptèrent, et l’opposition libérale perdit beaucoup de son mordant. Lorsque Wilmot, nommé solliciteur général, fut élu à l’élection partielle, trois membres de Saint-Jean de la New Brunswick Colonial Association, Ritchie, Tilley et Simonds, ne virent d’autre solution que de démissionner de l’Assemblée, puisque le peuple avait rejeté leur cause. Plus tard, Fenety fit la remarque qu’un « terrible obus avait été lancé dans le wigwam des libéraux à Saint-Jean » par la défection de Wilmot et de Gray. Ce dernier n’en eut pas la conscience tranquille. Dans une lettre publique du 2 août 1851, il déclarait avoir accepté l’offre d’un siège au conseil afin d’obtenir la construction de l’European and North American Railway de Saint-Jean à Shédiac. Il était « clairement entendu que le Gouvernement n’accepterait aucune proposition pour construire [l’Intercolonial permettant de contourner Saint-Jean] qui ne compr[ît] pas d’une manière également favorable et explicite l’European and North American Railway ». En moins de deux ans, le chemin de fer était approuvé. Or, Gray taisait qu’en qualité de gentilhomme respectueux des traditions, il lui était impossible de refuser de servir son gouverneur quand on le lui demandait. Et pourtant, ayant ainsi délaissé ses collègues, Gray allait se le faire rappeler durant toute sa carrière politique. De plus en plus il fut considéré comme une girouette au plumage éclatant mais de peu de substance.

Pendant les 20 années qui suivirent, Gray ne cessa de se mêler intimement à la politique du Nouveau-Brunswick. Tôt après son entrée en fonction, il devint leader des conservateurs de l’Assemblée, rôle qui convenait à sa formation et à son tempérament. En 1854, il présida aussi une commission d’enquête sur les affaires du King’s College de Fredericton, alors menacé d’abandon [V. Edwin Jacob*], et il le soutint courageusement tout au long de sa pénible évolution, jusqu’au moment où cet établissement devint l’University of New Brunswick sous la présidence de William Brydone Jack. L’université l’en remercia en lui décernant un diplôme honorifique en 1866.

Lorsque les élections générales de 1854 mirent fin au gouvernement compact en donnant une nette majorité aux réformistes, Gray se trouva à la tête de l’opposition au gouvernement de Charles Fisher*. Le lieutenant-gouverneur John Henry Thomas Manners-Sutton* n’aimait pas son nouveau conseil réformiste ; choisissant comme porte de sortie la loi controversée sur la prohibition présentée en 1855 par Tilley, secrétaire de la province, il en destitua arbitrairement les membres en mai de l’année suivante et les remplaça par un gouvernement dirigé par Gray et Wilmot. Ce faisant, le lieutenant-gouverneur avait abusé de ses pouvoirs, mais Gray, nouveau procureur général, n’hésita pas à accepter le poste quand on le lui offrit. Les élections provinciales de juin 1856, qu’il gagna, semblèrent lui donner raison, et il fit abolir la loi sur les boissons alcooliques. L’appui que les conservateurs avaient rallié à propos de cette question n’était que temporaire ; cela devint évident à mesure que les membres de l’Assemblée retournèrent un à un vers Fisher. Gray tenta de continuer, mais il fut dans l’impossibilité de commander plus longtemps une majorité en chambre, et, après la victoire que Fisher remporta aux élections de mai 1857, il démissionna et fut remplacé à la fin de ce mois-là. Gray venait de diriger son dernier gouvernement. L’étiquette de conservateur lui resta après qu’il eut fait opposition, en 1858, à un projet de loi libéral sur les écoles et qu’il fut surnommé « l’archevêque Gray » pour ses efforts.

Au cours des années suivantes, Gray présida trois comités d’enquête sur la construction de l’European and North American Railway, en 1858, 1859 et 1860. La politique, le favoritisme, la corruption et la montée inexorable des prix avaient fait du chemin de fer un foyer naturel de controverse, après que le gouvernement l’eut pris en main en 1856. Le rapport de 1858 indiquait en effet certaines irrégularités dans les finances et dans l’attribution des contrats. En 1859, le deuxième rapport concluait que le chemin de fer serait « une Voie de première classe, d’un genre supérieur, bien et solidement construit », mais on y insinuait qu’il aurait pu l’être à meilleur compte. La dernière enquête de 1860 fut imposée par les conservateurs en dépit des objections de Gray. Il déclara le chemin de fer « entièrement construit » et condamna ses collègues pour leur mesquinerie. Pendant la session de 1860, il se dissocia d’eux et, par la suite, appuya Tilley qui devint premier ministre en 1861. Néanmoins, lors des élections tenues cette année-là, Gray paya le prix de son inconstance politique en se faisant battre à plates coutures.

Toujours recherché comme avocat, Gray reprit l’exercice du droit et remplit aussi un certain nombre de postes officiels. De 1857 à 1859, il avait été arbitre entre les commissaires de la pêche des États-Unis et ceux de Grande-Bretagne [V. Moses Henry Perley*] agissant en vertu du traité de réciprocité de 1854 puis, en 1860–1861, il présida une commission de trois membres, dont faisaient partie Joseph Howe* et John William Ritchie, nommée pour faire enquête sur la question de la tenure à bail dans l’Île-du-Prince-Édouard. En 1864, Gray devint très populaire à Saint-Jean en prenant la défense de trois habitants du Nouveau-Brunswick qui avaient participé à la capture du vapeur américain Chesapeake pendant la guerre de Sécession. Après avoir déposé les passagers et l’équipage à Saint-Jean, le Chesapeake avait été capturé au large de la Nouvelle-Écosse par un croiseur nordiste. Le chef des conspirateurs, John C. Braine, et les trois hommes de la région de Saint-Jean furent cités devant les tribunaux du Nouveau-Brunswick ; Braine, solide partisan des états confédérés, fut relâché. Gray, dont le frère avait été tué en combattant pour les états confédérés, défendit avec succès les trois autres avec l’aide de l’attorney néo-écossais, Ritchie.

S’étant un peu reposé à la suite de sa défaite politique de 1861, Gray se mit de nouveau à faire connaître ses opinions. En février 1863, il réclama l’union de l’Amérique du Nord britannique dans un discours intitulé « The practical application of passing events to our country » ; une autre fois, il insista pour que l’on construise l’Intercolonial et que Saint-Jean soit le terminus de l’Est. Tilley décida de l’appuyer quoique prévenu que « les partenaires seraient dans un joli pétrin [...] un affrontement sans quartier ». Si d’autres n’avaient pas oublié la désertion de 1851, Tilley avait pardonné à Gray. Tilley s’était également rendu compte que les anciennes alliances politiques des années 1850 faisaient place à de nouvelles, et il amorça la formation d’une autre coalition libérale-conservatrice à laquelle Gray participa.

Gray remporta la victoire à une élection partielle, et Tilley le choisit comme délégué du Nouveau-Brunswick à la conférence de Charlottetown, en 1864 ; Gray n’eut pas une grande influence. Il insista cependant pour que les provinces aient des pouvoirs nettement délimités. « Je pense qu’il est préférable de définir les pouvoirs des gouvernements locaux », déclara-t-il à Québec ; « puisque le public verra alors ce qu’on a réservé à leur attention, ce qui leur sera familier, et ainsi les classes plus modestes et les moins instruites comprendront que leurs intérêts sont protégés ». L’ouvrage de Gray, Confederation : or, the political and parliamentary history of Canada [] (1872), dont seul le premier tome parut, ne représente guère plus qu’une compilation de discours et d’articles de journaux de l’époque, qui n’éclairent ni son rôle ni le succès de la Confédération.

À leur retour, Gray et les autres délégués du Nouveau-Brunswick affrontèrent une forte hostilité. Lors d’une assemblée publique, l’éloquence de Gray lui fit mystérieusement défaut, car il « n’avait pas passé suffisamment de temps à répéter ». Entre-temps, Albert James Smith menait une croisade contre la confédération et gagnait des partisans parmi les membres de l’Assemblée et le peuple. Tilley était bien embarrassé. Il ne pensait pas pouvoir faire voter les Résolutions de Québec par la chambre, mais, selon la loi, il devait aller aux urnes au plus tard en juin 1865. En janvier 1865, Gray écrivit à Tilley qu’une défaite à l’Assemblée était probable. « Le risque est trop grand, et notre honneur est en jeu. » Il proposait d’attendre un mois, pour faire l’éducation des gens, avant de déclencher les élections, « Ensuite, Messieurs, affrontez le supplice. »

Tilley suivit ce conseil et, au début de mars, lui, Gray et une majorité de partisans de la confédération au Nouveau-Brunswick disparaissaient devant la victoire écrasante des adversaires de la confédération. Tâchant d’expliquer ce qui s’était passé, Gray écrivit à John Alexander Macdonald* que les marchands, les fabricants et l’intelligentsia les avaient appuyés, détail méconnu des historiens qui citent le plus souvent cette déclaration de Gray : « Les intérêts bancaires se sont de nouveau ligués contre nous – ils ont un monopole à présent, et leurs administrateurs ont usé avec prodigalité de leur influence. Ils redoutaient la concurrence des banques canadiennes qui s’installeraient ici et la destruction de ce monopole qui en résulterait – et plus d’un homme d’affaires, actuellement en leur pouvoir, pensait qu’il était dangereux de risquer une opposition active à leur influence. » Deux semaines plus tard environ, dans une lettre à George Brown*, Gray estimait que le peuple les avait rejetés « par haine du gouvernement et par désir d’évincer Tilley qui, selon eux, était resté trop longtemps au pouvoir ».

Cette explication peut porter à croire que les relations que Gray entretenait avec Tilley s’étaient refroidies, car il ne devait plus jouer de rôle essentiel dans le mouvement en faveur de la confédération. Il travailla dur pour cette idée, remporta la victoire aux élections de 1866 qui renversèrent la décision de 1865 et occupa le poste d’orateur (président) de l’Assemblée en 1866 et 1867. Cependant, il ne fut pas invité à la conférence de Londres, et il n’attira pas non plus l’attention à Ottawa, quoiqu’il fût député de Westmorland à la chambre des Communes de 1867 à 1872. Président du comité des approvisionnements, il fut également nommé arbitre du dominion, d’après l’article 142 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, pour régler le partage des dettes, du passif et de l’actif entre le Québec et l’Ontario en 1867. En 1871, il présenta un rapport préliminaire portant sur l’uniformité du droit écrit en Ontario, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. En chambre, ses discours se firent plus rares, mais le premier qu’il donna en 1867 en fut un bon. Ce discours était spirituel, érudit, émouvant aussi. « Le fait d’être Canadien, non dans son sens originel limité mais dans le sens du nouveau dominion [...] c’était appartenir à un pays dont tout homme pourrait être fier. Ce sentiment national, il faut le stimuler, l’encourager. Il était Anglais dans toutes les fibres de son corps, toutes les pulsations de son cœur. Il aimait toujours l’Angleterre, mais il aimait le Canada davantage. »

Gray comprit en 1872 qu’il n’avait plus d’avenir en politique et ne fut pas candidat à l’élection tenue cette année-là. Il demanda, et obtint, le 3 juillet 1872, un poste de juge puîné à la Cour suprême de la Colombie-Britannique, nomination qui déplut dans cette province, où George Anthony Walkem* parlait de Gray comme d’un « favori écervelé ». Gray remplit néanmoins son mandat avec grande distinction en fournissant de l’équilibre et des compétences spéciales qui, autrement, auraient fait défaut. Toutefois, en 1883, le procureur général John Roland Hett accusa Gray, dans le Victoria Daily Standard, de collusion avec l’avocat au cours d’une audience portant sur une élection que Hett venait de perdre. Gray se défendit devant les tribunaux.

En sa qualité de juge, Gray allait prendre part à deux controverses : le traitement réservé aux Chinois et la frontière entre la Colombie-Britannique et l’Alaska. La discrimination envers les Chinois en Colombie-Britannique commença peu après l’arrivée des premiers immigrants dans les années 1850. Dans l’affaire Tai Sing contre Maguire, Gray décida, en 1878, que le Chinese Tax Act provincial de 1878 avait pour but de « chasser les Chinois du pays, entravant ainsi à la fois le pouvoir réservé au parlement fédéral sur la réglementation de l’industrie et du commerce, les droits des étrangers et les traités de l’Empire ». Selon Gray, la loi était « inconstitutionnelle et nulle ». Sans aucun doute cette décision mena-t-elle à sa nomination le 4 juillet 1884, en même temps que celle de Joseph-Adolphe Chapleau*, comme membre de la commission royale sur l’immigration chinoise. Leur rapport identifia trois « phases d’opinion » dans la province : la première, celle « d’une minorité bien intentionnée mais de parti pris bien ancré, que rien hormis l’exclusion absolue ne contentera » ; la deuxième, celle « d’une minorité intelligente qui juge qu’aucune loi, quelle qu’elle soit, n’est nécessaire – que, dans toutes transactions commerciales, la règle de l’offre et de la demande s’appliquera et que l’affaire se réglera dans le cours normal des événements » ; et la troisième, celle « d’une grande majorité qui estime qu’il doit y avoir une limitation raisonnable, fondée sur des principes policiers, financiers et sanitaires, maintenue et appliquée à l’aide des règlements locaux de propreté et de salubrité énergiques ». Bien que, personnellement, Gray parût appuyer la deuxième opinion, il recommanda la troisième.

Gray devint également expert dans les différends concernant la frontière entre la Colombie-Britannique et l’Alaska. En 1876, son rôle dans la cause d’un prisonnier, Peter Martin, à qui l’on avait fait traverser un territoire contesté, conduisit à un incident diplomatique ; Gray écrivit au premier ministre, Alexander Mackenzie*, afin de lui recommander une solution au problème juridictionnel. Avec le temps, ses propositions allaient devenir les fondements de la position canadienne. En 1884, il rédigea un article sur les limites de la revendication du Canada, que la province adopta officiellement. En dépit du fait que ses affirmations furent par la suite répudiées par l’Alaskan Boundary Tribunal de 1903, Gray était tenu en si grande estime qu’une délégation canadienne qui se trouvait à Washington en 1888 pour tenter de régler le litige, retarda ses délibérations jusqu’à ce qu’il pût se joindre à elle.

Avec ardeur, Gray rendit publiques ses opinions sur la question frontalière et sur d’autres points à l’aide de conférences et d’articles dans les journaux et les revues. La controverse portant sur la pêche au phoque dans la mer de Béring l’intéressait énormément. Il aida à mettre sur pied une filiale de l’Imperial Federation League en Colombie-Britannique. En 1889, au moment où il se préparait à recevoir Tilley, son ancien collègue du Nouveau-Brunswick, pour lequel il avait promis « une très royale réception » à Victoria, il fut frappé de paralysie et mourut le 5 juin. Sa femme, Eliza, n’héritait malheureusement de rien.

Gray avait mené plusieurs carrières, celles d’avocat, d’homme politique, de juge et d’arbitre. Qu’il fût un excellent avocat, cela est hors de doute et, pourtant, c’est à titre d’homme politique du Nouveau-Brunswick qu’on se le rappelle, malgré ses réalisations limitées. L’on néglige d’habitude ses activités de juriste et de négociateur au cours desquelles il fit des contributions notables.

C. M. Wallace

Bien que John Hamilton Gray ait été un orateur célèbre et un personnage marquant de la politique du Nouveau-Brunswick pendant 20 ans, il n’a pas encore attiré de biographe ni laissé de documents privés pour en stimuler. Son gouvernement éphémère et sans éclat ne réalisa rien de remarquable, et ses grands discours ont subi l’outrage du temps. À titre de Père de la Confédération, il a été accueilli avec un semblant de piété, mais son ouvrage Confederation : or, the political and parliamentary history of Canada, from the conference at Quebec, in October, 1864, to the admission of British Columbia, in July, 1871 (Toronto, 1872) est un recueil décevant de discours et d’articles de presse, qui n’explique ni son rôle dans le mouvement ni la nature des problèmes. L’un de ses rapports soumis à la chambre des Communes fut publié séparément sous le titre de Extracts from the Hon. J. H. Grays preliminary report on the statutory laws : Ontario, New Brunswick, and Nova Scotia (Ottawa, 1871) ; au sujet de ses travaux en tant que membre d’une commission royale, V. Canada, Commission royale sur l’immigration chinoise, Report (Ottawa, 1885). Les discours que prononça Gray parurent dans les journaux et sous forme de brochures.

Malgré son air imposant, Gray eut une influence bien moindre que celles d’Edward Barron Chandler*, de Charles Fisher et de Samuel Leonard Tilley. Comme il fut pendant longtemps associé à Tilley, on trouve de nombreuses lettres de Gray au musée du N.-B. dans les papiers de la famille Tilley, et aux APC dans ceux de S. L. Tilley (MG 27, I, D15), de John Alexander Macdonald (MG 26, A) et d’Alexander Mackenzie (MG 26, B). Sauf une lettre, celle qu’il écrivit à William Hancock Gray le 5 juill. 1848, il n’existe aucune correspondance dont il soit l’auteur dans les papiers de la famille Gray déposés aux APC (MG 24, D63). Par contre, on trouve une lettre de Gray, « Mr. Justice Gray to the Hon. A. Mackenzie », dans l’Alaskan Boundary Tribunal, Proc. (7 vol. et 3 vol. d’atlas, Washington, 1904), III : 256–258.

Dans la documentation secondaire, George Edward Fenety et James Hannay*, les historiens-journalistes de l’époque, à tendance whig, condamnent Gray pour être superficiel et opportuniste parce qu’il a déserté la cause libérale en 1851, quoique Fenety en vienne à le respecter en tant que gentilhomme, comme on peut le voir dans ses « Political notes » parues dans le Progress (Saint-Jean, N.-B.), 1894. Plus récemment, des historiens du Nouveau-Brunswick, comme William Stewart MacNutt*, ont dépeint Gray comme un petit acteur dans une reconstitution de l’histoire impériale. L’ouvrage de MacNutt, New Brunswick, surpasse de loin toutes les études précédentes, en particulier celle de Hannay, Hist. of N.B. MacNutt avait fait un projet de biographie préliminaire de Gray pour le DBC peu avant sa mort, mais il n’a pu le terminer. Il y mettait l’accent sur les bonnes manières de Gray, sur son conservatisme et sa déférence.  [c. m. w.]

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Bibliographie générale

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C. M. Wallace, « GRAY, JOHN HAMILTON (1814-1889) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gray_john_hamilton_1814_1889_11F.html.

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Auteur de l'article:   C. M. Wallace
Titre de l'article:   GRAY, JOHN HAMILTON (1814-1889)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   22 novembre 2014