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HANRAHAN, FRANCIS, policier, né le 21 décembre 1870 à Fergusons Cove, Nouvelle-Écosse, fils du capitaine James Hanrahan, pilote, et de Mary Jane Smith ; le 14 septembre 1892, il épousa au même endroit Mary Anne Hayes, et ils eurent sept fils et quatre filles qui lui survécurent ; décédé le 30 mars 1926 à Halifax.

Francis Hanrahan, qui était d’ascendance irlando-écossaise, consacra une bonne partie de sa vie au service de police de Halifax. En 1892, à l’âge de 20 ans, il y entra comme simple agent. Il avait déjà été pêcheur dans le comté de Halifax, mais son mariage l’avait sans doute poussé à chercher un emploi plus stable. Peu à peu, il gravit les échelons. Promu détective en 1906, il devint en 1907 sous-chef de police. Moins de deux ans plus tard, le service le muta de nouveau à la section des détectives, qu’il dirigea jusqu’en 1917. La même année, il redevint sous-chef, puis, en 1918, le conseil municipal le nomma chef de police.

Au cours de ses 32 ans de carrière, Hanrahan se fit connaître par son aptitude à résoudre des crimes. Selon le Herald de Halifax, « sa renommée s’étendait à tout le continent nord-américain ». En deux occasions, il collabora étroitement avec des représentants de la loi des États-Unis et d’outre-mer afin d’appréhender des escrocs. C’est dans ce contexte qu’il se rendit au Colorado en 1909 et en Angleterre en 1910 pour ramener des suspects à Halifax. Sa coopération avec Scotland Yard dans ce dernier cas rehaussa à tel point son image à Halifax qu’on le tenait pour l’un des « meilleurs fonctionnaires » de la ville.

Hanrahan dirigea des enquêtes sur 12 meurtres, y compris celui dont fut victime l’avocat James Robinson Johnston*. Chacune de ces enquêtes déboucha sur l’arrestation et la condamnation des coupables. L’affaire qui fit le plus de bruit fut peut-être l’assassinat de Maud Delaney. En août 1919, la police découvrit le corps de cette femme roué de coups et étendu sur son lit à côté de son fils de deux ans. Hanrahan lança alors une recherche dans toute la province afin de retrouver le mari, John, principal suspect, et de le traduire en justice pour ce qui, au dire du Herald, était « l’un des meurtres les plus brutaux jamais commis en Nouvelle-Écosse ». Il finit par trouver Delaney caché dans une maison de l’extrémité sud de la ville. En tant que chef, Hanrahan prenait une part active aux efforts que son service déployait constamment en vue de maintenir l’ordre public à Halifax.

De l’avis de bon nombre de policiers, Hanrahan était « l’un des meilleurs chefs [qu’ils avaient] eus ». Ses agents le considéraient comme « strict [mais équitable] en matière de discipline », qualités qui lui assuraient le respect de la plupart des membres du service. D’ailleurs, ils apprirent sa démission avec regret. Pourtant, son mandat à la direction ne fut pas sans problème. Au début du xxe siècle, la majorité des policiers de Halifax ne recevaient pas une formation adéquate ni un salaire suffisant. Bien que le chef ait mis toutes les nouvelles recrues au courant de leurs responsabilités avant de les envoyer en patrouille, des critiques, dont certains agents de la paix, faisaient valoir que les policiers étaient mal préparés. De même, leur traitement ne correspondait pas au statut professionnel visé par le service de police. En 1918, les agents gagnaient de 750 $ à 850 $ par an selon leur ancienneté. Par rapport à leurs officiers supérieurs et à certains ouvriers qualifiés, les charpentiers par exemple, ils étaient sous-payés, ce qui les enracinait encore davantage dans la classe ouvrière de Halifax.

Leur piètre rémunération amenait certains policiers à quitter le service. En 1924, année où Hanrahan démissionna, quatre d’entre eux se firent engager par la police de la Canadian National Railway Company. En 1918, Hanrahan avait réclamé une forte hausse de salaire au conseil municipal afin d’attirer « une catégorie d’hommes dignes de la ville, aptes à [s’acquitter] des devoirs de représentants de la loi et capables d’assumer des responsabilités de plus en plus lourdes ». Cependant, il n’avait guère eu de succès, de sorte que le moral des policiers avait chuté. On rapporte que, en 1924, le mécontentement engendré par les mesures municipales de « compression » – qui visaient à réduire la taille du service (et supprimaient les chances d’avancement de certains agents) – imprégnait la base.

En outre, le service de police, qui avait déjà fait « la fierté du dominion », semble avoir été en plein désarroi pendant la période où Hanrahan le dirigea. Des révélations à ce sujet se firent jour peu après son départ en mai. « Tout ne va pas pour le mieux au service de police de Halifax », clama le Halifax Evening Mail. Sans mettre en doute l’intégrité de Hanrahan ni s’attaquer à sa carrière, le journal se demandait « s’il avait les compétences administratives dont un chef de police a tant besoin pour bien exercer ses fonctions ».

« Je doute que, actuellement, un autre service ait autant besoin d’être scruté à la loupe que la police », déclara le maire John Murphy peu après que Hanrahan eut remis sa démission. « Il semble, poursuivait-il, qu’il y ait certaines factions au sein du service et que cet état de fait, auquel s’ajoutent des jalousies mesquines, tende à le rendre moins efficace qu’il ne devrait l’être. » Bien qu’ils n’aient pas été dirigés contre Hanrahan, ces propos, ainsi que sa demande de réévaluation du service, sèment le doute sur ses capacités.

En un sens, Murphy avait raison. Hanrahan n’avait rien d’un administrateur. Il se concentrait plutôt sur les enquêtes criminelles et sur la supervision du maintien de l’ordre public. Ses successeurs exerceraient leur fonction autrement : ils deviendraient davantage des bureaucrates et seraient plus les agents de relations publiques du service de police que les représentants de ses membres. Cette transformation et d’autres changements survenus après 1924, telle l’adoption de techniques nouvelles, notamment la prise des empreintes digitales, mèneraient à la modernisation et à la professionnalisation du service de police.

Lorsque Francis Hanrahan démissionna, il ne donna aucun motif et ne dit rien non plus de ses projets immédiats. Peu après, la rumeur voulut qu’il soit sur le point d’être « associé de près » à la police provinciale, qui serait créée sous peu, mais il n’en eut jamais l’occasion. En mars 1926, en moins d’un jour, une grippe et une bronchite l’emportèrent. Outre ses 11 enfants, il laissait dans le deuil 8 frères et 3 sœurs ; sa femme, Mary Anne Hayes, était décédée vers 1915. La disparition subite de ce « vétéran » de la police de Halifax, figure centrale des efforts de la ville pour maintenir l’ordre public, attrista nombre de citoyens.

Michael Boudreau

NSARM, Churches, St Paul's Roman Catholic (Herring Cove), reg. of baptisms (mfm) ; RG 32, M, Halifax County, nº 362/1892.— Acadian Recorder (Halifax), 31 mars 1926.— Evening Echo (Halifax), 28, 30 avril 1924.— Evening Mail (Halifax), 29 avril 1924.— Halifax Herald, 9 janv. 1918, 16 août, 15 oct. 1919, 29 avril, 9 mai 1924, 31 mars 1926, 16 janv. 1935.— Morning Chronicle (Halifax), 2 mai 1924, 31 mars 1926.— Michael Boudreau, « Crime and society in a city of order : Halifax, 1918–1935 » (thèse de ph.d., Queen's Univ., Kingston, Ontario, 1996).— Halifax, City Council, Annual report of the several departments of the civic government of Halifax, Nova Scotia (Halifax), 1917/1918, rapport annuel du chef de police.— Peter McGahan, « Halifax Police Department, 1919–1924 », Atlantic Institute of Criminology, Report (Halifax), nº 14 (1989).— Greg Marquis, Policing Canada's century : a history of the Canadian Association of Chiefs of Police (Toronto, 1993) ; « Working men in uniform : the early twentieth-century Toronto Police », Hist. sociale (Ottawa), 20 (1987) : 259–277

Bibliographie générale

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Michael Boudreau, « HANRAHAN, FRANCIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hanrahan_francis_15F.html.

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Auteur de l'article:   Michael Boudreau
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   21 novembre 2014