DCB/DBC Mobile beta
+

McLOUGHLIN, JOHN (baptisé Jean-Baptiste), médecin, trafiquant de fourrures et marchand, né le 19 octobre 1784 près de Rivière-du-Loup, Québec, fils de John McLoughlin, fermier, et d’Angélique Fraser, fille de Malcolm Fraser* ; décédé le 3 septembre 1857 à Oregon City (Oregon).

Dans le choix de sa première carrière, John McLoughlin fut influencé par le frère de sa mère, le docteur Simon Fraser. McLoughlin était encore très jeune lorsqu’il prit la décision d’étudier la médecine ; il n’avait que 14 ans quand il devint l’élève du médecin James Fisher*, de Québec, et pas encore 19 ans quand il obtint, en mai 1803, l’autorisation de pratiquer au Bas-Canada. Le 26 avril de la même année, toutefois, il avait signé avec la firme McTavish, Frobisher and Company [V. Simon McTavish* ; Joseph Frobisher*], qui était associée à la North West Company, un contrat qui l’obligeait à travailler comme médecin et apprenti commis pendant cinq ans. Cet intérêt soudain pour le commerce des fourrures résultait, semble-t-il, d’un incident qui l’avait mis aux prises avec un officier et à la suite duquel on jugea plus sage qu’il quitte la province. Son contrat avec la North West Company avait été négocié par Fraser ; celui-ci avait un frère, Alexander*, qui était un des associés de l’entreprise. McLoughlin affirma plus tard qu’il avait été amené à signer un engagement de cinq ans avec un faible salaire annuel de £20 parce que Simon McTavish lui avait assuré implicitement un avenir brillant.

McLoughlin fut d’abord envoyé au dépôt de Kaministiquia (Thunder Bay, Ontario), qui appartenait à la North West Company, où le départ du médecin sanitaire, Henry Munro, l’obligea à exercer cette fonction, contrairement à ce qu’il espérait. Mais il passa bientôt les hivers dans les postes de traite, car ses services professionnels n’étaient pas souvent requis avant la réunion annuelle. En 1806, il était au lac à la Pluie et, en 1807, il construisit un poste au lac Sturgeon, dans le département de Nipigon, où son compagnon durant l’hiver fut Daniel Williams Harmon*. La très haute stature de McLoughlin impressionnait les Indiens et il se révélait un trafiquant adroit et efficace ; comme médecin, toutefois, ses capacités ne dépassaient probablement pas la moyenne.

McLoughlin aurait quitté la North West Company en 1808, au terme de sa période d’apprentissage, si ce n’eut été des besoins financiers de son frère David qui étudiait la médecine à Édimbourg. McTavish avait promis à Fraser que McLoughlin toucherait £100 par année s’il était obligé de pratiquer la médecine, mais on fit savoir à McLoughlin que cette promesse appartenait en propre à McTavish et qu’elle avait expiré avec lui en 1804. Après un marchandage serré, McLoughlin se vit accorder un contrat de trois ans au salaire annuel de £200 par William McGillivray*, neveu de McTavish et son successeur à la direction de la société montréalaise, rebaptisée McTavish, McGillivrays and Company ; en 1811, il fut en mesure d’exiger, pour renouveler son contrat, la promesse qu’il serait associé en 1814.

On ne sait trop où se trouvait McLoughlin de 1808 à 1811. Il obtint son premier poste à titre d’associé hivernant en 1814, lorsqu’il fut affecté au district du lac à la Pluie, où il travaillait depuis 1811, mais il s’installa au fort William (auparavant Kaministiquia) en 1815. Il commençait à s’inquiéter de la violence à laquelle donnait lieu la vive et coûteuse rivalité entre la North West Company et la Hudson’s Bay Company et, en juin 1816, il faisait partie d’un groupe d’employés de la North West Company qui arrivèrent « judicieusement en retard » dans la colonie de la Rivière-Rouge (Manitoba), évitant ainsi de participer à l’attaque de cette colonie qui donna lieu au massacre de Seven Oaks (Winnipeg) [V. Cuthbert Grant]. McLoughlin fut néanmoins l’un des associés mis en état d’arrestation par lord Selkirk [Douglas*] au milieu du mois d’août, lorsque celui-ci arriva avec une troupe de soldats et occupa le fort William. Il s’ensuivit des complications judiciaires dont il ne fut libéré que lorsqu’on le déclara non coupable à l’issue d’un procès tenu à York (Toronto) en octobre 1818.

Avant et après le procès, McLoughlin demeura en poste au fort William. C’était un très bon endroit pour obtenir des renseignements et, d’après ce qu’il voyait et entendait, il acquit la certitude que, si aucun changement n’était fait à la direction de la société, la lutte avec la Hudson’s Bay Company allait entraîner la faillite de la North West Company. À la réunion annuelle de 1819, il s’opposa avec succès aux efforts de William McGillivray en vue de prolonger ou de renouveler le contrat qui liait les associés hivernants et la firme montréalaise McTavish, McGillivrays and Company, et, à l’automne, il était prêt à transiger avec la Hudson’s Bay Company. Par l’entremise dé Samuel Gale*, avocat de Selkirk, il demanda aux dirigeants londoniens, sans que son nom soit révélé, si les associés hivernants « pouvaient obtenir de la Hudson’s Bay Company leur équipement, leurs articles et leur permis de traite » dans le cas où ils accepteraient d’envoyer leurs fourrures à cette compagnie. L’ascendant que McLoughlin avait acquis sur les associés apparaît dans les propos de Gale, qui disait à lady Selkirk que « l’associé hivernant » qui posait la question avait assez d’« influence pour provoquer le retrait de presque tous les membres utiles de la North West Association ».

Peu de temps avant la réunion annuelle de 1820, McLoughlin accueillit un visiteur inattendu. En 1817, le gouverneur en chef sir John Coape Sherbrooke* avait, par une proclamation, demandé à la Hudson’s Bay Company et à la North West Company de faire la paix, mais les violences s’étaient poursuivies. Au début de 1820, lord Bathurst, secrétaire d’État aux Colonies, donna instructions à la Hudson’s Bay Company d’exiger que ses employés se conforment à cette proclamation. Il envoya à la North West Company un message semblable qui devait être transmis par la Hudson’s Bay Company. Les deux missives furent apportées au Bas-Canada par George Simpson, nouvellement nommé gouverneur en chef par intérim de la Hudson’s Bay Company, et ce dernier, dans un geste de bravade qui était bien de lui, alla porter lui-même le texte de Bathurst au fort William au lieu de le remettre aux représentants montréalais de la North West Company. McLoughlin et lui firent connaissance à cet endroit le 28 mai. McGillivray déplora plus tard la cordialité de l’accueil de McLoughlin et, compte tenu de l’importance cruciale de l’influence que Simpson exerça sur la suite de la carrière de McLoughlin, cette première rencontre amicale était importante.

À la réunion annuelle qui suivit, les associés hivernants refusèrent encore de renouveler le contrat et 18 d’entre eux autorisèrent McLoughlin et Angus Bethune à se rendre à Londres pour négocier en leur nom avec la Hudson’s Bay Company. Cependant, Simon McGillivray*, qui représentait la société montréalaise, arriva également à Londres pour s’entretenir avec la compagnie. La présence de McLoughlin révélait la division dans les rangs de la North West Company, mais il ne joua pas de rôle important dans les négociations qui aboutirent à la fusion des deux compagnies en mars 1821. Il était tombé malade à Londres et il passa l’hiver de 1821–1822 en Europe, une grande partie du temps sous les soins de son frère David à Paris. De retour en Amérique du Nord, il assista à la réunion du conseil du département du Nord, à Norway House (Manitoba), en juillet 1822. Simpson avait indiqué précédemment que l’expérience acquise par McLoughlin au lac à la Pluie faisait de lui le candidat le plus apte à diriger le district du même nom, et il en fut officiellement nommé agent principal en 1822 et une nouvelle fois en 1823.

La fusion avait apporté de nombreux problèmes à Simpson, qui était devenu gouverneur du département du Nord de la Hudson’s Bay Company ; il fallait notamment établir la conduite à suivre dans le district de la Colombie, immense région à l’ouest des Rocheuses qui comprenait principalement les vallées du fleuve Columbia et de ses affluents, où la North West Company était à l’œuvre depuis 1813. Le rendement de la traite avait été décevant et, en 1824, Simpson se rendit dans ce district afin d’évaluer les perspectives d’avenir. Il avait déjà décidé qu’un changement à la direction s’imposait ; l’agent principal John Dugald Cameron fut muté au lac à la Pluie, tandis que McLoughlin était affecté au fort George (Astoria, Oregon), où se trouvait le dépôt de provisions du district. Avec le départ, au printemps de 1825, de l’agent principal Alexander Kennedy*, qui dirigeait le fort George, McLoughlin allait être le seul agent principal de tout le district. Il fut probablement désigné à ce poste important parce que le district de la Colombie était vulnérable à la concurrence américaine et qu’il avait réussi à tenir en échec les trafiquants rivaux dans le district frontalier du lac à la Pluie. Simpson le rattrapa en cours de route et ils arrivèrent ensemble au fort George le 8 novembre 1824.

McLoughlin prit ses nouvelles fonctions à un moment difficile ; aux yeux de Simpson, « la mauvaise administration et le gaspillage » avaient été « à l’ordre du jour » dans le district de la Colombie. « Tout me paraît être [...] sur une trop vaste échelle, écrivait-il, sauf la traite. » Les remèdes proposés par Simpson comprenaient une réduction draconienne du personnel et le remplacement des coûteuses provisions importées d’Europe par des produits du pays. Pour compliquer la situation, l’entente conclue entre la Grande-Bretagne et les États-Unis relativement à l’occupation conjointe de la région devait expirer en 1828 et il n’était pas certain qu’elle allait être prolongée. La Hudson’s Bay Company savait déjà que le fleuve Columbia était la frontière la plus au sud que le gouvernement américain était susceptible d’accepter, et elle admettait la possibilité qu’il arrête son choix sur le 49e parallèle. Pendant toute la durée de son séjour dans le district de la Colombie, McLoughlin allait devoir tenir compte du fait que cette région risquait en tout temps d’être déchirée en deux par un règlement frontalier.

D’importants changements avaient déjà été effectués à la fin des cinq mois que Simpson passa dans la région. Un nouveau poste, le fort Vancouver (Vancouver, Washington), qui allait devenir le quartier général du district, avait été construit à 100 milles en amont sur la rive nord du Columbia (la rive qui, espérait-on, appartenait aux Britanniques), dans un secteur se prêtant à l’agriculture. On avait envoyé James McMillan explorer la partie inférieure du fleuve Fraser (Colombie-Britannique) en vue de trouver un emplacement pour un nouveau dépôt de district au nord du 49e parallèle. Les membres des expéditions à la rivière Snake, qui trappaient partout au sud du Columbia et de ses affluents, devaient intensifier leurs activités, car cette région était, au dire de Simpson, « une riche réserve de castors » qu’il fallait « pour des raisons politiques [...] vider le plus vite possible ». Finalement, McLoughlin nota que, d’après Simpson, il était honteux pour la compagnie de ne savoir encore « presque absolument rien » de la côte du Pacifique et des possibilités de traite que ce secteur devait probablement offrir.

Les divergences d’opinion avec Simpson sur la conduite à suivre allaient jouer un rôle déterminant dans la suite de la carrière de McLoughlin, mais aucun signe de friction n’apparaissait en 1825. Simpson avait été impressionné par McLoughlin et, à cause de l’éloignement de cette région et des nombreux changements qu’il prévoyait, il dérogea à la règle de conduite habituelle de la Hudson’s Bay Company en lui donnant instructions en 1825 d’exercer « une certaine autorité discrétionnaire ou dirigeante » sur « les nominations, les articles de traite et l’approvisionnement », et sur tous les autres arrangements importants concernant tous les postes et toutes les activités du district de la Colombie. McLoughlin devint ainsi, en fait sinon en titre, surintendant du district, position qu’il allait conserver durant près de 20 ans.

Simpson s’était pris d’intérêt pour le district de la Colombie, qui pouvait devenir, selon lui, un territoire d’une grande valeur non seulement en lui-même, mais aussi comme une zone tampon qui servirait à empêcher les trafiquants américains de pénétrer dans le district situé au nord, celui de la Nouvelle-Calédonie. Il se rendit une seconde fois sur la côte en 1828 et constata que, sous la direction de McLoughlin, des progrès très importants avaient été accomplis dans les affaires du district. Le personnel avait été réduit ; au fort Vancouver, les nouvelles fermes allaient bientôt permettre au district de ne plus dépendre des provisions importées ; un moulin à farine et une petite scierie étaient en activité, et on salait une assez grande quantité de saumons. En 1827, un schooner de 70 tonneaux, le Cadboro, était arrivé. Trop petit pour avoir une forte influence sur le commerce de la côte, il avait toutefois permis à McLoughlin d’établir le fort Langley (près de ce qui est aujourd’hui Fort Langley, Colombie-Britannique) sur le cours inférieur du Fraser et d’envoyer, à titre d’essai, des cargaisons de madriers et d’espars à Monterey (Californie) et à Honolulu (Hawaï). C’est peut-être dans sa réorganisation des expéditions de piégeage à la rivière Snake que le talent d’administrateur de McLoughlin s’était manifesté avec le plus d’éclat. Les groupes, autrefois composés surtout de trafiquants indépendants et d’Iroquois, étaient désormais plus restreints et comprenaient un plus grand nombre d’employés de la compagnie. Le coût des approvisionnements alloués à crédit aux trappeurs avait été réduit et le prix payé pour les fourrures avait été haussé ; ces mesures décourageaient la désertion et la vente des fourrures aux trafiquants américains rencontrés au cours des expéditions. Le choix des routes était laissé à la discrétion du commandant qui, de 1824 à 1830, fut le redoutable Peter Skene Ogden.

Deux décisions fort importantes avaient été prises lorsque Simpson arriva au fort Vancouver. Quelques mois plus tôt, l’accord relatif à l’occupation conjointe, qui liait la Grande-Bretagne et les États-Unis, avait été prolongé indéfiniment et il était donc possible de concevoir des projets à long terme pour le district. Deuxièmement, Simpson s’était rendu sur la côte en passant par le Fraser ; ce trajet lui ayant semblé inutilisable, il avait renoncé à l’idée de faire du fort Langley le dépôt du district à la place du fort Vancouver. McLoughlin, très attaché au fort Vancouver, accueillit favorablement cette décision et, en 1829, il le reconstruisit en plus grand, sur un emplacement plus commode et plus rapproché du fleuve.

Simpson n’eut que des louanges pour les efforts de McLoughlin. « Toute votre administration, écrivait-il en mars 1829, à la fin de sa visite, est marquée par une grande fidélité à l’esprit de ce qui est souhaité et désiré par le gouverneur et le comité, et [elle] met en évidence un talent pour la préparation ainsi qu’une ardeur et une persévérance dans la réalisation qui font le plus grand honneur à votre jugement et à vos pratiques commerciales. »

Pendant les cinq mois du séjour de Simpson, on étudia longuement des projets en vue de développer le commerce côtier. McLoughlin n’avait pas été en mesure de prendre une part active à ce commerce, mais il avait appris beaucoup de choses dans ce domaine. La fameuse loutre marine, qui avait longtemps été le seul animal intéressant vivement les trafiquants de peaux, était devenue rare. Il en résultait que « tout et n’importe quoi susceptible d’assurer la rentabilité d’une expédition était ajouté ». Des peaux de castor et d’autres fourrures d’animaux terrestres étaient recueillies et la plupart d’entre elles, apportées sur la côte par le commerce entre les tribus, provenaient des régions intérieures que la Hudson’s Bay Company considérait comme faisant partie de ses réserves de fourrures. Les navires qui venaient sur la côte ouest étaient américains et, pour rentabiliser leurs expéditions, il fallait généralement exercer une activité commerciale supplémentaire, soit la fourniture de matériel et de provisions aux Russes de l’Alaska.

Simpson et McLoughlin songèrent bientôt à deux façons de riposter : mettre sur pied des postes de traite sur la côte pour intercepter les fourrures provenant de l’intérieur, et essayer de convaincre les Russes d’acheter leurs provisions de la Hudson’s Bay Company et non plus des navires américains. Le commerce côtier allait exiger des navires, des hommes et des approvisionnements ; en mars, peu de temps avant le départ de Simpson pour l’Est, les espoirs que McLoughlin nourrissait d’obtenir tout cela en 1829 furent anéantis lorsque le navire ravitailleur William and Ann perdit son équipage et sa cargaison en faisant naufrage sur la barre du Columbia. Le même jour, un navire de traite américain entra dans l’embouchure du fleuve et ce bâtiment ou celui qui naviguait de conserve avec lui fit concurrence à la Hudson’s Bay Company durant les deux années qui suivirent, obligeant McLoughlin à payer un prix plus élevé pour les fourrures au moment même où ses provisions d’articles de traite étaient insuffisantes.

Ce n’est pas avant 1831 que McLoughlin put s’occuper de la construction de la série de postes de traite sur la côte. Le premier, le fort Nass (Colombie-Britannique), construit par Ogden sur les bords de la rivière Nass, fut bientôt rebaptisé fort Simpson et, en 1834, il fut transféré à Port Simpson, un endroit plus avantageux sur la côte. Vint ensuite le fort McLoughlin (près de Bella Bella), érigé en 1833 par l’agent principal Duncan Finlayson*, commandant en second de McLoughlin, puis, au cours de la même année, le fort Nisqually (près de Tacoma, Washington), conçu comme un centre d’agriculture et un dépôt pour l’expédition des marchandises sur la côte, construit par le chef de poste Archibald McDonald. McLoughlin songeait à construire un poste un peu plus haut sur les bords du fleuve Stikine, dont l’embouchure se trouvait en territoire russe. En 1833, toutefois, une étude préliminaire révéla ses intentions, et ni les Russes ni les Indiens ne voulurent voir quelqu’un d’autre intervenir dans leur commerce de fourrures. Lorsque Ogden arriva à bord du Dryad pour construire le poste, il constata que les Russes avaient bloqué l’accès au fleuve en érigeant leur propre fort et en postant un brick bien armé à l’embouchure. Ce qui fut appelé plus tard l’affaire du Dryad prit de l’importance à la suite d’un rapport envoyé par McLoughlin à Londres, qui évaluait à pas moins de £22 150 les sommes investies et perdues dans cette affaire ; cette déclaration allait jouer un rôle important dans les négociations subséquentes avec les Russes.

McLoughlin n’eut à peu près que des ennuis avec les navires et les capitaines au long cours. La construction navale au fort Vancouver ne fut pas un succès. Les navires ravitailleurs qui, au printemps, arrivaient de Londres, devaient s’engager dans le commerce côtier avant de regagner cette ville à l’automne, mais les naufrages, les retards et les capitaines ivres ou insoumis compromirent le projet. Ces difficultés firent naître chez McLoughlin de forts préjugés contre les navires, par opposition aux postes de traite. Les navires, selon lui, coûtaient cher à cause de leur entretien et exigeaient des équipages de spécialistes, alors qu’on pouvait toujours trouver une personne capable de construire un poste de traite et d’en prendre la direction. Il exprima clairement ses vues en 1834, à l’arrivée du brick Nereide. Le navire était censé demeurer sur la côte et son capitaine, Joseph Millar Langtry, devait devenir chef d’un département du commerce côtier. Estimant que ni le navire ni le département n’étaient nécessaires, McLoughlin renvoya le Nereide et son capitaine en Angleterre. En 1827, tenant des propos qui lui parurent sans doute mal inspirés par la suite, il avait laissé entendre qu’un navire à vapeur, capable de se déplacer à l’encontre des vents et des courants, pouvait être utile sur la côte, mais lorsque le Beaver arriva en 1836, il considéra qu’il s’agissait d’une dépense inutile et coûteuse.

McLoughlin dut bientôt faire face à un net accroissement de l’intérêt des Américains pour le commerce et la colonisation dans la région du Columbia. À la fin de 1832, Nathaniel Jarvis Wyeth se présenta au fort Vancouver, arrivant de Boston par voie de terre. Il proposa de recueillir des fourrures et de saler du saumon pour les envoyer dans différents marchés sur des navires qui allaient lui apporter assez de provisions pour ses propres besoins et pour la vente aux trappeurs américains des Rocheuses. Cette proposition ne donna pas de résultats immédiats, car le premier navire de Wyeth fit naufrage. Il passa l’hiver au fort Vancouver, où McLoughlin le reçut amicalement. Pendant qu’il faisait route vers l’est, au printemps, il écrivit au gouverneur et au comité londonien de la Hudson’s Bay Company pour leur soumettre un projet de collaboration. Le comité refusa, mais Wyeth était de retour au fort Vancouver en 1834, après avoir établi un poste sur la rivière Snake au cours du voyage. Il proposa de nouveau une certaine forme de coopération et cette fois McLoughlin accepta l’offre, au déplaisir de ses supérieurs. Deux raisons expliquaient sa décision : il craignait que Wyeth n’établisse son propre service d’approvisionnement s’il refusait, et il était persuadé que l’entreprise proposée allait faire faillite.

Ces événements donnent une bonne idée du caractère de McLoughlin et de sa politique commerciale. Il ne se montrait pas aussi impitoyable que Simpson et il ne voyait pas pourquoi un trafiquant rival devait nécessairement être considéré comme un ennemi personnel. Il ne partageait pas toujours non plus l’opinion de Simpson suivant laquelle les concurrents devaient être harcelés jusqu’à la dernière fourrure. Il trouvait généralement plus économique et tout aussi efficace, dans la lutte à un concurrent, de ne pas dépasser le point où l’entreprise rivale n’était plus rentable. Ce fut le sort de l’entreprise de Wyeth, qui vendit tous ses biens à la Hudson’s Bay Company en 1837.

Lors de sa première rencontre avec Wyeth, McLoughlin avait eu l’impression qu’il ne s’intéressait pas seulement aux fourrures et au saumon, mais aussi à la possibilité d’amener des colons américains dans l’attrayante vallée de la rivière Willamette (Oregon) qui, venant du sud, se jetait dans le Columbia, à proximité du fort Vancouver. Ses soupçons n’étaient pas fondés, mais lorsque Wyeth revint en 1834, il était accompagné du révérend Jason Lee, le premier des missionnaires méthodistes qui allaient apporter beaucoup d’ennuis à McLoughlin. Contrairement aux missionnaires des autres confessions, les méthodistes se préoccupaient beaucoup des biens de ce monde, et lorsqu’il retourna en Nouvelle-Angleterre, au cours d’un voyage qu’il fit en 1838, Lee devint un ardent défenseur de l’émigration vers la région de l’Oregon. McLoughlin ne fut pas étonné ; il était convaincu depuis longtemps que cette région ne pouvait tarder à faire partie des États-Unis. Une nouvelle preuve lui fut donnée vers la fin de 1836, lorsque William A. Slacum arriva avec l’intention apparente de visiter la région et de rencontrer des amis. McLoughlin le soupçonna avec raison d’être un agent des États-Unis. Il avait été envoyé par le secrétaire d’État pour vérifier la valeur des terres, et le rapport enthousiaste qu’il rédigea sur le district de la Colombie stimula l’intérêt pour la colonisation de cette région.

Très attaché au district, McLoughlin avait refusé jusque-là de prendre congé, mais le gouverneur et le comité de la Hudson’s Bay Company l’appelèrent à Londres en 1838, car il était absolument indispensable de faire l’examen des affaires du district. Il quitta le fort Vancouver le 22 mars 1838 et revint le 17 octobre de l’année suivante. Les réunions avec les autorités furent amicales et profitables. Au début de février 1839, la Hudson’s Bay Company et la Compagnie russo-américaine conclurent une entente en vertu de laquelle la première prenait à bail l’enclave de l’Alaska. En retour, la compagnie acceptait de fournir aux Russes des fourrures et des marchandises, notamment des produits agricoles. Pour obtenir ceux-ci, on devait mettre sur pied la Puget’s Sound Agricultural Company [V. William Fraser Tolmie*]. L’autorité de McLoughlin devait s’étendre à la compagnie et, compte tenu de ce changement, il fut officiellement nommé « à la surintendance ou direction principale » du district de la Colombie et se vit accorder, en sus de son traitement d’agent principal, une somme de £500 par année.

James Douglas*, qui venait d’être promu agent principal et se trouvait dans le district depuis 1830, fut envoyé à Sitka (Alaska) en 1840 pour conclure avec les Russes des ententes qui concernaient, notamment, la prise de possession du fort Stikine et la construction du fort Taku. Cependant, le projet d’établir une chaîne de postes sur la côte, que McLoughlin caressait, fut brusquement chambardé par Simpson qui, au cours d’un voyage autour du monde, se présenta au fort Vancouver le 28 août 1841. Une semaine plus tard, il partit à bord du Beaver pour visiter Sitka et les postes du Nord, et à son retour il informa McLoughlin qu’il fallait procéder à une réorganisation complète du commerce côtier ; l’accord avec les Russes avait modifié tout le système de traite de la région. Tous les postes du Nord allaient être fermés, à l’exception du fort Simpson qui allait constituer un dépôt pour l’approvisionnement nordique, et Simpson était persuadé que le Beaver allait « servir à toutes les fins nécessaires et utiles en surveillant et en recueillant [le produit de] la traite sur [la] côte tout entière ». Indigné, McLoughlin affirma que cette décision avait été prise à son insu et sans consultation, mais Simpson fut inflexible. McLoughlin et lui se rencontrèrent par la suite à Honolulu où un comptoir de la Hudson’s Bay Company avait été ouvert en 1833 et ils discutèrent une nouvelle fois du commerce côtier. McLoughlin s’était muni de comptes qui démontraient, selon lui, la supériorité des forts sur les navires (et particulièrement sur le Beaver), mais Simpson ne modifia pas sa décision et donna ordre à McLoughlin de fermer en premier lieu les forts Taku et McLoughlin en 1843.

McLoughlin reçut une nouvelle directive qui n’était pas de nature à lui plaire. Pour plusieurs raisons – la question de la frontière, qui était encore d’actualité, les dangers de la barre du Columbia, sur laquelle deux navires ravitailleurs s’étaient perdus, et la faible distance séparant le fort Vancouver de la vallée de la Willamette, où les émigrants américains s’établissaient en assez grand nombre – Simpson avait décidé qu’il était indispensable de mettre sur pied un nouveau dépôt de district plus au nord. McLoughlin reçut donc instructions de trouver un emplacement convenable à l’extrémité sud de l’île de Vancouver, ce qui donna lieu en 1843 à l’érection du fort Victoria (Victoria).

Simpson quitta Honolulu pour se rendre à Sitka, mais avant de faire voile vers la Sibérie, il visita une seconde fois le fort Stikine. À son arrivée, le 27 avril 1842, il apprit que le fils de McLoughlin, John, qui commandait le poste, avait été assassiné par ses hommes la semaine précédente. Simpson jugea trop vite la situation, ce qui s’explique dans une certaine mesure par le fait qu’il connaissait l’histoire personnelle du jeune McLoughlin. Après avoir fait des progrès intéressants dans ses études de médecine à Paris, McLoughlin fils avait été forcé de quitter la France à la suite d’une faute impardonnable. Plus tard, il avait été impliqué dans une expédition de flibustiers qui, sous la direction du soi-disant général James Dickson*, avait pris le chemin de la Rivière-Rouge. Quelques vagabonds, parmi lesquels se trouvait McLoughlin, étaient arrivés à cet endroit en décembre 1836. Simpson était alors intervenu et lui avait offert un poste de commis. En juin 1837, McLoughlin avait été affecté au district de la Colombie, où il s’était apparemment bien comporté. Après avoir travaillé au fort Vancouver, il avait été envoyé au fort Stikine en 1840 et, par suite d’une mutation du personnel, il avait été laissé seul à la direction du fort en 1841. De toute évidence, Simpson présuma que le jeune McLoughlin était simplement revenu à son comportement antérieur. Il entendit les accusations de menaces, de violence, de cruauté, d’ivrognerie, de débauche et d’oubli des devoirs qui étaient portées par les employés ; il nota les témoignages à l’appui de ces accusations et il apprit le meurtre à McLoughlin dans une lettre dont le texte était rien moins que brutal. Il laissa temporairement la direction du poste à Charles Dodd et poursuivit son voyage. Plus tard, il alla jusqu’à dire au gouverneur et au comité londonien de la Hudson’s Bay Company que le meurtre avait été commis « dans des circonstances qui, à [son] humble avis, en feraient un homicide justifiable devant un tribunal anglais ». Accablé de douleur et furieux, McLoughlin s’acharna à rassembler les preuves nécessaires pour réfuter les affirmations de Simpson, car il connaissait beaucoup mieux que celui-ci le caractère turbulent des employés qui avaient été affectés à Stikine, « les pires sujets parmi [les] ployés de la côte ». Il arriva à ses fins, mais il devint obsédé par cette question et il en fit le sujet de longues et fastidieuses lettres qu’il envoya les unes après les autres au gouverneur et au comité. Il reprocha également à plusieurs de ses subalternes, dont Donald Manson* et John Work*, de ne pas avoir fait tout ce qu’ils pouvaient pour l’aider à traduire les meurtriers en justice. McLoughlin justifia largement ses prétentions, mais comme Simpson était un homme indispensable à la Hudson’s Bay Company, il fut prévenu qu’il devait se réconcilier avec lui s’il ne voulait pas être déplacé ou mis à la retraite. Il ne se conforma pas à cette demande et, au printemps de 1844, les autorités londoniennes avaient décidé qu’il n’y avait plus « rien » à faire « sinon destituer McLoughlin ».

On avait, bien sûr, tenu compte d’autres facteurs. L’administration générale du district était mise en question ; les profits étaient estimés à une fraction seulement de ce qui figurait dans les comptes de McLoughlin. Le différend au sujet de la valeur des postes de traite n’avait pas été résolu. On critiquait beaucoup le comportement de McLoughlin à l’égard des immigrants américains qui arrivaient en grand nombre dans la vallée de la Willamette. Foncièrement généreux, il accueillait aimablement les immigrants et fournissait, souvent à crédit, des semences, des outils et des provisions à ceux qui en avaient besoin. Au printemps de 1844, plusieurs centaines de colons avaient obtenu des prêts s’élevant à £6 600, somme qui inquiétait le gouverneur et le comité londonien. Ces derniers et Simpson furent incapables de comprendre que, toute autre considération mise à part, l’attitude de McLoughlin était réaliste, car les colons n’allaient sans doute pas se laisser tranquillement mourir de faim alors que les entrepôts bien garnis du fort Vancouver étaient tout près.

Les chutes de la rivière Willamette furent à l’origine de difficultés supplémentaires. McLoughlin les avait longtemps considérées comme « l’endroit le plus important de cette région ». Il était allé les voir avec Simpson en 1828 et, au cours des dernières années, il avait cherché à établir des droits de propriété sur les terrains adjacents, pour son propre compte et, suivant les directives de Simpson, pour le compte de la Hudson’s Bay Company, ce qui avait provoqué un conflit avec le révérend Alvan F. Waller, missionnaire méthodiste énergique qui avait été nommé à la mission avoisinante de Willamette. En vertu des lois américaines qui, comme tous le reconnaissaient, allaient probablement entrer en vigueur bientôt, les compagnies étrangères ne pouvaient exercer un droit de préemption sur un terrain, et Waller croyait qu’on pouvait empiéter impunément sur les propriétés de la Hudson’s Bay Company et vraisemblablement aussi sur celles de McLoughlin. En 1842, celui-ci avait fait arpenter et morceler les terrains près des chutes et il avait tracé le plan de la ville d’Oregon City ; en 1844, il put conclure une entente avec la mission, qui fermait. Toutefois, des événements inquiétants s’étaient produits dans l’intervalle. En 1843, un gouvernement provisoire avait été constitué pour la région de l’Oregon et, en juillet, il avait adopté une loi concernant les droits fonciers, dont un article visait directement McLoughlin et la Hudson’s Bay Company. McLoughlin estima que le seul moyen qui pouvait lui permettre de protéger les droits de la compagnie était d’acheter lui-même les terrains et, en mars 1845, il fit parvenir à Simpson des lettres de change au montant de £4 173 à titre de paiement. On ne sait pas exactement s’il s’agissait d’autre chose qu’un achat fictif aux yeux de McLoughlin, mais Simpson accepta les lettres et le compte personnel de l’agent principal fut débité de la somme.

Simpson savait bien que cet achat obligerait McLoughlin à quitter la compagnie, car il allait devoir s’établir à Oregon City pour prendre lui-même la direction des moulins et gérer les propriétés de cet endroit, mais d’autres mesures avaient déjà été prises en vue de provoquer son départ. En novembre 1844, Archibald Barclay, secrétaire de la Hudson’s Bay Company, avait écrit à McLoughlin pour lui annoncer que le gouverneur et le comité jugeaient que les bénéfices qu’ils avaient escomptés en plaçant le district de la Colombie sous la direction d’une seule personne n’avaient pas été obtenus, et que son mandat de surintendant général et le versement de son traitement additionnel allaient prendre fin le 31 mai 1845. En juin, le conseil du département du Nord mit sur pied un bureau de direction de trois hommes – McLoughlin, Ogden et Douglas – pour administrer le district de la Colombie.

Il avait été prévu, avec raison, que McLoughlin allait réagir en prenant congé (John Work fut alors nommé au bureau de direction). Humilié et plein d’amertume, McLoughlin s’établit à Oregon City en janvier 1846 et, le 26 mars, il avertit la Hudson’s Bay Company qu’il n’avait pas l’intention de reprendre son travail. La compagnie ne se montra pas rancunière et les conditions financières de sa retraite furent généreuses. Après son année de congé, il s’en vit accorder un autre de deux ans, et sa retraite officielle fut ainsi retardée au 1er juin 1849. Par la suite, il reçut sa pleine part des profits en tant qu’agent principal pendant une autre année, puis la moitié pendant cinq ans. Les mauvaises créances des immigrants ne furent pas portées à son débit.

En dépit de sa bienveillance envers les colons américains, McLoughlin était si étroitement identifié à la Hudson’s Bay Company qu’il continua, même après sa retraite, d’être victime de leurs forts préjugés contre la compagnie. En 1846, le gouvernement britannique avait accepté que la frontière soit établie au 49e parallèle et, deux ans plus tard, le territoire de l’Oregon était créé. Dès qu’il le put, McLoughlin fit une demande en vue d’obtenir la citoyenneté américaine, qui lui fut enfin accordée en 1851, mais ce geste ne lui assura pas la propriété de ses biens. En 1850, Samuel R. Thurston, premier délégué du territoire de l’Oregon au Congrès, avait parrainé l’Oregon Land Donation Law, dont un article prévoyait que les terrains de McLoughlin seraient réservés pour le bénéfice des écoles. McLoughlin ne fut pas dépossédé, mais ce n’est qu’en 1862, cinq ans après sa mort, que l’Assemblée de l’Oregon transmit l’ensemble de ses biens à ses légataires contre le versement d’une somme minimale.

McLoughlin passa les dernières années de sa vie à Oregon City, où il devint marchand et propriétaire d’un moulin et se lança dans le commerce d’exportation du bois de charpente et d’autres produits. Il fut maire de la ville pendant une courte période. Son plus jeune fils, David, rappelait en 1892 que les Indiens, à cause de son abondante chevelure blanche, le nommaient Pee-kin qui signifie « aigle à tête blanche des Blancs ». Avec les années, on reconnut le rôle important qu’il avait joué, pendant deux décennies, dans la jeune histoire du Nord-Ouest et il est depuis longtemps considéré comme le père de l’Oregon. Sa maison à Oregon City, déclarée monument historique par le gouvernement fédéral, est devenue le McLoughlin House Museum, et il fut l’un des deux pionniers choisis pour représenter l’Oregon dans le National Hall of Statuary du Capitole, à Washington.

Vers 1810, McLoughlin avait épousé à la façon du pays Marguerite Waddens, fille de Jean-Étienne Waddens*. Elle avait été la femme (selon les mêmes coutumes) d’Alexander MacKay*, qui perdit la vie lors du massacre du Tonquin en 1811. Ils eurent deux fils et deux filles, tous nés avant l’arrivée de McLoughlin dans le district de la Colombie. Le missionnaire catholique François-Norbert Blanchet les maria officiellement le 19 novembre 1842, au fort Vancouver, Marguerite McLoughlin mourut en 1860 à l’âge de 85 ans. McLoughlin avait également un autre fils, né un peu avant 1810.

Dans le fameux « Character book » qu’il rédigea en 1832, à une époque antérieure à leurs conflits, Simpson décrivait John McLoughlin comme « un homme tout à fait honorable et intègre, mais très à cheval sur ses droits et privilèges », et il soulignait son « tempérament violent et insoumis » ainsi que sa « nature turbulente ». Il ajoutait que McLoughlin aurait été « un radical dans n’importe quel pays, sous n’importe quel gouvernement et en toutes circonstances », remarque intéressante eu égard à la sympathie que McLoughlin montra, quelques années plus tard, pour les rebelles de 1837. D’après William Stewart Wallace*, il est possible que la différence de taille ait contribué à la mésentente entre McLoughlin et Simpson : « McLoughlin avait probablement pour Simpson, dit-il, l’aversion instinctive de l’homme de grande taille pour le petit homme qui est placé au-dessus de lui. » L’éloignement du district de la Colombie était également une source de conflits ; il fallait presque un an pour obtenir une réponse de Londres, et plusieurs mois pour avoir simplement des nouvelles de Norway House (Manitoba). Étant sur place, McLoughlin estimait souvent qu’il était en meilleure situation pour porter un jugement et il devait parfois prendre des mesures avant d’avoir reçu un avis ou une directive. Toutefois, les profondes divergences qui éclatèrent en 1841–1842 à propos du commerce côtier et du meurtre de son fils en firent finalement un subalterne avec lequel il était devenu impossible de travailler. En revoyant les événements, McLoughlin comprit que ces mois d’hiver avaient constitué le point tournant de sa carrière. Dans la dernière lettre qu’il écrivit à sir John Henry Pelly, gouverneur de la Hudson’s Bay Company, le 12 juillet 1846, il notait amèrement : « La venue de sir George Simpson ici en 1841 m’a coûté cher. »

W. Kaye Lamb

Les principaux fonds d’archives consultés sont PAM, HBCA, A.5 ; A.6 ; A.11 ; A.12 ; B.223/a/1–7 ; B.223/b/1–43 ; D.4 ; D.5 ; E.13/1 ; F.8–F.26.

La correspondance que John McLoughlin adressa au gouverneur et au comité de la HBC, à partir du fort Vancouver, est publiée dans HBRS, 4 (Rich) ; 6 (Rich) et 7 (Rich). D’autres lettres ont paru dans Letters of Dr. John McLoughlin, written at Fort Vancouver, 1829–1832, B. B. Barker édit. (Portland, Oreg., 1948) et dans John McLoughlin’s business correspondence, 1847–48, W. R. Sampson, édit. (Seattle, Wash., 1973). Une vaste documentation sur la famille McLoughlin, y compris 118 lettres de 1796 à 1857, se trouve dans B. B. Barker, The McLoughlin empire and its rulers [...] (Glendale, Calif., 1959) ; 48 de ces lettres étaient déjà publiées sous le titre de « Letters of Dr. John McLoughlin », J. L. Chapin, édit., Oreg. Hist. Quarterly (Salem), 36 (1935) : 320–337 ; 37 (1936) : 45–75, 293–300. Les articles « McLoughlin proprietary account with Hudson’s Bay Company », B. B. Barker, édit., Oreg. Hist. Quarterly (Portland), 45 (1944) : 1–41, et « The estate of Dr. John McLoughlin : the papers discovered », B. B. Barker édit., 50 (1949) : 155–185, ont été publiés de nouveau dans The financial papers of Dr John McLoughlin, being the record of his estate and of his proprietary accounts with the North West Company (1811–1821) and the Hudson’s Bay Company (1821–1868), B. B. Barker, édit. (Portland, 1949). Les circonstances dans lesquelles McLoughlin s’engagea dans la North West Company sont racontées dans Dorothy et Jean Morrison, « John McLoughlin, reluctant fur trader », Oregon Hist. Quarterly, 81 (1980) : 377–389, où on retrouve l’accord qu’il signa en 1803. Un autre document rédigé par McLoughlin est publié sous le titre de « McLoughlin’s statement of the expenses incurred in the « Dryad » incident of 1834 », introd. de W. K. Lamb, BCHQ, 10 (1946) : 291–297.

Les introductions aux HBRS, 4, 6 et 7, écrites par l’auteur, constituent presque une biographie de McLoughlin. Parmi les études antérieures, on retrouve : F. V. V. Holman, Dr John McLoughlin, the father of Oregon (Cleveland, Ohio, 1907), longtemps considéré comme l’ouvrage classique sur McLoughlin ; R. C. Johnson, John McLoughlin : father of Oregon (2e éd., Portland, 1958) ; et R. G. Montgomery, The white-headed eagle, John McLoughlin, builder of an empire (New York, 1935).  [w. k. l.]

      HBRS, 10 (Rich) ; 29 (Williams).— Simpson, « Character book », HBRS, 30 (Williams), 151–236 ; Fur trade and empire (Merk ; 1968).— J. S. Galbraith, The Hudson’s Bay Company as an imperial factor, 1821–1869 ([Toronto], 1957).— A. S. Morton, A history of the Canadian west to 1870–71, being a history of Rupert’s Land (the Hudson’s Bay Company territory) and of the North-West Territories (including the Pacific slope), L. G. Thomas, édit. (2e éd., Toronto [et Buffalo, N.Y., 1973]).— Rich, Hist. of HBC (1958–1959), 2.— C. H. Carey, « Lee, Waller and McLoughlin », Oreg. Hist. Quarterly (Salem), 33 (1932) : 187–213.— D. C. Davidson, « Relations of the Hudson’s Bay Company with the Russian American Company on the northwest coast », BCHQ, 5 (1941) : 33–51.— T. C. Elliott, « Dr John M’Loughlin and his guests », Wash. Hist. Quarterly, 3 (1908) : 63–77 ; « John McLoughlin, M.D. », Oreg. Hist. Quarterly, 36 : 182–186 ; « Marguerite Wadin McKay McLoughlin » : 338–347.— Alice Greve, « Dr McLoughlin’s house », Beaver, outfit 272 (sept. 1941) : 32–35.— « James Douglas and the Russian American Company, 1840 », W. E. Ireland, édit., BCHQ, 5 (1941) : 53–66.— Charles Wilkes, « Report on the Territory of Oregon », Oreg. Hist. Soc., Quarterly (Portland), 12 (1914) : 269–299.

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

W. Kaye Lamb, « McLOUGHLIN, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mcloughlin_john_8F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/mcloughlin_john_8F.html
Auteur de l'article:   W. Kaye Lamb
Titre de l'article:   McLOUGHLIN, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   30 octobre 2014