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McLEAY, JAMES FRANKLIN (Franklyn), professeur et acteur, né le 28 juin 1864 à Watford, Haut-Canada, fils de Murdo McLeay, marchand, et de Janet Glendenning ; le 18 décembre 1898, il épousa Grace Warner ; décédé le 6 juillet 1900 à Londres.

James Franklin McLeay fut ainsi appelé en souvenir de sir John Franklin*, l’explorateur de l’Arctique que son grand-père écossais John McLeay, ancien fonctionnaire de la Hudson’s Bay Company, avait accompagné dans deux expéditions. Élevé à Watford, il fréquenta le Canadian Literary Institute de Woodstock, où il obtint son diplôme de même qu’une bourse d’études en langues modernes. Entré à la University of Toronto à l’automne de 1884, il se spécialisa en littérature anglaise, en français, en allemand et en latin et devint président du Modern Languages Club. Brillant athlète, il remporta des médailles à la course de fond et fut capitaine des équipes de base-ball et de football de l’université.

McLeay dirait dans une entrevue avec le Massey’s Magazine, en 1896, qu’à l’université il s’était « pris d’un grand enthousiasme » pour Shakespeare et qu’il avait réagi aux cours de David Reid Keys avec des impressions d’« âmes agissant et réagissant l’une sur l’autre ». À Toronto, McLeay suivit des cours de diction dramatique avec le spécialiste des récitals poétiques, Jessie Alexander, mais rien n’indique qu’il ait fait du théâtre amateur. Avant d’obtenir son diplôme en 1888, il accepta le poste de professeur de langues modernes au Woodstock Collegiate Institute. Deux ans plus tard, en vacances à Grimsby, il rencontra un vétéran du théâtre, l’acteur et professeur américain James Edward Murdoch, qui le persuada d’accepter un emploi lucratif dans son établissement, la School of Oratory, à Boston. McLeay enseigna et étudia donc avec Murdoch. En 1890 également, celui-ci lui présenta le réputé directeur britannique Wilson Barrett, en visite à Boston, qui l’invita à se joindre à sa troupe. McLeay refusa mais, quand Barrett réitéra son offre six mois plus tard, il accepta. C’est ainsi qu’en 1890 il fit ses débuts à Liverpool, en Angleterre, dans un petit rôle de Claudian. En tournée en Amérique de 1892 à 1895, la troupe de Barrett joua fréquemment à Montréal et à Toronto, notamment des pièces de Shakespeare et des mélodrames.

Sans être égotiste, McLeay était néanmoins ambitieux et, doué d’une voix sonore et d’une remarquable présence, il obtint très vite de grands rôles. Passé maître dans l’art du maquillage, l’acteur blond aux yeux bleus, intelligent et aux talents variés, se distingua par l’originalité et les nuances émotionnelles de ses interprétations. Le rôle d’un bouffon de cour boiteux appelé Bat dans Pharaoh, spectacle historique adapté par Barrett, le rendit célèbre. Hector Willoughby Charlesworth* écrit à ce propos dans Candid chronicles [...] qu’autrefois « les rois égyptiens avaient coutume de briser délibérément les os des enfants pour les rendre difformes [...] Seul un ex-athlète aurait pu supporter la douleur de jouer le dos voûté durant toute une soirée [...] McLeay avait un tel génie qu’il avait fait de ce personnage grotesque un être si digne et pathétique que ceux qui le virent ne l’oublieraient jamais. » Parmi les meilleures interprétations de McLeay en Amérique du Nord, on trouve le fantôme de Hamlet et, comme le souligna le Toronto World en 1895, un Iago « remarquablement original », dont Charlesworth dit qu’il était un « chenapan rieur, plausible, non le scélérat sinistre, manifeste, de l’ancienne convention ». McLeay fit encore sensation dans le rôle de l’infâme Néron du drame romain de Barrett, The sign of the cross, créé à St Louis, au Missouri, en 1895. Présentée en première britannique au Lyric Theatre de Londres le 5 janvier 1896, la pièce fut un triomphe en Angleterre, et l’on ne parla plus que de l’interprétation extrêmement fouillée de McLeay, comparable à celle de sir Henry Irving par sa justesse et son étude magistrale de la folie. Grace Warner, fille de l’acteur anglais Charles Warner et beauté élégante « aux merveilleux cheveux blonds », lui donnait la réplique dans le rôle de l’impératrice Poppée. En 1899, soit l’année qui suivit leur mariage, Saturday Night évoqua la possibilité qu’ils forment leur propre troupe. Au départ de Barrett pour une tournée australienne en 1898, McLeay était resté à Londres pour entrer dans la fameuse troupe classique de Herbert Beerbohm Tree au Her Majesty’s Theatre. Au cours des deux années suivantes, il incarna de manière mémorable le Cassius du Jules César de Shakespeare, le bon bourreau Hubert du Roi Jean de même que le cardinal Richelieu dans une adaptation de l’œuvre d’Alexandre Dumas, les Trois Mousquetaires.

Soudainement, la brève et fulgurante carrière de McLeay prit fin ; il n’avait alors que 36 ans. Le 26 avril 1900, le feu dévastait les villes d’Ottawa et de Hull. McLeay organisa une gigantesque représentation au bénéfice des milliers de familles sans abri. Cette « matinée canadienne » commença à midi trente le mardi du 19 juin au Drury Lane Theatre de Londres, sous les auspices de la reine Victoria. Pour l’occasion, le prince de Galles avait réservé une loge. La matinée dura environ six heures, durant lesquelles les vedettes de la scène londonienne présentèrent un pot-pourri d’extraits musicaux et dramatiques. Tree joua pour la première fois de sa carrière quelques scènes d’Othello, avec McLeay dans le rôle de Iago. Les deux acteurs projetaient de monter toute la pièce à l’automne, mais ce fut la seule fois que Londres put admirer le Iago de McLeay. On leur reprocha d’avoir forcé leur jeu, mais le critique anonyme du Times écrivit aussi à leur défense : « Comment quiconque peut-il juger de leur interprétation quand le refrain d’une chanson comique résonne encore dans le théâtre [?] ». De toute évidence, les tensions et les responsabilités de l’entreprise étaient énormes. De plus, certains protestèrent avec raison car, en juin, il y avait surabondance de souscriptions au fonds d’Ottawa, situation que McLeay n’avait cependant pu prévoir en organisant le spectacle. On inséra donc une note dans le programme pour expliquer qu’il n’était « pas question de charité » et que « la matinée était projetée comme une expression de la solidarité des gens de théâtre avec leurs frères du Dominion », et on laissa au gouverneur général lord Minto [Elliot*] et au premier ministre sir Wilfrid Laurier* le soin de distribuer les 15 000 $ amassés. Quelqu’un proposa dans le Globe de Toronto que l’argent serve aux victimes de la famine en Inde. En outre, McLeay, « toujours tendu », jouait tous les soirs depuis des semaines, et joua même le lendemain de la matinée. Le Times expliqua que « les labeurs et les inquiétudes de sa tâche [avaient] trop exigé de son cerveau ». On put lire dans le Globe qu’il était décédé le 6 juillet 1900 « d’une fièvre cérébrale, après quelques semaines de maladie ». Charlesworth expliquerait en 1925 qu’il « avait pris froid et, déjà épuisé par le surmenage [...] était mort de pneumonie en moins de trois jours ». McLeay avait interprété en tout plus de 40 rôles.

Le 11 août 1900, au Her Majesty’s Theatre, Tree prononça un émouvant éloge du jeune Canadien. Six jours plus tard, en Ontario, le Hamilton Spectator annonçait que James Franklin McLeay avait laissé £94 17s 2d – « pas beaucoup pour un travailleur aussi sincère ». Étonné de la célébrité que McLeay connaissait encore en Angleterre en 1925, Charlesworth écrirait : « Beaucoup de comédiens de Londres croient qu’il aurait été reconnu comme le plus grand acteur du xxe siècle. »

David Gardner

AN, RG 31, C1, 1871, Warwick, division 4 : 39–40 (mfm aux AO).— UTA, A73-0026/286 (25).— Saturday Night (Toronto), 1er avril 1899 : 7.— W. J. Thorold, « Canadian successes on the stage », Massey’s Magazine (Toronto), 2 (juill.–déc. 1896) : 189–192.— Globe, 20 juin, 7 juill. 1900.— Guide-Advocate (Watford, Ontario), 13 juill. 1900.— Times (Londres), 11, 20 juin, 7 juill. 1900.— Toronto World, 20 févr. 1895, 7 juill. 1900.— H. [W.] Charlesworth, Candid chronicles : leaves from the note book of a Canadian journalist (Toronto, 1925).— Franklin Graham, Histrionic Montreal ; annals of the Montreal stage with biographical and critical notices of the plays and players of a century (2e éd., Montréal, 1902 ; réimpr., New York et Londres, 1969).— Victor Lauriston, Lambton’s hundred years, 1849–1949 (Sarnia, Ontario, 1949), 123.— Globe and Mail, 27 janv. 1982 : 16.

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David Gardner, « McLEAY, JAMES FRANKLIN », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mcleay_james_franklin_12F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   23 avril 2014