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LA GOUDALIE (La Gondalie), CHARLES DE, prêtre, sulpicien, missionnaire, né à Rodez, France, vers 1678, décédé en France, à Nantes, vers 1753.

Charles de La Goudalie reçut sa formation ecclésiastique au séminaire de Saint-Sulpice à Paris et fut ordonné prêtre en 1705. Cependant, il ne fut pas admis immédiatement parmi les membres de la compagnie. Originaire du Massif central, il semble qu’il avait la carrure des paysans français ; son supérieur, monsieur François Lechassier, disait de lui : « Il est fort robuste, laborieux, mortifié ; son air n’attire pas. Cependant, sa charité et son zèle lui donnent de l’industrie pour gagner le prochain et pour s’en faire aimer. » Arrivé en Nouvelle-France en 1707, La Goudalie prit successivement en charge quatre paroisses de la région montréalaise : Prairie-de-la-Madeleine (Laprairie), de 1707 à 1708 ; Sorel, de 1708 à 1718 ; Pointe-aux-Trembles, de 1718 à 1727 et Sainte-Anne-du-Bout-de-l’île (Sainte-Anne-de-Bellevue), de 1727 à 1728. Il dut retourner en France en 1728 pour être admis chez les sulpiciens. On le désigna comme missionnaire en « Acadie anglaise » (Nouvelle-Écosse) et on lui confia la paroisse Saint-Charles laquelle groupait à ce moment-là les deux villages de Grand-Pré et de Rivière-aux-Canards (près de Wolfville). II y arriva en 1729.

En 1730, conjointement avec Noël-Alexandre de Noinville, curé de Pisiquid (Windsor), La Goudalie réussit à négocier avec Richard Philipps, gouverneur de la Nouvelle-Écosse, les Conditions d’un serment d’allégeance qui conviendraient à la fois aux autorités britanniques et à la population du bassin des Mines. Le serment signé par les gens des Mines stipulait seulement qu’ils seraient « entièrement Fidelle » au roi d’Angleterre, reconnu comme « le Souverain Seigneur de la Nouvelle-Écosse et l’Acadie ». Pourtant le 25 avril La Goudalie et Noinville rédigèrent un certificat, « collationné » par Alexandre Bourg, qui déclarait que Philipps avait exempté les Acadiens « de la guerre contre les Français et les Sauvages et [...] les dits habitants [...] ont promis de jamais prendre les armes dans le fait de la guerre contre le Royaume d’Angleterre et son gouvernement ». De fait, à partir de cette date, les Acadiens furent désignés sous l’appellation de « neutres français » par les autorités britanniques et, jusqu’à la fondation de Halifax en 1749, ils ne furent plus sollicités de prêter un quelconque serment. Ce règlement mettait fin à 20 années de discussions sur le serment d’allégeance et assura près de 20 années de calme relatif dans les affaires internes de la Nouvelle-Écosse.

En 1731, La Goudalie fut nommé grand vicaire de l’évêque de Québec pour l’Acadie anglaise. Il se souciait d’augmenter le nombre des missionnaires en Acadie anglaise, répondant ainsi au désir des autorités religieuses et politiques. De leur côté, les autorités religieuses écrivaient : « Les missionnaires sont d’une grande importance à l’Acadie, les ministres anglais [sont] insinuants et des peuples simples s’accoutument aisément à un culte moint gênant. » Sauf quelques disputes qu’il eut avec le lieutenant-gouverneur, Lawrence Armstrong*, le curé de Saint-Charles entretint d’excellentes relations avec les autorités d’Annapolis Royal. En 1740, « étant d’un âge assez avancé », il retourna en France, mais la cour lui ayant accordé une pension de 800# payable par l’évêché de Laon, il accepta de retourner en Acadie en 1741. Il assura l’intérim à Annapolis Royal jusqu’à l’arrivée de Jean-Baptiste de Gay Desenclaves en juin 1742, puis retourna dans son ancienne paroisse.

On peut expliquer le retour de La Goudalie par la conjoncture internationale. En effet, la succession d’Autriche venant de s’ouvrir, un conflit semblait imminent entre la France et l’Angleterre, et, pour la première fois, la neutralité des Acadiens allait être mise à l’épreuve. À Versailles comme à Annapolis Royal, il semble qu’on ait compté, dans les circonstances, sur l’expérience de La Goudalie pour diriger la conduite des Acadiens. Selon Maurepas, ministre de la Marine, La Goudalie s’est « porté à procurer des secours aux français », lorsqu’ils tentèrent de s’emparer d’Annapolis Royal en 1744. En février 1747, pourtant, avec son confrère Jean-Pierre de Miniac*, il obtint la libération du sieur Newton, officier anglais fait prisonnier à Grand-Pré par les Français [V. Arthur Noble]. L’oncle de Newton, « conseiller au Port Royal, avait rendu [des services] aux missionnaires en plusieurs occasions ». Ces deux faits témoignent des difficultés des missionnaires. Au demeurant, le petit nombre d’Acadiens qui prirent part effectivement aux combats laisse croire que les missionnaires prêchèrent et pratiquèrent la neutralité. Chose certaine, à côté d’un partisan tel que l’abbé Jacques Girard*, curé de Cobequid (près de Truro), La Goudalie fait figure de modéré.

Après le traité d’Aix-la-Chapelle en 1748, La Goudalie demanda à retourner en France. En 1749 le nouveau gouverneur, Edward Cornwallis*, voulut exiger un serment d’allégeance inconditionnel de la part des Acadiens, et, devant leur refus d’obtempérer, les autorités de Halifax enlevèrent La Goudalie et « l’obligèrent à repasser en France ». Au fond, on considérait le négociateur de 1730 comme un personnage importun. En 1750, le président du Conseil de Marine décida d’envoyer le vieillard à l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard), où le gouvernement français espérait attirer les Acadiens. De là, La Goudalie passa aussitôt à Louisbourg, île Royale (île du Cap-Breton), peut-être au début de 1751. En 1752 il était au fort de la rivière Saint-Jean, à titre d’aumônier de garnison, mais toujours grand vicaire de l’Acadie. L’abbé de l’Isle-Dieu, vicaire général de l’évêque de Québec à Paris, le jugeait « un bien bon homme, mais grand parleur et qui peze peu et décide légèrement ».

On ignore la date de son retour en France. À partir de 1754 on ne rencontre plus son nom dans la correspondance. Un mémoire de 1761 nous apprend qu’il est décédé.

Micheline D. Johnson

AAQ, 12A, Registres d’insinuations, C, 170 ; IW Église du Canada, I : 240.— AN, Col., B. 55, f.563 ; 57, f.744 ; 62, f.16 ; 72, ff.16, 32v. ; 73, f.43v. ; 74, f.23 ; 75, f.47v. ; 76, f.73 ; 81, f.64 ; 85, f.38v. ; Col., C11A, 78, f.407 ; 82, f.326 ; 86, f.140 ; 87, f.365 ; 93, f.80.— ASQ, Lettres, M, 99 ; S, 7j ; Polygraphie, IX : 29 ; Séminaire, XIV : 6, nos 3, 6.— Coll. doc. inédits Canada et Amérique, I, II.— Derniers jours de l’Acadie (Du Boscq de Beaumont), 257.— Lettres et mémoires de l’abbé de l’Isle-Dieu, RAPQ, 1935–1936.— N.S. Archives, I, 95, 96, 113, 118, 119 ;II, 82, 85, 89, 115, 116, 132. RAC, 1905, II, iiie partie, 81, 346.— Brebner, New England’s outpost.— Casgrain, Un pèlerinage au pays d’Évangéline, chap. iii ; Les Sulpiciens en Acadie, 343–388.— A. G. Doughty, The Acadian exiles ; a chronicle of the land of Evangeline (« Chronicles of Canada ser. », 9 Toronto, Glasgow, 1916), chap. iii.— Gipson, British empire before the American revolution, V, chap. vi.— N. E. S. Griffiths, The Acadian deportation : deliberate perfidy or cruel necessity ? (Toronto, 1969), iie partie.— James Hannay, The history of Acadia, from its first discovery to its surrender to England, by the treaty of Paris (Saint-Jean, N.-B., 1879).— Johnson, Apôtres ou agitateurs.— Lauvrière, La tragédie d’un peuple (1924), I.— Parkman, Half-century of conflict (1892), chap. vii, ix, xxii.— [F.-E.] Rameau de Saint-Père, Une colonie féodale en Amérique : l’Acadie (16041881) (2 vol., Paris, Montréal, 1889), II.— Richard, Acadie, (D’Arles), I, chap. iv, v, vi, vii.— Robert Rumilly, Histoire des Acadiens (2 vol., Montréal, [1955]), I.

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Micheline D. Johnson, « LA GOUDALIE, CHARLES DE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/la_goudalie_charles_de_3F.html.

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Auteur de l'article:   Micheline D. Johnson
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   23 septembre 2014