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HOUDE, FRÉDÉRIC, journaliste et homme politique, né le 23 septembre 1847 à Saint-Antoine-de-la-Rivière-du-Loup (Louiseville, Québec), fils d’Antoine Houde, fermier, et d’Angèle Descoteaux ; décédé le 15 novembre 1884 dans son village natal.

Après avoir fait ses études secondaires au séminaire de Nicolet, Frédéric Houde devint, en 1868, l’un des directeurs adjoints du journal le Constitutionnel à Trois-Rivières. L’année suivante, il émigra en Nouvelle-Angleterre et collabora à divers journaux dans les nouvelles paroisses qu’on fondait alors pour les immigrants canadiens-français. Il travailla quelque temps à l’Étendard national (édition spéciale de l’Opinion publique) à Worcester, Massachusetts. Il passa ensuite au journal le Protecteur canadien de St Albans, Vermont. Quand ce dernier cessa de paraître en septembre 1871, après un incendie dans l’atelier d’imprimerie, Houde se joignit à Antoine Moussette pour lancer l’Avenir national à St Albans en octobre suivant. Le 18 mars 1873, il s’associa avec Ferdinand Gagnon pour fonder le Foyer canadien à Worcester. En août 1874, Houde acheta la part de Gagnon et déménagea le journal à St Albans où, en juin 1875, il organisa une fusion avec le Nouveau Monde de Montréal.

Pendant ses six années en Nouvelle-Angleterre, Houde s’intéressa très activement aux associations franco-américaines et aux congrès annuels des francophones dans les villes américaines. Il fut l’un des principaux organisateurs de l’imposant congrès des Canadiens français et des Franco-Américains qui eut lieu à Montréal le 24 juin 1874 pour célébrer le 40e anniversaire de l’Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal et pour réunir les « frères émigrants » dont on regrettait l’exode [V. Ferdinand Gagnon]. À cette occasion, Houde se fit l’ardent défenseur d’une résolution de Siméon Pagnuelo* appuyant Louis Riel. Ce dernier vint à Worcester remercier Houde et y prononça un discours à une réunion publique, le 18 juillet 1874.

Houde revint au Canada en 1875 et joua un rôle de premier plan dans le journalisme ultramontain comme directeur du Nouveau Monde, organe non officiel de Mgr Ignace Bourget de Montréal. En juillet 1879, Houde devint l’unique propriétaire de ce journal tout en conservant ses liens avec le Foyer canadien. Sa carrière journalistique fut brusquement interrompue en 1882, à la suite de sa participation à la querelle ecclésiastique au sujet des droits de l’université Laval sur sa succursale à Montréal. Le 24 janvier, le Monde reçut de Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau*, archevêque de Québec, une lettre du cardinal Giovanni Simeoni, préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, devant être publiée « sans commentaire ». Cette lettre dénonçait « les individus qui se dis[aient] défenseurs de Montréal » dans la querelle. Le Monde publia la lettre, mais deux jours plus tard, le 26 janvier, Houde écrivit un violent article dans lequel il accusait Mgr Taschereau de se servir « avec usure de l’influence dont il joui[ssait] » auprès du cardinal pour que celui-ci se prononce en faveur de l’université Laval. Mgr Édouard-Charles Fabre* de Montréal transmit aussitôt à Houde sa désapprobation au sujet de l’article et lui ordonna de se rétracter. Houde, convaincu qu’il ne pouvait en conscience nier ce qu’il avait écrit et ne voulant néanmoins pas s’opposer à son évêque, annonça immédiatement (le 27 janvier) son intention de vendre son journal et d’abandonner le journalisme.

Houde menait cependant plusieurs autres affaires de front. Le 17 septembre 1878, il avait été élu à la chambre des Communes, à titre de député conservateur de Maskinongé ; réélu le 20 juin 1882, il remplit ces fonctions jusqu’à sa mort. Il prit souvent la parole aux Communes ; ses commentaires étaient modérés et documentés. Il se prononça contre le « patronage » et en faveur du protectionnisme ; en avril 1882, il n’hésita pas à s’opposer à Wilfrid Laurier* qui, croyait-il, faisait injure à ses compatriotes canadiens-français lorsqu’il attribuait la faible représentation des libéraux en chambre au fait que la presse et le parti conservateur avaient toujours exploité leurs préjugés. Houde occupa aussi la présidence du Club Cartier de Montréal et il commanda en tant que lieutenant-colonel le 86e bataillon d’infanterie de la milice de Trois-Rivières. En 1880, il publia dans le Nouveau Monde un roman historique, « le Manoir mystérieux, ou les victimes de l’ambition », qui paraîtra sous forme de livre en 1913, avec un avant-propos de Casimir Hébert. Lionel Léveillé, en 1914, et l’abbé Albert Dandurand, en 1937, démontreront que le roman de Houde était en fait une habile transposition, dans un décor canadien, de Kenilworth de sir Walter Scott.

Défenseur infatigable des droits des Canadiens français, un des fondateurs du journalisme franco-américain et catholique fervent dont les convictions le mirent parfois aux prises avec les autorités ecclésiastiques, Houde mena une vie étonnamment active bien qu’il fût tuberculeux. Il mourut à l’âge de 37 ans, après avoir prononcé un long discours devant ses électeurs sous la pluie froide de l’automne. Lui survécurent sa femme, Catherine Dougherty, qu’il avait épousée le 28 juin 1874, deux fils et une fille.

David M. Hayne

Frédéric Houde est l’auteur d’un roman intitulé « le Manoir mystérieux, ou les victimes de l’ambition », publié d’abord sous forme de feuilleton dans le Nouveau Monde (Montréal), 20 oct.–14 déc. 1880, puis, partiellement, dans la Lyre d’or (Ottawa), 2 (1889), nos 4–6 ; ce roman fut mis en volume en 1913 à Montréal.

L’Étendard (Montréal), 18 nov. 1884.— Dominion annual register, 1884 : 229.— Belisle, Hist. de la presse franco-américaine, 91ss.— Josaphat Benoît, L’âme franco-américaine (Montréal, 1935), 139.— T.-A. Chandonnet, Notre-Dame-des-Canadiens et les Canadiens aux États-Unis (Montréal, 1872), 72, 99, 100.— Albert Dandurand, Le roman canadien français (Montréal, 1937), 100s.— Ferdinand Gagnon : biographie, éloge funèbre, pages choisies, M.-E. Martineau, édit. (2e éd., Manchester, N.H., 1940), 18s.— Germain Lesage, Histoire de Louiseville, 1665–1960 (Louiseville, Québec, 1961), 236, 241, 259s.— Rumilly, Hist. de la prov. de Québec, III : 145–151 ; Histoire des Franco-Américains (Montréal, 1958), 67–75, 81.— H.-L. Auger, « Frédéric Houde », L’Écho de Saint-Justin (Louiseville), 1er févr. 1923 : 1.— Charles Drisard, « Frédéric Houde », L’Écho de Saint-Justin, 1er févr. 1927 : 1.— « Frédéric Houde », BRH, 33 (1927) : 456.— Edmond Léo, « Causerie littéraire : le Manoir mystérieux, roman canadien inédit, par Frédéric Houde », Le Devoir (Montréal), 6 sept. 1913 : 1.— [Lionel Léveillé], « Curiosités littéraires : roman canadien inédit par [...] Walter Scott », Le Nationaliste (Montréal), 10 mai 1914.

Bibliographie générale

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David M. Hayne, « HOUDE, FRÉDÉRIC », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/houde_frederic_11F.html.

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Auteur de l'article:   David M. Hayne
Titre de l'article:   HOUDE, FRÉDÉRIC
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   24 avril 2014