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LA BROSSE, JEAN-BAPTISTE DE, prêtre, jésuite, missionnaire, professeur, né le 30 avril 1724 à Magnac, hameau de la paroisse de Jauldes (dép. de la Charente, France), fils de Jean de La Brosse, seigneur de La Chabrouillère et de Magnac, et de Louise Dubois-Cuvier, décédé à Tadoussac (Québec) le 11 avril 1782.

Après des études au collège des jésuites d’Angoulême, Jean-Baptiste de La Brosse entre au noviciat des jésuites de Bordeaux le 9 octobre 1740. Il prononce ses premiers vœux le 10 octobre 1742, étudie la philosophie pendant deux ans et enseigne dans divers collèges jusqu’en 1749. Il termine ensuite sa formation de jésuite par une troisième année de philosophie et quatre ans de théologie.

Ordonné prêtre au début d’avril 1753, La Brosse arrive au Canada l’année suivante avec plusieurs confrères jésuites. Il séjourne d’abord à Québec, puis à l’automne de 1755 il va rejoindre le père Charles Germain en Acadie où il dessert les Malécites, les Abénaquis et les Acadiens de la rivière Saint-Jean. Depuis le début de la déportation des Acadiens en juillet 1755 [V. Charles Lawrence*], ceux-ci étaient poursuivis et devaient se réfugier dans les bois ; sitôt arrivé parmi ses paroissiens acadiens, le père de La Brosse les accompagne, les aide et les encourage à fuir. Il échappe de justesse aux Anglais dans les premiers jours de mars 1756.

Revenu à Québec à l’automne, La Brosse réside au collège des jésuites jusqu’en 1758 et remplit les fonctions de procureur, de conseiller du recteur, de confesseur et de professeur de philosophie. Le 2 février 1758, il prononce ses vœux solennels en présence du père Claude-Godefroy Coquart*, puis il est chapelain de l’Hôpital Général de Québec jusqu’en avril. À l’été, il devient l’assistant du père Pierre-Joseph-Antoine Roubaud chez les Abénaquis de Saint-François-de-Sales (Odanak), tout en desservant régulièrement la paroisse Saint-Michel-d’Yamaska. La Brosse accompagne un détachement d’Abénaquis au siège de Québec en juillet 1759 ; il est fait prisonnier à Pointe-aux-Trembles (Neuville), puis libéré le lendemain en qualité d’aumônier militaire. Avec le père Roubaud, il échappe au raid du major Robert Rogers contre les Abénaquis de Saint-François le 4 octobre 1759. L’année suivante, il s’intitule toujours « missionnaire des Abénakis » et dessert occasionnellement la paroisse Saint-Louis-de-Terrebonne. Au cours de son séjour chez ces Indiens, il perfectionne sa connaissance de leur langue et compose un dictionnaire des racines abénaquises, ouvrage terminé en 1760.

Depuis son arrivée au Canada, le père de La Brosse avait fait sienne la cause des Acadiens, des Malécites et des Abénaquis. En 1761 cependant, on lui confie la paisible paroisse Saint-Henri-de-Mascouche, et les Indiens de Saint-François ont beau réclamer son retour, il reste curé de cette paroisse jusqu’au milieu de 1766. Il est alors nommé missionnaire chez les Montagnais, dans un vaste territoire s’étendant de l’île aux Coudres à Sept-Îles et de Tadoussac à Chicoutimi. C’est à partir de cette époque que la grande œuvre de sa vie commence ; il accomplit là une besogne de géant que retiendra l’histoire et que glorifiera la légende. En 1770, Mgr Briand ajoute à sa tâche le ministère de la rive sud du Saint-Laurent, de Cacouna à Rimouski, ainsi due celui de l’Acadie, de l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) et de l’île du Cap-Breton. Cependant, Joseph-Mathurin Bourg le remplace en 1773 auprès des Acadiens et des Micmacs.

Les annales du père de La Brosse, dans lesquelles il résume ses activités annuelles de 1766 à 1776, deux registres où il inscrit ses actes, le « Miscellaneorum Liber » et le « Magnus Liber », sa correspondance et divers témoignages aident à situer son œuvre. Son souci principal est d’édifier une chrétienté montagnaise fondée sur des bases humaines solides. Dès 1767 il fait imprimer par William Brown et Thomas Gilmore 3 000 abécédaires et 2 000 livres de prières en langue montagnaise, destinés, selon son expression, à « ceux qui savent lire et à ceux qui l’apprendront ». Il emploie ses hivers à l’instruction des Montagnais, leur montrant à lire et à écrire, leur enseignant le catéchisme, le cérémonial liturgique, le chant et les rudiments du solfège et formant des catéchètes qui poursuivront son œuvre pendant son absence et après sa mort. Il exerce également son apostolat auprès des Français des deux rives du Saint-Laurent et des Acadiens de la baie des Chaleurs, car on trouve des actes de lui dans les registres d’au moins 15 paroisses, mais c’est surtout auprès des Montagnais qu’il fait œuvre originale en implantant chez eux une Église qui respecte leur langue et peut se suffire à elle-même.

Les employés et les commis des postes de traite ne facilitent pas la tâche de La Brosse, ni par leur conduite ni par le commerce de l’eau-de-vie avec les Indiens. Le mandement que Mgr Briand adresse aux Montagnais, en 1769, nous donne un aperçu des difficultés rencontrées par le missionnaire. Pour sauver sa chrétienté montagnaise, le père de La Brosse ne craint pas d’écrire en 1780 au grand vicaire de Québec, Henri-François Gravé* de La Rive, pour reprocher aux autorités diocésaines leur mollesse et leur complaisance envers les Français qui vivent dans les postes. Malgré ces obstacles, sa forte personnalité lui permet de réaliser son œuvre, en bonne partie. Si on tient compte du nombre de livres de prières et d’abécédaires qu’il fait imprimer, de la quantité considérable de calendriers indiens qu’il achète chez Brown et Gilmore et surtout des actes qu’il inscrit dans les registres de Tadoussac, on discerne mieux l’envergure du travail accompli. À cela le « Catalogus generalis totius Montanensium gentis » de son successeur, l’abbé Jean-Joseph Roy, ajoute des précisions fort précieuses. Ce « Catalogus », rédigé vers 1785 et qui se trouve maintenant aux Archives de l’archidiocèse de Québec, n’est pas autre chose que la continuation de celui que le père de La Brosse fit tirer à 200 exemplaires chez Brown et Gilmore en 1767. Véritable recensement des chrétiens montagnais, la liste indique pour chacun d’eux un numéro, donne le nom des parents, la date de naissance, une appréciation de sa connaissance de la lecture et de sa pratique religieuse, la date de la première communion et celle du décès, s’il y a lieu.

Malgré ses immenses randonnées annuelles, le père de La Brosse réussit à accomplir un travail qui met en évidence ses qualités d’homme d’étude et de professeur. Partout où il passe, il utilise les travaux de ses prédécesseurs jésuites : il les approfondit, les annote, les corrige et les prolonge dans ses propres ouvrages. Il rédige son dictionnaire des racines abénaquises à partir du dictionnaire du père Joseph Aubery* et compose son livre de prières montagnaises en s’inspirant de celui du père Pierre-Michel Laure*, qu’il a annoté à plusieurs endroits. Les catéchèses du père Antoine Silvy* foisonnent des remarques et des annotations de La Brosse qui en tire les éléments d’une grammaire et d’un abécédaire montagnais. Il travaille pendant huit ans à la composition d’un dictionnaire montagnais et traduit certaines parties de la Bible en cette langue, les faisant copier à la main par ses élèves, faute d’argent pour les faire imprimer.

L’effort d’alphabétisation du missionnaire n’aura pas été inutile. Lorsque James McKenzie* passe à Tadoussac en 1808, donc 26 ans après la mort du père de La Brosse, il note que les Montagnais savent lire et écrire dans leur propre langue suffisamment pour leur permettre de correspondre entre eux, qu’ils excellent dans le chant des hymnes et que ceux qui chantent à l’église lisent suffisamment la musique pour chanter correctement.

La personnalité de La Brosse n’avait rien de banal, et la légende devait bientôt s’emparer de lui. Ses connaissances en médecine, ses dons de guérisseur, l’admiration, la sympathie et la vénération dont il était l’objet, le dévouement qu’il montrait envers ses Montagnais, tout cela s’amplifiera et fera de lui le héros de très nombreuses légendes, dont deux sont particulièrement connues. Selon la «légende des cloches », le père de La Brosse avait prédit le moment de sa mort et quand il mourut, à minuit, les cloches de toutes les chapelles et églises qu’il desservait se mirent à sonner d’elles-mêmes pour annoncer son décès. Selon l’autre légende, le missionnaire arrêta un incendie de forêt en traçant sur le sol une ligne avec un bâton. Ce dernier récit a été illustré, au début du xxe siècle, par un bronze du sculpteur Alfred Laliberté*.

Léo-Paul Hébert

On peut se faire une bonne idée de l’enseignement de Jean-Baptiste de La Brosse au collège des jésuites grâce aux notes de cours de l’un de ses étudiants, André Couillard, que l’on retrouve aux ASQ, mss-m, 67. Pour connaître l’activité apostolique du père de La Brosse de 1766 à 1781, on peut consulter le troisième registre de Tadoussac, « Miscellaneorum Liber », et le quatrième, « Magnus Liber », qui se trouvent aux AAQ, U, Registre des postes du domaine du roy, A1 ; B. Le « Miscellaneorum Liber » contient aussi les « Annales Missionis ab anno 1766 », ff.87v.–90, sorte de « relation » dans laquelle le jésuite consigne en latin ses allées et venues annuelles de 1766 à 1776. Une partie de ce texte a été publiée avec traduction française et annotations par Biblo [Philéas Gagnon], dans lUnion libérale (Québec), 24 août 1888, 3. Victor Tremblay, dans son Hist. du Saguenay, donne la traduction d’une grande partie du texte. Enfin, le texte intégral avec traduction et commentaires a paru dans « les Annales du père Jean-Baptiste de la Brosse, s.j. », L.-P. Hébert, édit., Saguenayensia (Chicoutimi, Québec), 16 (1974) : 75–94. La même revue a présenté dans son numéro 17 (1975) : 73–83 « les Lettres du père Jean-Baptiste de La Brosse », L.-P. Hébert, édit.

Le père de La Brosse a souvent signé ses ouvrages de son pseudonyme Jan-Batist Nudenans. Le musée d’Odanak conserve un dictionnaire des racines abénaquises, manuscrit relié, qui porte comme titre : « Radicum Wabanakaerum Sylvae Collecta a J. B. Nudenaus Anno 1760 ». On retrouve aux Archives historiques oblates, à Ottawa, les manuscrits d’un dictionnaire montagnais-latin commencé à Tadoussac en 1766 et terminé à l’Île-Verte en 1774–1775, d’une grammaire montagnaise de 1768 et d’un dictionnaire latin-montagnais daté de 1772. En plus, ce dépôt et les AAQ possèdent un alphabet montagnais intitulé ABEGHJIKMNOPRSTU (Uabistiguiatsh [Québec], 1767) imprimé à 3 000 exemplaires, tandis que la Bibliothèque nationale du Québec, à Montréal, conserve un alphabet abénaquis : Akitami Kakikemesudi-ArenaragAuikhigan [...] (Kebek-Dari [Québec], 1770), signé Jan-Batist Nudenans, et publié à 600 exemplaires. Un recueil de prières et catéchisme montagnais, Nehiro-Iriniui Aiamihe Massinahigan [...] (Uabistiguiatsh, 1767 ; 2e éd., 1817 ; 3e éd., 1844), connut un tirage de 2 000 exemplaires à sa première édition ; on en retrouve des copies aux AAQ, aux Archives historiques oblates, à la Bibliothèque de l’Assemblée nationale et à la Bibliothèque de la ville de Montréal.  [l.-p. h.]

AAQ, 12 A, C, 250v., 308 ; 22 A, IV : 83 ; 61 CD, Saint-Laurent, île d’Orléans, I : 6.— APC, MG 24, B I, 49–50 ; 52–53 ; 57 ; 59 ; 100–102.— Archives de l’archevêché de Rimouski (Rimouski, Québec), 355.106, lettre du père J.-B. de La Brosse à Mgr Gravé, 21 avril 1780.— Archives de l’évêché de Gaspé (Gaspé, Québec), casier des paroisses, Bonaventure, lettre du père J.-B. de La Brosse à Mgr Briand, 28 déc. 1771.— ASJCF, D-7,1.— Les bourgeois de la Compagnie du Nord-Ouest (Masson), Il :405–454.— JR (Thwaites).— LOiseau-mouche (Chicoutimi), I (1893) : 15, 19, reproduit en montagnais et en français le mandement de Mgr Briand aux Montagnais le 13 mai 1769. Ce mandement n’apparaît pas dans Mandements des évêques de Québec (Têtu et Gagnon).— H.-R. Casgrain, Œuvres complètes (4 vol., Montréal, 1884–1888), I.— Alexandre Chambre, Un grand apôtre du Canada, originaire (le lAngoumois : le RPJ.-B. de La Brosse, né à Jualdes (Charente), mort à Tadoussac (Saguenay) (Jauldes, France, [1904]).— Antonio Dragon. Trente robes noires au Saguenay, Adrien Pouliot, édit. (Chicoutimi, 1971).— Rochemonteix, Les jésuites et la N.-F. au XVIIIe siècle.— A. E. Jones, Quelques notes sur le P. Jean-Baptiste de La Brosse, L’Union libérale, 23 nov. 1888, 3 ; 26 avril 1889, 3.— Yves Tremblay, Le père de La Brosse, sa vie, son œuvre, SCHÉC Rapport, 35 (1968) : 47–59.

Bibliographie générale

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Léo-Paul Hébert, « LA BROSSE, JEAN-BAPTISTE DE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/la_brosse_jean_baptiste_de_4F.html.

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Auteur de l'article:   Léo-Paul Hébert
Titre de l'article:   LA BROSSE, JEAN-BAPTISTE DE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   22 décembre 2014