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McKENZIE, NANCY (McTavish ; Le Blanc) (également connue sous le nom indien de Matooskie), née vers 1790, fille de Roderick McKenzie*, trafiquant de fourrures de la North West Company, et d’une Indienne ; décédée le 24 juillet 1851 au fort Victoria (Victoria).

Nancy McKenzie était l’une des trois enfants qu’eut Roderick McKenzie pendant son séjour dans la région de l’Athabasca entre 1789 et 1801. Comme il était d’usage chez les Nor’Westers, McKenzie n’emmena pas ses deux filles lorsqu’il prit sa retraite dans le Bas-Canada en 1801, mais il les confia à la garde de John Stuart*, un collègue au service de la même compagnie. Matooskie, dont le nom signifierait « objet de pitié », se trouvait avec Stuart lorsque celui-ci se rendit, en 1809, dans le département de la Nouvelle-Calédonie (Colombie-Britannique) que la North West Company lui avait demandé de diriger. En 1813, Stuart alla rejoindre un associé de la North West Company, John George McTavish*, qui travaillait dans la région du fleuve Columbia, et ce fut probablement au cours de cette année-là que Nancy épousa McTavish à la façon du pays. Après la fusion de la North West Company et de la Hudson’s Bay Company en 1821, McTavish fut nommé agent principal et se vit confier la direction de York Factory (Manitoba) ; durant les années 1820, sa femme partagea son rang social en qualité de « bourgeoise » du fort. Le couple n’eut pas moins de sept enfants, uniquement des filles.

Comme c’était la coutume chez les trafiquants de fourrures, Nancy McKenzie était reconnue comme la femme légitime de McTavish. Toutefois, en 1830, pendant qu’il était en congé en Grande-Bretagne, McTavish défia tout à coup les règles du mariage à la façon du pays en épousant légalement une Écossaise avec l’encouragement du gouverneur de la Hudson’s Bay Company, George Simpson. Lorsqu’il revint en Amérique du Nord avec Simpson et la nouvelle épouse du gouverneur, Frances Ramsay Simpson, McTavish ne retourna pas à York Factory et se rendit directement avec sa femme à Moose Factory (Ontario), son nouveau poste, laissant à ses collègues le soin d’apprendre la nouvelle à Nancy. « Le premier choc fut terrible à voir », raconta James Hargrave*, commis de la Hudson’s Bay Company, mais « la pauvre fille ne tard[a] pas à se faire une raison ». Nancy et plusieurs de ses filles furent provisoirement hébergées par Stuart au fort Alexander (Manitoba), poste de la Hudson’s Bay Company. Avec l’oncle de l’offensée, l’agent principal Donald McKenzie, Stuart dénonça vivement la cruelle tromperie de McTavish et réclama un important dédommagement pour l’épouse. Cependant, Simpson avait décidé que le remariage était la meilleure façon d’assurer l’avenir de ces femmes abandonnées, et il avait été délégué pour arranger les affaires de McTavish. Bien que Nancy ait fait savoir qu’elle ne voulait pas être forcée de se remarier, la dot de £200 offerte par McTavish permit bientôt à Simpson de faire en sorte qu’elle épouse un respectable employé de la compagnie, Pierre Le Blanc*, qui était chargé de construire Lower Fort Garry. Nancy McKenzie fut baptisée, et le couple se maria à l’église catholique de la colonie de la Rivière-Rouge le 7 février 1831.

La vie de Nancy McKenzie permet de comprendre comment les femmes autochtones devinrent de plus en plus victimes des nouvelles mœurs qui avaient cours dans le milieu des trafiquants de fourrures. La conduite de fonctionnaires aussi éminents que McTavish et Simpson porta un dur coup à la légitimité du mariage conclu à la façon du pays, ramenant la situation de l’épouse à celle d’une concubine. L’arrivée des femmes britanniques dans Rupert’s Land fit croître les préjugés raciaux et l’on s’efforça d’exclure les épouses autochtones de la société dite respectable. La jeune femme de Simpson montra à quel point Nancy McKenzie avait baissé dans l’échelle sociale en la décrivant comme « tout à fait sauvage, portant une espèce de robe informe en grosse laine bleue et une couverture attachée autour du cou ».

Le deuxième mariage de Nancy McKenzie lui apporta des peines supplémentaires. Trois enfants naquirent de cette union, mais Le Blanc éprouva de plus en plus de ressentiment face à son rôle de beau-père des plus jeunes filles que sa femme avait eues de McTavish. En 1838, il fut affecté au district de la Colombie sur la côte nord-ouest du Pacifique. La famille traversa les Rocheuses avec un groupe dans lequel se trouvaient les prêtres catholiques Modeste Demers* et François-Norbert Blanchet. Le nom de Nancy McKenzie est souvent mentionné comme témoin ou marraine des nombreux baptêmes qu’ils conférèrent en cours de route. Pendant le voyage vers l’ouest, en septembre, la fille aînée des Le Blanc mourut. Puis, le 22 octobre, un grave accident aux rapides des Dalles, sur le fleuve Columbia, causa la noyade du mari de Nancy et de leurs deux autres enfants. Nancy et la cadette des filles qu’elle avait eues avec McTavish, Grace, furent logées au fort Vancouver (Vancouver, Washington). En 1842, Grace épousa Charles Dodd, capitaine du navire à vapeur Beaver, et Nancy McKenzie passa le reste de sa vie avec la famille Dodd. Après sa mort, survenue au fort Victoria en 1851, sa modeste succession fut partagée entre les trois filles qui lui restaient de sa vie commune avec McTavish.

Sylvia Van Kirk

APC, MG 19, A21, sér. 1, 21.— PAM, HBCA, A.36/8 ; B.4/b/1 ; B.135/c/2–3 ; B.235/z/3 : fo 47a ; E.4/1 a ; E.24/4.— Catholic Church records of Pacific northwest (Munnick).— Van Kirk, « Many tender ties ».— J. A. Stevenson, « Disaster in the Dalles », Beaver, outfit 273 (sept. 1942) : 19–21.

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Sylvia Van Kirk, « McKENZIE, NANCY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mckenzie_nancy_8F.html.

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Auteur de l'article:   Sylvia Van Kirk
Titre de l'article:   McKENZIE, NANCY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   24 avril 2014