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HUNTER, ADELAIDE SOPHIA (Hoodless), éducatrice et auteure, née le 27 février 1858 (et non 1857, erreur courante) dans une ferme près de St George, comté de Brant, Haut-Canada, douzième enfant de David Hunter et de Jane Hamilton ; le 15 septembre 1881, elle épousa à Cainsville, près de Brantford, John Hoodless, et ils eurent deux fils et deux filles ; décédée le 26 février 1910 à Toronto et inhumée à Hamilton.

On n’a guère, sur Addie Hunter, de détails antérieurs à 1890, année où elle commença sa carrière publique et reprit le prénom, moins familier, d’Adelaide. En 1836, ses grands-parents paternels avaient quitté le comté de Monaghan (république d’Irlande) pour le comté de Peel, dans le Haut-Canada. Son père mourut environ quatre mois avant sa naissance. Apparemment, elle ne fit guère plus que des études élémentaires. Elle ne quitta la ferme familiale qu’en 1881, une fois mariée, pour s’établir à Hamilton. John Hoodless avait en effet décidé de s’associer à son père, Joseph Hoodless, important manufacturier de meubles de cette ville. À la même époque, elle abandonna la foi presbytérienne pour l’anglicanisme et s’occupa activement des affaires de l’église Ascension de Hamilton. Le quatrième enfant du couple, un fils, mourut en 1889.

Adelaide Hoodless entra dans la sphère publique en septembre 1890 en devenant la deuxième présidente de la Young Women’s Christian Association de Hamilton. À ce titre, elle assista au Congrès mondial des femmes représentatives qui se tint en mai 1893 à Chicago, parallèlement à l’Exposition universelle. Déçue de l’accueil qu’on fit aux Canadiennes parce qu’elles manquaient d’organisations nationales, elle rentra au pays bien résolue à corriger cette lacune. Pendant plusieurs mois, elle travailla à la création du National Council of Women of Canada. À l’assemblée inaugurale de l’organisme, qui se tint à Toronto en octobre, elle fut élue trésorière, et contribua à convaincre lady Aberdeen [Marjoribanks*] d’accepter la présidence. Un mois plus tard, elle mettait sur pied le Local Council of Women de Hamilton et en devenait la secrétaire d’administration. Organisatrice de l’assemblée de fondation de l’instance nationale de la Young Women’s Christian Association, qui eut lieu à Toronto en décembre, elle se vit confier la vice-présidence de ce regroupement et accéda à la présidence en janvier 1895. Quand lady Aberdeen créa le Victorian Order of Nurses, elle soutint cette initiative à Hamilton.

Adelaide Hoodless se préoccupait non seulement du manque d’organisation des femmes, mais aussi des conséquences que l’industrialisation et l’urbanisation avaient sur leur vie. Les filles qui apprenaient à tenir maison étaient moins nombreuses que du temps de sa jeunesse. On achetait la plupart des produits que, naguère, on fabriquait chez soi. De plus en plus de femmes cherchaient un emploi dans les bureaux ou les manufactures, ce qu’elle jugeait contraire à leur mission d’épouses et de mères. Par ailleurs, l’application de certaines connaissances scientifiques à l’alimentation, amorcée aux États-Unis dans les années 1880, avait engendré de nouvelles disciplines, dont la diététique et l’hygiène. En donnant une dimension scientifique aux travaux ménagers, croyait Mme Hoodless, on aurait plus de chances d’inverser les tendances qui dépouillaient les femmes d’une partie de leur rôle familial et poussaient un grand nombre d’entre elles à se lancer sur le marché du travail. Une de ces nouvelles disciplines, appelée sciences domestiques, puis ménagères, et finalement économie domestique, apporterait aux filles une formation équivalente à celle que les garçons recevaient dans les arts mécaniques.

Mme Hoodless subissait certes l’influence des courants pédagogiques américains, mais c’est le populaire philosophe britannique Herbert Spencer qui laissa l’impression la plus durable sur sa conception de l’éducation. Tout comme lui, elle considérait l’éducation comme un moyen, et non comme une fin, et elle mettait l’accent sur son utilité plutôt que sur la valeur intrinsèque de l’acquisition des connaissances. Les résultats concrets lui importaient davantage que le développement des facultés critiques. Elle étendait l’argumentation de Spencer en soutenant que le système scolaire avait été créé par des hommes pour les hommes. Il fallait, disait-elle, rendre l’éducation plus pratique et préparer les enfants, dès leur plus jeune âge, à remplir les rôles sociaux qui convenaient à leur sexe. L’économie domestique était la clef de voûte de son système. Selon elle, cette matière était plus importante pour les filles que les arts mécaniques ne l’étaient pour les garçons, parce qu’il fallait compenser les injustices que le système d’éducation avait commises à l’endroit des jeunes femmes. L’enseignement ménager rehausserait le statut social des femmes, consoliderait la famille et découragerait les revendications en faveur du suffrage féminin. Adelaide Hoodless s’opposait à ce que les femmes votent parce que, d’après elle, c’était par l’intermédiaire de leurs fils et de leur mari qu’elles exerçaient de l’influence. Dans une conférence intitulée « New methods in education », elle déclarait : « [Aucune fille ou femme] qui a été placée devant les grandes vérités qu’expose un programme soigneusement gradué d’arts ménagers ou d’économie domestique dans son sens le plus large ne militera jamais dans les rangs des suffragettes. » Elle était encore plus sévère à l’endroit des prohibitionnistes, qu’elle qualifiait de « maniaques de la tempérance ».

En septembre 1894, au moment même où la Young Women’s Christian Association de Hamilton mettait fin à son cours commercial parce qu’Adelaide Hoodless le jugeait inadapté au rôle que les femmes devaient jouer, elle ouvrit, dans les locaux de l’association, la première école laïque d’arts ménagers au Canada. Ensuite, elle lança une vaste campagne afin de faire inscrire cette matière dans les écoles locales, au programme d’enseignement de la province et dans les écoles normales.

Les efforts que Mme Hoodless et ses compagnes déployaient afin de mettre sur pied des activités féminines qui exigeaient un financement n’étaient pas sans susciter de l’opposition à l’échelon local. Cette attitude s’enracinait dans la perception des rôles dévolus à chaque sexe, les antagonismes de classes et les conflits politiques. L’instauration récente de jardins d’enfants à Hamilton s’était révélée coûteuse, et les élus étaient réfractaires à l’idée d’affecter d’autres fonds à un enseignement qui s’était donné exclusivement à la maison jusque-là. Initialement, le mouvement syndical fut, quant à lui, aussi méfiant à l’endroit de l’économie domestique que des arts mécaniques, car il craignait l’établissement d’un système d’éducation à deux niveaux qui désavantagerait les enfants de milieu ouvrier. Adelaide Hoodless devait aussi compter avec l’opposition des conservateurs : bien que John Hoodless ait été des leurs, elle-même était demeurée libérale et comptait des appuis solides dans le parti. Malgré tout, le bureau d’éducation de Hamilton accepta en 1897 de subventionner la section locale de la Young Women’s Christian Association pour qu’elle enseigne la nouvelle matière, mais il ne renouvela pas l’expérience l’année suivante. Les autorités municipales voulaient que la province assume le coût de ce programme et signalaient que les cours n’avaient pas été offerts à un assez grand nombre d’enfants d’ouvriers.

Le libéral George William Ross*, ministre ontarien de l’Éducation de 1883 à 1899 et futur premier ministre de la province, admirait la ténacité et la détermination de Mme Hoodless, et elle trouva en lui un allié sûr. Dès 1894, elle l’intéressa à une formation spéciale pour les filles et le convainquit de visiter de nouveaux établissements aux États-Unis. Le département de l’Éducation n’accorda pas de crédits tout de suite, mais en 1897, il adopta des règlements sur le programme d’économie domestique à l’intention des conseils scolaires qui décideraient de l’offrir, ainsi que des règlements sur les examens que devraient subir les enseignantes de cette discipline. L’année suivante, à la demande du ministre, Adelaide Hoodless publia un manuel intitulé Public school domestic science, qui faisait état des récentes découvertes faites par les chimistes sur la valeur nutritive des aliments, leur conservation et leur préparation. Ce manuel s’adressait surtout au public qu’elle souhaitait particulièrement rejoindre, c’est-à-dire les normaliennes. À l’occasion, le ministre lui fit aussi rédiger, sur l’enseignement de l’économie domestique en Ontario, des rapports dont le premier parut en 1897. En outre, le département la défrayait des voyages qu’elle faisait dans la province en vue de convaincre les conseils scolaires d’enseigner l’économie domestique. Mme Hoodless était une excellente oratrice et savait convaincre ses auditoires, composés en grande partie d’hommes. Tout en dénonçant les injustices que le système scolaire commettait envers les femmes, elle rassurait ses auditeurs en leur faisant comprendre que l’enseignement ménager restaurerait la bonne vieille division sexuelle du travail. De 1894 à 1897, elle prononça plus de soixante discours.

C’est à la suite de l’une de ces conférences qu’Adelaide Hoodless allait être reconnue dans le monde entier comme fondatrice d’un organisme voué à l’avancement de l’éducation des femmes des régions rurales. En décembre 1896, elle prononça un discours à l’Ontario Agricultural College [V. William Johnston*] de Guelph. Un de ses auditeurs, Erland Lee, secrétaire du Farmers’ Institute of South Wentworth, l’invita alors à prendre la parole à la soirée féminine qui se tiendrait le 12 février à Stoney Creek, près de Hamilton. À cette occasion, elle proposa aux femmes présentes de prendre en main leur propre formation. On lui demanda donc d’assister, une semaine plus tard, à une réunion qui déboucha sur la fondation du Women’s Institute of Saltfleet Township. Le 25 février, Christina Ann Smith, femme du cultivateur (et futur sénateur) Ernest D’Israeli Smith*, fut élue présidente de l’institut, et Adelaide Hoodless présidente honoraire. L’idée fit rapidement son chemin, notamment, en Ontario, grâce au soutien financier et logistique du département de l’Agriculture. Quelques décennies plus tard, il y aurait des instituts féminins dans beaucoup de régions du monde. Longtemps, Mme Hoodless fut célèbre pour avoir lancé ce mouvement.

En raison de tous ses succès, Adelaide Hoodless aspirait à fermer l’école d’arts ménagers de Hamilton et à la remplacer par l’institut le plus avancé dans la formation des institutrices d’économie domestique – celui qui aurait les meilleures installations, fixerait les critères d’admission les plus élevés et offrirait le programme d’études le plus rigoureux. En 1896, elle lança une campagne afin de recueillir 15 000 $ pour la construction d’un immeuble, mais, en dépit de la générosité de sir Donald Alexander Smith* (futur lord Strathcona), qui encourageait aussi la formation des cadets, elle n’atteignit pas son objectif. Ce fut donc dans les locaux rénovés de la Young Women’s Christian Association que, en février 1900, l’Ontario Normal School of Domestic Science and Art, accréditée par le gouvernement, ouvrit ses portes. Mme Hoodless en était la directrice. On avait recruté le personnel enseignant aux États-Unis et en Grande-Bretagne, et on engagea, en plus, des médecins de la région et des instructeurs de l’Ontario Agricultural College. Les étudiantes suivaient certains cours dans une autre école normale de Hamilton, l’Ontario Normal College. Ellen Ross, fille du premier ministre, fut l’une des premières à s’inscrire. La diplômée la plus illustre serait Katherine Anderson Fisher, de Stratford, qui allait diriger le Good Housekeeping Institute de New York de 1924 à 1953.

Soutenue par les relations qu’elle avait au National Council of Women et au département de l’Éducation, Adelaide Hoodless devint la principale propagandiste de l’enseignement ménager au Canada. Elle allait propager son message dans les autres provinces et se rendait fréquemment aux États-Unis. En 1899, elle assista au Congrès international féministe à Londres. Cependant, au pays, elle commençait à encaisser des revers. En 1900, son école avait reçu la première subvention provinciale destinée à la formation des institutrices d’économie domestique, mais, comme on accusait l’établissement d’élitisme, le conseil municipal de Hamilton ne renouvela pas, en 1901, les crédits qu’il avait dégagés l’année précédente. L’école n’arrivait pas à équilibrer son budget, même si lord Strathcona contribuait aux frais d’exploitation. En même temps, d’autres promotrices de l’économie domestique, dont Alice Amelia Chown* et Alice Ravenhill, commençaient à proclamer que Mme Hoodless n’avait ni les diplômes ni la « formation intellectuelle » nécessaires à la réalisation des objectifs qu’elle s’était fixés. En 1901, après que son mari eut subi de graves revers dans ses affaires, elle quitta le poste de trésorière du National Council of Women. Elle devint cependant vice-présidente de la section ontarienne l’année suivante, si bien qu’elle resta au comité de direction.

Déçue par la tournure des événements à Hamilton, Adelaide Hoodless fit cause commune avec le directeur de l’Ontario Agricultural College, James Mills*, qui rêvait de fonder une faculté d’économie domestique, comme en avaient certaines universités américaines. Il avait sollicité des fonds auprès de sir William Christopher Macdonald*, le magnat du tabac, qui avait déjà financé des programmes d’enseignement, surtout dans le secteur des arts mécaniques. Désormais, il pouvait compter sur la collaboration de Mme Hoodless, selon qui l’agriculture et les arts ménagers étaient les deux domaines qui offraient des débouchés illimités aux femmes. En 1901, elle alla rencontrer Macdonald à Montréal. Ses propositions tombaient à pic, car il avait conçu, avec son conseiller en éducation James Wilson Robertson*, le projet de créer une école normale afin d’améliorer l’enseignement donné dans les régions rurales de l’est du Canada. Au début de 1902, on annonça l’octroi de la subvention qui permettait de fonder le Macdonald Institute of Home Economics, affilié à l’Ontario Agricultural College, et les travaux de construction commencèrent. L’établissement, qui comprenait une résidence, devait former des instituteurs et des institutrices d’histoire naturelle, d’arts mécaniques et d’économie domestique, et offrir un programme abrégé d’économie domestique aux filles de cultivateurs. Par la suite, une entente permit aux enseignantes et aux enseignants des Maritimes et du réseau protestant du Québec d’y étudier en attendant l’ouverture du Macdonald College de la McGill University. Mme Hoodless aida Mills à dresser les plans du campus et à mettre au point le programme.

L’Ontario Normal School of Domestic Science and Art ferma ses portes en juin 1903. Le département de l’Éducation prit son déficit en charge, et le programme fut transféré à l’Ontario Agricultural College, où les cours commencèrent en septembre dans des locaux inachevés. (L’inauguration officielle eut lieu en décembre 1904.) Contrairement à ce qu’avait espéré Adelaide Hoodless, le Macdonald Institute relevait du département de l’Agriculture, comme l’Ontario Agricultural College, et non du département de l’Éducation. Mary Urie Watson, qui avait dirigé l’école de Hamilton, devint la directrice de l’institut ; William Hawthorne Muldrew, ex-directeur d’une école secondaire à Gravenhurst, en devint le doyen.

Lorsque l’entreprise de son mari avait éprouvé des difficultés, en 1901, Mme Hoodless s’était mise en quête d’un moyen d’assurer la subsistance de la famille. Elle sollicita la direction provinciale de l’économie domestique, mais Richard Harcourt*, qui avait succédé à Ross au département de l’Éducation, accepta seulement de lui garantir un salaire temporaire de 600 $. On refusa son offre de préparer un programme d’économie domestique pour chaque année du cours secondaire public. Comme l’école d’économie domestique était constamment assaillie de problèmes financiers et allait déménager sous peu à Guelph, Mme Hoodless démissionna de la présidence de la Young Women’s Christian Association de Hamilton en septembre 1902. Vers la fin de l’année, tous ces événements provoquèrent chez elle une dépression nerveuse. Au début de 1903, voyant qu’elle ne figurait pas sur la longue liste de candidates élues au conseil d’administration de l’association, elle se mit en colère et « sortit en trombe de l’immeuble en bouillonnant d’indignation ».

Au début de 1904, grâce aux bons offices de Mary Urie Watson, Adelaide Hoodless se vit confier un petit cours d’éthique domestique au Macdonald Institute. Constatant que, mine de rien, elle ne faisait que rabâcher de vieux rapports et présenter ses thèmes familiers, Muldrew annula son cours en août. Habituée à commander plutôt qu’à obéir, elle avait éprouvé des difficultés à la nouvelle école. En avril, elle s’était plainte au ministre Harcourt : « Il est pénible de voir que les femmes doivent se battre pour que leur travail soit le moindrement reconnu, alors que les hommes n’ont qu’à demander une chose pour l’obtenir, sans que de notre côté nous soyons même consultées. » Après la mort de Muldrew en octobre, le nouveau doyen de l’Ontario Agricultural College, George Christie Creelman, l’autorisa à reprendre son cours, qu’elle donna sous forme de conférences annuelles jusqu’à la fin de sa vie.

Adelaide Hoodless espérait obtenir, pour le Macdonald Institute, le privilège exclusif de délivrer un certificat aux institutrices d’économie domestique. Elle dénigrait les initiatives lancées ailleurs dans la province, notamment à Ottawa et à la University of Toronto, où le programme d’enseignement ménager avait été accepté en 1902 à la suite d’une donation de Lillian Frances Massey* Treble. Dans la première version de son rapport de 1904 au département de l’Éducation, elle fut si dure à l’endroit du programme torontois que Harcourt dut lui demander formellement d’inclure un compte rendu favorable dans la version destinée à la publication. Ce rapport était en effet si fortement teinté par ses opinions personnelles que le département mit fin à son engagement. Certes, le gouvernement de l’Ontario avait commencé en 1903 à subventionner l’enseignement ménager dans les écoles, et l’année suivante, il en avait autorisé l’inclusion parmi les matières facultatives du cours primaire. Cependant, il n’était pas question d’accorder de statut spécial au Macdonald Institute en matière de formation des institutrices. Dans les derniers mois de 1903, Mme Hoodless envisagea de s’installer aux États-Unis, où, estimait-elle, on l’appréciait davantage à sa juste valeur, mais finalement, elle déclara que les liens familiaux la retenaient. Au début de 1905, elle eut, selon ses propres termes, une « longue et pénible maladie ».

Pendant les cinq dernières années de sa vie, Adelaide Hoodless se fit moins active, car de plus en plus, des personnes mieux qualifiées qu’elle la refoulaient dans la marge du mouvement d’économie domestique. Elle prononçait moins de conférences devant les conseils scolaires, mais chaque année, elle prenait quand même la parole plusieurs fois en public, et elle inspectait les écoles normales pour le compte du département de l’Éducation. Elle ne quitta le National Council of Women qu’en 1908 : elle démissionna du comité de direction et de la fonction de convocatrice du comité d’économie domestique qu’elle exerçait depuis la création du comité en 1901.

En 1908, Adelaide Hoodless prononça un discours devant le Carnegie Institute de Pittsburgh, et un an plus tard, elle fut nommée conseillère des Carnegie Technical Schools. Toujours en 1908, elle accepta de rédiger un rapport sur les écoles de métiers américaines pour le gouvernement de l’Ontario. À la suite d’une rencontre avec le premier ministre sir Wilfrid Laurier* en 1909, elle lui écrivit pour lui parler, avec une grande prescience, de la nécessité de créer, à Ottawa, une école nationale de recherche technique. Le Canada, faisait-elle valoir, n’avait pas développé ses propres compétences scientifiques et techniques, alors que des pays comme l’Allemagne avaient favorisé l’émergence de talents parmi leurs citoyens en établissant des laboratoires nationaux. Laurier lui répondit que l’éducation relevait exclusivement des provinces.

En 1909, Adelaide Hoodless rédigea, pour le gouvernement de l’Ontario, un rapport sur les écoles de métiers et l’instruction élémentaire. Son document manquait de cohérence : elle définissait mal son sujet et n’en traitait pas à fond. Elle dressait un bilan des établissements américains mais ne faisait aucune recommandation importante. Jusqu’à la fin, elle demeura propagandiste plutôt que théoricienne. Le 26 février 1910, elle reprenait encore une fois ses thèmes favoris sur les femmes et la société industrielle devant le Women’s Canadian Club de Toronto, quand elle s’effondra, victime d’une défaillance cardiaque.

Adelaide Hoodless fut remarquable en ceci qu’elle surmonta les limites de ses antécédents, de sa personnalité et de son intelligence pour agir sur la scène publique. Son mariage l’aida de bien des façons. Non seulement, dans l’ensemble, lui apporta-t-il la sécurité financière, mais comme John Hoodless n’avait pas l’ambition d’exercer ses activités politiques, religieuses, musicales et associatives ailleurs qu’au niveau local, elle put librement poursuivre ses propres objectifs. En outre, lui-même et leurs enfants lui apportaient le soutien émotif dont elle avait besoin lorsqu’elle se dépensait trop. Même si la renommée lui plaisait, elle affirma toujours qu’elle se devait avant tout à sa famille. Son fils, Joseph Bernard, diplômé de l’Ontario Agricultural College en 1905, s’associa à l’entreprise paternelle, servit pendant la Première Guerre mondiale et enseigna à son alma mater (il mourut en 1929). Ses deux filles se marièrent ; ni l’une ni l’autre ne recherchèrent la notoriété que leur mère avait atteinte.

Bien que ses idées sur la société et l’éducation n’aient pas été dépourvues de contradictions, le message d’Adelaide Hoodless – message conservateur déguisé en nouveauté – fut reçu chaleureusement dans certains milieux. Troublés de voir que les femmes entraient toujours en plus grand nombre sur le marché du travail et que les pressions en faveur du suffrage féminin s’affermissaient, les femmes du National Council et les hommes du milieu des affaires, du gouvernement, de la presse et des conseils scolaires étaient rassurés par l’appel qu’elle lançait aux femmes de réintégrer la sphère domestique par le biais des sciences ménagères. Ce fut en partie à cause d’elle, et de John Seath, surintendant de l’Éducation de l’Ontario, que l’on inscrivit l’enseignement ménager et les arts mécaniques au programme des écoles de la province. Cette innovation eut deux conséquences importantes : elle donna au système scolaire une perspective plus pratique, comme le souhaitait Mme Hoodless, et elle institutionnalisa les distinctions de sexe.

Adelaide Hoodless savait merveilleusement bien discerner les tendances de son époque et adapter des idées nouvelles au contexte canadien. En participant à la fondation de deux organisations féminines nationales et en proposant de créer les Women’s Institutes, elle laissa sa marque sur sa génération et sur les générations suivantes. À mesure que les instituts essaimaient dans le monde entier, elle fut reconnue partout comme l’une des Canadiennes les plus éminentes. En 1959, les Federated Women’s Institutes of Canada achetèrent la maison de ferme où elle était née et en firent un lieu historique.

Former des institutrices d’économie domestique demeura toujours le souci premier d’Adelaide Sophia Hunter Hoodless. En fondant sa propre école à Hamilton, malgré l’opposition, et en veillant à ce qu’elle soit transférée à Guelph, elle créa un type d’établissement qui allait perpétuer ses idéaux avec une efficacité aussi extraordinaire que les Women’s Institutes. Elle fut parmi les derniers profanes à exercer une influence déterminante sur le système d’enseignement de l’Ontario.

Terry Crowley

Un portrait du sujet exécuté par John Wycliffe Lowes Forster*, vers 1907, est reproduit en couleurs dans le livre de Cheryl MacDonald, Adelaide Hoodless : domestic crusader (Toronto et Reading, Angleterre, 1986) ; l’original a été donné au Macdonald Institute, Univ. of Guelph, Ontario.

Adelaide Hoodless est l’auteure d’un certain nombre de publications, notamment : « The relation of domestic science to the agricultural population », Ontario, Legislature, Sessional papers, 1897, no 17 : 245–252 ; « A step in the right direction – the Saltfleet Women’s Institute », et « Organization in the rural districts », Ontario, Superintendent of Farmers’ Institutes, Report (Toronto), 1897–1898 : xxii–xxiii et 261–262 ; Public school domestic science (Toronto, 1898) ; « The labour question and women’s work and its relation to home life » et « Agriculture for women and the marketing of agricultural products », NCWC, Year book, 1898 : 254–262, et 1900 : 157–161 ; « The industrial possibilities of Canada », NCWC, Women of Canada : their life and work ; compiled [...] for distribution at Pan-American Exposition, Buffalo, 1901 ([s.l., 1901 ?]), 91–95 ; « Domestic science », NCWC, Year book, 1902 : 117–120 ; « A new education for women », Farmer’s Advocate and Home Magazine, 15 déc. 1902 ; « Household science report », Ontario, Legislature, Sessional papers, 1904, no 12 : 157–165 ; [rapport du vice-président], NCWC, Year book, 1904 : 40–41 ; « Home economics », Dominion Educational Assoc., Proc. of the convention (Toronto), 1907 : 191–196 ; et Report to the minister of education, Ontario, on trade schools in relation to elementary education (Toronto, 1909).

Adelaide Hunter Hoodless Heritage Homestead (St George, Ontario), Copy of marriage certificate ; Hunter family bible.— AN, MG 28, I 198, 9.— AO, RG 2, D-7, 3 ; 5, particulièrement Hoodless à Richard Harcourt, 6 févr., 16 déc. 1902 ; P-2, 59–62, particulièrement les dossiers 86–87.— HPL, Clipping file, Hamilton biog., Adelaide, J. B., John, and Joseph Hoodless ; Hamilton – organizations and societies, Local Council of Women ; Scrapbooks, Adelaide Hoodless.— St George’s Cemetery (St George), Tombstone of David Hunter.— Univ. of Guelph Library, Arch. and Special Coll., Macdonald Institute coll., RE1 Mac A0055 ; XR 1 MS A001 (papiers de la famille Hoodless), notamment, le texte de l’allocution d’Adelaide, « New methods in education ».— Globe, 28 févr. 1910 : 16.— Toronto Daily Star, 28 févr. 1910.— World (Toronto), 28 févr. 1910.— A. A. Chown, The stairway, introd. de Diana Chown (Toronto, 1988), xxiii–xxvi.— Terry Crowley, « Madonnas before Magdalenes : Adelaide Hoodless and the making of the Canadian Gibson girl », CHR, 67 (1986) : 520–547 ; « The origins of continuing education for women : the Ontario Women’s Institutes », les Cahiers de la femme, (Downsview [Toronto]), 7 (1986), no 3 : 78–81.— Simon Goodenough, Jam and Jerusalem (Glasgow, 1977).— Ruth Howes, « Adelaide Hunter Hoodless, 1857–1910 », The clear spirit : twenty Canadian women and their times, Mary Quayle Innis, édit. (Toronto, 1966), 103–119.— Wendy Mitchinson, « The YWCA and reform in the nineteenth century », HS, 12 (1979) : 368–384.— E. C. Rowles, Home economics in Canada ; the early history of six college programs : prologue to change (Saskatoon, Saskatchewan, [1964]).— R. M. Stamp, The schools of Ontario, 1876–1976 (Toronto, 1982).

Bibliographie générale

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Terry Crowley, « HUNTER, ADELAIDE SOPHIA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hunter_adelaide_sophia_13F.html.

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Auteur de l'article:   Terry Crowley
Titre de l'article:   HUNTER, ADELAIDE SOPHIA
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   29 juillet 2014