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McKENZIE, KENNETH (dans sa jeunesse, il écrivait parfois son nom Mackenzie), régisseur au service de la Puget’s Sound Agricultural Company, dans l’Île-de-Vancouver, fermier et fournisseur de denrées, né le 25 octobre 1811 à Édimbourg, Écosse, fils de Kenneth McKenzie, chirurgien, et de Janet Blair, décédé à Lakehill Farm, Victoria, C.-B., le 10 avril 1874.

Kenneth McKenzie passa sa jeunesse à Édimbourg, où il fréquenta l’école secondaire et le College of Edinburgh. C’est probablement vers la fin des années 1820 qu’il alla demeurer à Rentonhall, la propriété de son père, dans la paroisse de Morham, Haddingtonshire, dans le district d’East Lothian. Il s’y occupa des fermes, des pâturages (pour moutons) et de la tuilerie. Vers 1841, il épousa Agnes Russell, qui lui donna huit enfants, dont six étaient déjà nés quand la famille quitta l’Écosse.

Bien qu’étant très capable de diriger la propriété, le jeune McKenzie ne put faire face aux dettes laissées par son père. En 1848, il décida de mettre les terres et la succession aux enchères, mais la vente n’eut pas lieu. Entre 1848 et 1851, McKenzie tenta vainement de se placer comme intendant, régisseur ou économe dans des propriétés sur le territoire des îles britanniques. Finalement, en octobre 1851, il vendit Rentonhall pour £4 925, et son ami John Haldane* le mit en rapport avec la Hudson’s Bay Company. Celle-ci lui offrit un emploi de régisseur ou de surveillant dans l’une des quatre fermes qu’elle projetait d’établir, par l’intermédiaire de sa filiale, la Puget’s Sound Agricultural Company, dans le district d’Esquimalt, près du fort Victoria, sur l’île de Vancouver. Il accepta cette situation et passa le printemps et l’été de 1852 à embaucher des ouvriers, des forgerons, des charpentiers, ainsi qu’un instituteur.

Le contrat de cinq ans que McKenzie signa avec la Puget’s Sound Agricultural Company est daté du 16 août 1852. Cette firme devait fournir une ferme de 600 acres, le bétail, les semences et les instruments aratoires et assumer les frais de tous les aménagements. McKenzie devait recevoir £60 par an et, après trois ans, avoir un tiers des bénéfices ou, le cas échéant, assumer un tiers des pertes. La compagnie avait stipulé que les relations entre elle et McKenzie étaient celles de maître à serviteur, mais, en réalité, elle cherchait à établir une aristocratie terrienne (squirearchy) entourée de petits propriétaires terriens. Cette conception paternaliste se révéla incompatible avec les conditions de vie aux frontières de l’empire.

McKenzie et le groupe de 73 personnes qu’il amenait avec lui arrivèrent dans l’Île-de-Vancouver le 16 janvier 1853, et ils habitèrent temporairement au fort Victoria. Après qu’il eut inspecté Craigflower, la ferme qui lui était allouée à Maple Point, entre le port d’Esquimalt et la région de Gorge, McKenzie fit venir sur place les charpentiers et les forgerons le 24 janvier. Le 1er avril, les installations étaient suffisamment avancées pour que sa famille puisse emménager dans une demeure temporaire. Le 1er mai 1856, le grand manoir, qui ressemblait à Rentonhall, était terminé. Au cours du printemps et de l’été de 1853, McKenzie et ses hommes construisirent d’autres maisons, ensemencèrent les jardins et les champs, montèrent le moteur de sept chevaux qu’ils avaient apporté d’Angleterre et dont ils se servirent pour faire fonctionner une scierie et une meunerie, puis commencèrent la construction d’un four à chaux et d’une briqueterie. À la longue, les hommes de McKenzie se révélèrent d’un caractère difficile ; plusieurs d’entre eux s’enivraient ou abandonnaient leur travail. Pour accroître sa main-d’œuvre, il eut recours aux matelots du Trincomalee, alors en rade d’Esquimalt, et embaucha plusieurs groupes d’Indiens ; mais ils se révélèrent également instables. Dans le but évident de faire régner une certaine autorité et une certaine justice dans les quatre fermes de la Puget’s Sound Agricultural Company, le gouverneur James Douglas, le 31 mars 1853, nomma McKenzie et trois autres personnes, magistrats et juges de paix du district de Victoria.

Le 3 février 1854, la Hudson’s Bay Company nomma McKenzie agent et directeur de la compagnie agricole dans l’Île-de-Vancouver, et lui donna une commission de 10 p. cent sur les bénéfices nets des quatre fermes en supplément de son traitement régulier qu’il recevait pour Craigflower. Des disputes au sujet des salaires et le commerce illicite du saumon avec les Indiens le long du Fraser forcèrent Douglas à intervenir en 1855. McKenzie porta la question devant la compagnie, à Londres, qui lui ordonna de suivre le conseil du gouverneur. La compagnie fut également obligée de se plaindre auprès de McKenzie au sujet de dépenses excessives et d’une comptabilité incomplète. Lorsque McKenzie proposa de construire des moulins et une brasserie, le gouverneur Andrew Colvile lui rappela que les régisseurs devaient consacrer leurs efforts à faire pousser les récoltes et à faire en sorte que les fermes se suffisent à elles-mêmes. Colvile ajouta que dorénavant McKenzie devrait respecter les budgets qui lui étaient alloués.

En sa qualité d’agent de la compagnie, McKenzie reçut l’ordre de régler le cas d’Edward Edwards Langford*, l’intraitable régisseur de Colwood Farm à Esquimalt, dont l’amour du luxe et la prodigalité étaient bien connus. En 1854, McKenzie reçut des instructions lui ordonnant de mettre fin au contrat de Langford, mais ce dernier refusa de partir discrètement et McKenzie fut réprimandé pour ne pas avoir pris « des mesures plus énergiques et plus efficaces afin de protéger la propriété [de la compagnie] ». Les ennuis qu’il eut avec Langford mirent McKenzie dans une situation embarrassante et il se trouva pris entre les dirigeants de la compagnie et les autres régisseurs, ce qui contribua à le discréditer auprès de la compagnie. En 1857, celle-ci envoya au fort Victoria Alexander Grant Dallas*, à qui était confiée entre autres la surveillance des fermes au point de vue administratif.

En 1855, des baraquements furent construits à Esquimalt pour recevoir les blessés de la bataille de Petropavlovsk et, dès lors, les navires de l’escadre du Pacifique utilisèrent de plus en plus le port comme base, particulièrement pendant le différend concernant l’île de San Juan [V. Douglas]. La ferme de Craigflower était très bien située pour ravitailler l’escadre et, en septembre 1856, McKenzie notait qu’il lui avait fourni environ 1 000 livres de viande et 400 livres de légumes par jour. Malgré l’opposition de la compagnie, McKenzie construisit des moulins à Craigflower pour fournir de la farine aux boulangers de la marine royale, qui se servaient souvent de ses fours. Tout en continuant de ravitailler la marine royale en viande et en légumes, McKenzie commença en 1858 de lui fournir du pain et des biscuits et, en 1860, il signa un contrat en règle avec le commandant en chef de l’escadre du Pacifique. Il devait aux termes de l’accord fournir, le cas échéant, 10 000 livres de biscuits dans un délai de 24 heures et une quantité illimitée dans un délai de 14 jours. La marine avait tellement besoin de pain que toute la farine provenant des fermes de McKenzie y passa et il fut forcé d’en importer de l’Oregon. Malgré les protestations des boulangers de Victoria, McKenzie conserva jusqu’à sa mort, en 1874, le contrat qu’il avait passé avec la marine, sauf pendant une brève période, vers le milieu des années 1860. Il installa une biscuiterie mécanique à Dallas Bank dans le port d’Esquimalt. Il vendit également des farines pour les navires de la compagnie et, pendant la période de la ruée vers l’or en Colombie-Britannique, sa publicité prétendait qu’il vendait ses biscuits au prix pratiqué à San Francisco, alors qu’à cette époque, à Victoria, un pain coûtait parfois jusqu’à $3.

Pendant cette période, Craigflower devint un lieu de rendez-vous pour les fonctionnaires de la colonie et les officiers de marine, et les filles de McKenzie étaient très courtisées par les officiers de passage. Lorsqu’au printemps de 1861 lady Jane Franklin [Griffin] vint à Victoria, l’événement le plus couru de la saison fut le pique-nique donné en son honneur à Craigflower.

Les terres de Craigflower n’étaient pas assez étendues pour faire à la fois de la culture et des pâturages pour les moutons, grâce à la tonte desquels McKenzie espérait faire un bon bénéfice. En 1855, il construisit une bergerie à Lakehill, près de Christmas Hill, au nord de Victoria. En 1856 et en 1857, il acquit à son nom des terres à cet endroit ainsi que 825 acres pour la Puget’s Sound Agricultural Company destinées à Broadmead, la nouvelle ferme de la compagnie dans le district de Lake.

Après 1857, la ferme de Craigflower commença par intermittence à faire de petits bénéfices, mais la compagnie agricole se montra toujours inquiète devant les comptes « embrouillés et inexacts » de McKenzie. Bien que Craigflower ait été la seule ferme à faire des bénéfices, la compagnie s’inquiéta de plus en plus de l’importance des frais d’exploitation par rapport aux profits. En 1861, le deuxième contrat de cinq ans qu’avait McKenzie en qualité de régisseur fut annulé. Il obtint un bail de deux ans (renouvelable annuellement pendant cinq ans) sur les terres cultivées de la ferme, pour un loyer annuel de £500, tant que durerait son contrat avec la marine. Une clause prévoyait que s’il perdait le contrat pour la fourniture des biscuits le loyer serait diminué de moitié. Le bétail et les instruments agricoles de Craigflower devaient être vendus et la ferme de McKenzie à Lakehill lui servit de garantie pour acheter des réserves de farine, de biscuits, de semences et de matériel. À l’expiration de ce contrat, McKenzie devait quitter Craigflower. En 1864, toujours assailli par les difficultés financières, il fut informé que son bail, à Craigflower, prendrait fin le 31 octobre 1865. À cette date, la compagnie prit une hypothèque sur ses propriétés de Lakehill et de Dallas Bank en garantie des sommes qu’il lui devait et qui se montaient à plus de £3 000. Au cours de 1866, il déménagea avec sa famille à Lakehill. Bien que la compagnie ait fait preuve envers lui de beaucoup de patience, cette dette onéreuse le tourmenta jusqu’à la fin de sa vie.

Grâce à sa situation et à son expérience, Kenneth McKenzie put occuper des fonctions juridiques d’importance mineure et prendre la tête de la collectivité agricole. Il fut juge de paix de 1853 à 1855, puis de 1867 jusqu’à sa mort. Pendant les années 1860, il fut inspecteur de la voirie à Victoria et dans le district d’Esquimalt et, en 1871, il fut nommé juge à la Cour d’appel pour le district d’Esquimalt et de Metchosin Road. En 1861, il fut l’un des fondateurs de la Vancouver Island Agricultural and Horticultural Association, assumant plusieurs fois les fonctions d’administrateur et de président. En 1865, McKenzie, considéré comme un protectionniste, se présenta aux élections, mais se retira en faveur de John Ash*, qui était libre-échangiste. En 1869, il se montra de nouveau en faveur du protectionnisme et s’opposa à l’entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération canadienne en appuyant la nomination de James Lowe comme candidat au Conseil législatif.

McKenzie mourut chez lui d’une affection cardiaque. Victime des conséquences de la capitalisation excessive dans une économie en plein développement, il fit néanmoins beaucoup pour encourager l’agriculture et les moulins à farine dans l’Île-de-Vancouver. C’était une époque de transition où la colonie abandonnait progressivement les perspectives limitées du commerce des fourrures pour devenir l’entrepôt de l’industrie minière et la base navale des opérations britanniques dans le Pacifique. On peut dire que l’entreprise agricole de la compagnie dans l’Île-de-Vancouver fut une « erreur » qui coûta des « sommes effarantes » ; toutefois des familles comme celle de McKenzie « firent du bon travail dans cette colonie en y maintenant un haut degré de civilisation ».

William R. Sampson

PABC, Kenneth McKenzie papers (collection inventoriée ; collection en cours d’inventaire) ; Robert Melrose, Royal emigrant’s almanack concerning five years servitude under the Hudson’s Bay Company on Vancouver’s Island (copie reliée à la main, août 1852–juill. 1857).— British Colonist (Victoria), 21 mars, 22 mars, 8 juin, 5 sept. 1861, 10 mars 1862, 24 juill. 1863, 11 juin 1864, 6 juin, 12 juill., 29 sept., 2 oct., 21 oct. 1865, 6 juin 1866, 3 mai 1867, 19 mars, 29 juill., 21 oct., 30 nov. 1869, 5 févr., 26 mars 1871, 11 avril, 15 avril 1874, 8 avril 1884, 15 juin 1897.— N. de B. Lugrin, The pioneer women of Vancouver Island, 18431866, John Hoise, édit. (Victoria, 1928).— S. G. Pettit, The trials and tribulations of Edward Edwards Langford, BCHQ, XVII (1953) : 5–40.

Bibliographie générale

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William R. Sampson, « McKENZIE, KENNETH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 27 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mckenzie_kenneth_10F.html.

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Auteur de l'article:   William R. Sampson
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   27 août 2014