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HOOD, ROBERT, officier de marine, explorateur, peintre et arpenteur, né vers 1797, probablement à Portarlington (république d’Irlande), fils cadet de Richard Hood et de Catherine Roe ; décédé célibataire le 20 octobre 1821 près du lac Providence (Territoires du Nord-Ouest).

Robert Hood venait d’une famille anglo-irlandaise et fut probablement instruit par son père, ministre érudit qui avait quelque aptitude pour les sciences. Dès 1803, la famille vivait à Bury St Edmunds, en Angle-terre, où le révérend Hood avait été nommé vicaire.

Le 5 février 1809, Hood fut admis dans la marine royale comme volontaire de première classe. Il servit tour à tour sur la Baltique, au large de la péninsule Ibérique, sur la Méditerranée, sur la Manche et, en août 1816, il participa à une attaque lancée contre Alger. Ensuite, il fit un bref séjour à la station du cap de Bonne-Espérance. Il avait été promu gabier breveté en octobre 1810 et midship en septembre 1811. Lorsqu’il passa l’examen en vue d’obtenir le grade de lieutenant en octobre 1816, Hood présenta ses journaux de bord personnels, qui contenaient nombre de dessins et d’aquarelles représentant diverses scènes de la vie en mer. Les officiers examinateurs déclarèrent n’avoir « jamais vu de plus beaux journaux » et lui décernèrent un certificat. Cependant, sa promotion ne fut pas confirmée et il fut mis à la demi-solde.

Une fois les guerres napoléoniennes terminées, l’Amirauté britannique put s’employer à chercher un passage entre l’Atlantique et le Pacifique par la voie de l’Arctique nord-américain. C’est dans ce contexte qu’en mai 1819 Hood fut choisi pour participer, à titre de midship, à une expédition terrestre qui serait commandée par le lieutenant John Franklin* et qui partirait de la baie d’Hudson. Le but ultime de cette expédition était de dresser une carte de la côte arctique à partir de l’embouchure du fleuve Coppermine (Territoires dû Nord-Ouest) jusqu’à l’inlet Chesterfield, dans la baie d’Hudson. Hood et George Back* noteraient des observations nautiques, géographiques et météorologiques et feraient sur « le pays, les indigènes et les divers éléments d’histoire naturelle » des dessins selon les suggestions que leur ferait l’officier en second, John Richardson*.

Outre le manque de planification dont elle souffrit, l’expédition connut des difficultés imprévues et la malchance semblait s’acharner contre elle. Le groupe arriva à York Factory (Manitoba) le 30 août 1819 sans avoir pu engager un nombre suffisant de ra-meurs aux Orcades, en Écosse. Mobilisée par la rude concurrence qu’elle livrait à la North West Company, la Hudson’s Bay Company ne fut pas en mesure de fournir à l’expédition les hommes et les embarcations qui lui manquaient. C’est donc en laissant derrière lui une bonne quantité de vivres et de matériel que le groupe, formé de 11 personnes, partit pour Cumberland House (Saskatchewan), sur la rivière Saskatchewan, où il parvint en octobre 1819.

En janvier 1820, Franklin et Back se mirent en route pour le fort Chipewyan (Fort Chipewyan, Alberta), sur le lac Athabasca, en compagnie du navigateur John Hepburn*. Hood et Richardson, quant à eux, restèrent à Cumberland House pour étudier les coutumes des autochtones, pour examiner la flore et la faune de la région et pour noter leurs observations météorologiques. Dans son journal intime, Hood signalait que leur cabane « s’avérait un peu trop aérée pour le climat » et que même s’ils entretenaient « constamment le feu dans les cheminées, [leurs] plumes et [leurs] pinceaux gelaient sur le papier ». Fin mars et début avril, il fit une expédition en pleine brousse pour dessiner un orignal et étudier les aurores boréales. « Les misères que l’on endure lors d’un premier voyage de ce genre sont si grandes, écrivait-il, que rien ne pourrait amener le pauvre voyageur à en entreprendre un deuxième tant qu’il sent la douleur le tenailler. Ses os lui semblent écrasés sous une pression inexplicable, ses pieds traînent un poids intolérable, [et] la trace de ses pas est marquée de sang. Le paysage aveuglant qui l’entoure n’offre aucun repos à son regard, aucun objet susceptible de le distraire du supplice qu’il subit [... ] Mais, heureusement pour lui, nul mal ne laisse une impression plus évanescente que la douleur [...] Le voyageur oublie bientôt ses souffrances et, d’un voyage à l’autre, il les ressent de façon de moins en moins vive. »

Le 13 juin 1820, Hood et Richardson partirent rejoindre Franklin. Aux rapides Otter (Saskatchewan), sur le fleuve Missinippi (fleuve Churchill), Hood risqua sa vie en tentant vainement de rescaper un guide de canot qui avait été emporté par les eaux. L’incident fut noté non pas par Hood mais par Richardson. Réunie au fort Chipewyan, l’expédition, qui comptait alors de nouveaux voyageurs et interprètes, se rendit au fort Providence (Old Fort Providence, Territoires du Nord-Ouest), puis au lac Winter, où elle commença en août 1820 la construction du fort Enterprise. Back et Hood reconnurent l’itinéraire par lequel le groupe regagnerait le fleuve Coppermine au printemps suivant. Les deux hommes tombèrent amoureux d’une Indienne de 15 ans, Greenstockings, qui appartenait à la tribu des Couteaux-Jaunes ; si Hepburn, qui était perspicace, n’avait pas subreptice-ment déchargé leurs fusils, ils se seraient battus en duel pour elle. On envoya Back au fort Chipewyan, à 1 100 milles de là, chercher des provisions de première nécessité, ce qui évita par la suite d’autres incidents. Hood peignit un portrait de Greenstockings, qui eut d’ailleurs une fille de lui. Pendant l’hiver, il travailla sans relâche à ses dessins, peintures et observations ; il manqua ainsi d’exercice et d’activité au grand air, et sa santé se détériora.

En juin 1821, l’expédition partit pour l’embouchure du fleuve Coppermine. En raison de la rivalité qui régnait entre la Hudson’s Bay Company et la North West Company, elle manquait cruellement de vivres depuis quelque temps et cette pénurie allait continuer de sévir. Du 18 juillet au 18 août, le groupe, formé de 5 Anglais, 11 Canadiens, 2 chasseurs indiens et 2 Inuit [V. Tattannoeuck], fit le tracé de 675 milles de littoral dans une région qu’aucun Blanc n’avait jamais vue. Le manque de provisions et l’arrivée de l’hiver forcèrent l’expédition à faire halte à la pointe Turnagain, dans le détroit de Dease. Franklin décida ensuite de retourner au fort Enterprise en passant par l’ inlet Bathurst, la rivière Hood qui venait d’être découverte, et la toundra, mais ce trajet s’avéra d’une difficulté tout à fait imprévue. La traversée de la toundra se fit à la file indienne, les voyageurs prenant la tête du groupe chacun leur tour pour se frayer un chemin dans la neige. Hood, qui était déjà affaibli, marchait en second et dirigeait leurs pas, mais cette position était si épuisante que le 20 septembre il dut l’abandonner. Le groupe se nourrissait de petit gibier et d’un lichen appelé tripe-de-roche qui fut cause de diarrhée pour certains d’entre eux, pour Hood en particulier. Il s’était porté volontaire pour la répartition de la nourriture – « tâche haïssable », écrivait Franklin – et prenait « toujours la plus petite portion ». Le 7 octobre, Franklin, Back et leurs compagnons plus valides durent laisser derrière eux plusieurs hommes, dont Hood, qui étaient trop faibles pour suivre le rythme de la marche. Le 6 du même mois, ils en avaient déjà abandonné deux autres qui moururent sans doute par la suite. Le 18, Hood faillit mourir d’épuisement, de faim et de déshydratation, mais ce fut apparemment un voyageur iroquois, Michel Terohaute, qui, le 20 octobre, mit fin à ses jours en lui tirant, semble-t-il, une balle dans la tête à la suite d’une violente querelle. Terohaute fut exécuté par Richardson, qui le soupçonna plus tard de cannibalisme.

Fervent chrétien – Hood lisait A scripture help [...] d’Edward Bickersteth au moment de sa mort – Hood était un homme consciencieux, travailleur, honnête, discret et stoïque. Esprit curieux, porté à la spécula-tion, il avait aussi un sens de l’humour un peu grinçant. Il n’était peut-être pas assez fort physique-ment pour supporter les rigueurs de l’expédition, mais le surcroît de travail et les privations qu’il s’était imposés avaient miné sa résistance. S’il avait survécu, il aurait peut-être gagné la renommée et la croix de chevalier qui revinrent à ses compagnons. En fait, quelques semaines après sa mort, le groupe de Franklin apprit qu’il avait été promu lieutenant le er janvier 1821.

Au total, 11 hommes avaient trouvé la mort dans cette première expédition terrestre organisée par l’Amirauté. Les survivants, parmi lesquels on comptait tous les Anglais sauf Hood, rapportèrent des renseignements précieux sur les régions du Nord-Ouest et de l’Arctique. Certaines parties du continent qui n’avaient pas encore été relevées purent être dessinées avec grande précision, et ce surtout grâce à Hood. Doué d’un « extraordinaire talent », et manifestant « le même degré de zèle et d’exactitude que dans toutes ses autres activités », disait Franklin, il avait fait des levés tout au long de l’expédition et « reporté chaque soir le trajet sur une carte réglée ». Il fut le premier à relever minutieusement la région du Nord-Ouest à la boussole. Le journal de Hood, d’un style agréable, permet de suivre les déplacements, les travaux et les tribulations de l’expédition à compter du 23 mai 1819 jusqu’au 15 septembre 1820. Il décrit la flore, la faune et la géographie de la région ; il contient des observations sur le climat, les phénomènes magnétiques et les aurores boréales. Il renferme aussi des notes sur les techniques locales de transport, de chasse et de pêche ainsi que sur la morphologie, les coutumes et le mode de vie des Inuit, des Métis et des Indiens, les Cris surtout. Franklin s’inspira de ce journal pour écrire une partie de Narrative of a journey to the shores of the polar sea in the years 1819, 20, 21 and 22 [...], ouvrage qui fut illustré de huit gravures reproduisant des dessins de Hood, dont le portrait de Greenstockings. Estimant que les observations de Hood sur les aurores boréales contenaient « quelques faits nouveaux », Franklin les reproduisit intégrale-ment dans une deuxième édition.

Robert Hood fut l’un des meilleurs peintres animaliers de son époque ; ses oiseaux, en particulier, sont remarquables. Cinq des oiseaux qui passent l’hiver dans le Nord et qu’il peignit au fort Cumberland étaient jusque-là inconnus des ornithologues ; si ses peintures avaient été reproduites dans une publication à leur arrivée à Londres et si les espèces avaient été nommées, leur découverte aurait été attribuée en priorité à Hood. Sa mémoire n’en est pas moins perpétuée par une fleur (phlox hoodii, ou phlox de Hood), par un roseau (carex hoodii), par un animal (Citellus tridecemlineatus hoodii, ou tamia à 13 rayures), et par un cours d’eau, la rivière Hood, que l’expédition emprunta lors de son tragique retour.

Jim Burant

Robert Hood est l’auteur de : « Narrative of the proceedings of an expedition of discovery in North America under the command of Lieut. Franklin, R.N. », dont une copie manuscrite se trouve dans PABC, AA20, H76, et une autre sur microfilm au Glenbow-Alberta Institute. Ce récit a été publié sous le titre de To the Arctic by canoe, 1819–1821 : the journal and paintings of Robert Hood, midshipman with Franklin, Clarence Stuart Houston, édit. (Montréal et Londres, 1974), avec des reproductions d’une silhouette de Hood et de plusieurs de ses peintures. Les chapitres quatre et cinq du journal avaient déjà été imprimés dans Alberta Hist. Rev. (Edmonton), 15 (1967) : 6–17, sous le titre de « Some account of the Cree and other Indians, 1819 ».

Cinq gravures d’après des dessins faits par Hood en 1809, 1811 et 1812 à bord des navires Melpomene et Impérieuse ont été publiées dans James Ralfe, Naval chronology of Great Britain [...] (Londres, 1820). Les journaux que Hood a tenus à bord de l’Impérieuse et du Spey appartiennent à la famille Birch de Surrey en Colombie-Britannique.

Un grand nombre des dessins et aquarelles de Hood ont survécu. Ils se trouvent principalement dans des collections privées et la plupart restent encore entre les mains de membres de la famille. Six aquarelles peintes lors de l’expédition de Franklin se trouvent aux APC et ont été reproduites en noir et blanc dans W. M. E. Cooke, Collection d’œuvres canadiennes de W. H. Coverdale, peintures, aquarelles et dessins (Collection du Manoir Richelieu) (Ottawa, 1983).

J.-R. Bellot, Memoirs of Lieutenant Joseph René Bellot [... ] with his journal of a voyage in the polar seas, in search of Sir John Franklin, [Julien Lemer, édit.] (2 vol., Londres, 1855).— John Franklin, Narrative of a journey to the shores of the polar sea in the years 1819, 20, 21 and 22 [...] (Londres, 1823).— HBRS, 1 (Rich).— John Richardson, Arctic ordeal : the journal of John Richardson, surgeon-naturalist with Franklin, 1820–1822, C. S. Houston, édit. (Kingston, Ontario, et Montréal, 1984).— G. B., ADM, Navy list, 1805–1822.— W. R. O’Byrne, A naval biographical dictionary : comprising the life and services of every living officer in Her Majesty’s Navy [...] (Londres, 1849).— R. E. Johnston, Sir John Richardson : Artic explorer, natural historian, naval surgeon (Londres, 1976).— Paul Nanton, Arctic breakthrough ; Franklin’s expeditions, 1819–1847 (Toronto et Vancouver, 1970).— L. H. Neatby, The search for Franklin (Edmonton, 1970).— A. G. E. Jones, « Lieutenant Robert Hood, R.N., 1797–1821 », Musk-Ox (Saskatoon, Saskatchewan), no 16 (1975: 67–68. – John Warkentin, « [Review of] Arctic ordeal : the journal of John Richardson, surgeon-naturalist with Franklin, 1820–1822 », CHR, 66 (1985: 588–589.

Bibliographie générale

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Jim Burant, « HOOD, ROBERT », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 15 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hood_robert_6F.html.

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Auteur de l'article:   Jim Burant
Titre de l'article:   HOOD, ROBERT
Titre de la publication:   FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   15 septembre 2014