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GREEN, GEORGE EVERITT, ouvrier agricole, né le 8 février 1880 à Tottenham (Londres), fils aîné de Charles Green, tailleur, et d’Amelia Green, blanchisseuse ; décédé le 9 novembre 1895 dans le canton de Keppel, Ontario.

Après son décès survenu en 1895, les Canadiens connaissaient George Everitt Green mieux que tout autre enfant envoyé dans le dominion par des organismes de charité britanniques pour remplir des fonctions d’ouvrier agricole et de domestique. Entre 1868 et 1924, plus de 80 000 jeunes, filles et garçons, vinrent au Canada pour travailler comme apprentis, dont peut-être le tiers étaient des orphelins qui venaient de refuges et d’écoles de l’assistance publique en Angleterre et en Écosse. On les plaça chez des gens qui avaient répondu à des offres d’aides domestiques et agricoles parues dans les journaux. La situation de Green révéla le programme d’immigration sous son jour le plus mauvais, et son cas, qui attira grandement l’attention de la presse locale et de Grande-Bretagne, devint le cheval de bataille des protecteurs de ces enfants en Ontario et du mouvement ouvrier canadien, qui réclamaient la réforme du système.

Jusqu’à l’âge de six ans, Green vécut avec sa sœur aînée, Margaret, son jeune frère, Walter, et ses parents dans des maisons d’hébergement à Tottenham, dans la banlieue de Londres. En 1886, les parents abandonnèrent leurs enfants, après quoi on les admit à l’Old Parish School, puis à l’Enfield Farm School, dirigée par l’Edmonton Poor Law Union, un organisme du ressort de l’administration municipale. Le père mourut en janvier 1888. En mai 1894, la mère persuada Margaret, alors âgée de 17 ans, d’abandonner son travail à l’école d’agriculture pour prendre une place de domestique. En guise de représailles, l’organisme remit les garçons sous la responsabilité de leur mère. Moins d’un mois après, Mme Green était incapable de payer le loyer de sa chambre, et la famille se retrouva sans toit. En juillet 1894, George et Walter furent admis, à la demande de leur mère, à l’East End Juvenile Mission du docteur Thomas John Barnardo. Dans les documents d’admission, on disait de George qu’il avait un bon comportement, mais qu’il louchait de l’œil gauche et avait une apparence singulière. Huit mois plus tard, le 21 mars 1895, les deux frères embarquaient pour le Canada parmi un groupe de 167 garçons.

Le 3 avril, George fut envoyé chez un fermier célibataire dans le comté de Norfolk, en Ontario ; ce dernier retourna le jeune garçon à la maison d’accueil Barnardo à Toronto avant la fin de la période d’essai d’un mois, en raison de sa mauvaise vision qui ne lui permettait pas de conduire un attelage. Le 7 mai, on l’envoya à un deuxième endroit, près d’Owen Sound, chez une femme célibataire, Helen R. Findlay. Depuis le décès de son frère l’été précédent, elle s’était occupée seule de la ferme. Auparavant, on avait placé chez les Findlay, à des moments différents, deux garçons qui venaient de la maison Barnardo. Des voisins qui avaient aperçu Green peu de temps après son arrivée dirent qu’il avait l’air propre, en santé et tranquille, mais attardé. Ils éprouvaient des soupçons à l’égard de Helen Findlay qu’ils avaient vue, après la mort de son frère, travailler aux champs et à la grange à des occupations jugées non convenables pour une femme.

George Everitt Green décéda le 9 novembre 1895, sept mois après son arrivée à la ferme Findlay. Une enquête du coroner établit que son décès résultait des « mauvais traitements infligés par Ellen R. Findlay, et du fait qu’elle ne lui avait pas donné les soins, les traitements et la nourriture appropriés pendant sa maladie chez elle » ; on accusa Helen Findlay d’homicide involontaire. Au procès qui s’ensuivit, des voisins signalèrent que durant plusieurs mois ils avaient vu que le garçon était mal habillé et mal nourri, qu’il était forcé, par la violence physique, de travailler au delà de ses capacités, et qu’il devait dormir dans la grange en guise de punition. Personne, cependant, n’avait jugé approprié de briser la solidarité de la collectivité pour tenter de lui venir en aide. Sur le plan médical, les témoignages étaient contradictoires. Green avait été incapable de bouger de son lit pendant la semaine qui précéda son décès. Son corps était décharné et ses membres, gangreneux Il portait des marques de mauvais traitements. L’autopsie révéla qu’il avait déjà souffert de tuberculose. La question qui se posait au jury était donc de determiner si le décès de Green était attribuable à de la négligence criminelle et aux mauvais traitements physiques infligés par Helen Findlay, ou si les actes de cette dernière constituaient des châtiments raisonnables pour un domestique de ferme mal préparé ; il devait aussi établir si les infirmités de Green étaient présentes à sa naissance ou avant son immigration. Le jury fut incapable d’arriver à une conclusion. On n’a trouvé aucun ; registre sur cette cause.

La publicité qui entoura cette enquête et ce procès influença la politique des gouvernements provinciaux et fédéral sur l’immigration des enfants. Le mouvement ouvrier s’intéressa à cette cause non seulement parce qu’il voulait assurer le bien-être des jeunes travailleurs immigrés, mais parce qu’il se préoccupait de l’effet sur les salaires versés au Canada du courant croissant d’immigration. En 1897, en réponse à des demandes du milieu ouvrier, le nouveau gouvernement libéral de Wilfrid Laurier* nomma un représentant du mouvement ouvrier, Alfred F. Jury*, au poste d’agent canadien de l’immigration à Liverpool, et le chargea d’analyser la conduite des maisons britanniques qui s’occupaient de l’émigration des enfants. En Ontario, John Joseph Kelso*, responsable provincial de l’enfance abandonnée, et ses partisans du mouvement de sauvegarde de l’enfance déclarèrent qu’il était inadmissible que des jeunes soient placés avec autant de négligence que George Everitt Green l’avait été. Leurs pressions dans le but d’une réforme aboutirent en 1897 à l’adoption du Juvenile Immigration Act, qui exigeait la tenue plus attentive des dossiers, l’amélioration du processus de sélection des enfants immigrants et l’inspection annuelle de leur foyer d’accueil au Canada. On adopta par la suite une loi semblable au Manitoba, au Québec, en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, autres provinces où l’on plaçait bon nombre d’enfants britanniques.

Joy Parr

AN, MG 28, I 334, book 24 :72 (mfm) ; RG 76, B1 ai, 124, file 25399.— Joy Parr, Labouring children : British immigrant apprentices to Canada, 1869–1924 (Londres et Montréal, 1980), 54–58.

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Joy Parr, « GREEN, GEORGE EVERITT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/green_george_everitt_12F.html.

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Auteur de l'article:   Joy Parr
Titre de l'article:   GREEN, GEORGE EVERITT
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   31 octobre 2014