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McMILLAN, ARCHIBALD, homme d’affaires, agent de développement foncier, colon, officier de milice, fonctionnaire et juge de paix, né le 23 février 1762 à la ferme Murlaggan, district de Lochaber, Écosse, fils d’Alexander McMillan, tacksman, et de Margaret Cameron ; le 7 décembre 1793, il épousa à Fort William, Écosse, Isabella Gray, et ils eurent 13 enfants dont deux au moins moururent en bas âge ; décédé le 19 juin 1832 à Montréal.

Le père d’Archibald McMillan dirigeait les McMillan du loch Arkaig, qui étaient les tacksmen des chefs du clan Cameron depuis le xive siècle. En 1745, ils participèrent au soulèvement des jacobites. L’année suivante, à la bataille de Culloden, ils prirent part sous le commandement d’Alexander McMillan à une célèbre offensive au cours de laquelle le clan Cameron écrasa un régiment britannique ; le capitaine James Wolfe* signala l’opiniâtreté et le courage manifestés par la « tribu » Cameron-McMillan à cette occasion. Quant vint le moment de gagner sa vie, Archibald fut envoyé à Londres comme apprenti commerçant et commis dans une compagnie qui faisait du négoce avec l’Inde. Toutefois, consterné par la violence des émeutes antipapistes provoquées par lord George Gordon en 1780 et ne se découvrant aucun goût pour les affaires, il retourna dans les Highlands. En 1798, il avait déjà succédé à son père comme chef des McMillan du loch Arkaig et, à titre de tacksman de Murlaggan, il s’occupait de ce petit domaine et de ses tenanciers. Sensible et intelligent, il était profondément touché par la misère des membres les plus pauvres de son clan, affectés par une crise économique qui s’était abattue sur cette partie des Highlands, par les fermages qui avaient connu une augmentation considérable depuis le milieu du siècle et par les propriétaires terriens qui avaient de plus en plus tendance à faire paître des moutons sur les lots des tenanciers. En 1802, sa décision était prise : il mènerait un contingent de fermiers dans le Bas-Canada. Le 3 juillet, plus de 400 de ses gens s’embarquèrent avec lui sur trois navires, à Fort William ; ils arrivèrent à Montréal en septembre. Durant la traversée, les passagers n’avaient reçu qu’une alimentation médiocre et, à Montréal, les capitaines des navires leur interdirent d’emporter les quelques provisions qui restaient. McMillan intenta une poursuite en leur nom et obtint un jugement favorable d’un tribunal constitué de deux marchands montréalais, James McGill* et John McKindlay.

Porteur de lettres de recommandation adressées à l’influent Simon McTavish*, McMillan travailla peut-être quelque temps pour la North West Company. En 1803, il ouvrit un magasin général à Montréal, dans un modeste établissement commercial de la rue Saint-Paul acheté pour £560 en mars. Sans tarder, il prit un représentant à Québec en la personne dé John Munro, Highlander comme lui, puis il établit des liens en Écosse, aux Antilles, à Albany, dans l’état de New York, et à York (Toronto) où, en 1805, il avait comme représentant un ami originaire des Highlands, Duncan Cameron. Il devint membre de la congrégation Scotch Presbyterian, connue plus tard sous le nom de St Gabriel Street, et fit partie de son conseil d’administration dès 1804.

Comme bon nombre des colons que McMillan avait amenés ne parlaient que le gaélique et ne connaissaient pas d’autre forme d’exploitation agricole que l’élevage du bétail ou le mode primitif d’agriculture appelé crofting, celui-ci espérait obtenir une concession où il pourrait les rassembler afin de recréer la société des Highlands, sans ses abus, et assumer lui-même la position de laird. En août 1804, avec l’aide de John Young*, membre du comité des terres du Conseil exécutif et ami de Munro, il demanda qu’on lui concède des terres dans les cantons de Suffolk, de Templeton et de Grenville, sur la rivière Grand, appelée aussi rivière des Outaouais. Mais bientôt, il dut subir les retards bureaucratiques qui caractérisaient le lourd système de concession des terres de la colonie. Découragés, attirés par les promesses que leur faisaient miroiter d’influents Écossais du Haut-Canada pressés de grossir la population de leurs établissements et d’augmenter du même coup la valeur marchande de leurs propriétés, beaucoup de Highlanders amenés par McMillan partirent pour le comté de Glengarry, dans le Haut-Canada, où ils avaient dé la famille. « Nos compatriotes éprouvent une grande aversion à s’installer sur des terres nouvelles », se plaignait McMillan à un Highlander de sa connaissance en 1805. « Ils ont peur de se frotter à des difficultés inconnues et ils [s’assemblent ?] au milieu de leurs amis déjà installés au pays, qui les y encouragent parce qu’ils les aident à défricher leurs terres, sans prendre conscience qu’ils perdent leur temps pour une maigre pitance. » Au moins 80 des associés de McMillan promirent de lui vendre pour une somme allant de 5s à 15s chacun leurs lots de 200 acres qu’ils allaient recevoir selon le système des chefs et associés de canton [V. Samuel Gale]. En dépit des retards, McMillan ne perdait pas confiance en « l’influence de M. Young, qui n’a[vait] cessé d’être favorable à la cause ». Sa patience fut d’ailleurs récompensée en 1807 : des lettres patentes lui concédèrent 13 261 acres dans le canton de Suffolk (qui avait été rebaptisé Lochaber) et près de la moitié du canton de Templeton. En octobre, il put vendre £50 un lot de 200 acres dans le rang 1 du canton de Lochaber.

McMillan encourageait vivement l’immigration. Aux gens qu’il connaissait dans les Highlands, il faisait valoir comme il en coûtait peu de vivre dans la colonie : il n’y avait pas d’impôts et on pouvait s’établir à un coût modeste. Dans le voisinage immédiat de Montréal, écrivait-il à l’un d’eux en 1805, « on peut acheter une ferme avec une maison convenable, des dépendances, un jardin et des clôtures en parfait état pour £400 à £600 [...], à 30 ou 40 milles de là, on peut acheter une ferme pour £150 à £200 ». Il décrivait sa propre situation en termes brillants : il était en mesure de faire instruire convenablement ses enfants ; en affaires, il avait l’appui de « quelques-uns des personnages les plus importants » de Montréal et, dans cette ville comme à Québec, il obtenait facilement du crédit ; « chaque jour » arrivait « un nombre tout à fait étonnant » d’immigrants des Highlands ; même ceux qui s’établissaient dans le comté de Glengarry et dans le canton de Lancaster venaient le voir pour échanger les produits de leurs terres contre des instruments aratoires et des biens de première nécessité. Au début, il faisait presque toutes ces transactions en gaélique mais, dès septembre 1803, sa nombreuse clientèle francophone lui avait permis d’apprendre à « se débrouiller assez bien dans cette langue pour parler affaires ». D’ailleurs, ses petits garçons maîtrisaient mieux le français que l’anglais.

McMillan ne tarda pas à diversifier ses activités commerciales. Il échangeait des produits agricoles du Haut-Canada contre des marchandises d’importation, puis il revendait ses achats à Montréal, à York et à Québec, où Munro recevait aussi des produits agricoles et forestiers du Haut-Canada. McMillan se vit offrir par l’intermédiaire d’Alexander McDonell*, prêtre catholique du comté de Glengarry, d’acheter de la potasse et de la perlasse provenant de cette région, mais il déclina l’offre. Dès janvier 1805, afin de rentabiliser au maximum son commerce d’import-export avec l’Europe, il était prêt à tenter une percée sur le marché de Terre-Neuve en faisant arrêter les navires dans cette colonie pour y charger du poisson. De plus, il représentait à Montréal un marchand trifluvien originaire des Highlands, grâce à qui il décrocha un contrat d’approvisionnement en étoffe pour la confection d’uniformes militaires. Il faisait aussi de la spéculation aux Antilles et achetait des billets londoniens à Montréal « pour profiter de l’escompte accordé [dans cette ville] et de la prime offerte à New York et à Boston ». Son banquier, Alexander Auldjo, achetait et vendait des actions en son nom sur le marché londonien.

Cependant, dès mai 1807, le commerce stagnait tellement, selon McMillan, qu’il envisageait de se retirer « dans les bois, en désespoir de cause ». Pour se procurer les lettres patentes des terres situées dans les cantons de Lochaber et de Templeton, il avait dû emprunter de l’argent à Munro. Il pressa celui-ci d’obtenir des lettres patentes sur des terres dans le canton de Grenville, où il avait l’intention de s’établir afin d’y attirer des colons. Munro y parvint en janvier 1808, et McMillan commença à vendre ses fonds de commerce à Montréal et à remonter fréquemment la rivière des Outaouais pour aller préparer l’endroit où il ferait construire une exploitation rurale et des moulins. Toutefois, dès l’été, il se rendit compte de l’ampleur de la tâche et, abandonnant l’espoir de s’installer immédiatement sur sa terre, il embaucha un représentant pour s’occuper de ce projet.

Revenu à ses affaires, McMillan envisagea en septembre 1808 de se lancer dans une entreprise « audacieuse », l’envoi d’une cargaison de farine, de poisson et d’autres denrées à Cuba, dans les Florides, en Espagne ou au Portugal pour se créer de nouveaux débouchés, « la vieille route étant si usée qu’un honnête homme [pouvait] à peine subsister de ses glanures ». En société avec Alexander Cameron, il loua des locaux au marché de la basse ville de Montréal et ouvrit un magasin d’alcools et de marchandises sèches, sous le nom de Cameron and McMillan. À la fin de 1808, il se préparait à envoyer du chêne équarri provenant du canton de Grenville, du pin sylvestre et des douves à Munro, qui avait une anse à bois à Sillery ; en février 1809, il vendit 10 000 douves, d’une valeur de £700, à un marchand de Québec.

Néanmoins, McMillan continuait de s’intéresser à la colonisation et à la mise en valeur des terres. En 1809, avec Cameron et Simon Zélotes Watson, un associé de Québec, il proposa de faire venir au Bas-Canada des Highlanders qui s’étaient établis aux États-Unis et de les installer sur des terres près de la frontière américaine. Le Conseil exécutif approuva le projet, et Watson fut envoyé aux États-Unis. Toutefois, il disparut avec l’argent qu’on lui avait confié. McMillan et Cameron firent une nouvelle tentative, cette fois avec Munro, de Québec, en qui ils pouvaient avoir confiance ; à l’automne, ils proposèrent d’abord à l’arpenteur général Joseph Bouchette*, puis au gouverneur, sir James Henry Craig*, d’établir des Highlanders de Grande-Bretagne et des États-Unis sur une étendue de terre de 150 000 acres située au sud du Saint-Laurent, à raison de 300 colons par année pendant cinq ans. Le gouvernement vendrait la terre à des conditions avantageuses à McMillan et à Cameron qui, grâce aux profits réalisés en revendant les lots aux immigrants, construiraient une route jusqu’à Québec. Le projet échoua.

En 1809, par des achats et par la location de lots sur les terres de la couronne et dans les réserves du clergé, McMillan augmenta le nombre de ses propriétés foncières dans les cantons de Grenville et de Templeton. Après avoir investi beaucoup d’argent dans la construction de moulins dans le canton de Lochaber, il négocia des emprunts en novembre 1809 pour en bâtir d’autres dans le canton de Templeton. Il tenta d’attirer des colons en adoptant les tactiques de ses concurrents, les colonisateurs haut-canadiens, et en affirmant que les trafiquants de la North West Company achèteraient du porc, de la farine et du beurre le long de la rivière des Outaouais en se rendant dans le Nord-Ouest. Au printemps suivant, il vendit sa propriété de la rue Saint-Paul pour £800, sous-loua ses locaux du marché de la basse ville et s’installa dans le canton de Grenville.

McMillan ne tarda pas à comprendre que l’exploitation forestière lui rapporterait plus rapidement des profits que l’agriculture. C’était l’époque des guerres napoléoniennes et, grâce au tarif préférentiel accordé par la Grande-Bretagne sur le bois des colonies, le commerce du bois était extrêmement lucratif ; il le demeurerait d’ailleurs pendant la brève période de prospérité qui suivrait la fin des hostilités [V. Peter Patterson*]. Or, les terres de McMillan étaient riches : les cantons de Grenville et de Lochaber étaient couverts de pins et de chênes, essences en demande pour la construction navale, et sillonnés de cours d’eau par lesquels les billots pouvaient être acheminés jusqu’à la rivière des Outaouais ; dans le canton de Templeton, on trouvait du hêtre, de l’érable, du tilleul d’Amérique, du pin et un peu de chêne. En 1812, la Christopher Idle, Brother and Company, grande société londonienne [V. William Price*], commanda à McMillan 10 000 pieds cubes de pin sylvestre équarri, ce qui valait entre £400 et £500. En 1816, McMillan avait sept scieries et employait bon nombre de ses anciens crofters comme bûcherons et ouvriers. En 1817, il s’associa à Thomas Noyés, du canton de Chatham ; Noyés abattait le bois de McMillan et s’occupait du flottage tandis que McMillan s’assurait qu’il se rende jusqu’à Québec où il le vendait. McMillan ouvrit aussi un magasin général dans le canton de Grenville vers 1821. Parmi ses fournisseurs et bâilleurs de fonds, qui étaient presque tous à Montréal, on retrouvait John* et Thomas Torrance, la Gillespie, Moffat and Company, la Banque de Montréal et la John Molson and Sons.

Occupé à exploiter ses forêts, McMillan négligea la colonisation. En 1815, l’arpenteur général Bouchette vanta les efforts de peuplement qu’avait fait Daniel Robertson* dans le canton de Chatham, à l’est des terres de McMillan, tout comme ceux de Philemon Wright* dans le canton de Hull, à l’ouest, mais il n’eut aucun mot de félicitations pour McMillan. En septembre 1821, le comité des terres du Conseil exécutif recommanda au gouverneur, lord Dalhousie [Ramsay*], de confisquer à McMillan toutes les concessions où les conditions de colonisation n’avaient pas été respectées. McMillan en appela au sentiment écossais de Dalhousie et accusa certains Américains de vouloir se réserver la vallée en dépréciant les possibilités agricoles auprès d’éventuels fermiers écossais. Il demanda à l’influent William McGillivray d’intervenir auprès de Dalhousie au nom de ses « compatriotes relégués à l’arrière-plan et privés de leurs droits par d’intrigants Yankees qui, si on les encourage[ait], fer[aient] tôt ou tard la ruine du pays ». À l’endos de la pétition de McMillan, Dalhousie griffonna ces mots : « sans doute [ce Highlander] pourrait-il promouvoir le peuplement [... mais] je ne pense pas qu’il ait les qualités voulues pour qu’on l’emploie ou l’aide de quelque manière ». McMillan eut tout de même un sursis mais, en 1822 ou 1823, il perdit son bail sur les lots des terres de la couronne et des réserves du clergé parce qu’il n’avait pas payé ses loyers. Une nouvelle menace de confiscation survint : McMillan l’attribua à des « machinations » de Wright, qui avait établi une entreprise de bois dans le canton de Hull et qui, d’après McMillan, « n’a[vait] pas de vœu plus cher que de [1]’évincer de la rivière ». Appréhendant « la mortification abominable de se faire damer le pion par un être aussi vil », il exhorta son fils Alexander, qui était à Montréal, à trouver un appui au gouvernement. Une nouvelle pétition à Dalhousie resta sans effet ; on confisqua les terres de McMillan quelque temps plus tard.

Au début des années 1820, l’entreprise forestière de McMillan avait également mal tourné. Comme ses autres activités commerciales, il avait dû la mener malgré de grandes difficultés de transport (le bois se perdait souvent dans les rapides de la rivière des Outaouais), mais les prix avantageux généralement pratiqués en Grande-Bretagne lui avaient permis de continuer. Cependant, la dépression qui dura de 1819 à 1822 affaiblit irrémédiablement son commerce. En 1825, après s’être porté caution pour deux de ses fils qui avaient été « malchanceux dans le commerce du bois pendant les trois dernières années », il se retrouva avec de « grosses » dettes. La Horatio Gates and Company et le Montréalais James Ross étaient au nombre des principaux créanciers. Vers 1827, au cœur d’une autre dépression, McMillan dut abandonner le commerce du bois.

Grâce à son instruction, à ses relations et à une fortune moyenne, McMillan assumait un certain leadership dans la région quasi sauvage où il habitait. En 1812, il devint major du bataillon de milice d’Argenteuil, qui était largement composé d’émigrants de la région de Lochaber. La même année, après la déclaration de guerre contre les États-Unis, son unité marcha à vive allure jusqu’à Pointe-Claire. Elle fit des raids fructueux, dans la tradition des Highlands, surtout autour d’Ogdensburg, dans l’état de New York, où elle se livra à un sérieux pillage, volant surtout des chevaux et du bétail. Le haut commandement loua McMillan pour son « activité et [sa] diligence » lors de ces opérations militaires. En août 1816, il fut nommé à la commission chargée de la construction d’écoles gratuites dans le canton de Chatham ; vers 1819, il exerça la fonction de maître de poste adjoint du canton de Grenville, puis devint maître de poste en titre. En février 1819, on lui offrit une commission de juge de paix, mais il la refusa. Sept mois plus tard, il demanda à Munro de lui en procurer une autre, car la construction d’un canal avait attiré dans la région « une population bigarrée, [composée] de 300 à 400 militaires et de civils venus d’Irlande et d’ailleurs [... qui] commett[aient] punément toutes sortes de fraudes », et, comme il habitait « juste à côté », il en souffrait « terriblement ». Toutefois, il détestait les litiges et acquit bientôt une réputation de magistrat conciliant.

McMillan, qui était un leader parmi les presbytériens de la région, dressa en décembre 1824 un bilan de la situation du presbytérianisme dans la vallée inférieure de l’Outaouais à l’intention du révérend Henry Esson*, de Montréal. Auparavant, il avait pris la tête d’un groupe qui avait demandé au gouvernement du Bas-Canada d’encourager la construction d’une église par l’octroi d’une terre et d’une somme d’argent. À la suite du refus de Dalhousie, McMillan avait lui-même fait don d’un lot. En 1827, les habitants de la seigneurie de la Petite-Nation décidèrent de faire venir un prêtre résidant et, à la requête de Denis-Benjamin Papineau*, McMillan tint une réunion au cours de laquelle les catholiques irlandais et écossais des cantons de Grenville et de Chatham acceptèrent de pourvoir en partie à l’entretien du prêtre en échange de ses services. McMillan donna une terre pour la construction d’une église catholique. Sa propre maison en bois rond, de dimensions respectables, était connue dans toute la région sous le nom d’Old Abbey, parce qu’elle était isolée dans les bois, sur le bord de la rivière des Outaouais ; c’était néanmoins l’un des lieux de réunion les plus célèbres de la vallée, et les voyageurs et dignitaires de passage y étaient accueillis avec l’hospitalité caractéristique des Highlanders.

Malgré le leadership qu’il exerçait dans la vallée inférieure de l’Outaouais, McMillan n’avait guère de succès dans ses relations avec le gouvernement, et surtout avec Dalhousie, même si celui-ci était presbytérien et que McMillan appuyait fermement le parti des bureaucrates de la colonie, dont le gouverneur dépendait politiquement. Originaire des Lowlands, Dalhousie partageait peut-être la prévention des propriétaires terriens écossais contre l’émigration des Highlanders et en voulait sans doute à McMillan de la promouvoir. À l’été de 1827, McMillan mena dans la circonscription d’York une campagne énergique en faveur des candidats gouvernementaux Nicolas-Eustache Lambert Dumont et John Simpson* ; au terme d’une lutte très dure, ce fut l’opposition, formée par le parti canadien, qui l’emporta. Les principaux rivaux de McMillan dans la région outaouaise, les Américains Philemon et Ruggles Wright père, avaient plus d’influence que lui à Montréal et à Québec. En 1825, McMillan s’était plaint à Simpson de ce que le gouvernement nommait « les titulaires de commission à la manière yankee », en s’appuyant sur des pétitions adressées par des gens « généralement républicains, sinon radicaux, ignorants et incultes ». En 18261827, Ruggles Wright et Thomas Mears tentèrent de faire perdre à McMillan sa place de maître de poste du canton de Grenville en lui imputant la médiocrité du service postal entre cet endroit et Hull. McMillan blâma le bureau de poste de Hull et le transport du courrier, qui se faisait par l’unique bateau à vapeur de la rivière, l’Union, dont Mears était l’un des propriétaires. En fait, Mears avait probablement eu vent des négociations secrètes que menaient McMillan et John Torrance, de Montréal, en vue de lancer un autre vapeur sur l’Outaouais et d’arracher le contrat des postes aux propriétaires de l’Union. McMillan conserva finalement sa place, mais il abandonna l’idée d’avoir un bateau à vapeur.

En septembre 1827, les Wright avaient déjà gagné leur guerre d’usure ; McMillan reconnaissait éprouver « souvent, depuis peu, une sensation d’indolence ». Cela résultait de ce qu’il avait été « contrecarré dans [... ses] spéculations foncières » par un favori du gouvernement qui était « jaloux parce qu’[il s’était] taillé une place de quelque importance sur les bords de la rivière ». En 1828, il se retira du 3e bataillon de milice d’York avec le grade de major et résigna ses fonctions de maître de poste du canton de Grenville. La même année, il retourna à Montréal pour assurer une bonne éducation à ses plus jeunes enfants. C’est là qu’il mourut du choléra, en juin 1832, trois jours avant son fils Alexander.

Parmi les Highlanders qui organisèrent et dirigèrent l’immigration d’un groupe de leurs gens au Canada, Archibald McMillan offre un exemple remarquable. En dépit de leurs difficultés initiales, la plupart des immigrants réussirent à s’enraciner, surtout dans le comté de Glengarry où l’on comptait 545 McMillan au moment du recensement de 1852, mais aussi dans Grenville et Lochaber, puisqu’une carte de ces cantons, dressée en 1879, montre de nombreuses fermes appartenant à des familles de ce nom. De plus, la correspondance de McMillan est digne d’intérêt parce qu’elle fournit une foule de renseignements sur les efforts constants que mena cet Écossais ambitieux, féru d’aventure et plein d’initiative, pour se tailler une place dans la société bas-canadienne en s’appuyant surtout sur son héritage de Highlander et sur les relations qu’il avait parmi ses compatriotes. Scandalisé par l’injustice dont souffraient les crofters dans son pays natal que, néanmoins, il aimait, il rêva de recréer la structure fondamentale de la société traditionnelle des Highlands dans une contrée où le potentiel économique était illimité et de devenir lui-même un laird du Nouveau Monde. Ce rêve ne se réalisa jamais, mais le rêveur n’avait pas tout à fait échoué. Il avait planté une graine, et cette graine allait prendre racine ; simplement, la nouvelle pousse ne serait pas identique à l’ancienne.

James H. Lambert et David S. Macmillan

ANQ-M, CN1-185, 14 mars 1803, 1er mai 1804, 1er avril, 17 mai, 21 sept., 6 oct., 23 nov. 1807, 25 avril, 22 août, 1er oct. 1808, 11, 27 févr., 16, 31 mars, 18 nov., 1er déc. 1809, 2 févr., 1er mars 1810, 3, 17 avril 1811, 5 févr. 1812 ; CN1-187, 16 févr. 1810, 1er févr., 10 nov. 1821, 13 sept. 1824, 15 déc. 1827.— APC, MG 24, 1183 ; RG 1, L3L : 569, 609, 780–787, 1317, 1320, 1548, 1552, 2126, 2131, 5415–5420, 5428–5431, 27147–27159, 62446–62461, 65065–65068, 66477–66733, 95134–95158, 96506–96513 ; RG 68, General index, 1651–1841 : 263, 354, 362, 639.— B.-C., chambre d’Assemblée, Journaux, 1823, app. T.— Bouchette, Topographical description of L.C., 248–251.— Langelier, Liste des terrains concédés, 1650, 1672.— R. Campbell, Hist. of Scotch Presbyterian Church, 233–234.— Michel Chamberland, Histoire de Notre-Dame des Sept-Douleurs de Grenville, P.Q. (Montréal, 1931), 29, 38, 280, 284.— Somerled MacMillan, Bygone Lochaber, historical and traditional (Glasgow, Écosse, 1971), 66–70 ; The emigration of Lochaber Mac Millans to Canada in 1802 (Paisley, Écosse, 1958).— John Prebble, The Highland clearances (Londres, 1963) ; Mutiny : Highland regiments in revolt, 1743–1804 (Londres, 1975).— John Stewart of Ardvorlich, The Camerons : a history of Clan Cameron ([Glasgow], 1974).

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James H. Lambert et David S. Macmillan, « McMILLAN, ARCHIBALD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mcmillan_archibald_6F.html.

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Auteur de l'article:   James H. Lambert et David S. Macmillan
Titre de l'article:   McMILLAN, ARCHIBALD
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   24 octobre 2014