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MANGEANT (Maugean), dit Saint-Germain, FRANÇOIS (Louis-François), commerçant, propriétaire de navires, percepteur des redevances, né en 1686 ou 1687 dans la paroisse de Saint-Paul, à Paris, fils de Louis Mangeant et d’Anne Deschamps, décédé après septembre 1744.

La présence de François Mangeant au Nouveau Monde est signalée pour la première fois dans les documents le 24 avril 1713 (nouveau style), quand il épousa Marguerite Caissy (Keissis), fille de Jean Caissy, dit Roger, et d’Anne Bourgeois, à Beaubassin (près d’Amherst, N.-É.). II semble qu’il ait, peu après, quitté la Nouvelle-Écosse pour Québec, où il était de toute évidence propriétaire de navire et vraisemblablement commerçant ; le recensement de 1716 le donne comme « écrivain ». En 1726 ses vaisseaux étaient évalués à 2 000#. Cette même année, au cours d’une vive querelle avec Joseph-Alphonse Lestage de Québec, qui « de la façon la plus basse et la plus haineuse qui soit, [l’]avait insulté, bravé et provoqué », Mangeant assaillit Lestage et le blessa si grièvement qu’il mourut deux jours après. C’est du moins ce que raconta Mangeant en Nouvelle-Écosse, où il alla se réfugier après le crime. Selon le témoignage soumis à l’Amirauté à Québec, la querelle eut lieu dans la région de Gaspé, à bord d’un vaisseau appartenant à Mangeant et commandé par Lestage. Mangeant fut gracié par le roi en 1732.

Il se présenta devant le conseil à Annapolis Royal en septembre 1726 et sollicita l’autorisation de s’établir avec sa famille dans la région de Chignectou. II était même disposé à prêter le serment d’allégeance à la couronne anglaise, geste que bien peu d’Acadiens consentaient à poser. Mangeant ne tarda pas à trouver dans la personne du lieutenant-gouverneur, Lawrence Armstrong*, un ami et un solide défenseur, et le gouvernement eut souvent recours à ses services lors de pourparlers avec les Acadiens [V. René-Charles de Breslay*]. Malheureusement pour Mangeant, en acceptant le patronage d’Armstrong, il ne pouvait éviter de s’attirer la haine des ennemis du lieutenant-gouverneur. En juin 1729, au moment où il lisait une proclamation aux Acadiens d’Annapolis Royal, Mangeant faillit en venir aux coups avec le major Alexander Cosby, un de ceux qui critiquaient le plus ouvertement Armstrong. L’origine de la querelle reste assez confuse, puisqu’on ne possède que la version d’Armstrong ; toutefois elle sembla suffisamment grave aux yeux d’Armstrong pour justifier une réunion d’officiers en vue d’examiner l’incident.

Le gouverneur Richard Philipps regagna la Nouvelle-Écosse en 1729 ; en 1730, Armstrong et Mangeant s’embarquèrent pour l’Angleterre afin de dissiper les griefs à l’endroit du gouverneur. Dans une lettre au duc de Newcastle, Philipps écrivait au sujet de Mangeant : son « caractère est très mauvais, mais on lui concède du génie et il ferait un excellent ministre pour un despote ». Il signala que les Acadiens détestaient souverainement Mangeant à cause des conseils qu’il avait donnés à Armstrong sur la façon d’administrer la colonie. Néanmoins, Philipps non plus n’aimait probablement pas Mangeant, surtout à cause de l’amitié qui liait ce dernier à Armstrong.

En 1731, à la mi-juillet, Armstrong rentra triomphant à Annapolis Royal, porteur du rappel de Philipps en Angleterre. Vraisemblablement, Mangeant revint avec Armstrong. Au cours des quelques années qui suivirent, il vécut aux Mines ; ses fonctions consistaient à surveiller les opérations immobilières, à interroger les nouveaux colons, à voir à l’exécution des testaments. Le gouvernement lui confia à plusieurs reprises des missions officielles. Ainsi, en novembre 1736, il fut chargé d’organiser une battue dans la région des Mines afin de retrouver deux hommes qu’on accusait de vol. On lui demanda, en décembre, de mener une enquête sur l’abstention des Acadiens de Grand-Pré à payer leurs redevances, abstention qui depuis des années n’avait cessé d’être une source d’ennuis pour le gouvernement. En décembre 1737, Alexandre Bourg avait perdu son poste de percepteur des redevances aux Mines et Mangeant lui succéda. Il semble que la fonction de Mangeant et peut-être aussi son tempérament l’aient rendu impopulaire parmi les Acadiens de son entourage. À une occasion, Armstrong sentit la nécessité de l’avertir : « Gardez-vous de tout procédé violent ou désobligeant et traitez [...] tous les autres, avec lesquels vous pourriez avoir des rapports, d’une manière honnête et indulgente. » La mort soudaine d’Armstrong, en décembre 1739, fit perdre à Mangeant son principal défenseur au sein du gouvernement. Sa situation étant devenue très précaire, il donna sa démission et quitta sa charge officielle au début de 1740, mettant ainsi fin à sa vie publique en Nouvelle-Écosse.

Au printemps de 1742, Mangeant et les deux députés des Mines, Alexandre Bourg et Amand Bujeau participèrent à la récupération d’un vaisseau marchand tombé aux mains d’Indiens près de Grand-Pré. En considération de la part que prit Mangeant à cette affaire, Paul Mascarene, maintenant à la tête du gouvernement, lui promit de faire tout en son pouvoir pour favoriser son avancement dans la colonie. Peu après, Mangeant alla se fixer à Canseau (Canso), où il avait « trouvé une façon plus avantageuse de s’occuper qu’il ne l’aurait pu à Menis », selon l’expression de Mascarene. II semblerait qu’il fut fait prisonnier au cours de la capture de Canseau par les Français, le 24 mai 1744 [V. Patrick Heron]. En juillet il aida à conduire à Boston quelques-uns des prisonniers de Louisbourg, île Royale (île du Cap-Breton) et en septembre il était toujours agent de liaison entre les gouvernements de Louisbourg et de Boston. Après cette époque, le nom de François Mangeant est absent des documents de la Nouvelle-Écosse et la dispersion des Acadiens, dix ans plus tard, a pu contribuer à cette absence. Trois de ses filles et un fils dépassèrent le bas âge.

Barry M. Moody

AN, Col., B, 57, ff.677v., 730 ; Marine, C7, 205.— APC, MG 6, A2, E, État civil de la paroisse Notre-Dame de Beaubassin (microfilm aux PANS) ; MG 11, Nova Scotia B, 2, pp. 233s. ; 3, pp. 16–19.— Mass. Hist. Soc., Mascarene family papers, Mascarene to Dr Douglass, 28 avril 1742.— PANS, RG 1,12, nos 24, 34 ; 14, pp. 101, 103, 169s., 177s., 180–182, 187s., 207, 210–212, 258 ; 17, nos 18, 19 ;18, n° 39 ; 21, ff.3–4.— N.SArchives, II ; III ; IV.— Recensement de Québec, 1716 (Beaudet), 29.— P.-G. Roy, Inv. jug. et délib., 1716–1760, I : 257, 283.—Tanguay, Dictionnaire, I :174 ; V : 482.— Arsenault, Hist. et généal. des Acadiens, II : 550.

Bibliographie générale

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Barry M. Moody, « MANGEANT, dit Saint-Germain, FRANÇOIS », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mangeant_francois_3F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   21 décembre 2014