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HEAD, SAMUEL, médecin, marchand, juge de paix, fonctionnaire et juge, né vers 1773 à Halifax, fils de Michael Head ; d’un premier mariage, il eut un enfant, puis le 2 janvier 1817 à Liverpool, Nouvelle-Écosse, il épousa Sophia Augusta Eagleson, fille du révérend John Eagleson*, et ils eurent probablement quatre enfants ; décédé le 16 novembre 1837 à Halifax.

Fils de chirurgien, Samuel Head fit ses études de médecine en Angleterre et devint membre du Royal College of Surgeons de Londres en 1803. Il ouvrit un cabinet de médecin-chirurgien à Halifax vers 1804 et reprit la pharmacie que son père avait établie aux environs de 1790. Comme les médecins étaient relativement nombreux dans la ville, se constituer une clientèle n’était pas facile. La pharmacie devint donc une assise essentielle pour Head, qui l’exploita jusqu’à sa mort. Avant qu’il ne la prenne en main, elle avait été pendant quelque temps le seul établissement du genre à Halifax, et elle demeura par la suite, pour toute la colonie, un important centre d’approvisionnement en médicaments, fournitures médicales et produits tels que plantes médicinales, parfums et teintures. Particulièrement lucratif au cours de la guerre menée contre la France, ce commerce bénéficia aussi de la guerre de 1812 contre les États-Unis, qui provoqua la multiplication des commandes en provenance des navires, de l’hôpital de la marine à Halifax et de celui des prisonniers de guerre, dans l’île Melville.

Dès 1814, Head se sentit donc dans une situation financière assez solide pour ouvrir, rue Water, un hôpital privé doté de 40 à 50 lits et destiné aussi bien aux voyageurs qu’aux marins blessés ou malades. Comme la rénovation du bâtiment se révélait coûteuse, il demanda une subvention à la chambre d’Assemblée, mais en vain. Le gouvernement n’avait nul intérêt à créer des hôpitaux de marine, comme il en existait en Grande-Bretagne et aux États-Unis, et il avait la conviction que l’asile des pauvres répondait tout à fait aux besoins de la santé publique. L’hôpital ne fut jamais tel que son fondateur l’avait rêvé et, même s’il accueillit apparemment assez de patients pour demeurer ouvert jusqu’à la mort de Head, il ne joua aucun rôle manifeste dans le développement de la pratique médicale à Halifax.

En plus de vouloir fournir à la ville de meilleures installations sanitaires, Head s’intéressa à la compétence des praticiens. Bon an mal an, plusieurs citoyens prétendaient avoir acquis une formation en médecine, ce qui le poussa à réclamer en 1819, avec d’autres médecins formés en Grande-Bretagne, la création d’un permis d’exercice qui éliminerait les « charlatans ». Comme cette campagne menaçait de nuire à ceux qui pratiquaient une médecine hétérodoxe, certains hommes politiques n’y virent qu’une manœuvre intéressée, et il fallut attendre jusqu’en 1828 pour que le Parlement accepte l’application d’une méthode simple pour l’enregistrement des médecins.

Le souci de Head pour la qualité des traitements médicaux et les efforts qu’il consacra à son hôpital témoignent de son grand sens civique. Préoccupé par la condition des pauvres, il présida le comité de bienfaisance de la Charitable Irish Society de 1819 à 1834. Il participa à la fondation de la Halifax Poor Man’s Friend Society en 1820 et y demeura actif jusqu’à ce qu’elle soit dissoute, en 1827. Autre manifestation de son sens civique : il fut juge de paix à partir de 1810.

Dans les années 1820, et plus particulièrement après la grave épidémie de typhus et de petite vérole de 1827, la population commença à prendre davantage conscience des questions sanitaires. Les soins aux défavorisés relevaient des commissaires des pauvres mais, au moment de l’épidémie, ces derniers avaient estimé devoir s’occuper avant tout des pensionnaires de l’asile des pauvres. Aussi Head et d’autres juges de paix tentèrent-ils d’obtenir que, advenant une nouvelle épidémie, les magistrats assument la direction des opérations. Ils réussirent si bien que, lorsque des cas de petite vérole se manifestèrent en 1831, les magistrats purent ordonner de vacciner les enfants des familles pauvres. Puis, comme la maladie continuait de se propager, ils prirent l’initiative, avec le soutien du gouvernement, d’ouvrir dans l’île Melville un lazaret dont on confia la direction à Head, à John Stirling et à Matthias Francis Hoffmann*. Toutefois, ces mesures ne réglaient pas l’ensemble du problème de l’assistance médicale aux pauvres. Un groupe de médecins, forts de l’appui du jury d’accusation du comté de Halifax, soulevèrent cette question et réclamèrent que l’hôpital de l’asile des pauvres accueille non seulement les indigents, mais aussi les ouvriers démunis ; ainsi se multipliait la clientèle potentielle des médecins. À cette fin, ils pressèrent les magistrats de rompre la mainmise des commissaires des pauvres sur l’hôpital. Tout en se disant sensibles aux objectifs énoncés, les magistrats refusèrent cependant de livrer bataille aux commissaires. Dans ce cas, Head préféra garder le silence plutôt que de critiquer publiquement ses collègues fonctionnaires et le médecin de l’asile, William Bruce Almon.

Parmi les questions sanitaires, l’accessibilité de l’hôpital de l’asile n’avait cependant qu’une importance secondaire en 1832, car les autorités, le lieutenant-gouverneur sir Peregrine Maitland* en tête, se préparaient à une possible épidémie de choléra. Une nouvelle loi vint, cette année-là, créer un bureau central de santé qui prendrait la situation en main advenant que la maladie se déclare, et une autre établit des groupes locaux d’inspecteurs de santé, chargés d’appliquer des mesures préventives. Ce fut surtout à titre d’inspecteur de santé du quartier St John, à Halifax, que Head participa à la campagne de prévention.

La Nouvelle-Écosse ne connut pas d’épidémie de choléra en 1832, mais les magistrats n’échappèrent pas à la vindicte populaire, car ils durent percevoir des impôts pour financer les mesures d’hygiène publique. En fait, qu’ils aient été ou non à blâmer, ils furent en général l’objet des critiques dirigées contre les politiques locales. Cette tendance se manifesta particulièrement pendant l’épidémie de choléra qui se déclara finalement en 1834. Cette année-là, le lieutenant-gouverneur sir Colin Campbell força les bureaux de santé locaux à prendre toutes les décisions relatives à l’épidémie. Head se consacra tout entier à ses fonctions d’inspecteur de santé, mais à l’automne, comme tous les magistrats, il dut subir une série d’attaques dont les plus sérieuses furent des lettres que publia Joseph Howe* dans le Novascotian, or Colonial Herald. Ces attaques résultaient en partie de la peur et de la frustration qu’engendrait l’épidémie mais, à la base, celle-ci ne fit que cristalliser le ressentiment accumulé contre les magistrats depuis quelques années.

Head n’était pas disposé à concéder quoi que ce soit à ses détracteurs. Il avait pris ses fonctions à cœur, avait souvent participé aux assises et, en reconnaissance de son dévouement, avait obtenu en 1831 un siège à la Cour inférieure des plaids communs. Il n’acceptait pas non plus que d’autres magistrats soient pris à partie en public. En fait, il croyait comme plusieurs que les magistrats, nommés par l’exécutif, n’avaient de comptes à rendre qu’à celui-ci et qu’on devait les protéger des attaques injustifiées. Aussi fut-il l’un des magistrats qui pressèrent le gouvernement de poursuivre Howe au criminel pour diffamation. Contre toute attente, on acquitta Howe et, ce qui secoua peut-être davantage Head, un comité nommé par le gouvernement provincial conclut que les magistrats n’avaient pas rempli leurs obligations avec sérieux. Contrairement à quelques-uns de ses collègues qui se retirèrent de la vie publique après ces attaques, Head demeura fonctionnaire, et on le nomma au bureau central de santé en 1835.

Samuel Head mourut du typhus en 1837 et laissa à sa femme une succession en piètre état. La vente de certaines grandes terres aurait pu éponger ses dettes mais, comme Head était mort intestat, les administrateurs de la succession ne parvinrent à en régler les comptes qu’en 1841.

Kenneth G. Pryke

PANS, RG 1, 214 1/2 (transcriptions); RG 25, C, 5 ; RG 34–312, P, 10.— Royal College of Surgeons of England (Londres), Membership records, 1803–1826.— N.-É., House of Assembly, Journal and proc., 1814–1835.— Acadian Recorder, 1804–1837, particulièrement 18 janv. 1817, 18 nov. 1837.— Nova-Scotia Royal Gazette, 1804–1837.— J. M. Beck, Joseph Howe (2 vol., Kingston, Ontario, et Montréal, 1982), 1.— Geoffrey Bilson, A darkened house : cholera in nineteenth-century Canada (Toronto, 1980).— G. E. Hart, « The Halifax Poor Man’s Friend Society, 1820–27 ; an early social experiment », CHR, 34 (1953) : 109–123.

Bibliographie générale

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Kenneth G. Pryke, « HEAD, SAMUEL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/head_samuel_7F.html.

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Auteur de l'article:   Kenneth G. Pryke
Titre de l'article:   HEAD, SAMUEL
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   22 décembre 2014