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HALIBURTON, WILLIAM HERSEY OTIS, avocat, fonctionnaire, officier de milice, homme politique et juge, né le 3 septembre 1767 à Windsor, Nouvelle-Écosse, fils de William Haliburton et de Susanna (Lusanna) Otis ; en 1794, il épousa dans le comté de Westmorland, Nouveau-Brunswick, Lucy Chandler Grant, et ils eurent un seul enfant, Thomas Chandler*, puis en 1803, à Windsor, Susanna Davis, née Francklin, fille de Michael Francklin*, et aucun enfant ne naquit de ce mariage ; décédé le 7 juillet 1829 « au terme d’une maladie extrêmement douloureuse » dans sa ville natale.

William et Susanna Haliburton, cousins germains, étaient des préloyalistes qui quittèrent Boston en 1761 pour venir s’installer dans le canton de Newport, en Nouvelle-Écosse. Ils s’établirent sur une terre qui faisait partie des 58 000 acres octroyées à un groupe comprenant Edward Ellis, mari de la belle-mère de William. Assez bien nantis, les Haliburton arrivèrent avec deux domestiques noirs et des provisions pour 18 mois, mais, après avoir mené pendant deux ans la vie des fermiers défricheurs, ils en eurent assez et allèrent se fixer à Windsor en 1763. C’est là que William fit ses études, puis pratiqua le droit. D’après la légende, le troisième de leurs dix enfants, William Hersey Otis, et l’unique enfant de celui-ci, Thomas Chandler, naquirent dans la même maison, mais à 20 milles de distance. Il existe plusieurs explications à cela, dont l’une affirme que la première maison des Haliburton, construite en amont du village d’Avondale, fut transportée sur la rivière Avon jusqu’à Windsor, à 20 milles de là. Toutefois, cette histoire ne saurait être véridique, puisque William Hersey Otis Haliburton naquit quatre ans après que ses parents se furent installés à Windsor.

On sait peu de chose sur Haliburton avant qu’il n’aille étudier le droit à Halifax, apparemment dans le cabinet de Jonathan Stems. De retour à Windsor, il devint un avocat prospère, acquit de vastes terres et fut nommé greffier de la paix du comté de Hants en 1786. Il fit partie de la milice et obtint les grades de lieutenant en second en 1793, de lieutenant en premier en 1804 et de capitaine de milice en 1820. De 1806 à 1824, il siégea à la chambre d’Assemblée, d’abord comme député du canton de Windsor puis, après 1811, à titre de député de la circonscription de Hants. Si l’on en juge d’après sa présence lors des votes, il fut le plus assidu des députés pendant ces 18 années.

D’après l’historien Beamish Murdoch*, parmi les hommes nés dans la province, Haliburton, Thomas Ritchie*, Simon Bradstreet Robie* et Samuel George William Archibald* « réussirent à se distinguer » grâce « à leurs efforts » et en présentant à l’Assemblée « des idées dignes d’un homme d’État et des raisonnements subtils, [avec] beaucoup d’éloquence ». Dans sa biographie de Thomas Chandler Haliburton, Victor Lovitt Oakes Chittick formule cependant un jugement plus contestable ; il ne fait pas de doute, conclut-il, « que W. H. O. Haliburton acceptait tout à fait les principes tories et qu’il les observa toujours sans déroger. Cela [était] manifeste dans chacun des actes et chacune des paroles rapportés dans les documents. » Le fait est qu’au moment où la province nomma pour la première fois des conseillers du roi, en 1817, le lieutenant-gouverneur lord Dalhousie [Ramsay*] désigna Haliburton et Archibald, négligeant Robie, pourtant plus prestigieux. Or, bien qu’Israel Longworth ait classé ces nominations parmi « les mystères inexpliqués » du gouvernement, lord Dalhousie les avait certainement faites parce qu’il n’aimait pas le radicalisme apparent de Robie, ce qui semble confirmer le jugement de Chittick. Pourtant, si le portrait tracé par Chittick sert à expliquer le torysme du fils, il n’en est pas moins une caricature éhontée du père, appuyée sur une mauvaise interprétation d’extraits trop peu nombreux des journaux de l’Assemblée et de l’ouvrage de Murdoch, History of Nova Scotia. Ces documents, tout comme les brefs comptes rendus des débats parus dans l’Acadian Recorder et le Halifax Journal, démontrent en fait que le père adopta la ligne de conduite des députés du parti rural, même s’il était de toute évidence plus instruit et doué d’une plus grande facilité d’expression, et qu’il était un homme très pragmatique, doué d’un solide sens commun, prudent et conservateur sous certains rapports, mais très éclairé et libéral sous d’autres.

Partisan du développement de la province, Haliburton considérait la multiplication des écoles publiques comme « un [de ses] buts primordiaux », même si, en 1823, il s’opposa avec raison à ce qu’elles soient soutenues par un impôt obligatoire, parce que cela lui semblait impossible. Il présenta nombre de projets de loi favorisant la culture des céréales et le défrichement de nouvelles terres. Pourtant, il ne visait pas à aider les fermiers de longue date, « assez riches », mais les colons plus récemment arrivés, comme le montre la proposition qu’il fit en 1818 de leur verser une prime pour le blé qu’ils cultivaient. Il préconisa aussi l’octroi de sommes importantes pour les ponts et les routes (£50 000 en 1818), même si cela signifiait que la résidence du gouverneur, encore en construction, attendrait « encore un an ou deux, la construction et la réparation des routes et des ponts [étant] beaucoup plus importantes ». Plus d’une fois, il se montra préoccupé des difficultés des Néo-Écossais ordinaires. Il s’opposa à ce que l’on amende les lois de la milice en unifiant les régiments : cela ferait « porter le fardeau à la classe des plus pauvres », expliquait-il, puisque ces gens auraient du mal à s’acquitter de leur obligation de participer aux exercices militaires. Faute d’argent, beaucoup de personnes perdirent leurs biens lors de ventes judiciaires, et quand l’Assemblée fut inondée de plaintes, il proposa d’émettre du papier monnaie qui serait prêté moyennant des garanties suffisantes.

Ni le lieutenant-gouverneur, ni le Conseil de la Nouvelle-Écosse, ni les gens riches ne le faisaient battre en retraite. Les propositions de lord Dalhousie sur la milice semblaient-elles malavisées politiquement ? Il affirmait que les représentants du peuple ne devaient pas « hésiter à exprimer librement leurs sentiments » au lieutenant-gouverneur. Dalhousie voulait-il placer les grandes routes sous la responsabilité du conseil et les routes secondaires sous celle des tribunaux et des jurys d’accusation ? Il s’opposait à ce que l’Assemblée abandonne la moindre de ses prérogatives, si durement obtenues. Les autres députés laissaient-ils entendre que le conseil rejetterait certainement une proposition ? II refusait de se demander ce que l’autre chambre allait faire et exigeait que les députés de l’Assemblée traitent la question selon leur conscience. Enfin, quand les marchands de Halifax tentèrent de constituer juridiquement une banque, il les désapprouva de vouloir mettre en circulation une grande quantité de papier-monnaie et exigea que la banque soit aussi utile à la population qu’aux actionnaires.

Même Chittick admet que l’attitude de Haliburton à l’égard des permis de mariage n’était nullement empreinte de torysme : en bref, il estimait que les ministres non conformistes devaient avoir le droit de célébrer les mariages pour lesquels un permis avait été accordé, monopole alors réservé aux ministres de l’Église d’Angleterre. En fait, Chittick fait de Haliburton un « tory attaché aux droits de propriété, à l’Église et au roi », parce qu’il s’opposa aux lois pour venir en aide aux débiteurs insolvables, ainsi qu’au soutien d’un collège presbytérien et à l’admission de catholiques non assermentés à la chambre. Pourtant, en 1823, Haliburton vota en faveur de l’admission du catholique Laurence Kavanagh puis de celle de tout catholique sans qu’il soit obligé de prêter, serment contre le papisme et la transsubstantiation. À propos de la Pictou Academy, il déclara : « nous n’av[ons] pas les moyens, pour le moment, de subvenir aux besoins de deux collèges dans la province », mais il était prêt à placer ce collège sur un pied d’égalité avec les autres et voulait que l’on cesse d’exiger que les étudiants du King’s College, pour avoir droit à un diplôme, souscrivent aux principes anglicans [V. William Cochran]. Il est vrai que, touchant l’aide aux débiteurs insolvables, il favorisait le maintien d’un processus qui les privait de leur liberté et de leurs biens et que, s’appuyant sur l’expérience du Massachusetts, qui avait adouci ses lois, il prenait résolument parti pour le créancier, et non pour le débiteur. Cependant, même dans ce cas, il exprimait plus une position courante qu’il ne faisait preuve d’un torysme prononcé.

Chittick avance en outre que Haliburton devint de moins en moins populaire à mesure qu’un parti réformiste s’attaquait aux abus de privilèges du conseil. Mais il anticipe l’apparition de ce parti de plus d’une décennie, et rien ne prouve que Haliburton devint impopulaire avant 1824. Cette année-là, tous les avocats siégeant à l’Assemblée s’attirèrent la défaveur de la population en soutenant avec succès une mesure qui, même si elle devait en principe améliorer l’efficacité des tribunaux inférieurs en plaçant à leur tête des avocats, eut pour conséquence d’accorder « trois fauteuils confortables » à la « profession affamée ». Selon Haliburton, les avocats étaient incapables « de se laisser influencer par leurs propres intérêts », mais il ne convainquit personne, d’autant plus qu’il fut bientôt nommé juge en chef de la Cour inférieure des plaids communs et président ou premier juge de la Cour des sessions trimestrielles de la division du centre (comtés de Lunenburg, de Queens, de Kings et de Hants), poste qu’il conserva jusqu’à sa mort, cinq ans plus tard. Bien qu’aucun de ses procès et aucun de ses jugements n’ait retenu l’attention, il avait une excellente réputation, tant comme avocat que comme juge.

Pendant presque toute sa carrière de député, William Hersey Otis Haliburton se distingua, avec trois ou quatre de ses collègues, en participant activement à tous les débats importants. Il n’était absolument pas comme son fils, Thomas Chandler Haliburton, qui adhéra d’abord à des positions politiques très semblables aux siennes, mais devint un tory inconditionnel. William Hersey Otis Haliburton, conservateur sur plusieurs points, montra plutôt, pendant ses 18 années à l’Assemblée, qu’il savait être libéral et avait un jugement très éclairé.

J. Murray Beck

N.-É., House of Assembly, Journal and proc., 18061824.— Acadian Recorder, particulièrement 18181819.— Halifax Journal, particulièrement 18231824.— Novascotian, or Colonial Herald, 16 juill. 1829.— « Descendants of William Haliburton and Lusanna (Otis) Haliburton », R. L. Weis, compil. (stencil, Providence, R.I., 1962 ; copie aux PANS).— V. L. O. Chittick, Thomas Chandler Haliburton (« Sam Slick ») : a study in provincial toryism (New York, 1924).— [R. G. Haliburton], « A sketch of the life and times of Judge Haliburton », Haliburton : a centenary chaplet [...] (Toronto, 1897), 13–40.— Murdoch, Hist. of N.S., 3.

Bibliographie générale

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J. Murray Beck, « HALIBURTON, WILLIAM HERSEY OTIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/haliburton_william_hersey_otis_6F.html.

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Auteur de l'article:   J. Murray Beck
Titre de l'article:   HALIBURTON, WILLIAM HERSEY OTIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   22 septembre 2014