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LEWIS, JOHN TRAVERS, ministre de l’Église d’Angleterre, archevêque et auteur, né le 20 juin 1825 à Garrycloyne Castle, près de Cork (république d’Irlande), fils aîné du révérend John Lewis et de Rebecca Olivia Lawless ; le 22 juillet 1851, il épousa à Toronto Anne Henrietta Margaret Sherwood (décédée en 1886), et ils eurent six filles et cinq garçons parmi lesquels quatre filles et deux garçons atteignirent l’âge adulte ; le 20 février 1889, il épousa Ada Maria Leigh, de Manchester, Angleterre, et ils n’eurent pas d’enfants ; décédé le 6 mai 1901 sur le navire qui le conduisait en Angleterre.

Le père de John Travers Lewis, rector à Shandon, près de Cork, succomba à la peste en 1832. Lewis était un enfant taciturne et résolu. La perte soudaine de son père et les années qu’il passa à la maison de campagne de ses grands-parents, Garrycloyne Castle, au milieu d’une gentry à l’esprit déterminé, renforcèrent ces traits de caractère. Ses brillantes études au Trinity College de Dublin firent de même. Lewis eut notamment pour maître l’éminent professeur de théologie Charles Richard Elrington, principal commentateur des opinions de James Ussher, archevêque irlandais du xviie siècle, sur le gouvernement de l’Église. Cette expérience élargit et affermit sa compréhension des questions de doctrine et d’administration ecclésiale. À la fin de ses études de théologie, en 1847, il remporta une médaille d’or. Bien qu’il l’ait ignoré à l’époque, le fait de recevoir une telle formation et d’assister à Dublin aux controverses qui secouaient l’Église d’Irlande était excellent pour un jeune prêtre appelé à œuvrer dans les colonies, où le changement était à l’ordre du jour.

Fait diacre le 16 juillet 1848 en la chapelle du Christ’s College de Cambridge, en Angleterre, Lewis fut ordonné le 23 septembre 1849 à la cathédrale de Lisburn, dans le comté d’Antrim (Irlande du Nord). Entre-temps, il exerça le ministère à Newtownbutler, dans le comté de Fermanagh. À cause de la grande famine, les temps étaient durs en Irlande. La mère de Lewis immigra donc au Canada en 1848 et se fixa près de London. L’année suivante, Lewis vint à son tour au pays à titre de missionnaire de la Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts. On l’affecta à Hawkesbury, sur la rivière des Outaouais. En 1851, il épousa Anne Henrietta Margaret Sherwood, fille de l’ancien procureur général Henry Sherwood*, qui avait des relations à Brockville. En 1854, Lewis obtint une place sûre grâce à son mariage : il devint titulaire de l’église St Peter de Brockville.

Cette nomination se fit par favoritisme, bien sûr, mais ce ne fut pas ainsi que Lewis fut élu évêque à l’âge très précoce de 35 ans. Quand on sut que la partie est du Haut-Canada serait séparée du diocèse de Toronto et qu’un nouvel évêché serait constitué, les Kingstoniens, en demandant à l’archevêque de Cantorbéry de nommer un évêque, tentèrent de couper l’herbe sous le pied à l’évêque John Strachan*, qui souhaitait la tenue d’une élection libre. En outre, ils essayèrent d’obtenir d’Irlande la nomination de Thomas Hincks, frère de l’ancien copremier ministre Francis Hincks*. Toutefois, les anglicans de Kingston étaient réputés soutenir la Basse Église, ce qui suscitait un assez fort mécontentement ailleurs dans le futur diocèse. Lewis se plaça à la tête de ce mouvement d’insatisfaction. Au moment de l’élection, en juin 1861, les électeurs dûment autorisés infligèrent une cuisante défaite aux Kingstoniens et à leurs quelques partisans de l’extérieur. Lewis récolta une majorité écrasante des votes ecclésiastiques et une majorité confortable des votes laïques. Par le fait même, le candidat de Strachan, l’archidiacre Alexander Neil Bethune*, se trouva écarté. Dans les mois suivants, Lewis devint la cible de critiques dans le diocèse, puisque Strachan et le gouverneur général ne respectèrent pas les échéances fixées en Angleterre pour l’obtention des patentes royales établissant à la fois le diocèse de l’Ontario et l’évêché. Lewis fut sacré seulement en mars 1862.

Du début à la fin de son épiscopat, Lewis eut du mal à concilier la politique diocésaine avec les attentes des communautés urbaines, encore petites mais en pleine expansion. À Kingston, le siège épiscopal qu’il avait choisi, il déclencha à l’automne de 1862 une révolte dans sa cathédrale, St George, en faisant de William B. Lauder le successeur du doyen George Okill Stuart*. Le mécontentement qui continuait de régner à Kingston le priva d’une résidence convenable. Voyant qu’Ottawa prenait de l’importance en tant que capitale du Canada, il jugea bon de s’y installer, à défaut de pouvoir y établir l’administration diocésaine. Il déménagea en 1870, mais encore une fois, les projets de construction et les appuis dont il bénéficiait s’envolèrent en fumée. À la fin des années 1880, il regagna donc Kingston. Dans les années 1890, le vieil évêque à la santé chancelante négociait encore avec son diocèse au sujet du palais épiscopal et de questions de traitement. Une entente survint seulement quelques mois avant sa mort en 1901.

Les difficultés et les conflits qui sévissaient dans les régions urbaines de son territoire n’avaient pas empêché Lewis de lancer un programme spectaculaire de fondation de nouvelles paroisses et de créer, pour le mettre en œuvre, une structure administrative et financière réaliste. Borné par la rivière des Outaouais, le fleuve Saint-Laurent et une ligne passant au nord de Trenton, son diocèse était immense. Lewis fut le premier évêque au Canada à faire constituer juridiquement son synode, en 1862. De cette façon, il put se passer des sociétés ecclésiastiques, qui, traditionnellement, amassaient des fonds pour l’Église canadienne. Il soutenait que les activités missionnaires internes devaient relever directement de tous les anglicans du diocèse, et non pas seulement de ces sociétés. Ce raisonnement était plein de bon sens car, dans son diocèse, le pouvoir s’exerçait généralement dans les villes alors que c’étaient les régions rurales qui avaient les besoins les plus criants et se montraient les plus généreuses.

Lewis accrut les activités de planification à l’intérieur du diocèse en faisant appel, en Angleterre, à la générosité de la Society for Promoting Christian Knowledge et de la Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts. Il avait réussi à obtenir le versement régulier de fonds du Royaume-Uni en y faisant campagne lui-même en 1862. Par la suite, il veilla à ce que la source ne se tarisse pas en se rendant plusieurs fois là-bas et en y prêchant pour recueillir de l’argent. Ses qualités d’administrateur expliquent sans doute en partie la solidité du programme des missions, mais l’appui d’un certain nombre de ministres et de laïques dévoués y concourut aussi. Avec son encouragement, on fonda la Woman’s Auxiliary en 1885, d’abord dans le diocèse de l’Ontario, puis dans la province ecclésiastique du Canada, qui englobait les six diocèses de l’est du pays. Sa femme, Anne Henrietta Margaret Lewis, figurait parmi les fondatrices, avec Mme Roberta E. Tilton. En ce temps où l’Église canadienne dans son ensemble négligeait les œuvres missionnaires, les femmes leur redonnèrent de la respectabilité et en assainirent les finances. Le programme des missions se solda par une augmentation du nombre de paroisses ; de 46 qu’il était, ce nombre passa à 113 en 1894. À ce moment-là, le diocèse finançait encore 48 de ces paroisses, à des degrés divers, et gérait un budget de soutien de plus de 10 000 $. Qu’une région aussi pauvre que l’est de l’Ontario ait pu être subdivisée pour former le diocèse d’Ottawa en 1896 sans que ce changement n’engendre de grandes misères témoigne de la clairvoyance de Lewis.

À partir d’un certain moment, l’évêque ne se rendit pas en Grande-Bretagne seulement pour demander des fonds, mais aussi pour refaire sa santé. On notait et l’on critiquait ses absences, ce qui était passablement injuste. En hiver, une grande partie de son vaste diocèse n’était accessible que par des pistes de neige. Lewis faillit mourir d’une affection pulmonaire en 1867 ; à compter de 1872, sa santé demeura fragile. Son programme d’expansion fut donc ralenti par des obstacles physiques, mais il ne l’abandonna jamais. Son mariage à une riche philanthrope, Ada Maria Leigh, en 1889, le mit à l’abri d’une indigence chronique et contribua peut-être à lui sauver la vie, du moins à la prolonger.

Tout en luttant pour satisfaire les besoins administratifs de son diocèse, Lewis continua à relever des défis intellectuels. Jusque dans les années 1890, par des sermons, des conférences et des articles, il participa à des débats sur une foule de questions controversées : l’agnosticisme ou la « pensée moderne », le gouvernement ecclésial, le mécontentement qui continuait de régner dans son diocèse, les « hérésies » des frères de Plymouth et le droit, pour un veuf, d’épouser la sœur de sa défunte femme. Dans l’éternel conflit entre anglicans de la Haute et de la Basse Église, Lewis, qui était de la première tendance, appuya loyalement ceux de ses prêtres qui étaient de la seconde, mais il veilla à ne pas en accroître le nombre, surtout en ne recrutant pas des diplômés du Wycliffe College de Toronto [V. James Paterson Sheraton]. Ce fut en grande partie grâce à lui si la British Association for the Advancement of Science se réunit à Montréal en 1884 (c’était la première fois que l’association tenait une assemblée en dehors des îles Britanniques). L’année suivante, le gouverneur général, lord Lansdowne [Petty-Fitzmaurice*], lui remit une médaille pour son « apport important à la cause de la littérature et de la science ». Récipiendaire de nombreux diplômes honorifiques, il avait été félicité aussi pour son rôle primordial, semble-t-il, dans la tenue de la première conférence internationale des évêques anglicans au palais de Lambeth, en Angleterre, en 1867. Certaines personnes, dont sa deuxième femme dans la biographie qu’elle fit de lui, ont exagéré ce rôle. Pourtant, il reste que l’élément déclencheur des événements qui menèrent au premier congrès de Lambeth fut une motion présentée par Lewis au synode provincial de 1865. Cette motion, que l’évêque Francis Fulford* transmit à l’archevêque de Cantorbéry, exprimait la crainte que, si l’on redonnait au Canada « des pouvoirs réels d’assemblée », les anglicans du pays pourraient « être gouvernés par des canons différents de ceux [qui étaient] en vigueur en Angleterre et en Irlande ».

En janvier 1893, à un âge vénérable, Lewis succéda à John Medley* au titre de métropolitain de la province ecclésiastique du Canada. En avril suivant, lorsque le premier synode général de l’Église d’Angleterre au Canada résolut que chaque métropolitain serait automatiquement archevêque de son diocèse, Lewis devint archevêque de l’Ontario. Malgré cet honneur, que ses fidèles avaient recherché pour lui, Lewis désapprouvait le synode général : pour lui, c’était une superstructure administrative très lourde et typiquement canadienne. En 1900, il démissionna de la fonction de métropolitain. L’année suivante, très malade, il partit pour l’Angleterre, mais il mourut en mer. On l’inhuma dans l’enclos de l’église St Lawrence à Hawkhurst, dans le Kent ; sa fille Rebecca Olivia Loyd vivait dans cette localité.

John Travers Lewis avait subi des tensions énormes. Être évêque dix ans dans les colonies est déjà long. Lewis, lui, administra un tout nouveau diocèse durant 40 ans ; il tint bon et atteignit un grand nombre de ses objectifs. On citait son modeste diocèse comme un exemple de la croissance et de la réussite que pouvaient connaître des missions ; ses réalisations immenses rejaillirent sur une bonne partie de l’Église anglicane du Canada.

Donald M. Schurman

Notre étude complète de John Travers Lewis, A bishop and his people : John Travers Lewis and the Anglican diocese of Ontario, 1862–1902 (Kingston, Ontario, 1991), donne toute l’information sur les sources documentaires primaires et secondaires concernant sa carrière. Les publications de Lewis comprennent divers sermons, allocutions et recommandations épiscopales, dont la liste figure dans Canadiana, 1867–1900 et le Répertoire de l’ICMH.

Parmi les études utiles, on trouve : Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898) ; Chadwick, Ontarian families, 1 : 140–142 ; Crockford’s clerical directory [...] (Londres), 1854–1900 ; Cyclopædia of Canadian biog. (Rose et Charlesworth), 1 ; K. C. Evans, « The intellectual background of Dr. John Travers Lewis, the first bishop of the Anglican diocese of Ontario », Historic Kingston (Kingston), no 10 (1962) : 37–45 ; [A. M. Leigh Lewis], The life of John Travers Lewis, d.d., first archbishop of Ontario ; by his wife (Londres, [1930]), cette biographie rédigée par la veuve de Lewis demeure utile pour avoir de l’information générale, mais manque d’exactitude en ce qui concerne les détails ; O. R. Rowley et al., The Anglican episcopate of Canada and Newfoundland (2 vol., Milwaukee, Wis., et Toronto, 1928–1961) ; et D. M. Schurman, « John Travers Lewis and the establishment of the Anglican diocese », To preserve & defend : essays on Kingston in the nineteenth century, G. [J. J.] Tulchinsky, édit. (Montréal et Londres, 1976), 299–310.  [d. m. s.]

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Donald M. Schurman, « LEWIS, JOHN TRAVERS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lewis_john_travers_13F.html.

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Auteur de l'article:   Donald M. Schurman
Titre de l'article:   LEWIS, JOHN TRAVERS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   25 juillet 2014