DCB/DBC Mobile beta
+

MACTAVISH, LETITIA (Hargrave), épistolière, née en 1813 à Édimbourg, aînée des neuf enfants de Dugald Mactavish et de Letitia Lockhart ; le 8 janvier 1840, elle épousa James Hargrave* ; décédée le 18 septembre 1854 à Sault-Sainte-Marie (Sault Ste Marie, Ontario).

Letitia Mactavish passa la plus grande partie de son enfance à Kilchrist House, la maison que sa famille habitait près de Campbeltown, en Écosse ; comme elle était la fille du premier président de l’Argyllshire et la petite-fille du chef du clan Tavish, elle reçut à cet endroit une bonne éducation et une formation sociale convenant à la situation de sa famille. Le nom de McTavish (Mactavish) était avantageusement connu dans le milieu de la traite des fourrures en Amérique du Nord britannique. Simon McTavish*, un des principaux associés de la North West Company et un parent éloigné, fit entrer un oncle de Letitia, John George McTavish*, dans le commerce des fourrures en 1798. Après la fusion de la North West Company et de la Hudson’s Bay Company en 1821, John George devint un fonctionnaire influent et trois des frères de Letitia, William*, Dugald* et Hector, furent engagés par la Hudson’s Bay Company.

En 1834, William alla travailler à York Factory (Manitoba) sous la direction du chef de poste James Hargrave, et les deux hommes devinrent de grands amis. Lorsque Hargrave prit un congé en Écosse à l’automne de 1837, il fut chaleureusement accueilli à Kilchrist House. Il acquit rapidement la conviction qu’il avait trouvé la femme idéale en Letitia Mactavish, mais avant qu’il n’ait eu le temps de faire sa demande officielle, ses fonctions l’obligèrent à regagner précipitamment York Factory en mars 1838. Sa proposition et l’acceptation de Letitia furent acheminées par courrier, et Hargrave retourna en Écosse à l’automne de 1839 pour se marier. La cérémonie eut lieu en janvier, puis les époux se rendirent à Londres au printemps de 1840, où George Simpson, gouverneur de la Hudson’s Bay Company, leur fit un accueil hospitalier. Letitia Hargrave se lia d’une amitié durable avec la femme de Simpson, Frances Ramsay Simpson, et avec sa sœur, Isobel Graham Simpson*, femme de l’agent principal Duncan Finlayson*. Entre les visites de la ville et les obligations mondaines, elle choisissait ses meubles, dont « un piano carré de première qualité, capable de supporter les climats les plus rigoureux », qui devait rendre la vie plus agréable à York Factory.

Les Hargrave s’embarquèrent à Gravesend sur le Prince Rupert le 6 juin 1840, en compagnie d’Isobel Graham Finlayson, et ils arrivèrent à York Factory au début d’août. Bien que la première réaction de Letitia Hargrave aux vastes étendues désertiques qui entouraient le poste ait été « de tourner le dos aux gens et de pleurer jusqu’à en être malade », son caractère pratique et optimiste lui permit de s’adapter promptement à la vie de la baie d’Hudson. Elle écrivit à sa famille aussi souvent que possible, dépeignant sa situation de façon détaillée et vivante. Unique en son genre, cette collection de lettres, rédigées par l’une des rares Blanches qui vécut sur les territoires de la Hudson’s Bay Company pendant les années 1840, présente d’un point de vue féminin un tableau intimiste de la vie sociale des trafiquants de fourrures au milieu du xixe siècle.

Malgré les inconvénients de la vie à York Factory, notamment le climat insalubre et l’isolement, Letitia Hargrave n’était pas soumise aux fatigues et aux privations qu’enduraient bon nombre de pionnières. En sa qualité de femme du premier responsable du principal dépôt d’approvisionnements de la compagnie, elle jouissait d’une situation privilégiée. Maîtresse d’une maison spacieuse et confortablement meublée, elle bénéficiait des services d’une domestique personnelle, Mary Clarke, qui était une vieille servante de la famille, ainsi que de ceux du cuisinier et du maître d’hôtel de la compagnie. Pendant l’hiver, les hommes prenaient leurs repas dans la salle à manger des Hargrave, mais durant la saison estivale, lorsque l’activité devenait intense et que James était tellement affairé que sa femme le voyait à peine, Letitia dînait seule à moins qu’il n’y eut des femmes en visite. La nourriture, bien que monotone et très pauvre en légumes verts, était abondante. Même les femmes avaient un appétit énorme : un « dîner ordinaire » pour quatre femmes comprenait un rôti de gibier, trois oies, quatre canards, six pluviers, un gros jambon de la Rivière-Rouge, des pommes de terre et des navets en purée ou de la laitue bouillie. Les robes du dernier cri que portait Letitia Hargrave provoquèrent l’étonnement à York Factory, mais elle modifia sa garde-robe de manière à y inclure des « jambières » indiennes et des mocassins. Hargrave veillait à ce que sa femme soit bien enveloppée de fourrures lorsqu’elle faisait une promenade sur les trottoirs en bois du fort, appelés plates-formes, ou dans son traîneau équipé avec recherche et tiré par des chiens.

Seule femme de race blanche à York Factory, Letitia Hargrave était un objet de curiosité pour les autochtones. Les Indiennes l’appelaient Hockimaw Erqua, c’est-à-dire cheftaine, et lui apportaient souvent des baies sauvages et des fleurs en cadeau. La jeune femme fut très impressionnée par les berceaux et les sacs de mousse dans lesquels les Indiennes transportaient leurs bébés, et elle nota que celles-ci traitaient leurs enfants avec une grande bonté. Il était difficile pour une Blanche de garder un esprit serein devant certains usages qui avaient cours chez les trafiquants de fourrures, en vertu desquels un grand nombre d’hommes prenaient des épouses indiennes ou métisses à la façon du pays. Letitia eut néanmoins l’intelligence de comprendre que l’application trop rigide de la morale européenne pouvait causer des souffrances inutiles. Elle critiqua vivement le révérend John Macallum*, instituteur à la Rivière-Rouge, qui refusait aux enfants métis la permission de visiter leur mère si le mariage de celle-ci n’avait pas été célébré par l’Église. « Cela est peut-être très bien, disait-elle, mais c’est terriblement cruel, car les pauvres mères ne savaient pas qu’il existait une distinction, et c’est seulement dans les toutes dernières années que certaines ont fait ce genre de mariage. »

Dans ses lettres personnelles, Letitia Hargrave se montrait souvent très critique à l’endroit des gens qu’elle rencontrait. Vive d’esprit, elle prenait grand plaisir à divertir les membres de sa famille en leur racontant les potins de la région, mais ses remarques peu charitables étaient ordinairement motivées par une aversion pour l’hypocrisie et l’affectation. Même si elle s’attendait au respect dû à son rang social, elle ne fuyait pas la compagnie des Métisses comme Harriet Vincent, femme du chef de poste George Gladman* et marraine du premier enfant des Hargrave. En 1841, elle fit la connaissance du docteur William Fraser Tolmie* à York Factory et fut impressionnée par le dévouement et l’énergie qu’il mettait dans son travail au service de la compagnie et dans les cours d’arithmétique et de musique sacrée qu’il donnait le soir aux habitants du fort. John Sebastian Helmcken*, un autre jeune médecin de la compagnie, visita également York Factory en 1847 et garda de Letitia une impression très favorable. Dans Reminiscences, il la décrivit en ces termes : « une de ces dames gentilles que l’on rencontre parfois, bonne et affable. Sans être très belle, elle avait un visage franchement joli, un air très agréable et une silhouette très élégante. »

Pendant son séjour à York Factory, Letitia Hargrave se préoccupa avant tout du bien-être de sa famille qui grandissait. La naissance de son premier fils, Joseph James*, le 1er avril 1841, fit sensation. Les Indiens s’assemblèrent pour voir le nouveau-né, et les femmes, ravies de pouvoir l’embrasser, s’exclamaient : « Très gras ! Très blanc ! » Avec l’arrivée de son deuxième fils, Letitia persuada son mari de faire ajouter une chambre d’enfants à leur maison, un luxe inhabituel dans les postes de traite. La mort du petit garçon, survenue peu de temps après sa naissance en décembre 1842, fut une perte cruelle. Sa mère se consola avec son aîné, qui avait une santé robuste, et avec une fille, Letitia Lockhart, qui naquit le 24 octobre 1844.

Au milieu des années 1840, Hargrave espérait installer sa famille sous un climat plus agréable, car sa femme et lui étaient en mauvaise santé. En 1846, ils se rendirent avec leurs enfants en Écosse, où Letitia Hargrave reçut des soins médicaux spécialisés à Édimbourg, et ils retournèrent à York Factory l’année suivante. Letitia s’ennuyait beaucoup de son fils qui était resté à l’école en Écosse, mais elle fut bientôt distraite par une autre fille, Mary Jane, née le 11 juillet 1848. Leur nouvelle affectation étant sans cesse retardée, Letitia céda au découragement ; elle voyait son mari épuisé par les lourdes tâches de York Factory et l’avenir de la traite s’assombrir rapidement. Avant la naissance de leur cinquième enfant, Dugald John, en septembre 1850, les Hargrave obtinrent la confirmation de leur mutation au dépôt de Sault-Sainte-Marie, où ils allaient retrouver plus de commodités. À l’été de 1851, Hargrave quitta York Factory pour se rendre à son nouveau poste, mais il jugea que le voyage par voie de terre allait être trop fatigant pour sa famille et prit alors des dispositions afin qu’ils partent pour la Grande-Bretagne à l’automne sur le bateau de la Hudson’s Bay Company. Letitia eut plaisir à retrouver sa famille et mit sa fille aînée, surnommée Tash, aux études avec Joseph James à St Andrews, en Écosse.

Letitia Hargrave reçut une lettre de son mari dans laquelle il lui décrivait les attraits de Sault-Sainte-Marie et lui donnait des conseils sur les objets qu’il fallait acheter pour leur nouvelle maison et pour elle-même : « Une belle robe en velours de soie, écrivait-il, digne d’être portée par une femme comme celle que tu as été pour moi. » À l’été de 1852, elle se rendit à New York en compagnie de ses deux plus jeunes enfants pour retrouver son mari venu à sa rencontre. Deux ans plus tard, le bonheur de la famille Hargrave s’écroula quand Letitia mourut du choléra au cours d’une épidémie. Sans attendre la permission, Hargrave quitta son poste afin de transporter le corps à Toronto, où il fut enterré dans le cimetière St James, la terre bénite la plus proche.

Sylvia Van Kirk

La correspondance de Letitia Mactavish est conservée dans le fonds Hargrave aux APC, MG 19, A21, sér. 1, 27. La plupart des lettres ont été publiées par la Champlain Society, avec une introduction de Margaret Arnett MacLeod, sous le titre de Letters of Letitia Hargrave.

PAM, HBCA, B.239/a/154 ; 157 ; 161 ; 168 ; 179 ; D.5 ; E.12/5.— Hargrave, Hargrave corr. (Glazebrook).— Helmcken, Reminiscences of Helmcken (Blakey Smith et Lamb).— I.[G. Simpson] Finlayson, « York boat journal », A. M. Johnson, édit., Beaver, outfit 282 (sept. 1951) : 32–33.— M. A. MacLeod, « Fur traders’ inn », Beaver, outfit 278 (déc. 1947) : 1–6 ; (mars 1948) : 28–31.— A. A. W. Ramsay, « The letters of Letitia Hargrave », Beaver, outfit 271 (juin 1940) : 18–19 ; (sept. 1940) : 37–39.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Sylvia Van Kirk, « MACTAVISH, LETITIA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 nov. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mactavish_letitia_8F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/mactavish_letitia_8F.html
Auteur de l'article:   Sylvia Van Kirk
Titre de l'article:   MACTAVISH, LETITIA
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   21 novembre 2014