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LINDALA, JAMES (Jaakko), tailleur, socialiste et leader de la communauté finlandaise, né le 11 mai 1860 à Vähäkyrö (Finlande), fils de Matti Jaakonpoika Lindala, ferblantier et fermier, et de Maria Henrikintytär Vappula ; le 25 janvier 1896, il épousa à Brooklyn (New York) Irene Charlotte Leineberg (décédée en 1944), et ils eurent deux fils, dont l’un mourut dans la petite enfance, et deux filles ; décédé le 23 mars 1917 à Toronto.

James Lindala quitta son village natal à l’âge de 11 ans, après avoir fréquenté l’école durant deux semaines seulement, et s’installa dans la ville côtière de Vaasa, où il commença son apprentissage de tailleur. En 1887, tout comme des milliers d’habitants de l’ouest et du nord de la Finlande, qui était alors un grand-duché autonome de la Russie, il immigra en Amérique du Nord. Les Finlandais, les paysans sans terre surtout, fuyaient l’incertitude économique engendrée par la pénurie de terres arables et par de terribles gelées précoces. Certains, dont Lindala, s’opposaient également aux programmes de russification qui menaçaient l’autonomie de la Finlande, par exemple la conscription dans l’armée russe. Arrivé à Toronto le 13 octobre, Lindala fut le premier Finlandais à y résider en permanence.

Lindala constata rapidement que la ville en pleine expansion offrait beaucoup de possibilités sur le plan des affaires. Néanmoins, comme il n’y avait pas d’autres Finlandais à Toronto, il se sentait seul. Aussi se mit-il à envoyer des lettres pour convaincre d’autres tailleurs de son pays de le rejoindre. Vers 1900, dix d’entre eux, avec leur famille, s’étaient installés dans le secteur de l’avenue Spadina et de la rue Queen ; dans les dix années suivantes, quelque 800 autres Finlandais s’installeraient à Toronto. Contrairement à la plupart des immigrants finlandais, Lindala apprit à parler l’anglais et souhaitait que sa communauté s’intègre à la vie sociale et politique canadienne. Il s’inscrirait à la franc-maçonnerie, au Canadian Order of Foresters et au Journeymen Tailors’ Union of America. Il était partisan de la social-démocratie et du mouvement coopératif, courants qui faisaient l’objet de vigoureux débats dans son pays natal, où la misère des paysans et la nécessité d’une réforme agraire favorisaient l’émergence du socialisme.

Bien que Lindala ait bientôt été reconnu comme un excellent tailleur, il alla se perfectionner en suivant des cours de conception à New York, où il fit la connaissance de sa femme, Irene Leineberg, originaire de Pori (Finlande). Athée, Lindala refusa que ses enfants soient baptisés, mais sa femme le permettrait secrètement quand ils seraient plus âgés et gravement atteints de la scarlatine. Leur fils, George James Constantine, fut le premier descendant d’immigrants finlandais à obtenir un diplôme à l’Upper Canada College.

En 1902, Lindala, qui avait travaillé pour un certain nombre de commerces de tailleur, fonda une coopérative, Iso Paja (le Grand Atelier), rue Peter. Durant dix ans, plus d’une cinquantaine de tailleurs finlandais, tous membres du Journeymen Tailors’ Union, y louèrent des places. En 1910, Lindala fut le délégué de ce syndicat à l’American Federation of Labor. Trois ans plus tard, à la suite d’une longue grève, bon nombre de tailleurs finlandais quittèrent la ville et le Grand Atelier ferma ses portes. Cette coopérative avait été le foyer de diffusion du socialisme et du syndicalisme parmi les Finlandais de Toronto.

Outre le Grand Atelier, Lindala avait un sauna communautaire et une agence de voyages, et sa femme tenait une épicerie où les Finlandais, de plus en plus nombreux, pouvaient trouver des produits qui leur étaient familiers. Désireux d’améliorer la qualité de vie des immigrants, Lindala participa de près en 1902 à la fondation de la Finnish Society of Toronto, organisation sociale, culturelle et sportive qui prônait la tempérance. En 1907, il finança la plus grande partie de l’achat du premier centre communautaire finlandais, au 214 rue Adelaide Ouest.

La direction de la Finnish Society comprenait bon nombre de chefs politiques et de journalistes qui avaient dû fuir la Finlande parce qu’ils étaient des socialistes radicaux. Leur influence dans les premières années d’existence de la communauté finlandaise de Toronto était telle que, en 1906, tous les membres de la Finnish Society s’inscrivirent au Parti socialiste du Canada. En 1907, Lindala fut candidat de ce parti à la mairie de Toronto. Le maire sortant, Emerson Coatsworth, remporta la victoire avec 13 698 voix, mais Lindala en récolta 8 286. Le scrutin remua la presse torontoise. Ainsi, le Globe se demanda comment « un obscur tailleur socialiste d’origine étrangère a[vait] pu récolter plus de huit mille voix [... en se présentant] contre un barrister irréprochable ». Dans son programme, Lindala avait prôné l’abolition de l’« esclavage du salariat » et la propriété collective des terres et de la machinerie, mais son succès semble avoir été attribuable en grande partie au mécontentement des électeurs. Néanmoins, les socialistes furent enchantés des résultats du scrutin et de la publicité qui avait entouré la campagne. À Vancouver par exemple, le Western Clarion avait rapporté qu’« un manifeste plein de flamme révolutionnaire » avait subi les « attaques de la presse capitaliste ».

La collaboration entre les Finlandais et le Parti socialiste du Canada fut de courte durée. Le parti adhérait à un programme strictement marxiste alors que les Finlandais étaient prêts à travailler dans le cadre des structures politiques existantes. En 1910, le parti expulsa la plupart de ses sections de langues étrangères en raison de leurs positions « révisionnistes ». En conséquence, l’année suivante, Lindala et la Finnish Society of Toronto s’associèrent à la Fédération socialiste canadienne et, ensemble, ils contribuèrent à la fondation du Parti social-démocrate du Canada. Dès 1914, les Finlandais constituaient 55 % des membres de ce parti et avaient dans tout le Canada 64 sections comportant un total de 3 047 membres inscrits. Cependant, cette association prit fin lorsque, au cours de la Première Guerre mondiale, le gouvernement fédéral déclara illégaux les groupements du parti qui étaient de langues étrangères.

James Lindala mourut chez lui, au 130 de la rue Peter, en 1917, d’un cancer de l’estomac. Il fut inhumé au cimetière Mount Pleasant. La communauté finlandaise pleura son fondateur, son chef politique, son bienfaiteur et son plus grand homme d’affaires.

Varpu Lindström

L’information sur James Lindala et sur la Société finlandaise de Toronto a été tirée d’entrevues que nous avons réalisées avec les filles du sujet, Saima (Saimi) Lempi Irene Lindala Hormavirta, en 1978–1980, et Aili Suoma Hellen Lindala Piton, en 1978 (on peut en consulter le compte rendu à la Multicultural Hist. Soc. of Ontario, Toronto), et avec un de ses petits-fils, James Lindala, de Toronto, en 1993 ; nous avons aussi tiré des renseignements d’une bible familiale que ce dernier avait en sa possession. Des photos et des documents de famille auparavant conservés à la Multicultural Hist. Soc., y compris certains portraits du sujet, se trouvent maintenant aux AO, F 1405-15-49-MSR 6888 (photos de la famille Lindala) ; F 1405-15-50-MSR 6889 (photos d’Hormavirta) ; et F 1405-62-36-MSR 6889 (papiers Hormavirta).  [v. l.]

AN, MG 28, V 46, Finnish Soc. of Toronto records, minutes ; väestönlaskenta [recensement], 1903.— AO, RG 22-305, no 33372.— Canadan Uutiset [Nouvelles canadiennes] (Port Arthur [Thunder Bay], Ontario), 5 avril 1917.— Canadian Forward (Toronto), 10 avril 1917 : 4.— Globe, 2 janv. 1907.— Western Clarion (Vancouver), 8 févr., 26 sept., 10 oct. 1908.— Annuaire, Toronto, 1887–1917.— Canadan Suomalainen Järjestö 25 Vuotta, 1911–1936 [Organisation finlandaise du Canada, 25 ans, 1911–1936] (Sudbury, Ontario, 1936), 5–8.— Canadian annual rev. (Hopkins), 1906 : 300–1 ; 1907 : 265.— Alexander Fraser, A history of Ontario : its resources and development (2 vol., Toronto, 1907), 2 : 758.— Varpu Lindström-Best, The Finnish immigrant community of Toronto, 1887–1913 (Toronto, 1979) ; « The Socialist Party of Canada and the Finnish connection, 1905–1911 », dans Ethnicity, power and politics in Canada, Jorgen Dahlie et Tissa Fernando, édit. (Toronto, 1981), 113–122.— Satu Repo, « The Big Shop : Finnish immigrant tailors in Toronto », This Magazine (Toronto), 9 (1975), no 5–6 : 31–33.

Bibliographie générale

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Varpu Lindström, « LINDALA, JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lindala_james_14F.html.

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Auteur de l'article:   Varpu Lindström
Titre de l'article:   LINDALA, JAMES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   25 octobre 2014