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Titre original :  An archived photo of Mother Mary Greene fcJ.

Provenance : Lien

GREENE, MARY, membre des Sœurs fidèles compagnes de Jésus, enseignante et provinciale de l’ordre au Canada, née le 15 août 1843 à Golden Bridge, dans le comté de Tipperary (république d’Irlande), fille de Charles Greene et de Margaret Hickey ; décédée le 2 octobre 1933 à Calgary.

Mary Greene étudia chez les Sœurs fidèles compagnes de Jésus, congrégation vouée à l’enseignement fondée en France en 1820. Elle entra au St Mary’s Convent, à Bruff, au sud de Limerick (république d’Irlande), le 25 décembre 1860, et prit l’habit le 3 juin 1861. Elle prononça ses vœux à Paris le 19 mars 1863 et retourna en Irlande à titre d’institutrice au Laurel Hill Convent, à Limerick, avant d’être engagée comme supérieure du couvent de Bruff.

En 1882, Vital-Justin Grandin*, évêque de Saint-Albert dans les Territoires du Nord-Ouest, écrivit à la supérieure générale de la communauté, en France, afin de recruter des religieuses capables d’enseigner l’anglais et d’aider les oblats de Marie-Immaculée à transmettre les valeurs et la culture catholiques dans son diocèse. Il avouait manquer de personnel et de ressources financières. « Mais il y a de l’avenir, déclarait-il, et je ne serais pas surpris que cet établissement pauvre et précaire que vous fonderez chez moi ne fut un jour un des plus beaux de votre congrégation. » Son immersion dans la langue et la culture françaises, alliée à sa formation d’enseignante dans des collèges anglophones, faisaient de Mary Greene une candidate idéale.

Mère Greene et sept autres religieuses de sa communauté arrivèrent à Québec le 21 mai 1883 ; elles étaient escortées par le père Auguste Lecorre, oblat de Marie-Immaculée. Elles furent accueillies à Montréal par Mgr Grandin et prirent ensuite le train pour Saint-Boniface (Winnipeg), puis pour Qu’Appelle (Saskatchewan). La dernière étape du voyage, qui se termina le 28 juin, fut parcourue en char à bœufs jusqu’à la mission oblate de Saint-Laurent (Saint-Laurent-Grandin), où se trouvait déjà une petite école. Mère Greene et trois religieuses s’y installèrent, tandis que les quatre autres poursuivirent leur route vers Prince Albert. « L’accueil [à Saint-Laurent] fut cordial, mais il y régnait une telle austérité et un tel dénuement que c’était très pénible pour les religieuses », se rappelait mère Greene, qui avait été nommée supérieure. En quelques jours à peine, celle-ci avait ouvert le Sacred Heart Convent et enseignait l’anglais et la musique à 17 filles et garçons ; la plupart de ces jeunes parlaient le cri et possédaient quelques rudiments de français. Le nombre d’élèves s’éleva à une cinquantaine au cours de l’hiver de 1884–1885.

Les religieuses « ne pouvaient faire fi des énormes nuages qui s’accumulaient à l’horizon, autrefois si paisible ». En effet, la mission se trouvait à proximité du quartier général de Louis Riel*, situé à Batoche, et, avec le début de la rébellion du Nord-Ouest, la communauté était en danger. Riel promit aux religieuses d’assurer leur protection chez lui. Mère Greene lui fit cependant comprendre que sa maison, « en plein centre de l’agitation de son camp », ne leur convenait pas ; Riel les fit donc conduire dans la mission voisine de Saint-Antoine-de-Padoue. Le 9 mai, les troupes du major général Frederick Dobson Middleton* tirèrent des coups de feu sur le réfectoire jusqu’à ce que les prêtres et les religieuses se montrent.

Après un retour de courte durée à Saint-Laurent, les sœurs s’en allèrent à Prince Albert afin d’y attendre les instructions de voyage de Mgr Grandin, lequel, inquiet pour leur sécurité, tentait d’obtenir de la supérieure générale l’autorisation de les envoyer à Calgary, nœud ferroviaire et centre agricole en plein développement. L’évêque Grandin dit à mère Greene que cette ville avait de l’avenir et qu’une école attirerait certainement des pensionnaires. Le couvent de Saint-Laurent fut fermé et les religieuses partirent pour Calgary à la mi-juillet.

Les sœurs furent accueillies chaleureusement à leur descente du train le 26 juillet. Le père Albert Lacombe* et tous les curés des églises locales étaient venus les recevoir, accompagnés de leurs paroissiens. En Irlande, les Sœurs fidèles compagnes de Jésus avaient souffert de la méfiance et de l’indifférence des gens, parce que leur communauté était dirigée par une supérieure générale plutôt que par des évêques et des prêtres du diocèse ; à Calgary, ce problème n’existait pas. Le père Lacombe conduisit les nouvelles venues à la mission de Notre-Dame-de-la-Paix, où on leur offrit le presbytère des oblats pour en faire un externat et un couvent. Le bâtiment fut rénové afin d’y aménager une chapelle, un parloir, un réfectoire, des salles de classe (avec des locaux séparés pour les garçons), des dortoirs pour les pensionnaires et les religieuses, et une salle communautaire. Comme le raconta une des sœurs : « Nous étions déterminées à commencer l’école en septembre, même si nous devions faire la classe dans le jardin. » Treize enfants, pour la plupart des Métis qui ne parlaient que peu l’anglais, se présentèrent à la St Mary’s School le 1er septembre. Nommée supérieure du Sacred Heart Convent et directrice de l’école, mère Greene reçut un certificat de première classe, qui lui permettait d’enseigner dans toutes les écoles des territoires. En 1890, elle obtiendrait une licence ès arts du collège d’Ottawa.

Avec l’aide du père Lacombe et du juge Charles-Borromée Rouleau*, mère Greene entreprit des démarches pour obtenir une reconnaissance gouvernementale. Le 18 décembre 1885, le lieutenant-gouverneur Edgar Dewdney* proclama la fondation du Lacombe Roman Catholic Separate School District No.1, la première division d’écoles séparées dans le district d’Alberta. En 1886, au début de l’année scolaire, 40 élèves fréquentaient la St Mary’s School ; à la fin d’octobre, on en comptait 82, dont la moitié étaient protestants. En 1892, l’anglais deviendrait la langue d’enseignement officielle ; celle-ci prédominait déjà dans les écoles depuis le début, même si les religieuses avaient veillé à ce que les enfants apprennent le français et le parlent couramment. Mère Greene introduisit petit à petit des cours de niveau avancé et la première école secondaire catholique dans le district d’Alberta ouvrit officiellement ses portes le 1er octobre 1889. Tous les couvents des Sœurs fidèles compagnes de Jésus offraient un programme d’enseignement laïque, moral et religieux. Les cours portant sur des matières telles que la sténographie et la couture étaient considérés comme bénéfiques tant sur le plan moral que pratique.

En 1893, le couvent d’origine fut remplacé par une vaste structure en grès abritant entre autres une école plus moderne. Les salles de classe, bien éclairées, étaient décorées de cartes et de tableaux pédagogiques à jour. Il y avait sept pianos, deux orgues, ainsi quune collection de violons, de guitares et de mandolines. Mère Greene, qui avait une très jolie voix, jouait de l’orgue, dirigeait le chœur, organisait les concerts et les récitals des élèves. La St Mary’s School acquit une excellente réputation dans les territoires et, selon mère Greene, les protestants comme les catholiques étaient heureux d’avoir une bonne école à Calgary.

Au début des années 1890, l’absence d’écoles normales catholiques dans les territoires commença à préoccuper Mgr Grandin et d’autres personnes. Lorsque l’évêque tenta de mettre sur pied une telle école, qui serait dirigée par mère Greene, il apprit que sa certification ne répondait pas aux normes du bureau d’Éducation. Mgr Grandin sollicita son aide pour négocier la venue d’une nouvelle religieuse de sa congrégation qui aurait l’expérience nécessaire, mais la supérieure générale affirma qu’aucune n’était disponible. Mère Greene demeura à la direction de la St Mary’s School et poursuivit sa collaboration amicale avec les autorités religieuses et civiles. Son sens de la diplomatie permit à la congrégation de prospérer à Calgary. En 1907, elle organisa la vente d’une partie des propriétés du couvent au conseil des écoles séparées pour y construire la St Mary’s Girls’ School, laquelle ouvrit ses portes en 1910. Cette année-là, on pouvait lire dans les annales de la communauté : « Le système d’éducation en Alberta est libéral, raisonnable et souple. À ce jour, nous n’avons eu aucun problème sérieux avec notre école ; nos relations avec les inspecteurs et les fonctionnaires du gouvernement ont été extrêmement agréables et satisfaisantes. »

Les rôles d’autorité qu’elle avait exercés dans sa communauté permettaient à mère Greene de jouir d’une certaine indépendance. À titre de provinciale des Sœurs fidèles compagnes de Jésus au Canada, elle était responsable du fonctionnement de tous les couvents, qu’elle avait fondés pour la plupart. Des membres de la congrégation s’étaient d’abord installés à Brandon, au Manitoba, en 1883 ; des couvents furent ensuite établis à Edmonton en 1888, à Lethbridge en 1890, à Rat Portage (Kenora, en Ontario) en 1892 et, trois ans plus tard, au lac Duck (Saskatchewan). Les sœurs avaient espéré travailler au Québec en 1897, mais leur demande fut rejetée par les évêques de la province.

En 1913, mère Mary Greene quitta Calgary pour aller visiter les couvents de sa congrégation en Australie, au nom de la supérieure générale, et demeura comme supérieure jusqu’en 1920 à Richmond, en Nouvelle-Galles du Sud. Elle retourna en Alberta en 1921 ; elle fut supérieure du couvent de Lethbridge en 1925–1926 et prit sa retraite à Calgary en 1927. Tout au long de sa carrière, mère Greene dut se soumettre aux ordres des supérieures de sa congrégation, mais ne releva jamais directement de l’évêque d’un diocèse en particulier. Cependant, grâce à sa perspicacité, sa faculté d’adaptation et ses talents de négociatrice, elle réussit à diriger ses établissements d’enseignement à sa manière, tout en continuant d’obéir à l’Église. Elle encouragea ses couventines à poursuivre leur formation et demeura toujours au fait des changements politiques et sociaux, malgré son appartenance à une communauté semi-cloîtrée. Éminemment respectée comme enseignante et supérieure, elle devint une véritable figure de proue dans le domaine de l’éducation catholique.

Sheila Ross

Nous avons consulté plusieurs sources non publiées aux Sisters, Faithful Companions of Jesus Arch., à Calgary. On trouve des photos de mère Mary Greene sur divers sites Web, dont « Fidèles Compagnes de Jésus » : www.fcjsisters.org/fcj_french/index.html (consulté le 30 avril 2014) et « les Non-Conformistes et l’Incorrigible Histoire de l’Alberta : personnages non invités » : www.glenbow.org/mavericks/french/uninvited/index.html (consulté le 30 avril 2014).

Sisters, Faithful Companions of Jesus Arch., Acc. 86.1/7 (Annals), 1883–1933 ; File 86.6/252–58 (Dept. of Education certificates, M. Greene, 1886–1910).— Calgary Herald, 15 févr. 1900.— Calgary Catholic schools : historical sketches ; a centennial publication, J. M. Stoeber, compil. (Calgary, [1985]).— Caitriona Clear, Nuns in nineteenth-century Ireland (Dublin, 1987).— Patricia Grogan, God’s faithful instrument (Ramsgate, Angleterre, 1986).— Sœur Lucille Agatha Hochstein, « Roman Catholic separate and public schools in Alberta » (mémoire de m.éd., Univ. of Alberta, Edmonton, 1954).— Barbara Hoffman, « Women of God, » Alberta Hist. (Calgary), 43 (1995), no 4 : 2–12.— Journeying through a century : sister pioneers, 1883–1983, Shirley Majeau, édit. (Edmonton, 1983).— M. R. Lupul, The Roman Catholic Church and the North-West school question : a study in church-state relations in western Canada, 1875–1905 (Toronto, 1974).— Père Stanislas, Notice sur la vie, les vertus et les œuvres de la servante de Dieu Marie-Madeleine-Victoire de Bengy, Vtesse de Bonnault d’Houet, fondatrice de la Société des fidèles compagnes de Jésus (Paris, 1895).

Bibliographie générale

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Sheila Ross, « GREENE, MARY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/greene_mary_16F.html.

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Auteur de l'article:   Sheila Ross
Titre de l'article:   GREENE, MARY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2014
Année de la révision:   2014
Date de consultation:   25 octobre 2014