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HART, MARMADUKE, marchand et propriétaire de navires, né vers 1754, probablement en Angleterre ; en 1779, il eut un fils illégitime avec Hannah Tucker, de St John’s ; en janvier 1783, il épousa à St John’s Susanna Winter, fille de James Winter, marchand de la ville, et de ce mariage naquirent un fils et une fille ; décédé le 3 novembre 1829 au square Mecklenburgh, Londres.

Il est fort possible que Marmaduke Hart ait été originaire du Devon ou du Dorset. En 1777, il immigra à Terre-Neuve pour travailler chez un modeste marchand résidant, James Winter. Ancien employé de Michael Gill, qui avait habité la Nouvelle-Angleterre avant de s’installer à St John’s en 1748, Winter avait d’excellentes relations dans le nord-est des États-Unis et aux Bermudes. Dès 1783, Hart était son associé à part entière. Il connut une certaine aisance financière jusqu’à son association avec William Isham Eppes, en 1789, qui devait faire de lui un homme riche et déboucher sur la création dé l’une des plus grandes sociétés commerciales de Terre-Neuve, la Hart and Eppes. Au fil des ans, la compagnie changea plusieurs fois de nom, selon l’identité des associés.

La fondation de la Hart and Eppes eut lieu à un moment opportun. St John’s occupait une place de plus en plus importante dans l’économie de Terre-Neuve, et les marchands des petits villages de pêcheurs, surtout ceux qui faisaient du commerce avec les Antilles, trouvaient de plus en plus commode de confier une partie de leurs affaires à des négociants de St John’s plutôt que de traiter directement avec les fournisseurs et clients étrangers. Jusqu’à la Révolution américaine, ces marchands avaient expédié aux négociants de la Nouvelle-Angleterre une catégorie de poisson que l’on appelait « poisson des Antilles », en échange de quoi ils recevaient du rhum, du sucre et de la mélasse qu’ils embarquaient ensuite à bord de leurs propres navires, avec du poisson, pour les envoyer à leurs fournisseurs et clients européens. La révolution, en excluant les États-Unis du réseau britannique de navigation, mit fin à ces échanges et créa un vide commercial qui fut comblé peu à peu par les marchands résidants de St John’s, et surtout par les armateurs et négociants des Bermudes, qui firent rapidement fortune en servant d’intermédiaires entre Terre-Neuve et les Antilles.

Dès leurs débuts, Hart et Eppes agirent comme intermédiaires entre les marchands des Antilles et ceux des petits villages de pêcheurs à Terre-Neuve. Cependant, les perspectives de bénéfice étaient si encourageantes que bientôt ils ne s’en tinrent plus à ce rôle. Déjà en 1793, ils possédaient deux navires qui, de Poole, dans le Dorset, faisaient constamment la navette entre Terre-Neuve et l’Europe. Dès l’année suivante, la compagnie achetait à son propre compte du poisson aux planters, le plus souvent en passant par d’autres marchands plutôt qu’en traitant directement avec ces pêcheurs. De cette façon, les deux associés se rendirent indispensables à bien des planters des petits villages – ceux qui venaient de Poole surtout – et ce non seulement en raison de leurs relations dans les Antilles mais aussi parce qu’ils agissaient comme fondés de pouvoir et porte-parole auprès de la Cour suprême de Terre-Neuve et des gouverneurs, sans parler du rôle plus général qu’ils jouaient comme truchements et sources d’information.

À compter de 1794, Hart était assez à l’aise pour passer la plupart de ses hivers en Angleterre ; jusqu’en 1806, il loua de belles résidences dans le Devon. L’été, toutefois, il résidait à Terre-Neuve, sauf lorsqu’il était, du moins de nom, le commandant de l’un des transatlantiques de la compagnie, ce qui fut le cas une année ou deux. En 1797, la Hart and Eppes ajouta à son palmarès une nouvelle source de bénéfice : elle obtint le contrat pour approvisionner l’escadre de la marine en denrées fraîches. Les années de guerre furent donc pour la compagnie une période d’expansion et d’enrichissement alors qu’elles s’avérèrent très difficiles pour bien des marchands terre-neuviens, dont les revenus provenaient principalement de l’exportation de poisson vers l’Europe. George Gaden, de St John’s, fils d’une famille de Poole qui faisait du commerce avec Terre-Neuve depuis les années 1750, devint l’associé de Hart et d’Eppes en 1805. Cette alliance se révéla profitable et la compagnie continua de prospérer ; en 1808, Hart acheta une maison et des locaux commerciaux à Londres. La même année, au terme de la saison de pêche, il quitta définitivement l’île pour s’installer dans la nouvelle succursale londonienne à titre d’associé principal. Vers la même époque, John Bingley Garland, fils d’un gros marchand de Poole, George Garland, entra au service de la compagnie comme apprenti à Londres tandis que son cousin, George Richard Robinson, partit diriger les opérations à St John’s. En 1810, Robinson devint associé à part entière.

Une fois installé à Londres, Hart fut en mesure d’exercer son influence dans les milieux politiques et commerciaux. Les affaires de la compagnie, surtout avec l’Europe, montèrent en flèche, et Hart, à titre d’un des plus importants marchands de Terre-Neuve, servit de plus en plus de porte-parole à l’ensemble de ses collègues. En 1811, par suite de sa nomination comme « représentant du commerce terreneuvien », il discuta avec le gouvernement britannique de questions politiques et militaires touchant l’île et le secteur des pêches. En décembre de la même année, la composition de la compagnie changea de nouveau. Les actions de la veuve de George Gaden furent rachetées en totalité. Eppes mit fin à sa participation active et Garland prit congé lui aussi, car ses perspectives d’avenir ne le satisfaisaient pas. Il ne restait donc plus que Hart et Robinson ; cependant, un talentueux jeune homme du Devon, Thomas Holdsworth Brooking*, se joignit à l’entreprise à Terre-Neuve afin de faire ses classes auprès de Robinson. Garland redevint associé à part entière dans les années 1820.

Les dernières années des guerres napoléoniennes avaient donné au commerce terre-neuvien une impulsion puissante dont Hart et Robinson avaient pleinement bénéficié. En 1815, leur société se rangeait parmi les plus importantes de l’île ; elle prit comme apprentis nombre de fils de vieilles familles de marchands comme les Gaden, les Winter et les Scott, qui feraient plus tard fortune et la concurrenceraient.

En 1816, Robinson rejoignit Hart au bureau de Londres. Sous la direction de Brooking, la compagnie, loin de survivre simplement à la terrible dépression d’après-guerre qui ruina tant de marchands, prospéra. Par exemple, de juillet à décembre 1818, elle prit en consignation les marchandises apportées par 23 navires et exporta du poisson et d’autres denrées à bord de 29 autres. Son réseau englobait presque tous les ports d’escale imaginables du commerce terre-neuvien, les cargaisons qu’elle recevait venant du Royaume-Uni, d’Europe, des Antilles et de l’Amérique du Nord britannique.

En 1822, Hart se retira de l’entreprise, qui prit alors le nom de Robinson, Brooking and Company. Il continua de s’intéresser à Terre-Neuve d’une manière paternelle, veillant surtout à la formation et à l’expansion de la Newfoundland School Society [V. Samuel Codner*]. Cet homme qui, à ses débuts, n’avait qu’une instruction sommaire et quelques relations familiales était monté aussi haut qu’un marchand de Terre-Neuve le pouvait ; il ne lui manquait qu’un titre de chevalier ou un siège au Parlement. Le titre de chevalier lui échappa, quoique rien n’indique qu’il ait cherché à l’obtenir. En outre, contrairement à nombre d’autres marchands prospères, il n’acheta pas de domaine rural au Royaume-Uni. Sa fille Susannah avait maintenu les liens de la famille avec l’Angleterre et Terre-Neuve. En 1807, elle avait épousé Charles Augustus Tulk, homme politique de tendance réformiste qui fut député de la circonscription de Sudbury de 1820 à 1826, puis de celle de Poole, si étroitement associée à Terre-Neuve, de 1835 à 1837.

À la mort de Marmaduke Hart en 1829, le Public Ledger publia une notice nécrologique qui, exceptionnellement, donnait un excellent résumé de sa carrière : « Grâce à l’intégrité de ses principes, à sa ponctualité et à son labeur constants, que renforçaient son expérience, son jugement et sa discrétion dans toutes les affaires commerciales, il s’est assuré, tout au long de sa vie, la confiance d’un vaste cercle de correspondants dignes et respectables [...] et, au cœur des vicissitudes d’un commerce aussi fluctuant que celui qui repose sur la pêche, ces grandes qualités lui ont permis de se hausser honorablement au-dessus de sa condition modeste et d’atteindre richesse et indépendance. » Hart contribua à l’essor de Terre-Neuve principalement en créant un réseau commercial complexe et en formant nombre d’hommes plus jeunes dont les carrières sont mieux connues que la sienne. Mais, plus encore peut-être, sa vie montre comment un jeune homme plutôt pauvre pouvait devenir riche et estimé dans le monde anglophone du début du {{xix}}e siècle.

Keith Matthews

La majorité des renseignements contenus dans cette biographie ont été tirés des dossiers Gaden, Hart, et Robinson et de copies de documents relatifs au commerce et aux pêcheries de Terre-Neuve conservés par les Maritime Hist. Arch., Memorial Univ. of Nfld. (St John’s).

Cathedral of St John the Baptist (Anglican) (St John’s), Reg. of baptisms, marriages, and burials, 1779, 1783–1784 (mfm aux PANL).— Centre for Nfid. Studies, Memorial Univ. of Nfld. Library, « D’Alberti papers » (34 vol. de transcriptions dactylographiées de la correspondance entre le ministère des Colonies et le bureau du gouverneur de Terre-Neuve, 1780–1825, dont les originaux se trouvent dans différents dossiers du PRO, CO, Amalia et Leonora D’Alberti, compil.).— Dorset Record Office (Dorchester, Angl.), D365, F2–10 ; F21, janv. 1808.— Hunt, Roope & Co. (Londres), Robert Newman & Co., letter-books.— Nfld. Public Library Services, Provincial Reference and Resource Library (St John’s), Philip Saunders and Pierce Sweetman, letter-book (copie aux PANL).— PANL, GN 1/13/4 ; GN 2/2, 10 août 1811 ; GN 5/2/A/1 ; P7/A/6 ; P7/A/53, letter-book, 1792.— PRO, ADM 1/476 ; 7/141 ; 50/111 ; BT 1/28 ; CO 194/68 ; 324/7.— G.-B. , Parl., House of Commons paper, 1817, no 436, Report from Select Committee on Newfoundland Trade [...].— Felix Farley’s Bristol Journal (Bristol, Angl.), 1791.— London Chronicle (Londres), 1791.— Morning Chronicle (Londres), janv. 1792.— Newfoundland Mercantile Journal, 1818, 1er déc. 1822.— Public Ledger, 11 déc. 1829, nov. 1831.— Royal Gazette and Newfoundland Advertiser, 30 nov. 1809, 31 mai 1810, 26 déc. 1811, 9 janv. 1812.— DNB (biogr. de C. A. Tulk).— The register of shipping (Londres), 1792–1826.

Bibliographie générale

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Keith Matthews, « HART, MARMADUKE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hart_marmaduke_6F.html.

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Auteur de l'article:   Keith Matthews
Titre de l'article:   HART, MARMADUKE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   22 octobre 2014