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JOHNSTON, HUGH, homme d’affaires, homme politique et juge, de paix, né le 4 janvier 1756 dans le Morayshire, Écosse, fils de William Johnston et d’Isabel Hepburn ; il se maria d’abord avec Ann Gilzean, de Thornhill, comté d’Elgin, Écosse, et ils eurent huit enfants, dont Hugh*, puis en 1806 il épousa Margaret Thurburn, du Banffshire, Écosse, et de ce mariage naquirent six enfants ; décédé le 29 novembre 1829 à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick.

La plupart des sources relatives à Hugh Johnston reprennent une tradition locale selon laquelle il serait arrivé au Nouveau-Brunswick en 1784 ou 1786 au gouvernail de son propre navire chargé de marchandises. Quelle que soit la valeur de cette anecdote, l’ascension rapide de Johnston dans la petite communauté commerciale de la province suggère qu’il appartenait à une famille de commerçants prospères et que, comme les Pagan et les Rankin [V. Robert Pagan ; Alexander Rankin*], il vint au Nouveau-Brunswick à titre de représentant d’hommes d’affaires écossais. Johnston passa peut-être quelques années à Maugerville, mais il s’établit peu après comme marchand à Saint-Jean. En 1789, il obtint un bail à vie pour un très bon lot de grève situé près du North Market Wharf, dans le port de Saint-Jean. Plus tard, il y construisit un quai et y aménagea une cale qui allait porter son nom durant un siècle. C’est à partir de cet endroit qu’il organisa un grand réseau d’affaires qui jouerait pendant 30 ans un rôle important dans le commerce de la province.

L’organisation de l’entreprise de Johnston reflète les changements qui survinrent au fil des ans dans sa vie de famille. La Hugh Johnston devint au début du xixe siècle la Hugh Johnston and Son, puis la Hugh Johnston and Company quand l’un des fils la quitta pour fonder la Crookshank and Johnston et que Johnston lui-même fit de John Richard Partelow* son nouvel associé. Johnston s’intéressait avant tout au marché des Caraïbes et vendait surtout du poisson destiné aux esclaves des Antilles britanniques. En 1796, il utilisait à cette fin 11 navires. Comme la plupart des marchands qui faisaient affaire avec les Antilles, il était engagé dans un commerce triangulaire : il échangeait son poisson et son bois contre du sucre et de la mélasse qui étaient acheminés vers les rhumeries d’Écosse ; une bonne partie du rhum revenait à Saint-Jean, la plus grande partie étant alors écoulée dans la province et le reste exporté dans d’autres centres nord-américains. De plus, Johnston était un grand importateur et grossiste de quincaillerie, de tissus et d’articles de mercerie provenant de la Grande-Bretagne.

Johnston remportait un vif succès dans ces transactions. Dès le début du xixe siècle, son entreprise était probablement la plus importante du Nouveau-Brunswick à faire du commerce avec les Antilles. Chaque année, après 1815, elle expédiait du Nouveau-Brunswick à Québec plus de 30 000 gallons de rhum. Cela ne représentait certainement qu’une fraction du total de ses importations puisque, la plupart du temps, les trois quarts de son rhum se vendaient dans la province. Contrairement à la majorité des marchands du Nouveau-Brunswick, Johnston continua à faire du commerce avec les Antilles longtemps après que celui-ci eut été supplanté par le commerce du bois avec la Grande-Bretagne. La Hugh Johnston and Company fut dissoute le 5 mai 1827, deux ans avant la mort de l’associé principal.

Naturellement, étant donné sa réussite en affaires, Johnston participait à la plupart des activités visant à améliorer la situation commerciale et financière du port de Saint-Jean. Il occupa le poste de maître de port de 1816 jusqu’à sa mort, ce qui est un premier indice de son influence. Cependant, son rôle dans la création de la Bank of New Brunswick l’atteste encore plus clairement. Il fut l’un des premiers à réclamer la reconnaissance juridique de cette banque et il figurait comme administrateur dans l’acte de constitution de 1820. Cette position enviable, qui avait échappé à quelques-uns des marchands les plus en vue de la province, prouve combien il avait du poids. Les bateaux à vapeur, tout nouveaux à l’époque, comptèrent aussi au nombre des passions auxquelles il se consacra pendant la deuxième moitié de sa vie. Même s’il ne faisait pas partie des deux groupes concurrents d’entrepreneurs qui envisageaient en 1812 d’investir £2 000 dans la construction d’un bâtiment de ce genre et qui demandèrent le monopole de la navigation à vapeur sur la rivière Saint-Jean, Johnston correspondit avec Robert Fulton dans l’espoir de recueillir des conseils sur la construction de ces bateaux. En 1816, il fut l’un des associés de la compagnie qui fit construire le General Smyth, lequel faisait la navette entre Saint-Jean et Fredericton. Enfin, peu avant sa mort, il fut membre du groupe qui construisit le Saint-John, premier vapeur à traverser la baie de Fundy en 1827.

Johnston appartenait à un cercle écossais de Saint-Jean qui comptait les marchands les plus influents de la province. La St Andrew’s Society fut le premier groupe qu’ils formèrent, en 1798. Parmi ses dirigeants se trouvaient William Pagan*, le plus important député de la ville, William Campbell, membre du Conseil du Nouveau-Brunswick et maire pendant longtemps, et John Black, grand homme d’affaires. Johnston fut président de la société en 1813 et 1814. À l’instar d’autres citoyens presbytériens influents de Saint-Jean, Johnston s’accommoda facilement du tolérantisme de l’establishment loyaliste de l’Église d’Angleterre. Entre 1790 et 1814, il lui arriva plusieurs fois d’assister aux offices à l’église Trinity et d’occuper un poste au sein de la congrégation. En 1815, il figurait en outre parmi les 36 résidents de la province choisis pour faire partie de la Society for Promoting Christian Knowledge. À ce moment, cependant, il avait déjà décidé de revenir à sa foi originelle. En 1814, il était choisi avec William Pagan et cinq autres Écossais importants pour former un comité chargé de la construction d’un temple « à l’usage des habitants qui appart[enaient] à l’assemblée générale de l’Église d’Écosse ». Johnston et Pagan étant tous deux députés, ils obtinrent de la province une subvention de £250 pour cette construction. En 1815, le groupe fournit un terrain et, en 1816, avec l’aide du maire William Campbell, il obtint la concession d’un lot de ville que la congrégation pourrait utiliser à son bénéfice. La Scotch Kirk, qui allait devenir plus tard l’église St Andrew, fut achevée en 1815 ; c’était la première église presbytérienne du Nouveau-Brunswick. La nouvelle congrégation l’ayant chargé de trouver un ministre, Johnston s’embarqua pour l’Écosse à l’automne de 1816 ; son choix se porta sur un ministre assistant d’Aberdeen, George Burns, alors âgé de 26 ans.

Il est difficile de déterminer les raisons de cette manifestation tardive de nationalisme écossais. Les presbytériens de Saint-Jean n’avaient jamais été nombreux, mais ils étaient prospères. Souvent, on avait raillé gentiment leur pingrerie et le fait qu’ils n’avaient aucune institution qui leur était propre. Pendant la décennie suivante, l’expérience de Saint-Jean se répéta dans presque toutes les agglomérations de la province, les Écossais délaissant l’Église d’Angleterre pour revenir à l’Église d’Écosse. Comme tant de ses coreligionnaires, Johnston était franc-maçon ; il contribua à la fondation de la St John’s Lodge en 1802.

Contrairement à nombre de ses pairs, Johnston n’était pas attiré par les affaires publiques. Étant donné sa position et sa fortune, il aurait été normal et convenable qu’il occupe des postes de responsabilité et de prestige. Or, il ne le fit que bien après avoir atteint l’âge mûr. La plupart des hommes de sa classe étaient déjà juges de paix en 1800, mais lui ne le devint qu’en 1818. De même, il ne fit son entrée sur la scène politique que lors des élections de 1802. Il remporta alors l’un des quatre sièges de la circonscription du comté et de la ville de Saint-Jean comme membre du groupe populiste dirigé par James Glenie*. Ce groupe, formé au milieu des années 1790, était une coalition d’intérêts sociaux, économiques et religieux qui avaient largement été exclus de l’establishment loyaliste. En manœuvrant pour qu’on reconnaisse à l’Assemblée le droit de déterminer à qui devait être versé l’argent des impôts, ces dissidents avaient réussi à paralyser le processus politique entre 1795 et 1799 [V. James Glenie]. On en était ensuite arrivé à un compromis et le lieutenant-gouverneur, Thomas Carleton*, était parvenu à reprendre l’Assemblée en main, mais dès 1802 les populistes la dominaient de nouveau. Après une controverse autour de la nomination du greffier de l’Assemblée [V. Samuel Denny Street ; Dugald Campbell*], Carleton avait dissous la chambre, comptant sur un appel à la loyauté pour gagner une majorité dans l’ensemble de la province.

La stratégie du lieutenant-gouverneur réussit. Johnston fut élu avec seulement sept autres populistes, ou réformistes comme les appelait l’historien James Hannay*. Le cœur du groupe était constitué de presbytériens écossais : Glenie dans la circonscription de Sunbury, Robert Pagan dans Charlotte, William Pagan et Johnston dans Saint-Jean. Selon la question débattue, ils pouvaient compter sur l’appui de quatre ou cinq autres députés de Charlotte et de Saint-Jean. Pendant la première session, Johnston, ses compatriotes et quatre autres députés s’opposèrent en vain à une motion qui confiait la nomination du greffier de l’Assemblée à la couronne. Pour le groupe, ce ne fut que le premier d’une série de déboires. Plusieurs contestations d’élections, mettant généralement en cause des populistes et des partisans du gouvernement, furent soumises à la chambre. Ward Chipman réussit à faire invalider l’élection d’Edward Sands dans Saint-Jean, malgré l’opposition de Johnston. Le populiste Peter Fraser* et Samuel Denny Street ne parvinrent pas à déloger leur adversaire dans York et dans Sunbury. Le groupe connut sa dernière humiliation quand William et Thomas Knox furent réinstallés dans leurs fonctions de représentants de la province à Londres. L’Assemblée les avait destitués parce qu’ils avaient refusé de présenter aux ministres du roi une pétition protestant contre la position du lieutenant-gouverneur lors des débats constitutionnels qui s’étaient déroulés de 1795 à 1798.

L’amertume causée par cette première session ne persista pas. Carleton rentra en Angleterre au mois d’octobre 1803 et Glenie quitta le Nouveau-Brunswick en 1805. Le nouvel administrateur de la province, Gabriel George Ludlow*, n’était pas disposé à prolonger les débats : jusqu’à sa mort, en 1808, l’Assemblée se réunit rarement et aborda encore plus rarement des sujets litigieux. Cependant, à compter de 1808, un climat d’animosité, quoique moins oppressant, se réinstalla. Réélu à l’Assemblée en 1809, 1816 et 1819, Johnston se retrouva la plupart du temps dans l’opposition lors des débats. Quand il n’était pas question de prérogatives constitutionnelles, il favorisait en général des tarifs douaniers peu élevés, la pratique de l’épargne par le gouvernement et la protection de la propriété. Ainsi il s’opposa en 1813 à une taxe supplémentaire sur le rhum pour contribuer à l’effort de guerre, vota contre une motion de sollicitude envers le 104th Foot, s’opposa à une autre prévoyant le paiement des traîneaux que le 8th Foot avait utilisés lors de sa marche vers Québec, tenta de contrer les efforts déployés par le conseil de la province pour modifier le projet de loi sur la milice, appuya le projet de loi réglementant le commerce du plâtre de Paris et se prononça contre le projet de loi de 1816 sur la répartition de l’impôt provincial. Lors des débats constitutionnels, Johnston demeurait un défenseur du parlementarisme. En 1816, affirmant que cela était inutile en temps de paix, lui-même, les frères Pagan, John Ward* et Stephen Humbert*, tous deux de Saint-Jean, furent les seuls à voter contre une proposition visant à prolonger d’un an l’application des lois sur le revenu du temps de guerre. Deux ans plus tard, le même groupe s’opposa en vain à ce que l’Assemblée et le Conseil de la province se réunissent pour négocier un projet de loi de finances. Johnston refusa de se présenter aux élections de 1820. Il demeura peut-être juge de paix du comté de Saint-Jean jusqu’à sa mort.

Hugh Johnston mourut à sa résidence, dans la soirée du 29 novembre 1829, après une longue et grave maladie. Il laissa à sa femme une pension annuelle de £100, qui devait lui être versée tant qu’elle demeurerait veuve, ainsi qu’une somme de £200 et des meubles suffisants pour meubler une pièce et lui permettre de se reloger. Le reste de son importante succession fut réparti entre ses sept enfants, trois garçons et quatre filles.

Thomas William Acheson

APNB, MC 1156 ; RG 2, RS8, appointments and commissions, RG 4, RS24, S21-P5, S24-P17 ; RG 7, RS71, 1829, Hugh Johnston.— N.-B., House of Assembly, Journal, 1803–1818.— Schedule of the real estate belonging to the mayor, aldermen and commonalty of the city of Saint John [...] January, 1842 (Saint-Jean, N.-B., 1849 ; copie aux APNB).— New-Brunswick Courier, 28 janv. 1815, 8 avril, 9 juin 1827, 5 déc. 1829.— W. F. Bunting, History of St. John’s LodgeF. & A.M. of Saint John, New Brunswick [...] (Saint-Jean, 1895).— Hannay, Hist. of N.B.— D. R. Jack, History of Saint Andrew’s Church, Saint JohnN.B. (Saint-Jean, 1913).— I. A. Jack, History of St. Andrew’s Society of St. JohnN.B., Canada, 1798 to 1903 (Saint-Jean, 1903).— Macmillan, « New men in action », Canadian business hist. (Macmillan), 44–103.— MacNutt, New Brunswick.

Bibliographie générale

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Thomas William Acheson, « JOHNSTON, HUGH (1756-1829) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/johnston_hugh_1756_1829_6F.html.

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Auteur de l'article:   Thomas William Acheson
Titre de l'article:   JOHNSTON, HUGH (1756-1829)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   28 juillet 2014