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MARTÍNEZ FERNÁNDEZ Y MARTÍNEZ DE LA SIERRA, ESTEBAN JOSÉ, officier de marine et explorateur, né le 9 décembre 1742 à Séville, Espagne ; il y épousa le 10 septembre 1770 Gertrudis González ; décédé le 28 octobre 1798 à Loreto (Baja California, Mexique).

Esteban José Martínez entra à l’âge de 13 ans au Seminario de San Telmo, une célèbre école de marine, et prit la mer moins de trois ans plus tard. En 1773, il servait comme pilote en second dans le petit département naval de San Blas (état de Nayarit, Mexique), le port de ravitaillement pour les postes et missions de l’Espagne dans les Californies. Il devait par la suite jouer un rôle majeur dans les événements qui conduisirent l’Espagne et la Grande-Bretagne au bord de la guerre, en 1790.

À la suite du partage du Nouveau Monde entre l’Espagne et le Portugal par la bulle papale de 1493 et lé traité de Tordesillas (1494), l’Espagne avait considéré la côte du Pacifique longeant les deux Amériques comme faisant partie de son empire. Ses revendications n’avaient pas empêché les empiétements de la part des autres pays et des trafiquants indépendants (pedlars). Dans les années 1770, les rumeurs d’une expansion russe vers le sud, à partir de l’Alaska, parvenaient à Madrid. Pour prévenir toute nouvelle atteinte à la souveraineté espagnole, on dépêcha un expédition en 1774, sous le commandement de Juan Joseph Pérez Hernández, avec instructions de naviguer au nord, le plus loin possible, à partir de San Blas. Martínez était de ce voyage, servant comme officier en second. Pérez atteignit ce qui est aujourd’hui la partie nord des îles de la Reine-Charlotte, Colombie-Britannique, le 16 juillet. Des conditions défavorables à la navigation empêchèrent l’expédition d’aller au delà du 55° 30´ de latitude nord et celle-ci mit le cap au sud, jetant l’ancre au large de Surgidero de San Lorenzo (baie de Nootka, Colombie-Britannique) le 8 août. Après s’être mise en rapport avec les Indiens nootkas, l’expédition retourna à San Blas.

En dépit des nombreuses expéditions espagnoles qui visitèrent la côte nord-ouest de l’Amérique du Nord après 1774, on fit bien peu d’efforts pour établir des postes ou pour exploiter les ressources naturelles de la région. Le relevé de la côte fait par Cook fit toutefois connaître les possibilités qu’elle offrait d’un riche commerce de fourrures avec la Chine, et, pendant les années 1780, des navires britanniques, naviguant souvent sous le drapeau portugais pour contourner les mesures restrictives du monopole des compagnies East India et South Seas, commencèrent à ouvrir le commerce des peaux de loutre marine [V. James Hanna].

De 1775 à 1778, Martínez avait été employé à l’approvisionnement des postes espagnols de la province de Sonora (Mexique) et de ceux de Loreto, Monterey (Californie), San Diego et San Francisco. En 1786, au cours d’une mission de routine à Monterey, il pilota l’expédition française du comte de Lapérouse [Galaup] lors de son entrée dans le port. Interrogeant les Français sur leurs découvertes, Martínez resta sous la fausse impression, fidèlement rapportée au viceroi de la Nouvelle-Espagne, que les Russes avaient établi un poste à la baie de Nootka. Ce rapport, ajouté à ceux qui concernaient l’expansion russe et qui provenaient des ambassadeurs de l’Espagne en Russie. amena Madrid à donner à Martínez, en 1788, l’ordre de naviguer au nord jusqu’au 61° de latitude au moins et de repérer complètement les activités russes. Partie de San Blas le 8 mars, l’expédition, formée de deux navires. visita les postes de traite russes des îles Kodiak et Unalaska dans les Aléoutiennes (Alaska). Alors qu’il ne découvrait aucune menace pesant sur les territoires espagnols, Martínez apprit que des frégates de Sibérie étaient attendues en 1789, en vue d’établir les Russes à la baie de Nootka. À son retour à San Blas le 5 décembre, il recommanda que l’Espagne élevât un poste à la baie, au plus tard en mai 1789, et se porta volontaire pour cette mission. Son rapport et l’arrivée aux îles de Juan Fernández, au large de la côte chilienne, de deux navires américains sous les ordres de Robert Gray* et de John Kendrick, en route pour la côte du Pacifique Nord, persuadèrent finalement le vice-roi Manuel Antonio Flórez que l’Espagne ne pouvait se permettre d’ignorer plus longtemps les infractions à sa souveraineté dans ces régions.

Martínez était le seul officier que Flórez eût sous la main ; il reçut en conséquence le commandement de la nouvelle expédition, en dépit de son grade peu élevé et d’un dossier qui faisait état de conflits avec ses subordonnés lors du voyage de 1788. Craignant d’être devancé à la baie de Nootka par les Russes et n’ayant pas le temps de consulter Madrid, Flórez donna à Martínez instructions d’y construire un poste temporaire, suffisant pour garantir la souveraineté espagnole. L’expédition arriva à la baie le 5 mai 1789, pour découvrir plusieurs navires, et parmi eux celui de Kendrick, déjà dans le bras de mer. Martínez décida que les Américains ne constituaient pas une grande menace pour les revendications espagnoles ; à la vérité, il reçut une aide non négligeable de la part de Kendrick, qui l’introduisit auprès du chef nootka Muquinna. Cependant, un autre navire, l’Efigenia Nubiana fut facile à identifier comme navire britannique naviguant sous un drapeau portugais de pure convenance. Affirmant que ce navire portait des instructions en portugais pour la capture des vaisseaux étrangers plus faibles, Martínez le saisit, puis le relâcha plus tard.

Bien qu’il eût pour instructions la création d’un poste temporaire à la baie de Nootka, Martínez crut que l’Espagne devait s’intéresser plus activement à la côte nord-ouest. Pendant le voyage de 1774, il avait vu qu’elle n’était pas, comme on l’avait pensé, un désert froid et montagneux, et il envisagea de créer une société espagnole qui tirerait sa prospérité de la construction navale et d’autres industries. Quand un schooner qu’il avait dépêché de la baie de Nootka le 21 juin 1789 revint le 5 juillet avec des rapports sur l’entrée du détroit de Juan de Fuca, Martínez se persuada que ce détroit débouchait près de La Nouvelle-Orléans, sur le Mississippi. Même si peu de gens allaient accepter cette théorie, l’Espagne ne pouvait se permettre d’abandonner sa mainmise sur la région avant qu’une enquête complète fût terminée. Martínez était infatigable dans ses efforts pour convaincre son gouvernement que la base de la baie de Nootka devait être permanente. Il commanda une grosse cloche et des ornements complets pour une église qu’il projetait d’y construire, de même que des feuilles de cuivre pour la traite avec les Indiens. Il formula le plan, fondé sur la conquête et la colonisation des îles Sandwich (Hawaii), d’un système commercial triangulaire à travers le Pacifique, grâce auquel les produits mexicains seraient échangés sur la côte nord-ouest pour des peaux de loutre marine et du bois de construction, lesquels seraient à leur tour vendus en Chine contre l’achat de marchandises de luxe et du mercure nécessaire à l’industrie minière mexicaine.

Quand un navire britannique, l’Argonaut, commandé par James Colnett*, arriva de Macao (Chine), le 2 juillet, les hommes de Martínez avaient construit une petite batterie et quelques édifices, et avaient ensemencé des jardins sur le site du village indien de l’anse Friendly (Colombie-Britannique). Colnett, aussi peu habile diplomate que Martínez, affirma avoir des ordres de l’Angleterre pour créer un établissement permanent. Les relations polies entre les deux irascibles capitaines de vaisseau tournèrent bientôt en dispute. Lors de l’ultime confrontation, Colnett, selon Martínez, mit la main à son épée et lança « les mots mal sonnants et diffamants de Gardein España ». Martínez donna ordre d’arrêter Colnett et de capturer son navire. Un autre navire britannique, le Princess Royal, arriva le 12 juillet et fut également saisi ; les deux furent envoyés à San Blas.

Les événements de la baie de Nootka allaient créer un incident majeur entre la Grande-Bretagne et l’Espagne, en 1790. Cette année-là, John Meares*, un trafiquant britannique qui avait visité la baie de Nootka en mai 1788 et qui avait investi dans les navires capturés, publia à Londres un rapport biaisé de l’affaire, qui servit à fouetter le sentiment antiespagnol des Britanniques. Meares affirmait avoir acheté des Indiens une terre qui avait été prise par les Espagnols et blâma Martínez pour avoir tué un chef indien et avoir forcé les artisans chinois de Colnett à travailler dans les mines. Toutes ces affirmations étaient sans fondement : Muquinna nia par la suite avoir vendu la terre, le meurtre était un geste irréfléchi d’un soldat espagnol, et il n’y avait pas de mines. La politique espagnole de tenir tous les documents secrets, toutefois, amena les écrivains contemporains, y compris certains Espagnols, à accepter la version des événements de Meares.

Après avoir vainement attendu jusqu’à la fin d’octobre 1789 l’ordre de rendre la base de la baie de Nootka permanente, Martínez fit voile pour San Blas. Flórez, qui était sur le point de quitter le Mexique et désirait éviter toute responsabilité dans les événements de la baie de Nootka, porta toute l’affaire à son successeur, le comte de Revilla Gigedo. Celui-ci considéra que la conduite de Martínez dans cette situation avait été « imprudente, inopportune et mal fondée ». Malgré ses critiques, cependant, il fut consterné d’apprendre que la base de la baie de Nootka avait été abandonnée, et, en 1790, il envoya Francisco de Eliza* y Reventa, avec Martínez comme second, pour la rétablir. Une fois arrivé, Martínez reçut de Madrid un ordre, signifié à la requête de sa femme, de retourner en Espagne. À San Blas, en février 1791, il obtint un délai pour lui permettre de disposer de la ferme d’élevage qu’il avait acquise à Tepic (Mexique). En septembre, il mettait à la voile pour l’Espagne. Après quelques années de service en mer avec port d’attache à Cadix, ses pétitions, dans lesquelles il demandait de retourner à San Blas, furent agréées, à la condition que sa femme consentît à l’accompagner, et « non autrement, à cause de la longue période de temps qu’il a été séparé d’elle, depuis qu’il est allé dans ces royaumes ». Promu enseigne de frégate, il fut muté à San Blas en février 1795. En 1796, il était à Mexico avec de nouveaux plans pour la colonisation de la côte nord-ouest. Les dernières années de sa vie, il les passa probablement à commander des navires de ravitaillement entre San Blas et Alta California (aujourd’hui la Californie), car il mourut à Loreto au cours d’un semblable voyage.

Dans d’autres circonstances, Martínez aurait pu se faire la réputation d’un héros espagnol plutôt que celle d’un homme abrupt et d’une tête chaude. Il empêcha les Britanniques d’établir un poste dans les territoires revendiqués par l’Espagne et esquissa des plans qui auraient assuré la domination de l’Espagne sur la côte nord-ouest. Dans son esprit, il défendait les intérêts de sa nation, et ses lettres, écrites de la baie de Nootka, eurent quelque influence sur la politique espagnole. Mais, alors que des desseins d’empire se heurtaient à la baie de Nootka, il ne gagna que la réprobation des trafiquants de fourrures et la critique de plusieurs de ses propres supérieurs.

Christon I. Archer

Le journal d’Esteban José Martínez pour 1789 a été publié : Espagne, Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Instituto Histórico de Marina, Colección de diarios y relaciones para la historia de los viajes y descubrimientos, L. C. Blanco et al., édit. (6 vol. parus, Madrid, 1943- ), VI.

Archivo General de Indias (Séville, Espagne), Audiencia de México, legajo 1 529, nos 702, 1 182 ; ldgajo 1 530, no 244 ; Sección de Estado, legajo 43, no 12.— Archivo General de la Nación (Mexico City), Sección de Historia, vol. 61, exp.14, Diario de la navegación y exploración del pigoto segundo don Esteban José Martínez – 17 déc. 1774 ; vol. 65, exp.2, Martínez à Flórez, 13 juill. 1789.— Archivo Histórico Nacional (Madrid), legajo 4 289, Martínez à Valdés, San Blas, 5 déc. 1788 ; legajo 4 290, Robert Gray et Joseph Ingraham à Juan Francisco de la Bodega y Quadra, Nootka Sound, 5 août 1792.— [James Colnett], The journal of Captain James Colnett aboard the Argonaut from April 26, 1789, to Nov. 3, 1791, F. W. Howay, édit. (Toronto, 1940).— Meares, Voyages.— J. M. Moziño Suárez de Figueroa, Noticias de Nutka ; an account of Nootka Sound in 1792, I. H. Wilson trad. et édit. (Seattle, Wash., 1970).— Voyages of « Columbia » (Howay).— Cook, Flood tide of empire.— W. R. Manning, The Nootka Sound crisis (Washington, 1905).— M. E. Thurman, The naval department of San Blas : New Spain’s bastion for Alta California and Nootka, 1767 to 1798 (Glendale, Calif., 1967).— Javier de Ybarra y Bergé, De California á Alaska : historia de un descubrimiento (Madrid, 1945).— C. I. Archer, The transient presence : a re-appraisal of Spanish attitudes toward the northwest coast in the eighteenth century, BC Studies (Vancouver), 18 (été 1973) : 3–32.

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Christon I. Archer, « MARTÍNEZ FERNÁNDEZ Y MARTÍNEZ DE LA SIERRA, ESTEBAN JOSÉ », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/martinez_fernandez_y_martinez_de_la_sierra_esteban_jose_4F.html.

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Auteur de l'article:   Christon I. Archer
Titre de l'article:   MARTÍNEZ FERNÁNDEZ Y MARTÍNEZ DE LA SIERRA, ESTEBAN JOSÉ
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   26 octobre 2014