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MADRAN, JEAN-MARIE (parfois prénommé Joseph), prêtre catholique, né le 13 février 1783 à Saint-Ours, Québec, fils de Jean-Baptiste Madran et de Josephte Gamarre ; décédé le 2 juin 1857 à Petit-Rocher, Nouveau-Brunswick.

Jean-Marie Madran appartenait à une famille pauvre de dix enfants, et son père mourut pendant son adolescence. On attira l’attention de l’abbé Pierre Fréchette, curé de Belœil, sur cet enfant de chœur intelligent et pieux. Plus tard, Fréchette devait lui payer ses études au séminaire de Québec, du 29 septembre 1810 au 9 février 1813. Après son ordination, le 12 juin 1813 à Québec, Madran remplit les fonctions de vicaire à Saint-Pierre, dans l’île d’Orléans, en 1813–1814, et à la paroisse de la Sainte-Famille, à Cap-Santé, en 1814.

Madran connut de bons débuts dans ses premiers postes comme curé, mais il finissait par n’avoir plus qu’un seul désir : partir. Accompagné par l’une de ses sœurs, il arriva le 15 octobre 1814 dans la paroisse Saint-Jacques (à Saint-Jacques), au nord de Montréal [V. Jacques Degeay*], dont la population était en majorité acadienne. Il apaisa rapidement les querelles des diverses factions et convainquit ses paroissiens de terminer l’intérieur de l’église. Madran lui-même fit don de 3 000 afin de payer une partie des dépenses totales, qui avaient atteint environ 28 500 et auxquelles la paroisse, en pleine crise agricole, ne pouvait ou ne voulait pas faire face. En juillet 1818, il convertit une jeune protestante, Marie Brousse (Bruce), mais cela outragea tellement le père de la jeune fille et fit naître des rumeurs si scandaleuses que Madran demanda à Mgr Joseph-Octave Plessis* de le muter. De nombreux paroissiens continuèrent à lui manifester leur bonne volonté et, au cours d’une réunion, ils décidèrent par un vote de lui rembourser ses 3 000.

À l’été de 1819, Madran arriva, plein d’optimisme, aux îles de la Madeleine : Plessis tenait les insulaires pour des catholiques exemplaires. Mais, en septembre de cette année-là, Madran se plaignait que des étrangers avaient ébranlé la piété de la population. De plus, sa pauvreté l’obligea à demander, sans succès, qu’on ajoute à sa charge les paroisses de Margaree et de Chéticamp, dans l’île du Cap-Breton ; il dut aussi envisager la vente de dispenses. En 1821, les disputes entre les catholiques de Havre-Aubert et de Havre-aux-Maisons, pour savoir qui devait soutenir financièrement l’église paroissiale et la chapelle qu’ils partageaient, s’ajoutaient à la solitude et à la pauvreté pour réduire Madran au désespoir. Dans une lettre à l’évêque de Québec, Mgr Bernard-Claude Panet*, il décrivit cette période comme trois années de souffrances, et supplia qu’on lui donne un poste sur le continent.

Madran desservit ensuite un certain nombre de paroisses : Saint-Joachim, à Châteauguay, en 1822–1825 ; Saint-Patrice (à Rivière-du-Loup), en 1825–1830 ; Saint-Georges, à Saint-Georges-de-Cacouna, en 1830–1832 ; L’Assomption (à Berthier-sur-Mer), en 1832–1834 ; Saint-François (à Saint-François-Montmagny), en 1834–1835. Il devait trouver un foyer à Petit-Rocher, au Nouveau-Brunswick, où il arriva le 26 août 1835 ; il prit en charge les paroisses de Belledune et de Petit-Rocher, dans la baie Nepisiguit. Madran construisit une nouvelle église à Bathurst et termina la chapelle de Belledune. Malgré sa vie épuisante, il considérait ses paroissiens comme des gens pleins de bonne volonté et de piété, qui le respectaient. Durant son séjour à Petit-Rocher, Madran acheta plusieurs terrains et se construisit une maison.

Le 15 janvier 1837, Madran devint curé à Caraquet et s’occupa aussi de Tracadie. Mais la querelle des paroissiens, à propos d’un emplacement pour l’église, détruisit encore une fois son optimisme naissant. Vers 1839, il était de retour à Petit-Rocher. En 1848, il fit un séjour particulièrement bref à Shédiac. Trouvant l’église fermée à clef et les paroissiens hostiles, Madran revint rapidement à Petit-Rocher, sans avoir obtenu la permission de l’évêque du Nouveau-Brunswick, Mgr William Dollard. En juin 1849, Madran était malade et demandait à prendre sa retraite ou à desservir une paroisse beaucoup plus calme que celle de Petit-Rocher. Mgr Dollard repoussa sa requête et le renvoya à Shédiac et à Grande-Digue, où il exerça son ministère du 19 octobre 1849 au 4 novembre 1852. Durant toute cette période, les querelles de paroissiens peu disposés à payer la dîme le tracassèrent encore.

De 1853 à 1857, Madran occupa officiellement le poste de vicaire à Richibouctou (Richibucto), mais, en 1855, malade encore une fois, il était retourné à Petit-Rocher, où Marcel Burgo et sa fille, qui était institutrice, le soignèrent jusqu’à sa mort. En retour, ils héritèrent de la modeste succession de Madran, qui comprenait 140 acres de terrain, £300 en vaisselle d’argent et £60 en biens personnels. Le village de Madran, près de Petit-Rocher, fut nommé ainsi en son honneur.

Prêtre consciencieux, Jean-Marie Madran eut à cœur de se limiter strictement à ses devoirs spirituels. Il tenta d’éviter les fréquentes controverses auxquelles les autres prêtres des paroisses acadiennes se heurtaient en essayant de rétablir la domination que l’Église avait perdue depuis la Déportation. Sa vie offre un contraste intéressant avec celle de ses confrères canadiens, comme François-Xavier-Stanislas Lafrance* et Antoine Gagnon*, qui cherchèrent à jouer un rôle de direction plus important dans la société acadienne.

Sheila Andrew

AAQ, 311 CN (mfm aux APNB).— APNB, RG 7, RS64, 1857, J.-M. Madran.— Arch. de l’évêché de Trois-Rivières (Trois-Rivières, Québec), François Aché à Thomas Cooke, 8 juin 1837 ; F2, J.-M. Madran à Cooke, 17 nov. 1835 ; F4, Madran à Cooke, 22 sept. 1835.— Arch. of the Diocese of Saint John (Saint-Jean, N.-B.), Dollard papers, 22 août 1848, 25 juin 1849, 3 janv. 1850.— Arch. paroissiales, Saint-Pierre-aux-Liens (Caraquet, N.-B.), Reg. des baptêmes, mariages et sépultures (mfm aux APNB) ; Saint-Polycarpe (Petit-Rocher, N.-B.), Reg. des baptêmes, mariages et sépultures (mfm aux APNB).— ASQ, {{mss}}, 432 : 284.— Gleaner (Chatham, N.-B.), 6 juin 1857.— Guy Courteau et François Lanoue, Une nouvelle Acadie : Saint-Jacques de L’Achigan, 1772–1947 ([Montréal, 1949]).— Robert Rumilly, les Îles de la Madeleine (Montréal, 1941 ; réimpr., 1951).— Léon Thériault, « les Missionnaires et leurs paroissiens dans le nord-est du Nouveau-Brunswick, 1766–1830 », Rev. de l’univ. de Moncton (Moncton, N.-B.), 9 (1976), nos 1–3 : 31–51.

Bibliographie générale

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Sheila Andrew, « MADRAN, JEAN-MARIE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/madran_jean_marie_8F.html.

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Auteur de l'article:   Sheila Andrew
Titre de l'article:   MADRAN, JEAN-MARIE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   21 octobre 2014