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KING, WILLIAM, ministre presbytérien et colonisateur, né le 11 novembre 1812 près de Newtown-Limavady (Limavady, Irlande du Nord), fils de William King et d’Elizabeth Torrence ; le 10 janvier 1841, il épousa à East Feliciana, Louisiane, Mary Mourning Phares (décédée en 1846), et ils eurent deux enfants, puis le 15 septembre 1853 à Buxton, Haut-Canada, Jemima Nicolina Baxter (décédée en 1887) ; décédé le 5 janvier 1895 à Chatham, Ontario.

Fils de fermier, William King fut envoyé au début de son adolescence dans une école située près de Coleraine (Irlande du Nord) et tenue par le révérend James Bryce. Il y étudia les humanités et devint membre de l’Église presbytérienne. À 18 ans, on l’admit à la University of Glasgow. Quand il en sortit, en 1833, sa famille décida d’aller chercher fortune aux États-Unis. William renonça alors à des études de théologie et, pendant deux ans, se consacra à sa famille en l’aidant à émigrer puis à s’installer en Ohio. En 1835, il partit pour le Sud avec l’intention d’y enseigner. Il se fixa à Jackson, en Louisiane, où il se fit une réputation à titre de précepteur avant d’accepter la direction de la Mathews Academy. Il s’intégra avec aisance à la société louisianaise, épousa la fille d’un riche propriétaire d’esclaves et acheta lui-même des Noirs.

En 1843, déçu du Sud en général et de l’esclavage en particulier, King décida de rentrer en Écosse afin de suivre, à Édimbourg, les cours du célèbre théologien Thomas Chalmers. Après deux années d’études au cours desquelles il perdit sa jeune femme et son unique enfant survivant, le consistoire édimbourgeois de l’Église libre d’Écosse l’autorisa à prêcher. Le 17 juillet 1846, le comité colonial de l’Église résolut de l’envoyer au Canada comme missionnaire, avec James Fettes et William Gregg. King se rendit d’abord en Louisiane, où il tenta sans succès de régler ses affaires, puis arriva à Toronto le 16 novembre. Il commença son ministère en prêchant dans tout le sud-ouest de la province mais, décidé à rompre ses attaches avec l’esclavagisme, il démissionna en mars 1847 et retourna en Louisiane pour vendre son domaine. Son intention était de ramener ses esclaves au Canada et de les affranchir.

Dès son retour au Canada en juin 1848, King entreprit de fonder une communauté où les Noirs seraient libres, posséderaient des terres et auraient accès à l’instruction et à une formation chrétienne. Le synode de l’Église presbytérienne du Canada accueillit sa proposition avec un « vif intérêt » et forma, pour l’aider, un comité dont faisaient notamment partie les ministres Robert Burns* et Michael Willis*. Après s’être entretenu, à l’automne, avec le gouverneur lord Elgin [Bruce*], qui appuyait son projet, King étudia les emplacements possibles et opta finalement pour une terre de 9 000 acres dans le canton de Raleigh, près de Chatham. Pour l’achat de cette terre, on mit sur pied une société par actions, l’Elgin Association, et l’avocat réformiste George Skeffington Connor* en devint le président et King, l’administrateur-gérant. Bien des Blancs de la région, regroupés autour du virulent conservateur Edwin Larwill, de Chatham, s’opposaient au projet. King, qui allait vivre dans la communauté et participer de près à toutes ses activités, arriva néanmoins à Elgin le 28 novembre 1849. Les premiers colons noirs furent les 15 esclaves qu’il avait affranchis, ainsi qu’Isaac Riley et sa famille, déjà présents quand les autres arrivèrent.

Deux organismes distincts allaient administrer la communauté : l’Elgin Association s’occuperait des questions temporelles, tandis qu’une mission, soutenue financièrement par l’Église presbytérienne et baptisée plus tard Buxton, veillerait aux affaires religieuses et éducationnelles. On divisa la terre en lots de 50 acres qu’on vendit à un prix dérisoire. Chaque famille défrichait son propre lot, construisait sa cabane (selon des normes minimales) et exploitait sa ferme. On produisait et vendait de la potasse et de la perlasse ; l’agriculture et l’élevage connurent un essor rapide. Bientôt, deux anciens esclaves empruntèrent de l’argent à King pour ouvrir une briqueterie, qui connut un succès immédiat. En mars 1852 eut lieu la fondation de la Canada Mill and Mercantile Company (au conseil d’administration, seuls King et le réformiste George Brown* étaient blancs) ; moins de deux ans plus tard, la société exploitait une scierie, un moulin à farine et un magasin général à Elgin. Dès 1853, la colonie, connue aussi bien sous le nom de Buxton que d’Elgin, comptait 130 familles.

Elgin, qui dans sa période la plus florissante regroupa 300 familles, ne connut pas seulement un succès économique. En 1850, la communauté avait son bureau de poste et construisait un bâtiment pour abriter une église et une école, qui au printemps, accueillit ses premiers élèves et offrit des cours du soir aux adultes. L’enseignement y était exigeant, et on la tint bientôt pour supérieure à l’école du district. En 1854, la moitié des élèves étaient blancs ; trois ans plus tard, Elgin comptait deux autres écoles. Ordonné par l’Église presbytérienne du Canada en mai 1851, King parcourait inlassablement le Canada, les États-Unis et la Grande-Bretagne afin de recueillir des fonds pour la mission. Même s’il était un presbytérien fervent qui faisait un travail missionnaire hors d’Elgin, King aida tant les méthodistes que les baptistes à former des congrégations dans sa communauté.

Pourtant, la situation n’était pas tout à fait idyllique. Bien des grands journalistes noirs, dont Samuel Ringgold Ward* et Mary Ann Camberton Shadd, préconisaient alors l’intégration des Noirs à la société blanche plutôt que la création de communautés distinctes. Cependant, Mary Ann Shadd en avait moins contre King et Elgin que contre Josiah Henson* et John Scoble*, du village de Dawn, situé non loin de là, et contre la Refugee Home Society [V. Henry Walton Bibb*], formée selon le modèle de l’Elgin Association. Même si bien des gens considéraient la communauté noire d’Elgin comme la meilleure au Canada, King ne parvint guère à gagner la sympathie des Blancs de la région. Néanmoins, les habitants d’Elgin furent connus pour leur industrie, leur tempérance, leur santé et leur haute moralité. Nombre de colons noirs devinrent citoyens et, comme ils votaient généralement en bloc, ils eurent du poids dans plusieurs élections de la circonscription de Kent. Ainsi, au scrutin provincial de 1857–1858, leur vote joua un rôle déterminant dans la défaite de leur vieil ennemi, Larwill, battu par Archibald McKellar, qui les soutenait sans relâche.

Le déclenchement de la guerre, de Sécession, en 1861, provoqua un exode vers les Etats-Unis et sonna le glas de la communauté : plus de 70 Noirs d’Elgin s’enrôlèrent dans les troupes nordistes. Ensuite, la victoire de l’Union convainquit un grand nombre de Noirs de retourner dans le Sud. La communauté survécut tant bien que mal jusqu’à la fin des années 1860 puis, en 1873, l’Elgin Association se dispersa, après avoir atteint ses objectifs et remboursé ses actionnaires. De son côté, William King poursuivit ses diverses activités missionnaires. Le 28 décembre 1880, il fut « installé dans la charge pastorale de Maidstone », qui relevait du consistoire de Chatham ; le 10 juillet 1883, il prenait sa retraite. À l’été de 1888, il quitta Elgin pour s’installer à Chatham où, pendant les cinq années suivantes, il prêcha souvent à l’église First Presbyterian. Cloué au lit depuis l’été de 1893, il s’éteignit en janvier 1895.

Jason H. Silverman

William King est l’auteur de : History of the King family who settled in the woods near where the [vil]lage of Delta, Ohio, now stands in the year 1834, publié à Delta en 1893.

AN, MG 24, J14.— UCC-C, Free Church of Scotland, Colonial Committee, minutes, 1846 (mfm).— Free Church of Scotland, Home and Foreign Missionary Record (Édimbourg), 3 (1847–1848) : 70–72 ; 4 (1849–1850) : 122–125.— [A. M. Harris], A sketch of the Buxton mission and Elgin settlement, Raleigh, Canada West (Birmingham, Angl., [1866]).— PCC Acts and proc., 1881–1895 ; Minutes of the synod (Toronto), 1848–1853.— Hand-book of the Presbyterian Church in Canada, 1883, A. F. Kemp et al., édit. (Ottawa, 1883), 207.— W. R. Gregg, The African in North America ; their welfare after freedom as effected and influenced by the life of William King [...] (Ashtabula, Ohio, [1933]).— A. S. Jamieson, William King, friend and champion of slaves (Toronto, 1925).— W. H. Pease et J. H. Pease, Black Utopia : negro communal experiments in America (Madison, Wis., 1963).— J. H. Silverman, Unwelcome guests : Canada West’s response to American fugitive slaves, 1800–1865 (Millwood, N.Y., 1985).— Victor Ullman, Look to the North Star : a life of William King (Boston et Toronto, 1969).— R. W. Winks, The blacks in Canada : a history (Londres et New Haven, Conn., 1971).— Fred Landon, « The Buxton settlement in Canada », Journal of Negro Hist. (Washington), 3 (1918) : 360367.— W. H. Pease et J. H. Pease, « Opposition to the founding of the Elgin settlement », CHR, 38 (1957) : 202–218.

Bibliographie générale

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Jason H. Silverman, « KING, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/king_william_12F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   24 juillet 2014