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Titre original :  Père Lamberville

Provenance : Lien

LAMBERVILLE, JACQUES DE, missionnaire jésuite chez les Agniers et les Onontagués, frère cadet du missionnaire Jean de Lamberville, né à Rouen en 1641, mort à Montréal ou dans les environs le 18 avril 1710 (certaines sources donnent 1711, et d’autres 1718, mais cette dernière date est certainement inexacte).

Jacques de Lamberville entra chez les Jésuites à l’âge de 20 ans, et enseigna en France, dans différents collèges de la Compagnie de Jésus, avant de venir, à 34 ans, au Canada. À son arrivée, il fut affecté immédiatement aux missions chez les Iroquois. Des conversions attribuées à Lamberville, celle de Kateri Tekakouitha* est la plus connue. C’était une jeune fille d’une nature réservée, que la variole avait rendue presque aveugle et que les prédécesseurs de Lamberville à Gandaouagué, les pères Bruyas et Frémin*, n’avaient jamais remarquée. Ce fut un jour de 1675, alors qu’il faisait ses visites habituelles d’une cabane à l’autre, qu’il la rencontra. Ce jour-là, comme elle souffrait d’une blessure à un pied, elle n’avait pu aller aider les autres femmes aux travaux des champs. Le prêtre fut surpris quand elle lui apprit que, depuis son enfance, elle désirait ardemment embrasser la religion catholique. Il commença presque aussitôt à lui enseigner le catéchisme. Ce n’est que le dimanche de Pâques de 1676 qu’il la baptisa et le cas de cette jeune fille montre bien avec quelle prudence et quelle conscience il enseignait la religion aux nouveaux convertis. À la suite de sa confession publique, une certaine opposition se manifesta et Kateri eut à subir des persécutions. En 1677, pendant l’absence de l’oncle et tuteur de Kateri, qui était allé à Albany (fort Orange), Lamberville, de connivence avec des catéchistes hurons et iroquois qui étaient de passage, l’envoya secrètement dans une réserve indienne près de Montréal. Bien qu’il eût été fortement impressionné par la piété et la vertu de cette jeune femme, il la dissuada d’essayer de fonder une communauté de religieuses indiennes : après avoir vécu des années en territoire iroquois, il savait qu’un pareil établissement avait peu de chances de réussir. Il obtenait néanmoins d’assez bons résultats dans sa mission puisqu’en 1676, dans les deux mois précédant Pâques, il avait baptisé 13 adultes, puis 7 autres encore peu après le baptême de Kateri. Au cours de sa première année à la mission, il y avait eu environ 50 convertis, dont 10 seulement étaient à l’article de la mort.

En 1677–1678, il apporta son aide au père Bruyas et, au cours de cette année-là, ils baptisèrent environ 40 personnes dont la plupart moururent peu après. Il connut beaucoup de difficultés pendant son séjour chez les Agniers. Une fois, notamment, alors qu’il était, en pleine nuit, occupé à ses dévotions dans la chapelle, il fut attaqué par surprise par un guerrier ivre, qui tira sur lui et tenta ensuite de l’achever à coups de barre de fer. Il ne parvint à se tirer de ce mauvais pas qu’à la faveur de l’obscurité et en raison de l’état d’ébriété dans lequel se trouvait l’Indien qui l’avait assailli.

Bien que, dans l’exercice de son ministère, il ne fût pas aussi brillant que son frère Jean, il est quand même évident qu’il possédait au même degré la ténacité, le courage et l’indulgence de son aîné. Ce n’est qu’à partir de 1684 que Jacques se trouva entraîné à jouer un rôle politique que les représentants de l’autorité royale imposaient souvent aux missionnaires. Cette année-là, il fut convoqué auprès du gouverneur Le Febvre* de La Barre, qui partait en expédition contre les Tsonnontouans. Jacques de Lamberville se joignit au détachement à La Galette (Ogdensburg) et reçut l’ordre d’aller retrouver son frère Jean, à Onondaga, pour rassurer les Indiens quant à la bonne volonté des Français. Il arriva à Onondaga le 17 août 1684 et passa toute la nuit à parler de questions politiques et religieuses avec son frère. Au matin, on rassembla les chefs onontagués et des messagers furent envoyés chez les Onneiouts, chez les Agniers et les Goyogouins. Mais l’expédition de La Barre se solda par un échec et Jacques de Lamberville séjourna par la suite avec son frère chez les Onontagués ; ce fut lui qui, en octobre, porta aux Iroquois les messages du gouverneur.

L’année qu’il passa à Onondaga avec son frère fut relativement couronnée de succès. Ce résultat tenait en bonne partie à l’esprit résolu des deux missionnaires qui, avec des moyens de fortune, s’étaient voués à la pratique de la médecine et de l’art dentaire. Lorsqu’en 1686 Jean fut rappelé à Québec par Brisay de Denonville, Jacques demeura chez les Onontagués ; il était alors le seul missionnaire dans tout le territoire iroquois. Denonville, qui projetait d’entrer en campagne contre les Tsonnontouans, le rappela lui aussi à brève échéance et lui assigna les fonctions d’aumônier de la garnison de Cataracoui (fort Frontenac). Son frère vint l’aider dans cette tâche et, peu après, Jacques demanda d’être nommé au collège des Jésuites de Québec. C’est là que, pendant un an, il enseigna aux classes de sixième et de cinquième.

En 1689, nous retrouvons Jacques de Lamberville à Sault-Saint-Louis (Caughnawaga), et trois ans plus tard, en 1692, il habitait à Montréal. Lorsqu’en 1701 les Jésuites obtinrent l’autorisation de retourner en territoire iroquois, Jacques de Lamberville, bien qu’il fût alors assez âgé, insista pour repartir chez les Onontagués où son frère avait œuvré pendant de si longues années. Il y travailla dans l’effacement et l’abnégation jusqu’en 1709. À cette époque, les intrigues auxquelles les Anglais se livraient parmi les Iroquois avaient atteint leurs buts et toute œuvre d’évangélisation devenait pratiquement impossible. Mais la plus dure épreuve était encore à venir : Abraham Schuyler, usant d’une supercherie, lui conseilla de retourner à Montréal pour faire un rapport sur les prétendus préparatifs militaires des Anglais et, profitant de son absence, il fit incendier sa chapelle et sa maison par des Indiens à moitié ivres.

Dans les circonstances, Jacques de Lamberville resta à Montréal où avec l’abbé Henri-Jean Tremblay* il fut chargé des affaires de l’Hôtel-Dieu. Il se trouva, pendant un certain temps, entraîné dans le courant de mécontentement provoqué par les directives épiscopales de Mgr La Croix de Chevrières de Saint-Vallier et il s’aventura même jusqu’à oser prétendre que l’évêque devrait se démettre de sa charge, à cause des dissensions qu’il avait suscitées au sein du clergé et chez les laïques. Selon le père Germain, son supérieur, Jacques de Lamberville mourut à Montréal, le 18 avril 1710.

On fit l’éloge de l’assiduité avec laquelle il s’était imposé des mortifications corporelles et préparé au martyre. Les colons rappelèrent sa piété rigoureuse et son esprit d’abnégation, tandis que les Iroquois l’appelaient simplement « l’homme de Dieu ». Il n’est pas surprenant que peu après sa mort on ait prétendu que des personnes, qui avaient simplement touché des objets lui ayant appartenu, avaient été guéries miraculeusement. Un récit officiel de ses 37 années d’apostolat au Canada fut envoyé au général de la Compagnie de Jésus, à Rome. Ce rapport mentionne spécialement les mortifications qu’il s’infligeait et les miracles obtenus parle moyen d’objets qu’il avait laissés.

C. J. Jaenen

AN, Col., C11A, 4–9 ; Col., C11G, 8, 169.— Claude Chauchetière, La Vie de la BCatherine Thegakouita dite à présent la Sainte Sauvagesse (Manate [New York], 1887), 179.— JR (Thwaites), passim— Juchereau, Annales (Jamet), 199, 297, 346.— Lettres édifiantes et curieuses, escrites des missions étrangères par quelques missionnaires de la Compagnie de Jésus, [Y.-M.-Marie de Querbeuf, édit.] (26 vol., 1780–1783), VI : 50.— Mission du Canada. Relations inédites de la Nouvelle-France (1672–1679) pour faire suite aux anciennes relations (1615–1672), [Félix Martin, édit.] (2 vol., Paris, 1861), II : 104–106.— Campbell, Pioneer Priests, I : 298–311.— François Élesban de Guilhermy, Ménologe de la Compagnie de Jésus [...] Assistance de France comprenant les missions de l’Archipel, de l’Arménie, de la Syrie [...], du Canada, de la Louisiane [...] [Jacques Terrien, édit.] (2 parties, Paris, 1892), I : 514.

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C. J. Jaenen, « LAMBERVILLE, JACQUES DE », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lamberville_jacques_de_2F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
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