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MOG (Heracouansit, Warracansit, Warracunsit, Warrawcuset), sous-chef, orateur et célèbre guerrier du clan caniba, de la nation abénaquise, né vers 1663 et tué le 12 août 1724 (ancien style) à Narantsouak (l’actuel Old Point à South Madison, Maine). Son père, un chef abénaquis portant le même nom, avait été tué en 1677. Dans le recensement que La Chasse* fit en 1708, Mog est inscrit sous le nom de Heracouansit (en abénaquis : welákwansit, qui signifie : « celui qui a de beaux petits talons »).

À l’époque des guerres de la ligue d’Augsbourg et de la Succession d’Espagne, Mog prit part aux nombreuses incursions que les Abénaquis menèrent contre les établissements anglais. Il emmena des prisonniers à Québec et il y porta aussi des scalps. Après la signature du traité d’Utrecht en avril 1713, Mog, Bomoseen, Moxus, Taxous et d’autres chefs conclurent la paix avec la Nouvelle-Angleterre, à Portsmouth, N. H., du 11 au 13 juillet de la même année. Les Abénaquis prêtèrent serment d’allégeance à la reine Anne, bien que, d’après Parkman « l’on peut, sans crainte de se tromper, affirmer qu’ils ne comprenaient pas la signification des mots ». Ils reconnurent les droits des Anglais sur les terres que ceux-ci occupaient avant les hostilités. De leur côté, les Anglais promirent aux Indiens qu’ils pourraient porter leurs doléances personnelles devant les tribunaux anglais. Mog et les autres chefs, accompagnés de six délégués de la Nouvelle-Angleterre, s’embarquèrent alors pour la baie de Casco (Falmouth, Portland, Maine). C’est là que, le 18 juillet, en présence de 30 chefs et de 400 autres Abénaquis, ils furent informés du traité et des conditions de leur soumission. On a dit à l’époque que « Mog le jeune » était « un homme d’environ 50 ans, à l’air majestueux », et qu’il fut « le seul à adresser la parole ». Les Abénaquis parurent surpris quand ils apprirent que les Français avaient cédé aux Anglais tous les territoires abénaquis : « nous vous demandons comment ils ont pu céder nos territoires sans nous le demander vu que Dieu nous y a placés les premiers et qu’il ne leur appartenait pas de les donner ». Le père Sébastien Rale, missionnaire jésuite à Narantsouak, raconta, un mois après ces événements, qu’il avait persuadé les Indiens que les Anglais cherchaient à les tromper par l’emploi d’expressions ambiguës car l’Angleterre et la France se trouvaient toujours en désaccord quant aux frontières de « l’Acadie ». Il semble que, même lorsque les Anglais offrirent de leur montrer, en présence de leurs missionnaires, le texte officiel du traité signé en Europe, les Indiens n’en restèrent pas moins inquiets.

Le gouvernement et les colons de la Nouvelle-Angleterre pénétrèrent sans perdre de temps dans les régions côtières du Maine et du cours inférieur de la rivière Kennebec. Ils y construisirent des forts pour appuyer leurs revendications sur le territoire abénaquis. Au cours de pourparlers tenus à Boston en janvier 1713/1714, Mog et Bomoseen renouvelèrent leur consentement au repeuplement par les Anglais des terres que ces derniers avaient occupées auparavant. Une autre conférence eut lieu le 23 juillet 1714, à Portsmouth, mais Mog, qui était souffrant, ne put y assister. En août 1715, des Abénaquis, parmi lesquels se trouvait sans doute Mog, tentèrent vainement d’empêcher John Gyles* de construire un nouveau poste à Fort George (l’actuel Brunswick, Maine), sur la rivière Androscoggin. Deux ans plus tard, lors d’une assemblée à Georgetown, dans l’île d’Arrowsic, Wowurna fit part de nouveau des craintes qu’avaient les Abénaquis de perdre leur territoire. À la même réunion, Mog se plaignit des pratiques déloyales utilisées dans la traite et qui étaient une raison majeure de mécontentement. Il visait particulièrement le capitaine John Lane, commandant du fort Mary (l‘actuel Biddeford Pool). Le gouverneur Shute, du Massachusetts, promit aux Indiens d’ouvrir des comptoirs d’échange, mais le commerce des fourrures resta entre les mains d’agents de l’administration et de marchands sans scrupules, qui escroquaient les Indiens et répandaient la débauche parmi eux, en leur fournissant du rhum. C’est en vain que les anciens de la tribu, le père Rale et certaines autorités anglaises s’efforcèrent d’enrayer le trafic de l’eau-de-vie.

Bien que le gouverneur eût promis de respecter les droits des Abénaquis, les établissements et les forts anglais se multiplièrent sur leur territoire. Au cours de l’été de 1716, les Abénaquis envoyèrent une délégation à Québec. Dans une lettre adressée à Paris, le gouverneur Rigaud de Vaudreuil parle de la visite des porte-parole abénaquis, vraisemblablement Mog et Wowurna. Ceux-ci lui rappelaient qu’ils avaient toujours aidé les Français dans les moments difficiles et lui demandaient s’ils pouvaient compter sur eux, en cas de besoin, pour chasser les Anglais par la force. Aux termes du traité d’Utrecht, Vaudreuil ne pouvait ouvertement les aider, mais il leur promit des armes et, devant l’insistance des délégués, il répondit de la participation des Indiens profrançais. Les Abénaquis voulaient cependant qu’on leur promît des troupes et rétorquèrent, « avec un ris mocqueur », qu’ils pouvaient, s’ils le désiraient, chasser tous les étrangers « quels qu’ils soient ». Le gouverneur tenta de les rassurer en leur disant que, s’il le fallait, il prendrait lui-même le commandement des troupes. Les Canibas se retirèrent apparemment satisfaits, tout en conservant un certain doute quant à la sincérité du gouverneur. Le compte rendu de leur mission répandit l’inquiétude chez tous les Abénaquis, persuadés plus que jamais d’avoir été dupés par les Français et par les Anglais. La construction du fort Richmond (Richmond, Maine) en 1718 ne fit qu’envenimer la situation.

Profitant de la déception des Abénaquis, les Iroquois les pressèrent secrètement de se joindre à eux dans une guerre contre les Français. Seuls leur attachement à la foi catholique et la force de persuasion du père Rale sauvèrent la faction profrançaise qui existait au sein de leurs tribus. Pour la première fois on vit apparaître à Narantsouak une faction probritannique, qui comprenait Bomoseen et Nagiscoig (capitaine John), jeune frère de Wowurna. Mog, Wowurna et d’autres formèrent un parti indigène neutre, alors que le chef Ouikouiroumenit et d’autres voulaient la paix coûte que coûte. La tension entre les Anglais et les Abénaquis ne fit qu’augmenter, car la situation des Indiens s’aggravait pour plusieurs raisons : les combats renouvelés ruinaient leurs récoltes et décimaient le gibier dans la région, tandis que le développement rapide des établissements anglais empêchait les Indiens de se livrer à la chasse et à la pêche sur la côte. Enfin, pour leur subsistance, ils dépendaient de plus en plus de la traite des fourrures avec les Anglais et cette ressource même s’amenuisait.

En novembre 1720, Mog et Wowurna prirent la tête d’une délégation qui se rendit à Georgetown pour protester contre la colonisation de leur territoire, colonisation qui atteignait maintenant Merry Meeting (Merrymeeting Bay, Maine). Mais les Indiens furent forcés, pour réparer les dommages causés par des jeunes gens de la tribu, de promettre la livraison de 200 peaux et d’envoyer quatre otages à Boston, en garantie. Après ces événements, les rapports entre les Anglais et les Abénaquis tournèrent à l’hostilité et les coups de mains reprirent. Finalement, en juillet 1722, la province du Massachusetts déclara la guerre aux Indiens, bien qu’une opposition se fût manifestée contre cette décision, dans la colonie même et chez les Anglais du Connecticut, qui prétendaient que « la guerre était injustifiable du côté anglais ».

Les Abénaquis, affaiblis par la guerre et la maladie, ne pouvaient même pas rassembler 500 hommes, mais ils avaient des alliés indiens que Vaudreuil soutenait, entre autres, les Hurons de Lorette, les Micmacs, les Malécites, les Outaouais et les Iroquois des missions du Canada. En outre le gouverneur de la Nouvelle-France leur fit parvenir secrètement des armes et des munitions, bien qu’il n’ait pu obtenir de Louis XV l’autorisation d’envoyer des troupes. Les Anglais tentèrent de s’assurer le concours des Iroquois et des Loups dans leur lutte contre les Abénaquis, mais ces deux nations refusèrent de se laisser entraîner dans la guerre. En septembre 1722, les Canibas, auxquels s’étaient joints environ 160 Hurons de Lorette, des Abénaquis du Canada et d’autres Indiens, formèrent un détachement de 400 hommes qui ravagèrent tous les établissements anglais du cours inférieur de la Kennebec. De nombreuses escarmouches embrasèrent la colonie depuis l’est du Maine jusqu’à la vallée du Connecticut.

En octobre, les Indiens du Canada retournèrent chez eux, accompagnés d’un groupe de Canibas. Ceux-ci dirent à Vaudreuil que, sans aide, ils ne pouvaient se défendre des Anglais. Presque tous vinrent passer l’hiver au Canada et ne laissèrent que Rale et une quinzaine des leurs pour garder le village. Mog, Wowurna et d’autres chefs demandèrent de nouveau l’aide des troupes de Vaudreuil. Au printemps, les Canibas retournèrent dans la région de la Kennebec et se livrèrent à des incursions mineures jusqu’à l’été de 1724.

Un des plus importants engagements de la guerre fut l’expédition anglaise contre Narantsouak, le 12 août 1724. Dans l’après-midi, le capitaine Jeremiah Moulton* attaqua le village par surprise. Il avait avec lui 80 soldats anglais et trois mercenaires agniers dont le chef était Christian. Il y avait environ 50 guerriers abénaquis dans le village. Quand l’alarme fut donnée, les Indiens se précipitèrent sur leurs fusils et firent feu de toutes parts. Ils rejoignirent ensuite les femmes et les enfants qui fuyaient vers la rivière. Quelques-uns se noyèrent ou furent abattus dans la traversée, mais la plupart gagnèrent l’autre rive et s’échappèrent dans la forêt. Mog et quelques compagnons restèrent sur place avec Rale. Surpris avec sa famille dans son wigwam, Mog tira à bout portant sur l’un des Agniers. Il ne tua pas l’Iroquois, mais le frère de celui-ci se précipita et tua Mog avant qu’il n’ait pu recharger son fusil. Des soldats anglais accoururent et tuèrent sur-le-champ sa femme et ses deux enfants. Ils furent scalpés tous les quatre ainsi que le père Rale et 22 autres Abénaquis. Les scalps furent envoyés à Boston où ils rapportèrent £505 de récompense.

Frank T. Siebert, Jr.

Les récits de la campagne de Narantsouak sont loin de concorder. Les premiers historiens qui ont parlé de l’événement, Charlevoix, Penhallow et Thomas Hutchinson, se font l’écho des déclarations contradictoires de Vaudreuil et de Dummer. Plusieurs années après, Hutchinson essaya d’établir la vérité en interrogeant Moulton. Toutefois, il a laissé beaucoup de questions sans réponse et il a fait de nombreuses erreurs, notamment quand il déclara que Mog avait tué l’un des Agniers. Au xixe siècle, Williamson se livra à une comparaison des anciens textes et Baxter fit une critique acerbe du récit de Charlevoix, mais bien des contradictions n’ont pu être résolues.  [f. t. s.]

Newberry Library, Ayer Coll., La Chasse census (1708). — Charlevoix, Histoire de la N.-F., II :383. — Coll. de manuscrits relatifs à la N.-F., II : 562564 — Documentary hist. of Maine, IX : 340–342 ; X : 106–114, 215s., 229s., 244s., 250–254, 292–296, 368 ; XXIII : 23–26, 30s., 37–57, 64–80, 83–87, 89–93, 97–108, 110–146. — George Town on Arrowsick Island, a conference of His Excellency the governour with the sachems and chief men of the Eastern Indians, Aug91717 (Boston, 1717). — [John Gyles], Memoirs of odd adventures... (Boston, 1736), Append. — Hutchinson, Hist. of Mass.-bay (1768), 218221, 241, 244s., 261263, 269, 294, 296, 302s., 309313. — Maine Hist. Soc. Coll., 1re sér., III (1853) : 112, 361375. — NYCD (O’Callaghan et Fernow), IX : 878881, 903906, 909912, 933939. — Penhallow, Hist. of wars with Eastern Indians (1726), 7481, 83, 8991, 94, 105. — [Thomas Westbrook, et al.], Letters of Colonel Thomas Westbrook and others relative to Indian affairs in Maine 1722–26, W. B. Trask, édit. (Boston, 1901), 7677. — Lane genealogies, recueillies par Jacob Chapman et J. H. Fitts (3 vol., Exeter, N.H., 18911902), I : 227232. — J. P. Baxter, Pioneers of New France in New England, with contemporary letters and documents (Albany, 1894), 341346. [C’est un ouvrage précieux en raison des documents qu’il contient, mais ceux-ci n’appuient pas entièrement la thèse de Baxter.  f. t. s.] — Frederick Kidder, The Abenaki Indians ; their treaties of 1713 and 1717... (Portland, 1859), 1928. — Parkman, A half-century of conflict (1893), I : 213.

Bibliographie générale

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Frank T. Siebert, Jr., « MOG », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mog_2F.html.

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Auteur de l'article:   Frank T. Siebert, Jr.
Titre de l'article:   MOG
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   20 août 2014