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JONES, ALFRED GILPIN, homme d’affaires et homme politique, né le 24 septembre 1824 à Weymouth, Nouvelle-Écosse, fils de Guy Carleton Jones et de Frances Jones, qui étaient cousins au deuxième degré ; le 17 juillet 1850, il épousa à Halifax Margaret Wiseman Stairs, tante de John Fitzwilliam Stairs, et ils eurent sept enfants, puis le 5 avril 1877, aussi à Halifax, Emma Albro, avec qui il n’eut pas d’enfants ; décédé dans cette ville le 15 mars 1906.

Loyaliste, le grand-père d’Alfred Gilpin Jones, Stephen Jones, quitta le Massachusetts pour s’établir à Weymouth, qui s’appelait alors Sissiboo. Lui-même et son fils Guy Carleton y furent l’un après l’autre registrateur durant de nombreuses années. Alfred Gilpin Jones fit ses études à Weymouth et à la Yarmouth Academy, après quoi, à l’âge de 18 ans, il s’installa à Halifax. Il devint teneur de livres puis homme de confiance de Thomas Clifford Kinnear, armateur commerçant avec les Antilles. Associé de Kinnear dès 1850, il lança une affaire du même genre, la maison A. G. Jones and Company, lorsque son ancien patron prit sa retraite en 1872. Les deux hommes conservèrent des relations cordiales, et Jones fut le principal exécuteur testamentaire de Kinnear.

L’entreprise ne tarda pas à devenir florissante, et Jones, à s’enrichir. Elle dut en partie son expansion rapide au fait qu’elle était mandataire de la Dominion Life Assurance Company, mais ce fut surtout à compter de 1899 qu’elle prit de l’essor à titre de représentante, en Nouvelle-Écosse, à l’Île-du-Prince-Édouard et à Terre-Neuve, de plusieurs grandes compagnies britanniques de navigation à vapeur. La famille de Jones continua d’exploiter l’entreprise après sa mort.

Jones était conservateur et avait de l’admiration pour le chef en titre du parti, James William Johnston*, et pour son dirigeant de fait, Charles Tupper*, mais il ne se lança en politique active qu’en 1863. Quand les libéraux de William Young* avaient pris le pouvoir, à l’issue de la tumultueuse campagne de 1859, Tupper avait mis sur pied la Constitutional League afin de leur opposer des arguments constitutionnels. Aux élections de 1863, Jones dirigea l’ensemble des activités de la ligue, et on lui reconnut une part non négligeable dans l’éclatante victoire des conservateurs.

L’année suivante, sa position politique changea radicalement. Opposé à la Confédération presque dès le début – à l’instar de la plupart des marchands de Halifax, il estimait qu’elle les précipiterait dans la ruine –, il exposa ses convictions le 23 décembre 1864, à la première grande assemblée anticonfédératrice qui se tint à Halifax. À l’encontre de l’analyse favorable que le chef libéral Adams George Archibald* faisait des modalités financières proposées à la Nouvelle-Écosse, il déclara que le gouvernement provincial, pour maintenir ses services, devrait « combler le déficit en imposant directement sa population ». Par la suite, il soutint financièrement et moralement l’Anti-Confederation League (parfois appelée League of the Maritime Provinces), surtout lorsqu’elle envoya à Londres, dans l’espoir d’empêcher l’adoption de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, une délégation formée notamment de Joseph Howe* et de William Annand*. Aux élections fédérales de septembre 1867, après avoir émis l’avis que d’autres possédaient plus d’expérience de la vie publique, il consentit à se porter candidat dans Halifax. Les Néo-Écossais, affirmait-il, étaient en train de se faire dire qu’ils étaient « trop ignares et trop débiles pour se prononcer sur une décision qui [allait] modifier pour toujours leur avenir et celui de leurs enfants ». Élu avec 17 autres Néo-Écossais opposés à la Confédération, il conclut que, comme lui-même et ses collègues avaient choisi de briguer les suffrages en vertu de la loi impériale de 1867, ils nuiraient à leur cause en n’allant pas à Ottawa. Dans son premier discours au Parlement, il promit d’« appuyer les bonnes mesures et [de] s’opposer aux mauvaises, sans égard au parti » dont elles proviendraient. Ses attaques les plus vives furent dirigées contre le nouveau tarif général qui, selon lui, pénalisait les provinces de l’Est pour satisfaire les besoins du Québec et de l’Ontario.

N’ayant pas réussi à convaincre le gouvernement impérial d’abroger l’Acte de l’Amérique du Nord britannique en 1868, les anticonfédérateurs ruminaient. À l’automne, de sa propre initiative, Howe entreprit une correspondance avec sir John Alexander Macdonald*. Quand vint le moment de réagir aux propositions du premier ministre, il consulta plusieurs de ses collègues, dont Jones. Redoutant que Howe ne soit sur le point d’abdiquer, ceux-ci lui firent changer la formulation de sa réponse. Jones craignait en effet que cet homme rompu aux grands débats politiques ne saisisse pas bien le détail des arguments financiers de la province contre la Confédération. Il le prévint de ne montrer aucun signe de faiblesse « jusqu’à ce que le peuple voie lui-même [...] l’impossibilité totale d’obtenir l’abrogation », mais cela n’empêcha pas Howe d’entrer au cabinet fédéral à la fin de janvier 1869.

Sous l’impulsion de Jones, les anticonfédérateurs formèrent sans tarder la Repeal League, qui se disait déterminée à recourir à « tous les moyens conformes aux principes du christianisme » pour mettre fin à la Confédération. Jones, qui était l’un des vice-présidents de la ligue, ne recula devant rien pour battre Howe à l’élection partielle déclenchée dans la circonscription de Hants par suite de son entrée au cabinet, élection qui, disait-il, était peut-être « la plus importante [...] à avoir jamais eu lieu en Amérique britannique ». Pour lui, accorder son suffrage à Howe, c’était consentir « pour toujours à la domination canadienne ». Non seulement amena-t-il les marchands de Halifax à financer généreusement la campagne, mais, avec d’autres adversaires de la Confédération, il prit Howe à partie dans presque toutes les assemblées qui se tinrent dans Hants. Grâce à l’étonnante mémoire et à la remarquable maîtrise des détails dont il faisait preuve en affaires, il savait mieux que quiconque analyser le cheminement qui avait amené Howe à opter pour la Confédération. Comment, demandait-il, Howe et un ou deux de ses comparses pouvaient-ils avoir « l’outrecuidance de prétendre régler seuls une question qui met[tait] en cause de si gros intérêts et tant de passions ? » Jour après jour, semble-t-il, il devenait de plus en plus dur avec son adversaire. Howe se plaignit qu’en une occasion où l’épuisement l’avait forcé à prendre du repos à Nine Mile River, Jones était resté à ses côtés plus d’une heure « à pérorer, sans avoir la décence élémentaire de [lui] demander [s’il était] malade ».

Howe remporta l’élection malgré les efforts de Jones, qui ne pardonna jamais aux confédérateurs les moyens dont ils avaient usé pour faire entrer la Nouvelle-Écosse dans la Confédération. Cependant, il commençait à pencher du côté des libéraux fédéraux. Dès la session parlementaire de 1868–1869, il noua une alliance durable avec Alexander Mackenzie*, par des rencontres et par correspondance. Certes, Mackenzie appuyait la Confédération, mais il n’avait pas été mêlé aux tractations qui avaient mené à sa réalisation. En outre, Jones et lui avaient des opinions semblables sur le tarif, les dépenses gouvernementales et la corruption politique. En 1869 et 1870, Mackenzie se dit déçu que Jones n’assiste pas aux sessions, car il aurait pu diriger l’opposition des députés néo-écossais contre Howe et « consolider » leur vote. Bien que l’on reconnaisse généralement que ce furent les grits ontariens qui dominèrent le Parti libéral fédéral dans les années 1860 et 1870, les lettres de Mackenzie à Jones expriment une assez grande sollicitude à l’endroit des Néo-Écossais. En 1870, par exemple, lorsque les libéraux s’élevèrent contre la méthode par laquelle le gouvernement s’apprêtait à accorder de « meilleures conditions » à la Nouvelle-Écosse, ils le firent, comme Mackenzie l’expliqua à Jones, « de manière à ne pas [...] heurter la susceptibilité » des Néo-Écossais.

En 1871, ce fut en personne que Jones soutint les libéraux, et il le fit avec ardeur. À l’occasion de la première motion de censure de la session, un seul autre député néo-écossais à part lui condamna le gouvernement Macdonald pour ses dépenses excessives. Par la suite, Jones s’opposa au projet d’admission de la Colombie-Britannique en faisant valoir que construire un chemin de fer jusqu’au Pacifique imposerait des « obligations trop lourdes » au Canada. L’année suivante, il s’en prit au traité de Washington, qui autorisait les Américains à pêcher dans les eaux canadiennes ; l’autorité sur ses eaux, disait-il, était « le seul [instrument] que [le Canada avait] jamais eu pour obtenir une juste mesure de réciprocité commerciale entre les deux pays ». Pendant la campagne électorale de 1872, où il se fit encore une fois prier pour se présenter, il s’attaqua à la manière dont le gouvernement traitait sa province et se justifia de faire front commun avec les libéraux de l’Ontario et du Québec. Les opinions d’hommes comme Mackenzie, Edward Blake*, Luther Hamilton Holton* et Antoine-Aimé Dorion*, disait-il, étaient plus proches des siennes et plus conformes aux intérêts de la Nouvelle-Écosse que celles du parti au pouvoir. Il leur donna même raison de s’être opposés à la concession de meilleures conditions à sa province ; comme eux, il estimait que tout changement au « pacte solennel » qu’était la Confédération devait se faire par des procédés constitutionnels, et non par une loi ordinaire du Parlement.

Jones perdit de justesse, et Mackenzie en fut à la fois « surpris et peiné ». Tout au long de l’année suivante, le chef libéral le tint au courant de la transformation de la plupart des députés néo-écossais en libéraux convaincus, à mesure que le scandale du Pacifique mettait le gouvernement Macdonald en déroute. En novembre 1873, les libéraux prirent le pouvoir. Mackenzie aurait aimé que Jones soit l’un de ses deux ministres néo-écossais, mais il ne siégeait pas au Parlement et n’aurait pas accepté de poste de toute façon. Le premier ministre laissa donc les députés néo-écossais choisir. Malheureusement pour lui, ils prirent un homme médiocre, Thomas Coffin*, et un incurable mésadapté, William Ross. En septembre 1874, après s’être plaint à Jones de l’incompétence de Ross, qui n’était qu’un « gobe-mouches », il put le remplacer par William Berrian Vail au poste de ministre de la Milice et de la Défense.

Pressé par ses amis, Jones fut candidat libéral aux élections de 1874, qui portèrent sur le scandale du Pacifique. Ce fut probablement la campagne la plus bizarre de l’histoire de la circonscription de Halifax. Sûrs d’être défaits, les leaders conservateurs ne mirent pas de candidats en nomination mais s’allièrent, dit-on, au candidat ouvrier Donald Robb pour faire la lutte aux libéraux. Jones et son cocandidat, Patrick Power*, l’emportèrent sans difficulté. Ardent défenseur du parti au pouvoir, Jones le félicita en 1877 de gouverner le pays avec sagesse. prudence et esprit d’économie. Un an plus tôt, il avait fermement appuyé le rejet des hausses de tarif et, du même coup, le rejet des projets de politique nationale de Tupper. Montréal, Toronto et Hamilton pouvaient ne pas être d’accord, mais, « aussi importants » qu’aient été leurs intérêts, il y avait, dans « un plus grand nombre de circonscriptions [...] de plus gros intérêts en jeu ». Soucieux de la santé du parti, lui-même et d’autres libéraux influents tentèrent en 1877 de réconcilier Blake et Mackenzie, mais ils n’eurent guère de succès.

Pourtant, Jones conserva toujours son indépendance d’esprit, et il lui arriva de s’élever contre des gestes du gouvernement. En 1875, il s’opposa au projet de loi qui créait la Cour suprême et la Cour de l’échiquier – selon lui, on allait dépenser 100 000 $ pour « quelque chose dont le pays n’avait pas besoin » – mais il se justifia en disant qu’il ne faisait là que rejeter une idée d’origine conservatrice. L’année précédente, il avait plongé le premier ministre dans l’embarras en demandant des faveurs pour ses amis dans le secteur ferroviaire. En effet, Mackenzie se faisait fort de ne pas distribuer des postes seulement à titre de récompenses politiques, mais en même temps, il disait que son « seul but [était] d’administrer les affaires à [la] convenance » de Jones et de leurs amis communs.

À la fin de 1877, comme il devenait évident qu’ils perdraient leur siège en raison d’une interprétation stricte de l’Acte pour assurer davantage l’indépendance du Parlement, Jones et Vail démissionnèrent. Le Citizen de Halifax, dont ils possédaient de petites parts, avait obtenu des marchés d’imprimerie du gouvernement, mais n’en ayant rien su, aucun d’eux n’était à blâmer. Deux élections partielles se tinrent en janvier 1878, à moins de quinze jours d’intervalle. La première eut lieu dans Digby et, après la défaite de Vail, Jones lui succéda en prêtant serment à titre de ministre de la Milice et de la Défense. Le gouvernement put ainsi considérer la victoire de Jones dans Halifax comme une élection ministérielle, procédé que les conservateurs qualifièrent d’indélicat.

Jones n’était pas novice dans le domaine militaire. Il avait été lieutenant-colonel du Halifax Volunteer Battalion puis avait organisé en 1864 la 1st Halifax Volunteer Artillery Brigade. Comme il avait refusé d’être nommé en vertu de l’Acte concernant la Milice et la Défense de la Puissance du Canada, il était devenu simple soldat dans l’unité qu’il avait commandée. Au cours des dix mois où il fut ministre, sa compétence ne fut pas sérieusement mise à l’épreuve, mais un observateur nota qu’aucun détail ne lui échappait au département et qu’il savait régler « les affaires publiques avec rapidité et efficacité ». Pendant cette courte période, il fut quand même accusé de déloyauté, à cause de remarques qu’il aurait faites à l’occasion de la première visite du gouverneur général, sir John Young*, en Nouvelle-Écosse en 1869. L’accusation avait déjà surgi une fois, et dans les deux cas Tupper en était l’instigateur. Mackenzie défendit fermement son ministre, et l’affaire en resta là.

Aux élections de l’automne 1878, les conservateurs firent campagne sur la Politique nationale, programme que Jones qualifia de « tortueux et hypocrite ». Les États-Unis, protectionnistes de longue date, ne souffraient-ils pas autant de la crise économique que le Canada ? Comment le protectionnisme pourrait-il aider les manufacturiers néo-écossais à combattre la seule concurrence qui leur nuisait, celle de l’Ontario et du Québec ? Ces arguments n’eurent aucun effet : les libéraux perdirent le pouvoir et Jones subit la défaite dans Halifax. En 1882, il se présenta à nouveau. Cette fois, il attaqua surtout la Politique nationale et Tupper. « Quand quelqu’un est très malade, disait-il, il est prêt à écouter quiconque lui offre un soulagement, même s’il s’agit d’un charlatan. » Il se plaisait à souligner que Halifax n’était pas devenu le port hivernal d’expédition des céréales et qu’on n’y avait pas réinstallé les ateliers de réparations ferroviaires qui étaient passés à Moncton, au Nouveau-Brunswick. Ce ne fut pas suffisant, même s’il ne perdit que par 65 voix.

Aux élections fédérales de 1887, Jones se trouva mêlé à la campagne pour l’abrogation de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. L’année précédente, les libéraux de William Stevens Fielding* avaient remporté une éclatante victoire dans la province en défendant ce programme. En 1887, on trouvait de tout parmi les candidats libéraux de la Nouvelle-Écosse, aussi bien d’ardents partisans de l’abrogation comme John Lovitt que de farouches adversaires comme Vail. Jones n’était plus en faveur de l’abrogation, mais il ne reniait pas cette position, car c’était celle du gouvernement provincial. Il faisait plutôt valoir que les libéraux pourraient obtenir la réciprocité et ouvrir à la province ses marchés naturels. En même temps, il stigmatisait la corruption des conservateurs. Selon lui, comparer Macdonald à Blake et à Mackenzie, c’était comme comparer Benedict Arnold* à George Washington ou Judas à l’apôtre Paul. Quant à Tupper, il ne valait pas mieux que lord Castlereagh ; tout comme Castlereagh avait bradé les libertés de l’Irlande, Tupper avait bradé celles de la Nouvelle-Écosse. La cause de l’abrogation et le cocandidat de Jones furent battus, mais lui-même remporta la victoire dans Halifax. Parlementaire actif durant les quatre années suivantes, il s’intéressa surtout, comme d’habitude, aux questions financières et tarifaires. En 1887, il condamna de grands projets en les qualifiant d’extravagances « que la situation du pays ne justifi[ait] pas ». En 1888, il se moqua du budget de Tupper en disant qu’il était « tout à fait absurde » d’essayer de prévoir ce que seraient les taux d’intérêt 10 ou 15 ans plus tard. En 1890, il protesta contre la hausse de certains droits de douane parce qu’elle imposait un lourd fardeau « à la classe de gens qui [étaient] le moins en mesure d’acquitter ces taxes ».

Pendant la campagne électorale de 1891, Jones se fit un champion de la réciprocité totale. Dédaignant les protestations de loyauté de ses adversaires, il laissait entendre que la loyauté des tories était « remuée jusqu’au tréfonds, quand [...] ils [avaient] le vieux drapeau – « et des crédits ». Il fut battu à plate couture, ce que le Morning Chronicle de Halifax attribua à « des manœuvres de corruption sans égales [...] ouvertes et éhontées ». Il se déclara déçu que les électeurs puissent « se montrer aussi aveugles à leurs propres intérêts » mais se consola à la pensée que, contrairement aux tories, « personne ne [pouvait] montrer du doigt un de [ses] parents qui ait [jamais] reçu un cent de fonds publics ». Les conservateurs de Halifax ayant été privés de leurs sièges après des contestations en justice, Jones participa, au début de 1892, à une élection complémentaire dans laquelle sir John Sparrow David Thompson* était le principal conservateur. Nul ne s’acharna probablement jamais autant à montrer que les déclarations de Thompson étaient « complètement contraires à la vérité ». Même s’il donna à entendre assez peu subtilement que, lorsque quelqu’un était « contraint à de tels sacrifices » pour le bien public que de délaisser ses affaires et de renoncer au confort domestique, il méritait un appui sans équivoque, il perdit de nouveau. Tout de même, il réduisit la majorité conservatrice de plus de la moitié.

En 1894, Jones comprit qu’il n’était plus temps pour lui de faire campagne. Il se faisait vieux. En 1896, il refusa une nomination en vue d’une élection fédérale. Le fait que le premier ministre Wilfrid Laurier* choisisse Fielding comme ministre des Finances après une victoire des libéraux dut lui porter un dur coup. Lui qui avait mené les libéraux fédéraux de Nouvelle-Écosse durant 30 ans sans en retirer de bénéfice sensible voyait un autre assumer facilement et rapidement ce rôle lorsque le parti accédait au pouvoir. Peut-être était-ce un peu par jalousie qu’il reprocha à Laurier de faire de Fielding « une idole de pacotille ». Mais lui aussi obtint des récompenses : en 1896, il devint l’un des représentants du Canada à l’Imperial Pacific Cable Committee et, le 26 juillet 1900, lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse. Il allait exercer cette fonction jusqu’à sa mort sans avoir à affronter de grand débat constitutionnel. Selon le Morning Chronicle, on ne trouvait à sa résidence officielle ni « vaine prétention [ni] étalage vulgaire » ; la vie s’y caractérisait « par une simplicité démocratique » qui ne visait à « flatter aucune classe ni caste ».

Jones participa aux affaires communautaires en étant membre des conseils d’administration de la Dalhousie University et du Halifax Protestant Oprhans’ Home. Il fut président de la Nova Scotia Marine Insurance Company et administrateur de l’Acadia Fire Insurance Company. Comme son entreprise faisait du commerce avec les Antilles, il était très au courant de la situation commerciale de Halifax, de la Nouvelle-Écosse et même du Canada. Souvent, ses grands discours – qui pouvaient durer deux heures – étaient truffés de détails commerciaux et financiers. On ne pouvait jamais le prendre en défaut quant aux faits, et il parlait sans enflure. Selon ses partisans, c’était un « orateur puissant, persuasif et éloquent que l’on écoutait avec ravissement ». Par contre, les autres électeurs le trouvaient sans doute grave et trop méticuleux. Chose certaine, il semblait manquer d’humour et de légèreté. Ces défauts lui nuisaient peut-être dans ses batailles politiques, surtout lorsqu’il affrontait Tupper.

De 1867 à 1891, Alfred Gilpin Jones ne remporta que quatre élections sur neuf. Dans la même période, les libéraux fédéraux ne firent vraiment bonne figure qu’en 1867 et en 1874, alors que les libéraux provinciaux ne connurent qu’une seule défaite, en 1878. Étant donné que la Confédération avait eu tendance à faire de la Nouvelle-Écosse une province libérale, quelle peut être la principale cause de l’insuccès relatif de Jones et du parti fédéral ? Peut-être le fait qu’ils donnaient aux conservateurs l’occasion de les qualifier de Canadiens de petite envergure. Les libéraux fédéraux manquaient d’idées nouvelles et positives, et le rôle de Jones se résumait presque à la critique. Ennemi de l’extravagance, il avait tendance à penser que le pays ne pouvait se permettre d’entreprendre de grands travaux publics comme le chemin de fer du Pacifique. Libre-échangiste à tous crins, il traitait les affirmations des conservateurs avec mépris lorsque ceux-ci évoquaient les perspectives de développement que la Politique nationale ne manquerait pas d’ouvrir. En outre, bien qu’il ait été très habile à défendre sa propre conduite et à mettre au jour les écarts de ses adversaires – à tel point que les conservateurs se risquaient rarement à attaquer sa personne –, il ne maîtrisa jamais vraiment l’art de la politique, contrairement à Tupper. Probablement aurait-il rétorqué que les autres avaient recouru à des tactiques indignes de lui.

J. Murray Beck

On trouve de la documentation concernant la famille et la carrière d’Alfred Gilpin Jones dans CPG, 1905 ; Biographical review [...] of leading citizens of the province of Nova Scotia, Harry Piers, édit. (Boston, 1900), 15–17 ; et, dans une moindre mesure, dans la collection Stayner des PANS, MG 1, 1649. Un compte rendu de Jones sur la vie à Halifax entre 1842 et 1864 paraît dans « Reminiscences », six articles du Morning Chronicle de Halifax, 218 janv. 1892. Les notices nécrologiques et les éditoriaux des 15 et 16 mars 1906 parus dans le Morning Chronicle, le Halifax Herald, et l’Acadian Recorder donnent des renseignements et des commentaires utiles sur Jones, tout comme « An occasional’s tribute » dans l’Acadian Recorder du 19 mars 1906. Les sources secondaires sur sa carrière politique comprennent nos ouvrages : Joseph Howe (2 vol., Kingston, Ontario, et Montréal, 19821983), 2 ; Politics of N. S..

De nombreuses lettres d’Alexander Mackenzie à Jones sont reproduites dans « Letters of Hon. Alexander Mackenzie to Hon. A. G. Jones, 186985 », PANS, Board of Trustees, Report (Halifax), 1952, app.B. Certaines sont remises en contexte dans l’étude de Dale C. Thomson, Alexander Mackenzie, Clear Grit (Toronto, 1960).

Le document le plus important de la petite collection des papiers Jones qui se trouve aux PANS, MG 1, 523, est son cahier de correspondance de la période où il était ministre de la Milice et de la Défense. Les autres pièces qu’elle renferme, soit plusieurs chemises de documents d’intérêt public et privé plus ou moins classés ont une valeur négligeable. D’autres sources de documentation pertinente conservées par les PANS comprennent les lettres de Joseph Howe dans MG 1, 475–476 (copie dactylographiée) ; une collection de coupures de journaux ayant trait aux activités de Jones aux élections provinciales et fédérales, MG 1, 1308 ; et des documents se rapportant à l’accusation de déloyauté portée contre lui en 1878, MG 100, 170, nos 14, 16 ; et 183, no 6.

Pour les discours électoraux de Jones (longs pour la plupart), nous nous sommes basés principalement sur le Morning Chronicle ; le Halifax Citizen a aussi été consulté pour la période allant jusqu’à 1877. Les Débats de la Chambre des communes entre 18671872, 1874–1878, et 1887–1890 renferment ses discours et ont été amplement utilisés, tout comme les Journaux de la Chambre des communes de 1871. On a étudié les éditoriaux de journaux de Halifax : le British Colonist, le Morning Chronicle, et le Morning Herald (devenu le Halifax Herald) quand ils étaient à propos.  [j. m. b.]

Bibliographie générale

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J. Murray Beck, « JONES, ALFRED GILPIN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/jones_alfred_gilpin_13F.html.

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Auteur de l'article:   J. Murray Beck
Titre de l'article:   JONES, ALFRED GILPIN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   22 décembre 2014