DCB/DBC Mobile beta
+

LAMBERT, PATRICK, prêtre, franciscain et vicaire apostolique de Terre-Neuve, né vers 1755 dans la paroisse de Kildavin (république d’Irlande) ; décédé le 23 septembre 1816 à Wexford (république d’Irlande).

C’est en 1780 que l’on trouve la première mention de Patrick Lambert. Il était alors au collège des franciscains irlandais de Louvain (Belgique), où il devint professeur de philosophie. En 1783, il partit pour Rome à titre de directeur de San Isidoro, autre collège des franciscains irlandais, mais il démissionna de cette charge l’année suivante. Il retourna en Irlande en 1785, où il occupa le poste de gardien du monastère de Kilkenny jusqu’en 1793. Affecté ensuite au monastère de Wexford, il enseigna au collège franciscain qui y était rattaché. Il fut, pendant quelques années, directeur de ce collège et, de 1801 à 1803, gardien du monastère. Pendant son séjour à Wexford, Lambert occupa plusieurs charges importantes dans l’administration de la province franciscaine d’Irlande. Définiteur (consulteur) de la province de Leinster de 1794 à 1801, il fut élu custode en 1803. De la mort du provincial, en septembre 1803, jusqu’au mois de juillet 1804, Lambert dirigea la province à titre de vicaire provincial.

En 1804, le vicaire apostolique de Terre-Neuve, James Louis O’Donel, qui était malade, demanda la nomination d’un coadjuteur avec droit de succession. Au début de l’année suivante, parmi les candidats proposés par l’archevêque de Dublin, John Thomas Troy, Rome fit choix du père Bonaventure Stewart, nouveau provincial des franciscains irlandais, qui démissionna avant d’être consacré ; le 30 juillet, Lambert fut nommé à sa place. Élevé à l’épiscopat sous le titre d’évêque de Chytra le 4 mai 1806, à Wexford, Lambert arriva à St John’s au mois d’août de la même année. Il fut coadjuteur d’O’Donel jusqu’à la démission de ce dernier le 1er janvier 1807, jour où il lui succéda comme vicaire apostolique.

Dès ie début, Lambert se sentit malheureux dans l’exercice de sa charge. Avant même sa consécration, il avait laissé entendre au Saint-Siège qu’il aurait préféré un climat plus tempéré. Il trouvait en effet le temps inclément à Terre-Neuve, et les gens « passablement instruits, mais pas encore assez obéissants [...], beaucoup étant plongés dans les profondeurs de la luxure, sujets à l’ivrognerie et même contaminés par le fléau de la philosophie nouvelle ». En novembre 1807, il avait vainement demandé au pape de le muter à un siège moins difficile ou de lui donner une pension qui lui aurait permis de se retirer en Irlande.

Lambert, néanmoins, remplissait fidèlement les devoirs de sa charge. Il visita la baie de la Conception en 1807, couvrant 21 lieues sur la côte et confirmant plus de 400 personnes. Au cours d’une semblable visite dans le district de Ferryland, en 1810, il se cassa plusieurs côtes durant un voyage à travers bois. En fait, Lambert avait peu de prêtres pour desservir un si grand territoire : cinq seulement tout le long de son mandat comme vicaire apostolique. C’est pourquoi il adopta la pratique d’accepter pour la mission de Terre-Neuve des étudiants, tant d’origine irlandaise que terre-neuvienne, qui seraient formés au Bas-Canada. Le premier prêtre ordonné spécifiquement pour Terre-Neuve, James Sinnott, jeune homme venu de Wexford avec Lambert, avait été envoyé en 1808 au séminaire de Québec, où il fut ordonné en 1810. Bien qu’au cours des ans Lambert envoyât plusieurs séminaristes au Bas-Canada, un seul autre, William Herron*, se rendit jusqu’à la prêtrise.

Les relations de Lambert avec l’évêque de Québec, Joseph-Octave Plessis*, étaient cordiales. En 1807 et 1808, les deux s’échangèrent des pouvoirs, chacun devenant vicaire général de l’autre ; par la suite, ils entretinrent une correspondance suivie. Désirant vivement être soulagé de la responsabilité d’une partie de son vaste territoire, Mgr Plessis offrit à Lambert, en 1807, de lui déléguer sa juridiction sur la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et les îles attenantes. Lambert ne fut en rien séduit par cette offre et fit observer qu’il avait « beaucoup trop à naviguer le long des côtes de Terre-Neuve pour traverser sur le continent ». Il proposa à la place la subdivision du diocèse de Québec, tout en donnant l’assurance qu’il accepterait avec plaisir d’être suffragant de Québec, advenant que cet évêché devînt siège métropolitain. Mgr Plessis ne donna pas suite à l’affaire, mais, en une autre occasion, il sonda le terrain en soulevant la possibilité que le Labrador et l’île d’Anticosti fussent rattachés à Terre-Neuve. En 1812, il attira aussi l’attention de Lambert sur la situation des Indiens micmacs qui avaient quitté la Nouvelle-Écosse pour la région de la baie Saint-Georges ; Lambert put, par la suite, leur envoyer un prêtre en été.

Le vicariat de Lambert fut marqué par un grand nombre de conversions au catholicisme. De 1809 à 1813, en particulier, les lettres des ministres protestants prouvent les succès que remportèrent à cet égard les prêtres de Lambert. C’est « par milliers, sur la côte », dit-on, qu’on adhérait au catholicisme ; un missionnaire anglican, John Harries, alla jusqu’à lancer l’avertissement que l’île « deviendrait très bientôt une colonie catholique ». Même le gouverneur, sir Richard Goodwin Keats*, reconnut que les prêtres avaient « trop de succès à faire des prosélytes », mais que leur « zèle et leur activité » étaient dignes d’être imités. Si l’on manque de statistiques, il semble néanmoins que ce mouvement fut particulièrement important dans les régions où les anglicans n’étaient point desservis par des ministres de leur confession. En général, les prêtres catholiques se déplaçaient davantage et visitaient beaucoup plus régulièrement les régions éloignées que les ministres protestants.

Plus encore que les conversions, la vaste immigration irlandaise qui se produisit de 1811 à 1816 explique la croissance de la population catholique de Terre-Neuve. Cet afflux d’immigrants irlandais allait par la suite causer au vicaire apostolique des problèmes de premier ordre. Pendant les années de boom économique qui marquèrent les guerres napoléoniennes, on vit Terre-Neuve prospérer. Mais dès le printemps de 1815, l’industrie de la pêche s’était effondrée, et malgré tout les Irlandais continuaient d’arriver en grand nombre à St John’s – 6 000 peut-être en cette seule année. Non seulement le chômage était-il fort élevé et la pauvreté très grande, mais ces conditions mêmes provoquèrent bientôt des divisions parmi les Irlandais de Terre-Neuve ; des bandes se formèrent dans des comtés en concurrence les uns avec les autres, et des serments furent prononcés en secret. Leinster et Munster, les deux provinces irlandaises d’où venaient les immigrants de Terre-Neuve, étaient très différentes sur le plan social, Munster étant la moins anglicisée des deux, et le gaélique y étant très largement parlé. La longue rivalité qui avait existé entre ces deux provinces s’était étendue à Terre-Neuve et, en 1815, elle amena les bandes de l’une et l’autre faction à s’affronter violemment.

Lambert avait antérieurement écrit son opinion sur les nouveaux venus irlandais : une « bande de pauvres hères sans loi, ignorants et dénués de principes ». Dès lors, lui et son clergé dénoncèrent dans leurs sermons les désordres et les serments secrets, mais sans résultat. Lambert ne parlait point le gaélique et, en tant qu’originaires de la province de Leinster, lui et ses prêtres étaient considérés comme suspects par l’autre parti. Bien plus, le vicaire apostolique avait précédemment suspendu l’abbé John Power*, prêtre de la province de Munster, et ce geste lui avait fait perdre l’appui de beaucoup de monde. De fait, la dispute entre Lambert et Power semble avoir grandement exacerbé les rivalités entre provinces à Terre-Neuve. Les troubles de 1815 ont probablement contribué pour beaucoup à la décision du vicaire apostolique de quitter l’île cette année-là.

Lambert entretint en général de bonnes relations avec les gouverneurs de son temps. Le gouvernement britannique avait fait aux catholiques de Terre-Neuve, en 1811, une concession de premier ordre en leur permettant d’avoir leurs propres cimetières, ce qui mettait fin aux querelles qui avaient parfois marqué la sépulture de catholiques dans les cimetières anglicans. Sur la recommandation du gouverneur Keats, le gouvernement autorisa aussi, en 1814, qu’un traitement annuel de £75 fût versé à Lambert, en sa qualité officielle de « chef de l’Église catholique ». Et quand Lambert eut des problèmes avec Power, Keats alla jusqu’à recommander au gouvernement impérial de défendre l’immigration à Terre-Neuve de tout prêtre dont la venue n’aurait pas été autorisée par le vicaire apostolique.

En 1813, la santé de Lambert se détériora. Il était sujet à des vertiges et à de violents maux de tête, résultats, apparemment, d’un état épileptique. Il songea à quitter Terre-Neuve à ce moment même, mais il ne prit de décision finale qu’en 1815, après avoir demandé à Rome de lui nommer un coadjuteur, Thomas Scallan*. Parti pour l’Irlande le 14 novembre, il alla vivre au monastère de Wexford. Lambert parlait encore de retourner à sa mission, mémé après la nomination de Scallan en janvier 1816, mais sans grande conviction. Préoccupé de ce que sa pension ne pouvait lui être versée que pendant qu’il résidait à Terre-Neuve, il chercha à faire modifier cette condition. En juin, on le disait « extrêmement malade, troublé et gâteux, sans espoir de rétablissement ». Il succomba le 23 septembre et fut enseveli dans l’église du monastère de Wexford.

Le juge en chef Caesar Colclough* décrivait Patrick Lambert comme un homme « honnête, loyal et bien intentionné », quoique « irritable et sans talents ». Peu robuste, Lambert n’était peut-être pas fait pour répondre aux exigences de son poste, et il est évident que cette affectation ne lui plaisait pas. Néanmoins, sous sa direction, on vit l’Église catholique, à Terre-Neuve, acquérir une force et une stabilité nouvelles ; ces progrès étaient sans aucun doute dus en bonne part aux efforts attentifs de Lambert et à son influence modératrice.

Raymond J. Lahey

AAQ, 12 A, G, H ; 210 A, V, VII–VIII ; 30 CN, I.— Arch. of the Archdiocese of St John’s, Howley papers, transcripts of docs. in the Archivio della Propaganda Fide.— Archivio della Propaganda Fide (Rome), Acta, 1805, 172 ; Scritturi riferite nei Congressi, America Antille, 3 (17901819).— Basilica of St John the Baptist parish (St John’s), Reg. of baptisms, 1er janv. 1807.— Collegio St Isidoro (Rome), Discretorium book, 17 juill. 1780, 27 févr. 1783, 27 nov. 1784, 25 janv. 1785.— PRO, ADM 80/151 ; CO 194/46, 194/49, 194/51, 194/5456, 194/81.— USPG, C/CAN/NH., 12.— « Documents relating to Wexford friary and parish », Pádraig Ó Súilleabháin, compil., Collectanea Hibernica (Dublin et Londres), 8 (1965) : 126s.— Evangelical Magazine and Missionary Chronicle (Londres), 22 (1814) : 75.— George Conroy, Occasional sermons, addresses, and essays (Dublin, 1884), 315327.— M. F. Howley, Ecclesiastical history of Newfoundland (Boston, 1888 ; réimpr., Belleville, Ontario, 1979).— Liber Dubliniensis : chapter documents of the Irish Franciscans, 1719–1875, Anselm Faulkner, édit. (Killiney, république d’Irlande, 1978).— Father Paul, Wexford friary : a short account of the history and traditions of the Franciscan friary of Wexford ([Wexford, république d’Irlande, 1949]).

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Raymond J. Lahey, « LAMBERT, PATRICK », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 27 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lambert_patrick_5F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/lambert_patrick_5F.html
Auteur de l'article:   Raymond J. Lahey
Titre de l'article:   LAMBERT, PATRICK
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   27 août 2014