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HORNER, RALPH CECIL, fermier, ministre méthodiste, revivaliste et évêque de l'Église du mouvement de sainteté, né le 22 décembre 1853 près de Shawville, Bas-Canada, fils aîné de James Horner et d’Ellen Richardson ; le 27 novembre 1890, il épousa à Ottawa Annie E. McDonald, et ils eurent au moins quatre filles et trois fils ; décédé le 12 septembre 1921 près d’Ivanhoe, Ontario.

D’ascendance anglicane et nord-irlandaise, Ralph Cecil Horner appartenait à la troisième génération d’une famille de cultivateurs établie du côté québécois de la vallée de l’Outaouais en face de Renfrew. Orphelin de père dès l’âge de 16 ans, il dut quitter l’école pour exploiter la ferme. Tout de suite après sa conversion, qui survint en juillet 1876 au cours d’une assemblée méthodiste tenue en plein air non loin de son domicile, la grâce descendit sur lui pour une deuxième fois et lui donna l’entière sanctification ou sainteté complète [V. James Caughey*]. Il commença alors à servir à titre de prédicateur laïque dans des rassemblements religieux tenus dans les environs. Il témoignait des dons que Dieu lui avait accordés, en particulier la sainteté. Au moyen de la prière, il reçut par la suite une troisième fois la grâce de l’Esprit saint sous la forme d’une « langue de feu » qui, telle celles de la Pentecôte, lui donnait le pouvoir d’évangéliser. « Ce don supplémentaire pour conquérir des âmes a été l’élément déterminant de mon expérience, a-t-il écrit dans ses mémoires. Il a mis en action tous les pouvoirs latents de mon âme et stimulé toutes mes facultés pour [que je sois] efficace dans la vigne du Seigneur. »

En 1882, Horner se fit admettre comme suffragant par l’Église méthodiste du Canada afin de remplir plus efficacement sa tâche d’évangéliste (il nia toujours être appelé aux fonctions régulières du ministère). Sa première année de probation se déroula dans la circonscription ecclésiastique de Clarendon, au sud du comté de Renfrew. De 1883 à 1885, il étudia la théologie à la Victoria University de Cobourg. Pendant sa dernière affectation à titre de suffragant – en 1885–1886 à Cobden et à Locksley dans le comté de Renfrew –, il séjourna à Philadelphie, où il obtint une licence d’art oratoire de la National School of Elocution and Oratory. Après une courte querelle publique avec des autorités de la Conférence méthodiste de Montréal au sujet de la nature de l’ordination – les méthodistes n’avaient pas d’ordination spéciale pour qui voulait devenir évangéliste –, il fut ordonné le 29 mai 1887. Néanmoins, la conférence en fit l’un de ses évangélistes pour une période de trois ans. L’Église avait créé ces postes pour éviter les problèmes disciplinaires et théologiques souvent liés aux prédicateurs indépendants et itinérants. Aucun revivaliste ne pouvait prêcher sur un territoire donné sans l’autorisation de la conférence et de la circonscription ecclésiastique.

Comme il prononçait des sermons enthousiastes et chargés d’émotion, mettait l’accent sur l’entière sanctification et la troisième grâce reçue de l’Esprit saint et accordait du crédit aux manifestations physiques de dérèglement (cris, pleurs, agitation des pieds et des mains, prostration), Horner ne tarda pas à recevoir des blâmes de la part de ses supérieurs et des méthodistes soucieux de préserver la respectabilité de l’Église. En plus, il désobéissait aux règles en portant la bonne nouvelle partout où il estimait pouvoir être efficace, même si ses réunions de ferveur « enflammées » perturbaient le travail du clergé local. Pour le discipliner, la conférence l’affecta en 1890–1891 dans la circonscription ecclésiastique de Portage-du-Fort, près de Shawville. Cependant, Horner engagea un ministre suppléant en juillet 1890 et continua d’évangéliser en toute indépendance. Parce qu’il avait converti des milliers de personnes dans la vallée de l’Outaouais et les territoires adjacents et parce qu’il avait publié plusieurs livres religieux utiles, la conférence oublia ses écarts de conduite et le nomma évangéliste pour les années 1891–1892, puis 1892–1893. En novembre 1890, il avait épousé une jeune femme de 23 ans, Annie E. McDonald. Elle l’avait assisté dans des réunions de ferveur où il s’était rendu et l’aiderait dans son œuvre d’évangélisation.

En 1893, à la demande de Horner et en réponse à d’autres plaintes au sujet de sa conduite (il avait notamment engagé des assistants prédicateurs laïques sans formation ni autorisation de prêcher), le comité des affectations de la conférence ne lui confia aucun territoire. Avec ses prédicateurs laïques, Horner acheta une ancienne église baptiste à Ottawa afin d’amplifier son œuvre et de lui donner un caractère officiel. L’année suivante, il fut affecté dans la circonscription ecclésiastique de Combermere, dans le comté de Renfrew, mais son refus de s’y rendre et sa résistance croissante à la doctrine et à la discipline de l’Église forcèrent celle-ci à le déposer en 1895. Lui dont les opuscules religieux comprenaient des études sur John Wesley et la sainteté méthodiste fit valoir que l’Église s’opposait à ce que l’on prêche la grande doctrine wesleyenne de l’entière sanctification. Au début, il avait pu compter sur l’appui du surintendant général, Albert Carman*, mais cet homme conservateur ne pouvait accepter aucune répudiation de l’autorité disciplinaire. En outre, la puissante aile libérale de l’Église refusait toute indulgence envers les excès de Horner et ses critiques du méthodisme institutionnel.

Au début des années 1890, de concert avec des ministres méthodistes ayant des idées semblables aux siennes, dont Nelson Burns* et Albert Truax, et avec des laïques, Horner avait embrassé les principes du mouvement de sainteté. En 1895, ils réorganisèrent la Canadian Holiness Association (société fondée au sein des méthodistes en 1879) pour former la Christian Association. En 1894, Horner était devenu membre d’une organisation ultra du mouvement de sainteté, la Wesleyan Methodist Connection of America ; après avoir été expulsé de la Christian Association, il tenta sans succès de la faire constituer juridiquement au Canada. En 1897, il fonda l’Église du mouvement de sainteté en Canada, où il prit la dignité d’évêque. Cette Église attira plusieurs milliers de chrétiens évangéliques déçus – méthodistes, baptistes et autres – habitant dans le triangle formé par Renfrew, Montréal et Kingston. Bientôt, elle gagna aussi des adeptes dans la péninsule de Bruce en Ontario et dans l’Ouest canadien, où bon nombre de ses fidèles s’installèrent. L’Église avait des missions à l’étranger (en particulier en Égypte) ; elle ouvrit une maison d’édition et un séminaire dans la maison des Horner à Ottawa. À compter de 1897, elle publia un périodique, le Holiness Era. En Ontario, les adeptes de Horner étaient le plus souvent des fermiers et des ouvriers aux prises avec la dépopulation rurale ou le déclin économique. En outre, ils se sentaient menacés par le prosélytisme catholique et, comme d'autres protestants conservateurs, ils se méfiaient du modernisme théologique libéral.

L’aplomb de Horner, son adhésion à la sainteté et sa disposition à affronter les « professeurs de religion » apparemment laxistes fascinaient ses adeptes. Dans ses sermons et ses écrits, il prétendait avoir connu des infusions de force qui lui permettaient de convertir les pécheurs. Parlant vers 1899 de l’un de ses passages favoris de la Bible, Michée (chap. iii, 8) (« Moi, au contraire, je suis plein de force, et du souffle de Yahvé »), il évoqua sa première expérience : « Un samedi soir, tandis que j’attendais sous ma tente une victoire pour le Sabbat, ce texte est venu, et avec lui une bourrasque ; je ne pouvais ni m’asseoir, ni me tenir debout, ni m’étendre ; j’étais dans toutes les formes, et la tente, de 40 [pieds] sur 60, semblait trop petite pour me contenir. Il me tardait d’être dehors pour avoir de l’espace […] Le lendemain j’ai prêché sur “ Moi, je suis plein de force ”. Tous les opposants se sont rués vers l’autel pour [demander] miséricorde. »

Horner se considéra toujours comme un fidèle adepte de Wesley et un défenseur du christianisme scripturaire. Sans être un adventiste prémillénariste, il croyait que le monde devait se préparer à la seconde venue du Christ. Surtout, il faisait valoir que toute personne sanctifiée devait rechercher la bénédiction supplémentaire de la grâce du feu, qui donnait à l’individu le pouvoir d’intercéder auprès de Dieu au nom des pécheurs, donc d’aider à convertir le monde. Comme il estimait que ces principes fondamentaux de la doctrine wesleyenne étaient violés, même au sein de sa propre confession religieuse, l’évêque chauve à barbe blanche et une forte minorité de membres de l’Église du mouvement de sainteté fondèrent en 1916 la Standard Church of America, qui établit son siège et une maison d’édition à Brockville, en Ontario. En fait, la scission se produisit en grande partie à cause du style d’épiscopat pratiqué par Horner et de son incapacité d’accepter l’avis des générations montantes de leaders du mouvement de sainteté. Au début du xxe siècle, bon nombre d’assemblées de fidèles de ce mouvement se scindaient et se reformaient autour de chefs précis et de questions déterminées, notamment les implications du pentecôtisme, particulièrement la glossolalie.

Évangéliste jusqu’à la fin, Ralph Cecil Horner mourut en 1921 au cours d’une assemblée en plein air qu’il animait près d’Ivanhoe, en Ontario, au nord de Belleville. On l’inhuma au cimetière Merivale près d’Ottawa.

Neil Semple

Les publications de Ralph Cecil Horner comprennent : Pentecost (Toronto, 1891) ; Notes on Boland ; or, Mr. Wesley and the second work of grace (Toronto, 1893) ; Fragments from the feast ; or, 18 sermons, E. T. Campbell, édit. (Belleville, Ontario, 1902) ; Bible doctrines (2 vol., Ottawa, 1908–1909) ; The doctrines of the Standard Church of America defined and proved from Scripture [...] (Brockville, Ontario, s.d.) ; et Ralph C. Horner, evangelist : reminiscences from his own pen ; also reports of five typical sermons, publié à titre posthume par la veuve du sujet, Annie E. [McDonald] Horner (Brockville, [1926 ?]). Des numéros de l’Holiness Era (Ottawa) de 1897, 1899 et 1900 peuvent être consultés sur microfilm à l’EUC-C.

AN, RG 31, C1, 1901, Ottawa, Wellington Ward, div. 9 : 18 (mfm aux AO).— ANQ-Q, M122/28, 13 juill. 1854.— AO, RG 22-354, nº 10387 ; RG 80-5-0-175, nº 2132 ; RG 80-8-0-818, nº 15841.— Ottawa Evening Journal, 16 sept. 1921.— Annuaire, Ottawa, 1901.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).— G. H. Cornish, Cyclopædia of Methodism in Canada [...] (2 vol., Toronto et Halifax, 1881–1903), 2.— Marilyn Fardig Whiteley, « Cyclones of power/noisy display : the holiness conflict in the Methodist Church », Canadian Methodist Hist. Soc., Papers (Toronto), 11 (1997) : 11–25.— B. R. Ross, « Ralph Cecil Horner : a Methodist sectarian deposed, 1887–1895 », Canadian Church Hist. Soc., Journal (Toronto), 19 (1977) : 94–103.— Neil Semple, The Lord’s dominion : the history of Canadian Methodism (Montréal et Kingston, Ontario, 1996)

Bibliographie générale

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Neil Semple, « HORNER, RALPH CECIL », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/horner_ralph_cecil_15F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
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