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IFFLAND, ANTHONY VON (baptisé Antoine), médecin, chirurgien, épidémiologiste, né le 3 mars 1798 à Québec, fils de John (Johann) Iffland et de Marie-Madeleine Bibeau, dit Portugal, décédé le 7 décembre 1876 à Québec.

Le père d’Anthony Iffland était né en Allemagne à Hutten (comté de Hanau, plus tard intégré au comté de Hesse-Cassel) ; il servit dans des troupes de Hesse-Hanau en Amérique durant la guerre de l’Indépendance puis s’établit à Québec comme fermier et tavernier. Quoique baptisé dans l’Église catholique romaine, Anthony opta pour la religion protestante de son père et s’intégra dans la communauté de langue anglaise.

Peu de temps après avoir commencé sa carrière médicale, Anthony ajouta von (la particule de noblesse allemande) à son nom. Il prit par la suite le titre de docteur en médecine mais, en fait, il avait été autorisé à exercer la médecine sans avoir de diplôme, comme la plupart des praticiens de son temps. Il avait fait l’apprentissage de la chirurgie avec le doyen des examinateurs médicaux du district de Québec, le docteur James Fisher*, ancien chirurgien en chef de la garnison. Iffland termina ses études médicales en Angleterre, au London Hospital, il subit avec succès les examens du Royal College of Surgeons d’Angleterre en janvier 1818 ; en juillet, il obtint à Québec l’autorisation de pratiquer la médecine et la chirurgie. À cette époque, seulement 5 des 31 praticiens du district de Québec et des 51 du district de Montréal possédaient le diplôme de docteur en médecine.

Iffland fut secrétaire, omnipraticien et chargé de cours d’anatomie au dispensaire de Québec, fondé par des particuliers vers la fin de 1818, comme centre de médecine générale et clinique pour les indigents et les immigrants. Ses confrères étaient Pierre-Jean de Sales Laterrière*, Charles-Norbert Perrault* et Augustin Mercier*. Lorsqu’en 1820 le dispensaire dut fermer faute de ressources financières, Iffland ne put combiner, comme il l’avait espéré, le service à sa clientèle privée et son travail à la clinique pour les indigents. En 1821, il voyagea dans le district de Gaspé ; le gouvernement lui avait confié la mission ardue de vacciner contre. la petite vérole la population du district, surtout vulnérable à cause de son isolement.

À Québec même, Iffland était harcelé parce qu’il se procurait des cadavres pour la recherche médicale à une époque où il n’existait pas de lois satisfaisantes à ce sujet. Il lui parut donc impossible de poursuivre dans cette ville son travail en anatomie. De plus, la fermeture du dispensaire avait dû lui apporter de sérieux problèmes financiers. C’est pourquoi Iffland passa plusieurs années dans la ville de William Henry (Sorel) où se tenait la garnison et qui ne comptait qu’un seul médecin, et dans la paroisse avoisinante de Saint-Michel-de-Yamaska. En 1836, il épousa Elizabeth Allen, fille d’un éminent marchand et propriétaire foncier de William Henry et sœur du maître d’école de la ville ; ils devaient avoir trois enfants. Pour augmenter ses revenus, Iffland fut commissaire du recensement pour le comté de Richelieu en 1831 et 1835, ainsi qu’officier de la douane de 1824 à 1832. Bien qu’il détînt un mandat continu de juge de paix à partir de 1830, il ne semble pas avoir exercé cette fonction.

Comme plusieurs Canadiens anglais, Iffland favorisa très tôt l’union du Haut et du Bas-Canada. Même s’il tenta une fois, sans succès, de se faire élire dans la circonscription électorale de Gaspé en 1834, Iffland n’avait rien de l’homme politique. La campagne électorale dans Gaspé servit souvent d’exemple à la presse lorsqu’elle dénonçait la corruption électorale. Quand Iffland et ses électeurs se présentèrent au bureau de votation au jour et à l’heure convenus, ils découvrirent, alors qu’il était trop tard pour intervenir, que le lieu avait été modifié et qu’ils ne pouvaient pas voter.

Lorsque, à partir de 1832, le Canada fut frappé par de fréquentes épidémies de choléra asiatique et, plus tard, de typhus, Iffland, de retour à Québec, commença à s’intéresser au soin des victimes et aux problèmes de santé publique en général. Durant l’hiver de 1836–1837, il reprit son enseignement et devint médecin résident à l’hôpital de la Marine (qui allait devenir l’hôpital de la Marine et des Émigrants), centre important destiné à recevoir les voyageurs malades qui, le plus souvent, introduisaient les épidémies au pays. L’hôpital servit de centre d’enseignement médical jusqu’à la fondation de l’école de médecine de Québec [V. Painchaud]. Fondée en 1845, cette école ouvrit ses portes en 1848 et fut absorbée par la faculté de médecine de l’université Laval en 1852.

Après un second séjour à Saint-Michel-de-Yamaska comme médecin de campagne de 1838 à 1847, c’est à Québec qu’Iffland, en étroite collaboration avec le docteur James Douglas*, devait désormais consacrer la majeure partie de sa carrière médicale. D’abord rattaché à l’hôpital privé de Beauport, fondé par Douglas pour soigner les victimes du typhus, il fit ensuite partie du personnel de l’asile d’aliénés que Douglas fonda avec Charles-Jacques Frémont* et Joseph Morrin* après contrat avec le gouvernement, en vue de donner aux aliénés les conditions de vie les plus modernes. En 1852, von Iffland alla aider Douglas à l’hôpital de la quarantaine de Grosse Île (comté de Montmagny), à environ 33 milles en aval de Québec. Il lui succéda en 1860 comme directeur médical, poste qu’il conserva jusqu’en 1867, alors qu’il se retira à son tour à Québec. À sa mort, il était doyen des médecins de la vieille capitale.

Iffland avait été le secrétaire de plusieurs commissions médicales et notamment de la commission présidée par le médecin Wolfred Nelson*, qui se réunit en 1848 et 1849 pour étudier l’état des hôpitaux et des asiles, et du comité d’enquête sur l’épidémie de choléra de 1854. Il devint membre correspondant de la Epidemiological Society de Londres en 1856, année où il fut vice-président du Collège des médecins et des chirurgiens du Bas-Canada. Il écrivit de courts articles sur des cas médicaux ainsi que sur les problèmes posés par la profession médicale et la santé publique.

Même si la longue carrière d’Iffland n’eut rien d’éclatant, elle est intéressante parce qu’elle s’est déroulée pendant une période de grands changements scientifiques et politiques et qu’elle a été celle d’un homme aux préoccupations variées. Comme épidémiologiste, Iffland n’hésita pas à risquer sa vie auprès des victimes du choléra et des autres maladies contagieuses qui proliféraient avec l’immigration grandissante. Pourtant l’absence de réelles possibilités dans la profession médicale avait émoussé les talents et les premiers intérêts d’Iffland. Même s’il aima d’abord l’anatomie, il se vit dans l’impossibilité, dès le début de sa carrière, de poursuivre au grand jour ses recherches dans ce domaine. Praticien dévoué, malgré ses nombreuses déceptions, Iffland refusa une vie de routine et de confort. Mais inévitablement voué à des tâches administratives exécutées sous des pressions financières, il fut éclipsé par des médecins plus novateurs, qui étaient ses amis et ses collaborateurs.

Lewis Hertzman

Parmi tous les écrits de Anthony von Iffland, nous tenons à citer : Apperçu d’un voyage dans le district de Gaspé pendant les mois de mai, juin, juillet et une partie d’août 1821, par le Docteur Von Ifand, Revue d’histoire de la Gaspésie (Gaspé), VII (1969), no 1 : 19–41 ; The duties and responsibilities of physicians to insane asylums, British American journal of medical and physical science (Montréal), IV (1848–1849) : 154–157, 177s. ; Sheets from my portfolio, British American journal of medical and physical science, IV (1848–1849) : 24–26, 109–111, 137s.

APC, FM 30, D62 (Papiers Audet), 16, pp.332–339.— Sessional Papers of Canada, 1867–1868, 8, no 40.— Sessional Papers of the Province of Canada XXI (1863), 5e partie, no 66 ; XXV (1865), Ire partie, no 14 ; XXVI (1866), 3e partie, no 6.— Quebec Mercury, 27 nov. 1834.— Morgan, Bibliotheca Canadensis, 384.— Abbott, History of medicine, 50, 54s., 63.— Ahern, Notes pour l’histoire de la médecine, 539–541.— C.-M. Boissonnault, Histoire de la faculté de médecine de Laval (Québec, 1953).— E. D. Worthington, Reminiscences of student life and practice (Sherbrooke, 1897).

Bibliographie générale

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Lewis Hertzman, « IFFLAND, ANTHONY VON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/iffland_anthony_von_10F.html.

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Auteur de l'article:   Lewis Hertzman
Titre de l'article:   IFFLAND, ANTHONY VON
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   1 août 2014