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Titre original :  Painting Jean-Baptiste-René Hertel de Rouville (1789-1859) Jean-Baptiste Roy-Audy About 1830-1840, 19th century 64.8 x 55.2 cm Purchase from Mme Cecile Bertrand M966.62.5 © McCord Museum Keywords:  male (26812) , Painting (2229) , painting (2226) , portrait (53878)

Provenance : Lien

HERTEL DE ROUVILLE, JEAN-BAPTISTE-RENÉ, officier de milice, seigneur et homme politique, né le 20 juin 1789 à Montréal, fils de Jean-Baptiste-Melchior Hertel* de Rouville et de Marie-Anne Hervieux ; décédé le 3 janvier 1859 à Boucherville, Bas-Canada.

Comme beaucoup de ses ancêtres, Jean-Baptiste-René Hertel de Rouville embrasse tôt la carrière des armes. Il n’a que 18 ans lorsqu’il obtient une commission de lieutenant dans la milice ; il en a 22 lorsqu’il est fait capitaine dans les Voltigeurs canadiens, le 15 avril 1812. L’année suivante, il participe à la bataille de Châteauguay sous les ordres de son beau-frère, Charles-Michel d’Irumberry* de Salaberry. En 1815, il est promu lieutenant-colonel du bataillon de Chambly et il en prend le commandement en 1816, en remplacement de son père. Le 3 septembre de cette année-là, il épouse à Boucherville Charlotte de Labroquerie (Boucher de La Broquerie) qui lui apporte une dot de 10 000. Le couple aura au moins cinq enfants.

Un an environ après son mariage, Hertel de Rouville hérite de la seigneurie de Rouville et d’une partie de la seigneurie de Chambly, en vertu du testament laissé par son père le 24 septembre 1814. Le testament stipule que l’héritier ne prendra possession des biens qu’au moment du décès de sa mère, lequel survient le 25 janvier 1819. Hertel de Rouville est le premier seigneur de sa famille à élire domicile dans sa seigneurie. Dès 1819, il aménage son manoir et, environ deux ans plus tard, il entreprend de dresser son papier terrier. Entre-temps, il amorce des démarches pour la construction d’une église destinée à remplacer la chapelle qu’avait fait ériger son père à la fin du xviiie siècle. L’affaire avait suscité à l’époque beaucoup de dissensions chez les censitaires du rang des Hurons, ceux du rang des Étangs et ceux du rang du Bord-de-l’Eau, qui avaient vu d’un mauvais œil les projets de développement du seigneur. La situation cette fois-ci se présente différemment. En effet, un incident imprévu, l’incendie de l’église de Belœil, en 1817, avait obligé la population voisine à venir assister au service divin dans la paroisse de Hertel de Rouville. Prétextant l’exiguïté de la chapelle, celui-ci multiplie ses appels aux autorités ecclésiastiques. Il semble toutefois que de vieilles animosités perdurent entre les censitaires, puisque le seigneur n’obtiendra gain de cause que le 24 février 1827, lorsque sera finalement consentie l’érection canonique de la paroisse Saint-Hilaire (à Mont-Saint-Hilaire). Il lui faudra pourtant attendre encore plusieurs années la construction de l’église et la nomination du premier curé résidant. Quant à l’érection civile de la paroisse, elle ne se fera que le 10 juillet 1835.

Comme son père, Hertel de Rouville se laisse tenter par la politique. Élu député à l’âge de 35 ans, il représente d’abord la circonscription de Bedford, du 28 août 1824 au 2 septembre 1830, puis celle de Rouville, nouvellement créée, du 26 octobre 1830 jusqu’à ce qu’il remette sa démission le 10 novembre 1832. Au cours de son premier mandat, les électeurs de Québec et de Montréal décident, à l’hiver de 1827–1828, d’adresser une requête au roi afin de dénoncer les abus du gouvernement Dalhousie [Ramsay*]. La requête de Montréal s’avère particulièrement virulente, car elle contient en première partie une longue série d’accusations contre le gouverneur, suivie d’une demande exigeant le rappel de ce haut fonctionnaire impérial. Partagé entre ses responsabilités de militaire et celles de député, Hertel de Rouville accepte néanmoins de signer la pétition. La réaction est immédiate : le 25 février 1828, il apprend par les journaux qu’un ordre général de milice le destitue de son grade, en même temps que quatre autres officiers qui ont également signé la requête. Le 6 mars suivant, l’incident alimente les discussions de l’assemblée des comités de comtés de la région de Montréal. Il y est résolu de dénoncer ce nouvel abus du gouverneur et d’en informer les agents du Bas-Canada en Angleterre afin qu’ils en avisent à leur tour le roi. L’affaire ne se réglera qu’à l’été de 1828, avec le départ de lord Dalhousie.

Appelé au Conseil législatif, Hertel de Rouville y siège du 22 août 1837 au 27 mars 1838. Cela ne l’empêche pas de se retrouver en butte aux attaques du curé de Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville, Louis Nau*. Le 8 novembre 1838, dans une déposition sous serment, celui-ci l’accuse non seulement d’avoir soutenu l’effort des rebelles dans sa région, mais d’y fomenter de nouveaux troubles, et même d’avoir fourni « cent cinquante louis pour procurer des armes aux révolutionnaires ». Le 5 octobre 1839, Nau s’adresse cette fois aux « Commissaires de l’Indemnité » qui se penchent sur les réclamations faites par Hertel de Rouville, déclarant qu’il croit de son devoir de les informer que la veille « une Adresse & plusieurs depositions & un autre document authentique qui prouvent la Déloyauté du dit De Rouville ont été présentés à son Excellence dans les vues d’aider la marche juste & honnête du Gouvernement de Sa Majesté ». À ces témoignages s’ajoute celui du magistrat de police William Foster Coffin* qui n’est pas tendre à l’endroit du seigneur de Rouville.

Ces dépositions semblent avoir exercé une influence déterminante sur les autorités britanniques qui optent dès lors pour une attitude réservée envers Hertel de Rouville. Celui-ci n’avait pourtant pas hésité à loger et à nourrir les troupes dans le comté. Dans sa correspondance avec des officiers britanniques, il ne cesse de multiplier les offres de service et les témoignages de fidélité comme en fait foi cette lettre adressée au major Thomas Leigh Goldie, le 14 juin 1839 : « Malgré que mon Nom et Pronoms Soyent Français où Canadiens, [...] je suis et [...] j’ai toujours été aussi bon et Peut-être Meilleur Sujet de Sa Majesté Britannique, que tous Ceux qui Portent des Noms avec des O, des Mac, et tous autres Noms Anglais, Irlandais et Écossais [...] Je Suis loin d’être l’homme que l’ont a voulut [...] faire Croire [au gouverneur] que j’étoit et qu’il Crois que je Suis. »

Jean-Baptiste-René Hertel de Rouville ne sera plus jamais le même homme. Inquiet, tendu, il se referme sur lui-même, ce qui rend très difficiles ses rapports avec son entourage. Par surcroît, ses affaires vont mal. Malade, il charge bientôt son gendre, le docteur Jean-Baptiste Brousseau, de Belœil, de vendre sa seigneurie de Rouville, et quitte son manoir pour aller demeurer chez son fils, Jean-Baptiste-René-Jacques, à Sorel. La transaction est conclue le 16 avril 1844 en faveur du major Thomas Edmund Campbell* pour la somme de 17 000. Après la mort de son épouse, de nouveau malade et endetté, il vend sa seigneurie du Lac-Mitis, le 1er février 1855, à trois hommes d’affaires anglophones : Alfred Gill, de Hartford, au Connecticut, Cartland Starr, de Boston, et Samuel Eastman Crocker. On croit qu’il s’installe chez sa fille Marie-Anne-Charlotte, à Belœil, en 1858. Selon l’acte de sépulture, il serait mort à Boucherville le 3 janvier 1859 et y aurait été inhumé cinq jours plus tard.

Serge Courville

AC, Beauharnois (Valleyfield), Minutiers, Ovide Leblanc, 16 avril 1844.— ANQ-M, CE1-22, 3 sept. 1816, 8 janv. 1859 ; CE1-51, 20 juin 1789 ; CN1-43, 24 sept. 1814 ; CN3-29, 1er févr. 1855.— ANQ-Q, E17/44, nos 3564, 3595–3596, 3597–3598a, 3599–3600 ; E17/45, nos 3601, 3603a.— Caron, « Inv. de la corr. de Mgr Panet », ANQ Rapport, 1933–1934 : 293, 322, 341, 344, 347–348 ; 1934–1935 : 397, 401, 406–407 ; 1935–1936 : 170, 172–173, 233, 260.— Desrosiers, « Inv. de la corr. de Mgr Lartigue », ANQ Rapport, 1944–1945 : 182, 209.— Turcotte, le Conseil législatif.— Armand Cardinal, Histoire de Saint-Hilaire ; les seigneurs de Rouville (Montréal, 1980).— P.-G. Roy, « Biographies canadiennes », BRH, 21 (1915) : 53–54.

Bibliographie générale

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Serge Courville, « HERTEL DE ROUVILLE, JEAN-BAPTISTE-RENÉ », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hertel_de_rouville_jean_baptiste_rene_8F.html.

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Auteur de l'article:   Serge Courville
Titre de l'article:   HERTEL DE ROUVILLE, JEAN-BAPTISTE-RENÉ
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   19 avril 2014