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LAROCHELLE, LOUIS-NAPOLÉON, manufacturier, entrepreneur de chemins de fer et homme politique, né à Saint-Anselme, Bas-Canada, le 14 novembre 1834, fils de Siméon Gautron*, dit Larochelle, et de Sophie Pomerleau ; le 12 décembre 1876, il épousa au même endroit Georgiana Plante ; décédé dans son village natal le 27 octobre 1890.

Après des études au petit séminaire de Québec entre 1847 et 1856, Louis-Napoléon Larochelle commence une carrière dans les affaires. Fils d’un industriel entreprenant, propriétaire d’un moulin à scier, d’une fonderie et d’une fabrique de textile, il prend la relève de son père, décédé en 1859. Son activité dans le secteur de la transformation locale demeure obscure mais elle semble lui avoir apporté l’aisance. En 1873 et 1874, sa capacité d’emprunt est assez solide pour lui permettre de placer des sommes importantes dans la Compagnie du chemin à lisses de Lévis à Kennebec. En 1885, il perdra $20 000 dans l’incendie d’un moulin à carder dont il est propriétaire. Ces éléments suggèrent que Larochelle disposait d’une grande fortune.

C’est sans doute l’affaire du Lévis-Kennebec qui a rendu Larochelle célèbre, notamment ses démêlés avec son associé, Charles Armstrong Scott. À cause de ses intérêts au sein de l’économie locale, Larochelle est séduit très tôt par le projet du Lévis-Kennebec, une voie de transport devant relier la ville de Lévis à la côte atlantique en traversant la région de la Beauce et l’état du Maine. En 1870, il devient l’un des administrateurs de la Compagnie du chemin à lisses de Lévis à Kennebec ; Alexandre-René Chaussegros* de Léry y assume alors la présidence, et le conseil d’administration se compose de plusieurs hommes politiques influents tels que Joseph-Godric Blanchet, Hector-Louis Langevin* et Christian Henry Pozer. Profitant de son pouvoir de pression politique, la compagnie obtiendra du gouvernement du Québec des subsides considérables. Le 31 décembre 1870, le contrat de construction des 50 premiers milles est confié à Jerome B. Hulbert, fameux promoteur américain des chemins « à lisses » de bois ; les travaux de nivellement débutent en 1871 et, l’année suivante, la route est prête à recevoir les lisses de bois. Jugeant qu’il serait désavantageux d’utiliser ce matériau à cause de sa faible résistance à l’action du dégel au printemps, la compagnie opte pour des rails en fer et augmente en conséquence sa mise de fonds. Un nouveau contrat de construction est alors octroyé à l’ancien contremaître de Hulbert, Charles Armstrong Scott, et à Larochelle, agissant comme entrepreneur. Ce contrat prévoit également que ceux-ci pourront exploiter la ligne durant 99 ans et qu’ils détiendront un certain nombre d’actions de la compagnie. Pour les besoins de la cause, ils entreront tous les deux en société le 8 janvier 1873. Garant d’un indispensable crédit, Larochelle avance $30 000 pour la construction de la voie afin d’inciter des capitalistes anglais à prêter le reste. À la fin de 1873, Scott et Larochelle se rendent à New York acheter une locomotive et 600 tonnes de rails, payés par Larochelle qui a emprunté l’argent nécessaire au juge Joseph-Noël Bossé et à James Gibb Ross.

À cette époque, la compagnie décide d’émettre des obligations pour épauler financièrement les entrepreneurs et elle mandate Scott pour négocier ces titres. Celui-ci se rend à Londres et signe avec un courtier britannique, John Langham Reed, un contrat de vente de £100 000 d’obligations de la Lévis-Kennebec ; d’une valeur nominale de £100 l’unité, ces titres sont cédés à Reed au prix de £55 l’unité avec droit de les écouler à 7 p. cent d’intérêt sur une période de 20 ans. Reed obtient par la même occasion le privilège d’acheter les deux prochaines émissions d’obligations. En raison de certaines retenues prélevées par le courtier, Scott et Larochelle ne retirent, en fait, que £48 000 au lieu de £55 000 de cette première vente de titres obligataires ; en 1874, la Lévis-Kennebec est grevée d’une dette de £100 000 et doit payer annuellement £7 000 en intérêts. Le 20 juin 1875, seule la section reliant Lévis à la jonction de Scott, d’une longueur de 28 milles, est mise en exploitation ; néanmoins, l’année suivante, grâce à une subvention du gouvernement provincial de $4 000 par mille, la compagnie peut compléter le tronçon de 15,5 milles raccordant Scott à Saint-Joseph, village de la région de la Beauce. En 1876, n’ayant réalisé que 43,5 milles de voie, la Lévis-Kennebec n’est pas encore légalement autorisée à émettre la deuxième série d’obligations. Reed, qui a déjà ces titres en main, après avoir obtenu une signature par anticipation du président de la compagnie, Joseph-Godric Blanchet, réclame maintenant la troisième série. Ne pouvant obtenir gain de cause, Reed exige alors le remboursement de toutes les sommes déjà versées à la Lévis-Kennebec, ce qui interrompt brusquement les travaux. Scott et Larochelle se déclarent alors insolvables. La querelle entre les deux entrepreneurs éclate quand Scott remet à Reed 65 000 actions de la Lévis-Kennebec, acquises en vertu du contrat de construction ; celui-ci obtient ainsi la maîtrise de la compagnie.

Soucieux de donner sa version des faits, Scott publie en 1877 une brochure intitulée Chemin de fer de Lévis et Kennebec, et ses embarras [...], ce qui incite Larochelle à se défendre également dans une brochure parue la même année et intitulée Chemin de Lévis et Kennebec ; réfutation de la brochure de C. A. Scott. Larochelle tente d’y démontrer comment Scott a fui ses responsabilités en cédant ses actions à Reed sans exiger de ce dernier la reconnaissance d’une dette personnelle de $40 000 envers les ouvriers et les fournisseurs de la Lévis-Kennebec. D’ailleurs, Larochelle lui reproche d’avoir agi, depuis le début, comme un serviteur des capitalistes anglais en acceptant régulièrement leurs « cadeaux de mille piastres » et en se pliant facilement à leurs conditions, alors qu’il retirait annuellement $1 800 pour représenter les intérêts de la compagnie à Londres. Dépourvu au départ de ressources financières, Scott s’est rapidement taillé une fortune dans cette affaire qui avait déjà fortement entamé les avoirs de Larochelle.

Pendant ce temps, la Lévis-Kennebec exige que Reed lui retourne la deuxième série de titres et, à l’occasion de son assemblée annuelle en février 1877, elle lui retire le droit d’exercer son pouvoir d’actionnaire principal. Les créanciers britanniques, détenteurs d’obligations, intentent alors à la Lévis-Kennebec une douzaine de procès qui aboutiront, au début des années 1880, à l’impasse financière totale, la compagnie étant incapable de payer les intérêts sur le capital emprunté. Tombée en faillite, la Lévis-Kennebec est finalement vendue aux enchères par le shérif, à la porte de l’église Notre-Dame-de-la-Victoire, à Lévis, le 22 mars 1881, pour la somme de $192 000. James Robertson Woodward en fait l’acquisition au nom de la Compagnie du chemin de fer Québec central.

Favorable au parti conservateur du Québec, Larochelle occupe plusieurs postes au cours de sa carrière politique. Il figure parmi les citoyens éminents de la région de Saint-Anselme, et sera maire de cet endroit de 1870 à 1878 et de 1881 à 1889. Aux élections provinciales de 1867, Larochelle pose sa candidature dans le comté de Dorchester contre un adversaire de taille, Hector-Louis Langevin. Dans cette lutte opposant deux conservateurs, Langevin a l’avantage de représenter ce comté depuis dix ans à l’Assemblée législative de la province du Canada. De plus, Langevin se propose d’obtenir le double mandat afin d’aider à mettre le nouveau régime fédératif en place et promet, s’il est élu, de consacrer son traitement de député provincial au comté. Pour sa part, Larochelle consent à se retirer de la lutte si Langevin promet de démissionner de son siège provincial après un an et de lui accorder, par la suite, son appui à l’occasion d’une élection partielle dans le comté. Ayant finalement décidé de ne pas tenir compte de ces exigences, Langevin brigue le double mandat et gagne les élections. Au scrutin provincial de 1871, Langevin se présente dans le comté de Québec-Centre, laissant la place libre à Larochelle qui est élu député de Dorchester sans opposition. Il est choisi, la même année, pour siéger au comité spécial des industries. Il conservera son poste de député aux élections tenues quatre ans plus tard.

Le caractère dissident de Larochelle commence à se manifester en 1875, au moment où le gouvernement provincial de Charles-Eugène Boucher* de Boucherville s’engage dans le projet de construction du chemin de fer de Québec, Montréal, Ottawa et Occidental, sur la rive nord du Saint-Laurent ; le député de Dorchester et quatre ministres du cabinet conservateur s’opposent à la politique ferroviaire du gouvernement, craignant une réduction des subsides publics pour les chemins de fer de la rive sud. À la suite de cette querelle avec la direction de son propre parti, Larochelle ne se présente pas aux élections de 1878.

De retour à la vie politique aux élections provinciales de 1881, Larochelle se fait battre dans le comté de Dorchester par Nicodème Audet ; ce n’est qu’en 1886, qu’il y remporte une victoire sans opposition. À cette époque, le parti conservateur du Québec, dirigé par John Jones Ross*, subit les contrecoups du refus d’Ottawa de commuer la peine de mort prononcée contre Louis Riel. Quelques mois après son élection, Larochelle se range parmi les cinq « conservateurs nationaux » qui retirent leur confiance au gouvernement Ross et détiennent ainsi la balance du pouvoir à l’Assemblée législative du Québec. Le 20 décembre 1886, Ferdinand Trudel et lui publient dans la Presse une déclaration sommant Ross de démissionner. Honoré Mercier* arrive au pouvoir au début de 1887 et, l’année suivante, il nomme Larochelle au Conseil législatif, dernière étape, pour plusieurs, d’une carrière politique.

Larochelle meurt le 27 octobre 1890, après une maladie de quelques semaines. Ses funérailles ont lieu à Saint-Anselme en présence d’un grand nombre de personnalités politiques. Il laisse dans le deuil sa femme et cinq enfants.

Gaétan Gervais

Louis-Napoléon Larochelle est l’auteur de Chemin de Lévis et Kennebec ; réfutation de la brochure de C. A. Scott (Québec, 1877). À cette occasion, il réplique aux accusations que Charles Armstrong Scott avait formulées à son égard, quelques mois plus tôt, dans un ouvrage intitulé Chemin de fer de Lévis et Kennebec, et ses embarras ; histoire concise des relations de Larochelle et Scott avec la ligne depuis son début jusqu’au temps actuel (Québec, 1877).

AC, Beauce (Saint-Joseph de Beauce), État civil, Catholiques, Saint-Anselme, 12 déc. 1876, 30 oct. 1890.— ANQ-Q, PQ, TP, Bureau des chemins de fer (mémoires rédigés par L.-N. Larochelle sur les affaires de la Compagnie du chemin de fer de Lévis et Kennebec).— ASQ, Fichier des anciens.— Le Canadien, 28 oct. 1890.— Le Courrier du Canada, 29, 31 oct. 1890.— La Presse, 20 déc. 1886.— CPC, 1889 : 246.— Dominion annual register, 1885 : 371 ; 1886 : 366.— P.-G. Roy, Dates lévisiennes (12 vol., Lévis, Québec, 1932–1940), I–IV.— Adrien Bouffard, Saint-Anselme de Dorchester [...] une paroisse coopérative (s.l., [1946]), 22, 45.— Désilets, Hector-Louis Langevin.— Gervais, « L’expansion du réseau ferroviaire québécois (1875–1895) ».— M. Hamelin, Premières années du parlementarisme québécois.— Honorius Provost, Chaudière Kennebec ; grand chemin séculaire (Québec, 1974).— Rumilly, Hist. de la prov. de Québec, II–VI.— « Les disparus », BRH, 39 (1933) : 435.

Bibliographie générale

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Gaétan Gervais, « LAROCHELLE, LOUIS-NAPOLÉON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/larochelle_louis_napoleon_11F.html.

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Auteur de l'article:   Gaétan Gervais
Titre de l'article:   LAROCHELLE, LOUIS-NAPOLÉON
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   24 octobre 2014