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JOHNSON, RICHARD, ministre méthodiste, médecin, juge de paix et fonctionnaire, né le 10 novembre 1830 à Louth, Angleterre, fils de Henry Allen Johnson et d’Anne Hammond ; il épousa Alice Jane Sterling*, de Windsor, Nouvelle-Écosse, et ils eurent deux fils et deux filles ; décédé le 18 mars 1903 à Charlottetown.

En 1850, Richard Johnson quitta l’Angleterre avec sa famille pour s’établir à Charlottetown, où il poursuivit sa formation médicale auprès de son père et de son frère aîné, Hammond, tous deux médecins. Son père avait été maire de Louth et deviendrait plus tard membre du Conseil législatif de l’Île-du-Prince-Édouard. Au début des années 1850, Johnson étudia à la Harvard Medical School. En mars 1855, tandis qu’il retournait chez lui par le détroit de Northumberland, une forte tempête de neige fit dévier le brise-glace de son trajet. Les passagers et l’équipage passèrent trois jours au froid, sans manger, avant d’être secourus. Après cette épreuve, dont il sortit avec des engelures si graves qu’il ne s’en remit jamais tout à fait, Johnson décida d’abandonner la médecine pour devenir ministre de l’Église méthodiste. Ordonné en 1861, il desservit des communautés de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard jusqu’en 1864. Une infection récurrente de la gorge l’obligea alors à renoncer au ministère. Il retourna à la Harvard Medical School, où il obtint son diplôme en 1865.

Johnson choisit de faire de la pratique privée à Charlottetown. Comme bon nombre des médecins de l’époque, il préparait des médicaments ; ses deux fils allaient l’assister dans ce travail et ouvrir par la suite leur propre pharmacie. Au fil des ans, il acquit de la notoriété, et on lui confia plusieurs fonctions : surintendant de la vaccination, juge de paix du comté de Queens, administrateur et président du conseil des commissaires d’école de Charlottetown, et registraire du Prince Edward Island Medical Council, poste qu’il occupa de 1890 à sa mort. Il était doyen du service de santé du Prince Edward Island Hospital, à la fondation duquel il avait participé en 1884. Toutefois, c’est ce qu’il fit à titre d’officier de santé de Charlottetown, de 1885 à 1903, qui doit retenir l’attention.

En 1885, Johnson mobilisa le conseil municipal, des collègues médecins et un comité de citoyens afin de circonscrire l’épidémie de variole, la pire de l’histoire de Charlottetown. Une loi provinciale rendit la vaccination obligatoire en 1886, mais on ne l’appliquait qu’à Charlottetown. Usant de son influence de président du bureau d’éducation et de médecin sanitaire, Johnson put convaincre les autorités, en 1891, d’appliquer les règlements qui imposaient la vaccination dans les écoles. Tout au long des années où il fut officier de santé, il s’employa à faire comprendre, aux hommes politiques et à la population en général, la nécessité des réformes sanitaires et de l’hygiène préventive. Au nombre de ses principales réussites, on peut signaler la construction d’un système d’égouts en 1900 (même si, personnellement, il aurait préféré que l’on traite les eaux usées dans des champs d’épandage au lieu de déverser les effluents dans le port sans les traiter, comme le décida la ville), la nomination d’un inspecteur sanitaire en 1888, l’imposition de règlements et d’inspections aux abattoirs et aux tanneries, l’interdiction de tenir des porcheries dans les limites de la ville et l’injection d’antitoxines contre la diphtérie. Par contre, ce fut en vain qu’il réclama un hôpital pour malades infectieux, la déclaration obligatoire des maladies et la compilation de statistiques sur la mortalité.

Au milieu du xixe siècle, l’explication la plus répandue des maladies infectieuses et des épidémies était la théorie des miasmes (air infecté) ; la découverte des micro-organismes, vers la fin du siècle, allait rendre cette théorie désuète. La carrière de Richard Johnson représente bien la période de transition entre ces deux moments. Il étudiait des revues britanniques, américaines et canadiennes de médecine et, manifestement, assimilait facilement les dernières découvertes, mais il n’arrivait pas à vraiment comprendre que les idées anciennes et les idées nouvelles étaient irréconciliables. Par exemple, dans un rapport destiné au conseil municipal, il expliquait que les conditions météorologiques étaient un facteur important de la propagation des « microbes infectieux » dans les « foyers de miasmes ». Son rapport de 1885, qui contenait des tables météorologiques des années précédentes, visait à montrer que le taux de mortalité baissait quand l’été était frais et pluvieux. Néanmoins, en recourant aux statistiques et en préconisant inlassablement des réformes sanitaires, il amena ses concitoyens à prendre conscience de la nécessité de l’hygiène préventive et contribua au courant qui fit de Charlottetown une ville plus sûre et plus salubre.

Douglas O. Baldwin

PARO, RG 20, 9–12 ; 38, 1888–1899 ; 577, 1898–1903 ; 719.— Daily Examiner (Charlottetown), 5 sept., 11, 19, 30 déc. 1885, 15 déc. 1891, 10 oct. 1892, 18 mars 1903.— Daily Patriot (Charlottetown), 15, 19 déc. 1885, 11 avril 1888, 18 mars 1903.— D. O. Baldwin, « The campaign against odors : sanitarians and the genesis of public health in Charlottetown, Prince Edward Island (1855–1900) », Scientia Canadensis (Thornhill, Ontario, et Ottawa), 10 (1986) : 72–82.— Gaslights, epidemics and vagabond cows : Charlottetown in the Victorian era, D. [O.] Baldwin et Thomas Spira, éd. (Charlottetown, 1988).— Charlottetown, Annual report, 1878–1880, reports of the Board of School Trustees ; 1885–1903, reports of the health officer ; 1892, app.F, G. E. Waring, « Report of the sewerage of the city of Charlottetown » ; 1900, report of the commissioners of water and sewers (exemplaires de ces rapports aux PARO).— R. G. Lea, History of the practice of medicine in Prince Edward Island ([Charlottetown, 1964]).— Past and present of P.E.I. (MacKinnon et Warburton), 686s.

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Douglas O. Baldwin, « JOHNSON, RICHARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/johnson_richard_13F.html.

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Auteur de l'article:   Douglas O. Baldwin
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   1 septembre 2014