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GRENIER, JACQUES, homme d’affaires et homme politique, né le 20 janvier 1823 à Berthier-en-Haut (Berthierville, Québec), fils d’Antoine Grenier, navigateur, et de Josephte Boulard ; le 29 avril 1845, il épousa dans la même localité Louise Fernet, et ils eurent deux fils ; décédé le 5 mars 1909 à Montréal.

Après des études commerciales à Berthier-en-Haut, Jacques Grenier entre, à 16 ans, au service d’un marchand de William Henry (Sorel). En 1844, il se rend à Montréal ; où il devient commis chez F. et J. Leclaire, marchands de nouveautés de la rue Saint-Paul. Quelques années plus tard, il ouvre sa propre entreprise, spécialisée dans le commerce de gros de marchandises sèches. Le 9 avril 1858, il s’associe à Pierre-Paul Martin, sous la raison sociale de Grenier et Martin, pour continuer ce commerce. Au bout de sept ans, cette société est dissoute et Grenier invite son neveu, Jacques-Hercule Giroux, à se joindre à la Jacques Grenier et Compagnie. L’entreprise prend rapidement de l’expansion et devient une des plus importantes maisons montréalaises dans le commerce de gros de marchandises sèches. Grenier importe ses produits surtout de la France, de l’Angleterre et des États-Unis, et les vend au Québec et dans l’est de l’Ontario. En janvier 1882, il se retire de la société au profit de son fils Adolphe, tout en laissant aux deux associés un montant de 87 000 $ pour une période de cinq ans afin de garantir l’exécution des transactions ; toutefois, à la suite du décès de Giroux, il reprend le commerce en main en janvier 1886, toujours sous le nom de Jacques Grenier et Compagnie.

« Self-made man, à la manière anglaise », selon Robert Rumilly*, Grenier est associé à un grand nombre d’entreprises menées par des capitalistes anglophones de Montréal. Il est vice-président de la Compagnie des cotons de Montréal, installée à Salaberry-de-Valleyfield en 1874, où il côtoie sir Hugh Allan* et Andrew Frederick Gault, à une époque où les avantages de toutes sortes consentis par les municipalités aux entreprises cotonnières entraînent des profits substantiels. C’est aussi le moment où les premières concentrations d’entreprises commencent à se dessiner dans ce secteur. De fait, Grenier participe en 1885 à la fusion de la Compagnie des moulins à coton de V. Hudon, Hochelaga, et de la Compagnie de filature Sainte-Anne, opération dirigée par Gault et David Morrice [V. Victor Hudon*]. Il est aussi de celle qui donne naissance à la Dominion Cotton Mills en 1890, comme il le sera pour la Dominion Textile en 1905. Grenier compte également parmi les promoteurs de la Fédéral Téléphone Company en 1882 (elle sera reconnue juridiquement en 1887), et est administrateur de la Montréal Rolling Mills Company et de la British Empire Mutual Life Assurance Company of London. Il fait de plus partie du syndicat financier dirigé par sir Hugh Allan qui tente en 1877 et en 1882 d’acheter le chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental. En 1878, il s’était fermement opposé à ce que le tracé du chemin de fer passe par Terrebonne plutôt que Montréal.

Le milieu d’affaires anglophone de Montréal n’est pas le seul à reconnaître les qualités de Grenier, particulièrement son esprit d’entreprise, son intégrité et son jugement sûr. Pendant 26 ans, il occupe soit le poste de conseiller, soit celui d’échevin au conseil municipal de Montréal. De 1857 à 1866, il représente le quartier Est et de 1872 à 1889, le quartier Saint-Jacques. Au cours de ces années, il préside les comités de l’aqueduc, de police et surtout celui des finances. Son engagement sur la scène municipale ne l’empêche pas de participer aussi activement à la politique provinciale. Libéral, signataire en 1864 du manifeste contre le projet de Confédération lancé par Médéric Lanctot*, Grenier fait partie des jeunes libéraux de Montréal regroupés dans le Club national. En 1878, à l’occasion des élections provinciales consécutives au coup d’État de Luc Letellier* de Saint-Just, il est le candidat du Parti libéral pour faire la lutte à Louis-Olivier Taillon* dans Montréal-Est. Malgré l’appui d’Honoré Mercier*, de Louis-Amable Jetté* et d’Hector Fabre, il est battu par 130 voix. Homme modéré, il est souvent demandé pour présider les grandes assemblées libérales. Ainsi, en mars 1881, le congrès réunissant les ténors du parti se déroule sous sa présidence ainsi que le grand rassemblement du Champ-de-Mars, le 22 novembre 1885, qui devait amener la formation du Parti national [V. Mercier]. Le prestige dont jouit Grenier en fait le candidat tout désigné pour succéder à John Joseph Caldwell Abbott* à la mairie de Montréal. À l’occasion des premières élections municipales tenues au scrutin secret, en 1889, Grenier est élu sans opposition ; son mandat sera renouvelé pour un an en 1890.

Grenier a obtenu quelques années plus tôt une autre reconnaissance. En effet, en 1886, il a été admis à titre de membre au Bureau de commerce de Montréal, honneur encore assez rare pour un Canadien français. Plus rare encore, il en est élu à l’unanimité premier vice-président en 1888. Ironiquement, l’année même de son admission, il a présidé le comité chargé de mettre sur pied une chambre de commerce canadienne-française, projet de son ami Joseph-Xavier Perrault, réalisé en 1887 ; il a alors été choisi comme premier président de cet organisme.

Un échec devait toutefois assombrir les dernières années de la vie de Grenier. Depuis 1885, il est président de la Banque du peuple, vénérable établissement qui remonte à 1835 [V. Louis-Michel Viger*]. Sous sa direction, la banque connaît une expansion sans précédent, multipliant le nombre de succursales et quadruplant le montant de ses dépôts. Du coup, elle acquiert, ainsi que son président, une notoriété toute nouvelle dans le milieu financier anglophone. Certains affirment même que la Banque du peuple est aux Canadiens français ce que la Banque de Montréal est aux anglophones. Toutefois, en 1895, à cause de pratiques bancaires hasardeuses et d’agissements inconsidérés de la part de son caissier (directeur général), Joseph-Stanislas Bousquet, elle doit fermer ses portes en catastrophe, entraînant dans sa chute plusieurs entreprises montréalaises d’envergure. Le rapport du comité chargé d’enquêter sur les affaires de la banque blâmera sévèrement le conseil d’administration pour ne pas avoir surveillé de plus près le fonctionnement de l’entreprise.

Jacques Grenier est brisé, semble-t-il, par cet échec. Selon le Montreal Daily Star, il ne fut plus jamais « l’homme optimiste, plein d’ardeur » qu’on avait connu. La mort de sa femme et de ses deux fils quelques années plus tard contribue sans doute à approfondir son sentiment de défaite. Catholique engagé, soucieux du bien-être de ses compatriotes, Jacques Grenier, qui a été président de l’Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal en 1875, administrateur de l’université Laval à Montréal, commissaire des écoles catholiques de Montréal, marguillier de la paroisse Notre-Dame et membre de la Congrégation des hommes de Ville-Marie dès 1844, meurt en 1909 à l’Institution des sourdes-muettes, où il résidait depuis quelques années.

Luc Desrochers

AC, Montréal, Cour supérieure, Déclarations de sociétés, 1, no 340 (1886), 1263 (1858) ; 2, no 3513 (1866) ; 9, no 1073–1074, 1097 (1882) ; État civil, Catholiques, Cimetière Notre-Dame-des-Neiges (Montréal), 27 août 1900, 8 mars 1909.— ANQ-M, CE5-1, 21 janv. 1823, 29 avril 1845.— AVM, D025.24 ; D026.15 ; Procès-verbal du conseil municipal de Montréal, 17 juin 1889.— Le Canada, 6 mars 1909.— Montreal Daily Star, 6 mars 1909.— Montreal Herald and Daily Commercial Gazette, 11 mars 1889.— La Presse, 13 févr. 1893, 6 mars 1909.— Annuaire, Montréal, 1842–1895.— The commerce of Montreal and its manufactures, 1888 ([Montréal, 1888]).— CPG, 1879.— R. S. Greenfield, « la Banque du Peuple, 1835–1871, and its failure, 1895 » (thèse de m.a., McGill Univ., Montréal, 1968).— Les Intérêts commerciaux de Montréal et de Québec et leurs manufactures ([Montréal], 1889), 100s.— Lamothe, Hist. de Montréal.— Naylor, Hist. of Canadian business.— Ronald Rudin, Banking en français : les banques canadiennes françaises de 1835 à 1925 (Montréal, 1988).— Robert Rumilly, Histoire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal : des patriotes au fleurdelisé, 1834–1948 (Montréal, 1975) ; Hist. de Montréal, 3 ; Mercier et son temps.— B. J. Young, Promoters and politicians : the north-shore railways in the history of Quebec, 1854–85 (Toronto, 1978).

Bibliographie générale

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Luc Desrochers, « GRENIER, JACQUES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/grenier_jacques_13F.html.

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Auteur de l'article:   Luc Desrochers
Titre de l'article:   GRENIER, JACQUES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   22 octobre 2014