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LONGLEY, JAMES WILBERFORCE, journaliste, avocat, homme politique, juge et auteur, né le 4 janvier 1849 à Paradise, Nouvelle-Écosse, dernier et unique enfant survivant d’Israel Longley et de Frances Manning, et petit-fils d’Edward Manning* ; le 3 septembre 1877, il épousa à Middleton, Nouvelle-Écosse, Annie Brown (Browne) (décédée en 1899), et ils eurent deux fils et deux filles, puis le 4 avril 1901, à Binkley, Kent, Angleterre, Lois Elizabeth Fletcher (décédée en 1958), et de ce second mariage naquirent trois fils ; décédé le 16 mars 1922 à Halifax.

James Wilberforce Longley avait un ancêtre planter qui avait quitté la Nouvelle-Angleterre pour s’établir vers 1760 dans le comté d’Annapolis, en Nouvelle-Écosse. Élevé dans une ferme, lui-même fréquenta la grammar school de Paradise et la Horton Academy de Wolfville. En 1867, il s’inscrivit à l’Acadia College, où il reçut une licence ès arts en 1871 (une maîtrise ès arts suivrait en 1877 et un doctorat en droit en 1897). À l’automne de 1871, il s’installa à Halifax et commença son stage de droit auprès de Hiram Blanchard*. Au moment de son admission au barreau en 1875, il travaillait déjà comme journaliste : deux ans plus tôt, il était entré à titre d’éditorialiste en chef dans l’équipe de rédaction de l’Acadian Recorder, organe libéral indépendant de Halifax [V. Henry Dugwell Blackadar*]. En 1887, il serait nommé directeur de la rédaction au Morning Chronicle de Halifax, le principal journal libéral de la province. Il pratiqua le droit à Halifax de 1875 à 1882, mais, comme l’admettrait franchement son collègue barrister et juge Benjamin Russell*, sa préférence « n’allait pas à [cette] profession ». Son point fort et l’objet de sa passion étaient la politique ; le droit n’était qu’un moyen d’avancement.

Longley baigna dans la politique de parti dès son enfance : il assista à sa première assemblée à l’âge de dix ans. Son père se présenta sans succès sous la bannière des libéraux provinciaux ; son oncle Avard Longley* fut député conservateur à la Chambre d’assemblée, puis aux Communes. Lui-même prononça son premier discours politique – sur le programme anticonfédérateur des libéraux – en 1867. Élu pour la première fois en 1882 député du comté d’Annapolis à la Chambre d’assemblée, il représenterait cette circonscription durant 23 ans, sauf pendant une courte période en 1896. Il servit William Stevens Fielding à titre de ministre sans portefeuille de 1884 à 1886, puis à compter de cette date en qualité de procureur général. Il conserverait ce poste jusqu’à son accession à la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse le 13 juin 1905. Une seule fois, il tenta d’entrer aux Communes. En juin 1896, après avoir démissionné du siège d’Annapolis pour briguer les suffrages dans la même circonscription mais sur la scène fédérale, il recueillit seulement 200 voix de moins que le député conservateur sortant. Ce résultat s’apparentait à ceux enregistrés en Nouvelle-Écosse, où le Parti libéral et le Parti conservateur récoltèrent chacun dix sièges. N’eut été cette aventure infructueuse, il serait peut-être devenu premier ministre de la province. En avril, lorsque Fielding avait évoqué devant son caucus la possibilité de passer sur la scène fédérale, c’était à Longley que le plus grand nombre de députés s’étaient montrés prêts à confier la succession. Toutefois, Fielding profita de sa défaite pour faire nommer son propre dauphin, George Henry Murray, à la tête du parti en juillet. Murray garda Longley comme procureur général et lui confia aussi le poste de commissaire des Terres de la couronne, qui, de l’avis de certains, était indigne du principal légiste de la couronne.

Pour quelqu’un qui exerça si longtemps la fonction de procureur général, Longley affiche un palmarès peu impressionnant. Sa comparution devant le comité judiciaire du Conseil privé en 1895 fut l’un des moments forts de cette période. À cette occasion, il réclama l’annulation des jugements rendus par les tribunaux néo-écossais dans une affaire relative au pouvoir de la Chambre d’assemblée d’emprisonnement pour outrage. Le comité admit la validité d’une loi provinciale accordant ce pouvoir à la Chambre et reconnut que cette loi avait été invoquée à juste titre dans le cas en question. Une des premières mesures législatives adoptées sous l’autorité de Longley habilitait le procureur général, plutôt que les juges de la Cour suprême, à nommer les avocats chargés des poursuites au criminel dans les comtés. En 1888, Longley fit adopter une loi qui définissait la marche à suivre pour ériger des municipalités. Un certain nombre de réformes accompagnèrent la révolution industrielle que la Nouvelle-Écosse connut dans les années 1880 et 1890. Une vaste révision du droit des entreprises fut lancée en 1900, au moment même où, dans les poursuites intentées par des employés pour des accidents du travail, les employeurs cessèrent de pouvoir invoquer la négligence de la victime en s’appuyant sur la common law. En 1901, la province adopta sa première loi sur les manufactures ; celle-ci régissait l’emploi des femmes et des enfants et imposait certaines mesures de sécurité, mais elle était plutôt hésitante. Longley a surtout laissé une pléthore de nouvelles lois sur les enfants. Elles avaient notamment pour objet de réformer les délinquants juvéniles, d’interdire de fournir du tabac et de l’opium aux enfants, de réglementer leurs heures de travail, d’instituer des droits de garde égaux pour les parents, d’émettre des permis à des foyers pour nourrissons et d’autoriser l’adoption.

Au cours de ces années, plus précisément en juin 1898, Longley perdit son enfant préférée, sa fille Frances Mary, âgée de 13 ans. Sa femme mourut en octobre 1899. Ces deuils l’attristèrent profondément, sans l’abattre. Dix-huit mois après le début de son veuvage, il se remaria en Angleterre. Il aurait trois enfants avec sa seconde femme, de 23 ans sa cadette.

Longley avait envisagé quelque temps de prôner la dissolution de la Confédération, défendue par Fielding aux élections provinciales de 1886, et s’était finalement ravisé. Davantage adepte du panaméricanisme que du nationalisme canadien, il favorisait la réciprocité absolue dans toute l’Amérique du Nord et du Sud, ce qui en fait peut-être le premier Canadien à avoir proposé un accord de libre-échange entre des territoires de deux hémisphères. Pour lui, le remède au déséquilibre économique engendré par la Confédération était le régionalisme, c’est-à-dire l’union des Maritimes, dont il fut l’un des premiers défenseurs. Il soutenait aussi que le Canada, pour échapper à l’indifférence manifestée par la Grande-Bretagne envers son intérêt, devait rompre le lien impérial et conclure une association continentale avec les États-Unis. George Monro Grant* soupçonnait Longley d’être annexionniste ; d’après Benjamin Russell, qui militait aussi au Parti libéral et était certainement bien placé pour connaître les positions de Longley, Grant avait raison. Longley se rendait régulièrement aux États-Unis et connaissait bon nombre des membres de l’élite des affaires et des leaders politiques de l’Est américain, notamment Erastus Wiman*, New-Yorkais d’origine canadienne qui dirigeait le mouvement en faveur d’une union commerciale entre les deux pays. Fait assez exceptionnel parmi les personnages publics du temps, Longley admirait les institutions politiques américaines ; à son avis, « dans l’ensemble, les États-Unis [avaient] trouvé des solutions tout à fait merveilleuses au problème du gouvernement populaire ».

Du point de vue idéologique, Longley était pourtant bourré de contradictions. L’historien Colin D. Howell le décrit comme « un irréductible adversaire des syndicats puissants et de l’émancipation féminine ». Pendant la vingtaine d’années où il fut procureur général, aucun progrès ne se réalisa dans ces domaines. La question du vote des femmes l’énervait tellement que, en 1918, à la veille de l’adoption du projet de loi sur le suffrage féminin, on put le voir suivre les travaux de la Chambre d’assemblée du haut des tribunes, lui qui avait quitté la politique 13 ans auparavant. Malgré ses déclarations enthousiastes sur le gouvernement populaire à l’américaine, il s’était constamment opposé à l’élargissement du droit de vote à l’échelle provinciale. En 1885 par exemple, il avait affirmé qu’un cens électoral restait nécessaire « jusqu’à ce que l’on [ait atteint] dans le pays un degré d’intelligence auquel on n’[était] pas encore parvenu ».

Longley était un homme égoïste et difficile ; sa personnalité peu sympathique freina son ascension politique. Un membre de son propre parti le disait « suffisant, peu attachant et insupportable ». La tradition familiale a conservé une anecdote particulièrement révélatrice de sa prétention. Au cours d’un dîner auquel assistait aussi Mark Twain, il se leva de table et quitta la pièce parce que Twain, plutôt que lui, avait été invité à prendre la parole en premier. Si les libéraux n’avaient pas été au pouvoir à Ottawa et si Fielding n’avait pas été un ministre puissant dans le cabinet de sir Wilfrid Laurier*, jamais Longley n’aurait fait partie de la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse. Il y obtint un siège en 1905 à la suite de l’accession de Robert Linton Weatherbe* au poste de juge en chef. Les sept huitièmes des membres du barreau, apprit Fielding, s’opposaient à sa nomination. En dehors du fait qu’on lui porta un certain respect à compter du moment où le comité judiciaire du Conseil privé maintint l’un de ses premiers jugements – rendu dans un litige sur la qualité du charbon livré par la Dominion Coal Company à la Dominion Iron and Steel Company –, il ne se distingua pas au cours de ses 17 ans de magistrature. En 1915, il présida le premier procès de Harry Allen pour le meurtre de l’avocat de race noire James Robinson Johnston*, procès qui fut annulé pour cause d’erreurs dans son allocution aux jurés. Pendant qu’il était juge, il lui arriva de présider des comités de conciliation dans des conflits de travail en vertu de la loi fédérale que William Lyon Mackenzie King* avait fait adopter en 1907.

James Wilberforce Longley prononçait souvent des conférences en public et écrivait abondamment, surtout sur des sujets historiques et politiques. Élu en 1898 membre de la Société royale du Canada – honneur rarement conféré à un homme politique en exercice –, il accéda à la vice-présidence en 1916 et à la présidence honoraire en 1917. Président de la Nova Scotia Historical Society de 1897 à 1905, il prit une part active au cent cinquantième anniversaire de la fondation de Halifax, célébré en grande pompe en 1899, et au tricentenaire d’Annapolis Royal en 1904. Il fut élu membre correspondant de la Massachusetts Historical Society en 1908. De plus, il fut président de la Nova Scotia Exhibition Commission de 1896 à 1910 et de la Charitable Irish Society de Halifax de 1909 à 1912. D’ascendance irlandaise par sa mère, il était fervent partisan de l’autonomie politique de l’Irlande ; il vécut assez longtemps pour voir ce pays en proie à la guerre civile. Il est l’auteur du premier livre important sur Joseph Howe* et d’une biographie de sir Charles Tupper*, mais son travail d’érudition n’a pas résisté à l’épreuve du temps. Son modèle était l’historien américain Charles Francis Adams, en hommage à qui il nomma le plus jeune des fils issus de son second mariage.

Barry Cahill et Philip Girard

On peut voir dans le Law Courts Building de Halifax un portrait à l’huile de James Wilberforce Longley peint par Alfred T. Barrett. Longley a compilé The trial of Peter Mailman for the murder of his wife at Lunenburg, N.S. [...] (Halifax, 1874) et est l’auteur de Love (Toronto, 1898), de Joseph Howe (Toronto, 1904) et de Sir Charles Tupper (Toronto, 1916). On peut consulter une liste de ses nombreux textes parus dans des périodiques dans H. G. Morse, « Acadia authors : a bibliography », Acadia Bull. (Wolfville, N.-É.), 11 (1922), nº 11. La principale source d’information sur les jeunes années de Longley et sur sa carrière politique se trouve dans ses mémoires, « Reminiscences political and otherwise », publiés en cinq parties dans le Canadian Magazine, 55 (mai–oct. 1920) : 443–450 ; 56 (nov. 1920–avril 1921) : 60–67, 147–153, 210–216, 309–313. Les papiers personnels de Longley, qui auraient contenu le manuscrit d’un roman non publié ainsi qu’une histoire politique incomplète du Canada en plusieurs volumes, ont été détruits par mégarde après la mort de sa deuxième femme en 1958. [b. c. et p. g.]

AO, F 2.— BAC, MG 26, G (mfm aux NSARM).— Halifax County Court of Probate (Halifax), Estate papers, nº 10164.— NSARM, MG 2, 422–541, 784–790(B).— Morning Chronicle (Halifax), 17 mars 1922.— J. M. Beck, Politics of Nova Scotia (2 vol., Tantallon, N.-É., 1985–1988).— Biographical review [...] of leading citizens of the province of Nova Scotia, Harry Piers, édit. (Boston, 1900).— Canadian annual rev., 1901–1910.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898 et 1912).— Dominion annual reg., 1884–1886.— John Doull, Sketches of attorney generals of Nova Scotia, 1750–1926 (Halifax, 1964).— Philip Girard, « The Supreme Court of Nova Scotia, responsible government, and the quest for legitimacy, 1850–1920 », Dalhousie Law Journal (Halifax), 17 (1994) : 429–457.— D. C. Harvey, « Fielding’s call to Ottawa », Dalhousie Rev. (Halifax), 28 (1948–1949), nº 4 : 369–385.— C. D. Howell, « Repeal, reciprocity, and commercial union in Nova Scotian politics, 1886–1887 » (mémoire de m.a., Dalhousie Univ., Halifax, 1967).— K. M. McLaughlin, « The Canadian general election of 1896 in Nova Scotia » (mémoire de m.a., Dalhousie Univ., 1967) ; « Race, religion and politics : the election of 1896 in Canada » (thèse de ph.d., Univ. of Toronto, 1974) ; « W. S. Fielding and the Liberal party in Nova Scotia, 1891–1896 », Acadiensis (Fredericton), 3 (1973–1974), nº 2 : 65–79.— SRC, Mémoires, 1898–1922.

Bibliographie générale

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Barry Cahill et Philip Girard, « LONGLEY, JAMES WILBERFORCE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/longley_james_wilberforce_15F.html.

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Auteur de l'article:   Barry Cahill et Philip Girard
Titre de l'article:   LONGLEY, JAMES WILBERFORCE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   24 octobre 2014