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MACTAVISH, DUGALD (le nom est souvent orthographié MacTavish ou McTavish, mais les membres de la branche à laquelle il appartenait l’écrivaient Mactavish), administrateur de la Hudson’s Bay Company, né le 10 août 1817 à Kilchrist House, près de Campbeltown, dans l’Argyllshire, Écosse, fils cadet de Dugald Mactavish et de Letitia Lockhart, décédé célibataire le 24 mai 1871 à Montréal, Qué.

Dugald Mactavish et son frère aîné, William*, furent nommés commis débutants dans la Hudson’s Bay Company, le 2 janvier 1833. Ils s’embarquèrent pour la baie d’Hudson au cours de l’été et Dugald fut affecté à Moose Factory, dans le département de Southern dont son oncle, John George McTavish* avait la direction. On le transféra, en 1835, à Michipicoten, à 100 milles au nord de Sault-Sainte-Marie, sur le lac Supérieur ; pendant l’année fiscale de 1837–1838 et de 1838–1839, il occupait la charge de commis à Lachine.

À l’occasion d’une réunion du conseil du département de Northern, tenue à la Rivière-Rouge en juin 1839, on nomma Dugald Mactavish au département de Columbia où il aurait à remplir la charge de commis à Fort Vancouver, sous les ordres de l’agent principal John McLoughlin*. Lorsqu’il atteignit ce poste, en octobre, il le trouva « tellement grand que, en y arrivant, un étranger serait porté à se croire dans le monde civilisé [...] ». Au printemps de 1840, il accompagna le convoi de York Factory vers l’Est, emportant avec lui les livres de comptabilité du département de Columbia pour l’année ; en juin, on lui demanda de prendre la direction de la brigade du département de Columbia, d’Edmonton à Fort Vancouver et d’effectuer le transport de 3 000 peaux de loutre de première qualité afin de permettre à la compagnie de remplir les clauses du contrat qui la liait avec la Russian American Company. La brigade arriva saine et sauve à son fort le 31 octobre 1840 et Mactavish reçut les félicitations de McLoughlin.

En juin 1841, Mactavish était promu au poste de commis de première classe avec un salaire annuel de £100 et son contrat à Fort Vancouver fut renouvelé pour trois ans. En 1842, Letitia*, épouse de James Hargrave* et sœur de Dugald, le dépeignait comme « un voyageur distingué & un homme qui sait mater les indisciplinés, mais il semble un bon comptable car on dit que les livres de Columbia n’ont jamais été aussi bien tenus que depuis qu’il y est allé ». Cependant McLoughlin était avare de promotions et Dugald songea à quitter la compagnie. Toutefois ses mérites n’étaient pas complètement ignorés dans le Columbia car, lorsqu’il alla porter les livres de comptabilité à la Rivière-Rouge en 1845, l’agent principal, James Douglas, pressa le gouverneur, sir George Simpson*, de renvoyer Mactavish dans le département de Columbia « puisqu’il n’y [avait] personne d’autre ici capable de le remplacer ».

Mactavish se rendit dans l’Est avec les livres, en 1844 et en 1845 ; il était, au dire de sa sœur Letitia, un jeune homme élancé, bien de sa personne, aux manières agréables et engageantes, habillé de vêtements raffinés et coûteux qu’il faisait venir d’Angleterre et en particulier d’un gilet de satin noir brodé qui ne manqua pas d’éblouir bien des habitants de York Factory. Mactavish était un cavalier infatigable et se promenait à cheval, à Fort Vancouver, même le dimanche, bien que McLoughlin eût ordonné à tous d’aller à pied ce jour-là. Selon Edward Martin Hopkins, secrétaire particulier et adjoint de sir George Simpson, qui visita le poste en 1841–1842, Mactavish se mettait au travail dès quatre heures pour ne terminer qu’à 23 heures, et cela pendant toute l’année ; mais il pouvait être aussi dissipé qu’il était sérieux. Il arrivait que les missionnaires américains, qui venaient au fort pour le service dominical, fussent surpris d’entendre, dans la pièce voisine où était couché Dugald « une curieuse voix qui chant[ait] à tue-tête des chansons de voyageurs, la tête enfouie sous les couvertures, [...] son passe-temps du dimanche matin de 6 à 9 ».

La colonisation américaine à cette époque se développa beaucoup au sud du fleuve Columbia et il apparut fort douteux que la compagnie puisse conserver ses terres et ses possessions en Oregon. Aussi McLoughlin et d’autres employés de la compagnie se firent-ils inscrire personnellement comme propriétaires de concessions afin d’essayer de protéger l’important emplacement de la compagnie, près des chutes de la rivière Willamette (Oregon City). Mactavish se fit inscrire comme propriétaire d’une partie du territoire sur lequel s’élevait le moulin de la compagnie et fit enregistrer son droit de propriété auprès du gouvernement provisoire de l’Oregon, le 16 décembre 1843. Néanmoins, un Américain du nom d’Isaac W. Alderman, probablement encouragé par la mission méthodiste, prit de force possession du terrain et des installations qu’on y avait effectuées, sous prétexte que Mactavish n’avait aucun droit, n’étant pas citoyen américain. Mactavish obtint gain de cause lors de la poursuite qu’il engagea pour recouvrer son terrain qu’il devait d’ailleurs revendre peu après à McLoughlin pour $900.

Lorsque Mactavish arriva à Fort Vancouver, venant de York Factory, en octobre 1845, on croyait qu’il repartirait bientôt pour le fort Victoria puisqu’à Fort Vancouver Richard Lane accomplissait maintenant le travail de comptabilité qui avait été le sien. Toutefois, à la suite du suicide du gendre de McLoughlin, William Glen Rae*, à San Francisco en janvier 1845, on s’était aperçu que les affaires de la compagnie y avaient été assez mal administrées et McLoughlin délégua Mactavish pour fermer le poste. Il vendit les biens de la compagnie pour $5 000 et nomma un agent pour percevoir, au nom de la compagnie, les comptes en souffrance qui s’élevaient à $10 000. Avec David McLoughlin et la famille de Rae, Mactavish retourna à Fort Vancouver le 11 juillet, à bord du voilier de la compagnie, le Vancouver.

Il passa les six mois suivants à mettre de l’ordre dans la comptabilité, prit des mesures pour empêcher les Américains de s’approprier les concessions occupées par les employés de la compagnie et tenta de percevoir les sommes que devaient encore les colons de la Rivière-Rouge qui avaient quitté la compagnie et s’étaient installés sur des fermes au sud du Columbia. À partir de septembre, il occupa une des deux charges de juge du comté de Vancouver, charge que lui avait confiée le gouverneur de l’Oregon, George Abernethy. La cause la plus importante qu’il eut à juger portait sur l’usurpation d’une concession qui appartenait à l’agent principal, Francis Ermatinger*. Richard Lane arriva le 8 décembre 1846 ; il apportait à Mactavish sa nomination tant attendue de chef de poste, rétroactive au 1er juin 1846, en même temps que l’ordre de prendre la succession de George Pelly à « la direction principale » des affaires de la compagnie à Oahu (Hawaii). Mactavish transmit à Henry Newsham Peers* et Thomas Lowe* les charges qu’il assumait dans le département de Columbia et se démit de ses fonctions de juge. Puis il s’embarqua sur le Toulon, voilier en partance pour San Francisco ; là, il prit place sur le Currency Lass à destination d’Oahu.

En août 1852, Mactavish alla passer en Angleterre et en Écosse un congé longtemps différé. Il était de retour à Fort Vancouver en septembre 1853, après avoir été promu agent principal en 1851 ; il fit partie, avec l’agent principal Peter Skene Ogden*, du bureau de direction du département d’Oregon nouvellement créé, département qui comprenait des terres et des postes situés aux États-Unis mais dont les droits de propriété étaient garantis à la compagnie par le traité d’Oregon de 1846. Ogden mourut le 27 septembre 1854 et Mactavish eut l’entière responsabilité du département jusqu’en juin 1857. À cette date, l’agent principal William Fraser Tolmie*, bien que demeurant toujours au fort Nisqually, dans la baie de Puget, remplaça Ogden au conseil d’administration. Lorsque des difficultés surgirent avec les Indiens en 1855 et 1856, Mactavish dut abandonner le fort Hall (situé dans l’actuel Idaho) et on lui réclama de l’aide sous forme d’approvisionnements pour les volontaires territoriaux de l’Oregon et de Washington. Il estima la valeur totale des secours consentis à $100 000 et, en 1866, la note n’en avait pas encore été acquittée. À Fort Vancouver même, il protesta contre ce qu’il appelait un inventaire prématuré des terres de la compagnie par les autorités américaines et l’appropriation des terres et des bâtiments de la compagnie dans la région du Columbia pour y cantonner l’armée américaine. En juin 1858, étant donné qu’il paraissait peu probable que la compagnie puisse poursuivre ses activités à Fort Vancouver, Mactavish laissa le fort entre les mains du chef de poste, James Allan Grahame*, et se rendit au fort Victoria où il remplaça James Douglas. Après que la Colombie-Britannique fut devenue colonie de la couronne, la compagnie se retrouva dans la même situation précaire qu’elle avait connue dans les dernières années de son existence sur les bords du fleuve Columbia. Mactavish et l’agent principal John Work* préparèrent un rapport sur les revendications de la compagnie concernant la propriété des terres et des postes situés dans la région continentale de la Colombie-Britannique, rapport que le gouverneur Douglas fit parvenir au ministère des Colonies. Douglas était d’avis que la compagnie avait des droits acquis sur le territoire par suite de son occupation, des améliorations qu’elle y avait apportées et des services publics qu’elle avait fournis, et il pressa le gouvernement d’accueillir ces réclamations avec un esprit de « libéralité judicieuse », étant donné surtout que la décision du gouvernement anglais ne serait pas sans influer sur les réclamations que la compagnie avait à faire en Oregon. Le travail de Mactavish en rapport avec les réclamations en Colombie-Britannique décida en partie de son avenir dans la compagnie.

Mactavish se rendit en Angleterre en février 1859 et y demeura en congé de maladie jusqu’en juin 1860. À son retour, il occupa, jusqu’en novembre 1863, le poste de doyen du conseil d’administration des postes de la compagnie en Colombie-Britannique puis il rentra en Angleterre.

Au cours des premiers mois de 1864, les États-Unis et la Grande-Bretagne ratifièrent une entente recommandant la mise sur pied d’une commission mixte afin de régler d’une façon définitive les réclamations de la compagnie et de la Puget’s Sound Agricultural Company, réclamations qui découlaient du traité d’Oregon de 1846. Mactavish quitta Londres le 28 octobre 1864 pour se rendre à Washington, D.C. ; il avait pour mission d’aider à préparer le mémoire que la compagnie présenterait à la commission mixte. En quittant Washington, Mactavish se rendit au Canada et, en mai 1865, il entreprit son dernier voyage à destination de la côte nord-ouest. Arrivé à Victoria le 26 juin, il disposa d’un mois pour préparer la venue du commissaire américain qui devait recueillir les dépositions. Mactavish fut de retour à Montréal à Noël et, au cours de mars et d’avril 1866, il rédigea sa première déposition à l’intention des agents de la commission. D’avril 1866 à mars 1867, il voyagea entre Montréal, New York, Washington, D.C., et la Caroline du Nord, toujours au sujet des réclamations de la compagnie. Du 8 mars au 1er mai, à Washington, il témoigna pendant de longues heures devant la commission mixte. Le 10 septembre 1869, les commissaires arrêtèrent leur décision et réduisirent les réclamations des deux compagnies de $5 449 936.67 à $650 000.

Mactavish partit pour Londres lorsque furent terminées les délibérations de la commission mais il n’avait pas fini d’être celui qu’on délègue lorsqu’il surgit des embarras ; un mois après son retour à Londres, Mactavish, « homme d’une grande intelligence, sans prétention, simple dans ses manières, et doué d’un solide bon sens », fut rappelé à Montréal pour prendre la place laissée vacante par l’agent principal Donald Alexander Smith*. Mactavish logea au St Lawrence Hall ; le 24 mai 1871, à la suite d’une attaque à l’établissement de bains Martineau, il mourut d’une « maladie de cœur » sur un sofa du salon de lecture de l’hôtel.

William R. Sampson

PABC, Thomas Lowe Journal, 18431850.— Canadian North-West (Oliver).— Evidence on the part of the Hudson’s Bay Company claimants (British and American Joint Commission for the final settlement of the claims of the Hudson’s Bay and Puget’s Sound Agricultural companies, [Papers], 14 vol., Washington, Montréal, 1865–1869, II).— Evidence for the United States in the matter of the claims of the Hudson’s Bay and Puget’s Sound Agricultural companies. Miscellaneous (British and American Joint Commission for the final settlement of the claims of the Hudson’s Bay and Puget’s Sound Agricultural companies, [Papers], 14 vol., Washington, Montréal, 1865–1869, XI).— Hargrave correspondence (Glazebrook).— HBRS, VI (Rich) ; VII (Rich).— [Mactavish], Letters of Letitia Hargrave (MacLeod).— British Colonist (Victoria), 10 oct. 1859, 23 juin 1860.— Daily British Colonist (Victoria), 27 juin, 28 juill., 31 juill. 1865.— Daily British Colonist and Victoria Chronicle, 17 juin 1871.— Gazette (Montréal), 25 mai 1871.— Montreal Herald and Daily Commercial Gazette, 25 mai 1871.— Treaties and other international acts of the United States of America, [David] Hunter Miller, édit. (8 vol., Washington, 1931–1948).— J. A. Hussey, The history of Fort Vancouver and its physical structure ([Tacoma, Wash., 1957]).

Bibliographie générale

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William R. Sampson, « MACTAVISH, DUGALD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mactavish_dugald_10F.html.

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Auteur de l'article:   William R. Sampson
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   1 octobre 2014