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HERRON (Hearn), WILLIAM, prêtre catholique, né le 11 janvier 1784 à St Bridget of Killaly, probablement près de Blackwater (république d’Irlande), fils de Martin Herron et de Mary Herron ; décédé au début d’octobre 1838 à Placentia, Terre-Neuve.

William Herron, venu d’Irlande, arriva dans la mission de l’Terre-Neuve au printemps de 1811 à titre d’aspirant au sacerdoce. Presque immédiatement, le vicaire apostolique Patrick Lambert*, qui avait coutume d’envoyer les futurs clercs étudier dans le Bas-Canada, le dépêcha au séminaire de Nicolet. Comme il manquait de prêtres, Lambert tenta de le faire revenir à Terre-Neuve dès septembre 1813, mais on le jugea trop peu avancé dans ses études. Son ordination eut lieu le 21 août 1814 dans la chapelle du couvent des ursulines, à Québec. Il devenait ainsi le second prêtre à être ordonné pour le vicariat de Terre-Neuve.

Désireux de garder Herron pour qu’il desserve les Irlandais de son diocèse, l’évêque de Québec, Mgr Joseph-Octave Plessis*, proposa en février 1816 de l’échanger contre le père Alexander Fitzgerald, dominicain alors à Terre-Neuve mais destiné à servir à Québec. Lambert était absent de Terre-Neuve à ce moment, mais Thomas Anthony Ewer*, son vicaire général, repoussa la requête. En dépit de ce refus, il semble que Herron demeura quelque temps à Québec après son ordination.

D’après ce que l’on sait, la première affectation de Herron à Terre-Neuve fut celle de vicaire d’Ewer à Harbour Grace, de février 1817 à octobre 1818. Ensuite, il est probable qu’il passa directement au district de Placentia, où il allait servir jusqu’à la fin de ses jours. Même si en principe il était vicaire du curé de Placentia, Andrew V. Cleary, Herron s’occupa avant tout, semble-t-il, des catholiques disséminés dans les petits villages de pêcheurs de la baie de Plaisance et le long des côtes sud et ouest. Parmi ses premières réalisations, il faut signaler la chapelle de Burin, construite en 1819 selon une méthode ingénieuse : préfabriquée par un charpentier de la Nouvelle-Écosse, elle fut expédiée ensuite à Terre-Neuve pour l’assemblage. À compter de cette époque, Herron résida à Burin tout en demeurant officiellement vicaire de Placentia.

Selon Thomas Scallan*, successeur de Lambert, pendant ses premières années de prêtrise, Herron se montra « infatigable, dévoué et excellent missionnaire ». On raconte qu’il voyageait constamment par terre et par mer et campait fréquemment en forêt dans des abris de fortune. Malgré l’étendue de son territoire, qui embrassait une longue bande de littoral, il semble avoir visité régulièrement les endroits très éloignés. Ainsi, d’après ses relevés de mariages pour octobre 1826, il bénit des unions à partir de Little Placentia (Argentia) jusqu’à Burgeo. Ses responsabilités pastorales s’étendaient aussi aux Micmacs de la baie St George, sur la côte ouest, qu’il voyait apparemment avec régularité en dépit de la distance. Son dévouement pour les autochtones de Terre-Neuve lui mérita le titre d’« apôtre des Indiens micmacs ».

Sous ce rapport, on affirme parfois que Herron fut le premier homme blanc à traverser l’île de Terre-Neuve, distinction habituellement conférée à William Eppes Cormack* pour son voyage de 1822. Herron aurait réalisé un exploit semblable en 1820, allant de St John’s à la baie Notre Dame par mer, puis se rendant à pied par l’intérieur des terres jusqu’à la côte ouest, ce qui représentait environ 200 milles de marche. À l’instar de Cormack, un seul guide indien l’aurait accompagné. Cependant, aucun document antérieur au rapport sur les activités missionnaires de la côte ouest, que rédigea Mgr Thomas Sears en 1877, ne semble faire mention du voyage de Herron. De même, dans le seul document connu où Herron lui-même dit s’être rendu à la baie St George, il ne fait état que d’un voyage par mer.

Herron s’intéressait à la situation de l’Église en Nouvelle-Écosse et au Bas-Canada, ce qui n’était pas exceptionnel parmi les ecclésiastiques terre-neuviens du temps de Lambert et de Scallan, car avant l’épiscopat de Michael Anthony Fleming les liens étaient plus étroits entre le clergé de Terre-Neuve et celui du continent. Ainsi, de 1822 à 1824, Herron entretint avec Mgr Plessis une correspondance dans laquelle il offrit de trouver, pour le diocèse de Québec, des candidats à la prêtrise terre-neuviens et irlandais. Il soulignait en outre le danger que le prosélytisme protestant représentait pour les jeunes catholiques inscrits dans une école gratuite récemment fondée à Halifax, où il n’y avait pas d’évêque à l’époque.

Herron resta apparemment à Burin jusqu’après la mort du père Cleary, en 1829, puis lui succéda comme curé de Placentia. Cependant, à compter de 1830, il ne fut plus tout à fait le même. Fleming le trouvait encore « infatigable », mais notait qu’il manquait de prudence. Par la suite, l’évêque mentionna qu’il avait déjà souffert d’une maladie mentale. En raison de son état, il ne put que rarement s’acquitter de ses devoirs et pendant plusieurs années Edmond Doyle, un vicaire, dut l’assister. Burin devint une paroisse distincte en 1833 et le père Pelagius Nowlan prit officiellement en charge la région de Placentia en 1835. La mort de Herron survint trois ans plus tard.

Malheureusement, il semble subsister peu de détails sur le missionnariat de William Herron. Toutefois, si l’on considère l’ensemble des ecclésiastiques terre-neuviens de l’époque, le dévouement avec lequel il veilla à s’occuper d’un aussi vaste territoire pendant plus de dix ans paraît tout simplement héroïque. Il n’est guère douteux que son zèle et son activité aient contribué à hâter sa maladie et sa mort.

Raymond J. Lahey

AAQ, 12 A, H ; 210 A, VIII ; 30 CN.— Arch. of the Archdiocese of St John’s, Return of marriages, 1825–1827.— Archivio della Propaganda Fide (Rome), Scritture riferite nei Congressi, America settentrionale, 2 (1792–1830).— Cathedral of the Immaculate Conception (Harbour Grace, T.-N.), Reg. of baptisms.— PRO, CO 194/61 ; 194/64 ; 194/66 ; 194/70.— M. [A.] Fleming, Relazione della missione cattolica in Terranuova nell’America settentrionale [...] (Rome, 1837).— Newfoundlander, 20 août 1829, 18 oct. 1838.— M. F. Howley, Ecclesiastical history of Newfoundland (Boston, 1888 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1979).— Prowse, Hist. of Nfld. (1895).— Thomas Sears, Report of the missions, Prefecture Apostolic, western Newfoundland, [M. Brosnan, édit.] ([Corner Brook, T.-N., 1943]).— J. A. O’Reilly, « Priests and prelates of the past ; (a few of many incidents) », Nfld. Quarterly, 2 (1902–1903), n° 4 : 10–11.— Kevin Whelan, « County Wexford priests in Newfoundland », Past (Wexford, république d’Irlande), 1985 : 55–67.

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Raymond J. Lahey, « HERRON, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/herron_william_7F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   2 septembre 2014