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MYERS (on rencontre parfois Meyers ou Myres mais il signait Myers), SAMUEL H., mineur et organisateur syndical, né en 1838 en Irlande, décédé célibataire le 3 mai 1887 à Nanaimo, Colombie-Britannique.

Quittant l’Irlande en 1858, Samuel H. Myers vint s’établir en Colombie-Britannique afin de participer à la ruée vers l’or du fleuve Fraser. Durant les années 1860 et au début des années 1870, il mena une existence vagabonde, suivant les ruées vers l’or et accomplissant diverses tâches. En 1860–1861, il travailla comme employé de messageries entre Port Douglas (Douglas), à la tête du lac Harrison, et Lillooet, sur le Fraser. De 1862 à 1867, il obtint avec d’autres chercheurs d’or la concession de plusieurs placers sur les ruisseaux Antler, Williams et Grouse, dans les champs aurifères de la région de Cariboo. À Victoria, en mars 1865, il fut mis à l’amende pour avoir, en état d’ébriété, brutalisé une Indienne. En 1869, il se trouvait à Lytton, où il avait travaillé plus tôt comme passeur sur la rivière Thompson, et, deux ans plus tard, il prit part à la ruée vers l’or dans les gisements nouvellement découverts à la rivière Omineca. En 1877, il s’était fixé comme mineur au bassin houiller des environs de Nanaimo.

Le bassin houiller de Nanaimo, que la Hudson’s Bay Company avait la première exploité dans les années 1850, avait vu sa production croître brusquement après que Robert Dunsmuir eut découvert le gisement de Wellington en 1869. Quand Myers entra au service de cette industrie comme mineur au milieu des années 1870, la production continuait de s’élever rapidement ; elle atteignit presque 250 000 tonnes de minerai en 1879 et dépassait 500 000 tonnes en 1889. Le nombre des emplois augmentait en conséquence : en 1869, 200 hommes travaillaient dans la seule mine de Nanaimo mais, dix ans plus tard, 732 hommes étaient employés dans les puits de Nanaimo et au gisement avoisinant de Wellington ; en 1889, 1 927 hommes travaillaient pour trois compagnies dans dix puits de mine. La plupart de ceux qui travaillaient aux fronts de taille se recrutaient parmi les mineurs expérimentés, venant surtout de Grande-Bretagne, mais certains hommes, comme Myers, avaient exercé d’autres métiers avant de s’intéresser aux mines de charbon. Parmi les travailleurs, il y avait des Chinois, de plus en plus nombreux, et des Indiens, dont le nombre allait en diminuant. On exportait 80 p. cent du charbon, principalement en Californie où ce minerai devait concurrencer sur le marché la production venant du nord-ouest des États-Unis, de l’Australie et de la Grande-Bretagne.

Par suite de la croissance rapide de la production et du nombre des mineurs, les conflits entre ouvriers et employeurs s’intensifièrent. Entre 1877 et 1883, les travailleurs des fronts de taille déclenchèrent, contre les deux compagnies qui produisaient presque tout le charbon, quatre grèves importantes, dont trois se terminèrent par la défaite des grévistes : en 1877 et 1883, grèves dans les houillères de Dunsmuir à Wellington, en vue d’obtenir une augmentation du taux de salaire par tonne de minerai extrait ; en 1880, grève contre une compagnie britannique exerçant son activité à Nanaimo, la Vancouver Coal Mining and Land Company, pour s’opposer à une réduction du salaire versé par tonne (dans ce cas, les grévistes eurent gain de cause) ; enfin, en 1881, grève contre la même compagnie, afin de dénoncer le surchargement, pratique qu’ils considéraient comme non « conforme à l’usage ». En 1877 et 1883, les mineurs de Wellington se groupèrent pour créer la Miners Mutual Protective Association, en dépit du fait que Dunsmuir menaçait de congédier tout homme qui adhérait ouvertement à un syndicat. Les deux grèves contre Dunsmuir donnèrent lieu aux affrontements traditionnels marqués par l’intervention de la police (on fit également appel à la milice en 1877), le recours à des briseurs de grève de l’extérieur, l’expulsion des locataires habitant les maisons de la compagnie, l’arrestation des grévistes et leur comparution devant les tribunaux. La grève déclenchée en 1883 prit fin au milieu des vives protestations des grévistes qui demandaient à Dunsmuir de congédier les Chinois qu’il s’était mis à engager comme travailleurs des fronts de taille plutôt que comme journaliers. Les mineurs en grève ne s’opposaient pas à l’emploi des Chinois dans les mines (certains les engageaient pour le travail de chargement), mais voulaient que le travail des Asiatiques se limitât aux tâches subalternes, tel que le prescrivait le Coal Mines Regulation Act de 1877.

En décembre 1883, après l’échec de la grève de Wellington, à laquelle il avait été mêlé, Myers organisa à Nanaimo l’assemblée locale no 3017 des Chevaliers du travail ; cette assemblée, qui prit le nom de Calvin Ewing, constituait la première section des Chevaliers du travail en Colombie-Britannique. Il s’était renseigné sur ce syndicat en lisant l’Irish World and American Industrial Liberator de New York, journal nationaliste irlandais de tendance radicale, et, plus tôt cette année-là, il avait passé huit semaines à San Francisco, où Calvin Ewing, membre des Chevaliers du travail de la Californie, l’avait initié à l’activité secrète de l’ordre, et où il avait obtenu un mandat d’organisateur.

La Miners Mutual Protective Association continua d’exister après la grève de 1883, mais il semble qu’au cours du printemps de 1884, l’assemblée locale no 3017 soit devenue le centre de l’action syndicale dans la région de Nanaimo ; elle travaillait de concert avec une société coopérative qui tenait un magasin de détail. Cependant, à Victoria, Reginald Nuttall avait reçu un mandat d’organisateur directement de Terence Vincent Powderly, leader des Chevaliers du travail en Amérique du Nord, sur la recommandation d’un éminent chevalier de Toronto, Daniel John O’Donoghue*, et il mit sur pied l’assemblée locale no 3107 en mars 1884. Étonné de ce que les compétences se recouvraient, Myers se plaignit que Nuttall fût un simple « agent de change et de biens immobiliers » qui « ne pouvait enseigner quoi que ce soit ». En août et en septembre 1884, Myers fonda de nouvelles assemblées pour les mineurs de charbon à Wellington, en Colombie-Britannique (assemblée locale no 3429), et à Newcastle, Carbonado et Osceola, dans le Territoire de Washington (les assemblées locales nos 3395, 3418 et 3422) ; on créa d’autres assemblées des Chevaliers du travail à New Westminster, à Vancouver et dans des chantiers de construction situés le long du chemin de fer canadien du Pacifique (les assemblées locales nos 5506, 5507, 5570, 8608 et 8707). En août 1887, six assemblées locales s’unirent pour former l’assemblée de district no 203 des Chevaliers du travail, l’une des huit qui existaient au Canada.

L’implantation des Chevaliers du travail en Colombie-Britannique se fit pendant l’une des périodes où l’agitation contre la population chinoise atteignait un point culminant. En faisant venir des Chinois pour les employer comme manœuvres à la construction du chemin de fer canadien du Pacifique, on alimentait des préjugés déjà bien ancrés. Au début, les Chevaliers du travail connurent leurs plus grands succès en regroupant travailleurs urbains et mineurs de race blanche qui se sentaient menacés par la concurrence des Chinois. Par exemple, Myers se disait « en lutte contre le fléau chinois » et Nuttall déclarait être le fondateur de la Pacific Coast League Anti-Chinese Association. Mais il y avait des contradictions au sein du mouvement, puisque, par ailleurs, Myers louait Powderly d’avoir combattu avec courage le racisme aux États-Unis et que Nuttall se décrivait avec fierté comme « un internationaliste », « un libre penseur », « un républicain reconnu » et « un libéral aux idées avancées ».

Les Chevaliers du travail en tant qu’organisme ne se lancèrent pas directement dans l’arène politique en Colombie-Britannique, mais leurs partisans prirent une part active à la campagne provinciale de 1886. Dans la circonscription électorale de Nanaimo, Myers et un collègue mineur, James Lewis, se présentant comme candidats « des ouvriers », dénoncèrent les vastes concessions de terres (comme celle que Robert Dunsmuir avait obtenue quelque temps auparavant, pour l’Esquimalt and Nanaimo Railway), la main-d’œuvre chinoise et le trafic des boissons alcooliques, et demandèrent l’arbitrage obligatoire des conflits dans l’industrie ; ils s’engagèrent à « promouvoir les intérêts du capital et du travail afin qu’ils puissent œuvrer dans l’harmonie à la mise en valeur des ressources de la province ». Les résultats de l’élection s’avérèrent décevants : Myers se classait bon dernier au scrutin avec seulement 30 voix et Lewis, avant-dernier avec 78 ; les candidats victorieux étaient William Raybould et Dunsmuir, celui-ci venant en tête de liste avec 366 voix. Lors d’une élection partielle tenue quelques mois plus tard, Myers annonça sa candidature mais se retira bientôt au bénéfice de Lewis, qui arriva néanmoins au dernier rang au scrutin.

En plus de son activité syndicale, Myers était un membre éminent de l’Independent Order of Good Templars, remplissant la fonction de dignitaire au sein de la Grand Lodge of British Columbia ; un fort courant d’antialcoolisme se manifestait chez les Chevaliers du travail dans toute l’Amérique du Nord. Il faisait également partie de l’Ancient Order of Foresters et de l’Ancient Order of United Workmen, deux organismes qui offraient aux mineurs de charbon des avantages intéressants dans le domaine des assurances.

Dans les mines de charbon de Nanaimo où Myers travaillait, l’air était sec, souvent poussiéreux et généralement grisouteux, donc sujet aux explosions. Entre 1879 et 1888, quatre grosses et deux petites explosions tuèrent 262 hommes. Le 3 mai 1887, le plus grave de ces accidents causa la mort de 147 hommes à la mine no 1 de la Vancouver Coal Mining and Land Company à Nanaimo. Myers comptait parmi les hommes qui, emprisonnés dans la galerie no 5, appelée Old Slope, succombèrent aux gaz délétères. Il mourut intestat, et on utilisa la paye qui lui était due pour ériger une plaque commémorative sur sa tombe au cimetière catholique St Peter à Nanaimo.

On a dit que les affaires de l’assemblée des Chevaliers du travail de Nanaimo ne sombrèrent dans la confusion qu’après la mort de Myers, mais il y a des indices laissant croire que, de son vivant, l’organisme ne regroupait même pas la majorité des mineurs. Sur les 97 hommes de race blanche qui trouvèrent la mort lors de l’explosion, 29 seulement appuyaient les Chevaliers du travail et à peine six d’entre eux étaient des membres en règle. Cependant, l’assemblée locale no 3017 passa de 17 membres fondateurs en 1883 à 241 membres l’année suivante, puis n’en compta plus que 150 en 1885, dernière année pour laquelle il existe des données.

La vie active de Myers en Colombie-Britannique couvre la période de transition entre les vagues associations des « mineurs libres » qui lavaient l’or alluvionnaire avec un équipement rudimentaire et les puissantes sociétés par actions exploitant de vastes mines de charbon et de roche dure, où le mineur n’était qu’un ouvrier embauché, incapable comme individu de protéger ses intérêts. Myers, qui se considérait avec raison comme « le père des Chevaliers du travail en Colombie-Britannique », représente bien ces travailleurs qui se tournèrent vers le syndicalisme pour rétablir l’équilibre entre le capital et le travail.

H. Keith Ralston et Gregory S. Kealey

Catholic Univ. of America Arch. (Washington), Terence V. Powderly papers (mfm aux APC).— PABC, GR 216 ; GR 431, B.C., Attorney General, Inquisitions, « Inquest into explosion in No. 1 mine, Nanaimo, 3 May 1887 » ; Colonial corr.., Lands and Works Dept. corr.— St Peter’s (Roman Catholic) Church (Nanaimo, C.-B.), Cemetery records, 11 mai 1887.— C.-B., Legislative Assembly, Sessional papers, 18741890 (rapports annuels du ministre des Mines) ; 18781886 (listes des personnes habilitées à voter dans le district électoral de Nanaimo) ; 1889 : 472.— Knights of Labor, Proc. of the General Assembly ([Philadelphie]), 1887.— Daily British Colonist, 5, 12, 19 juin, 10, 24 juill. 1860, 1er mars, 9 août 1861, 19 mai 1862, 15 mars 1865.— Free Press (Nanaimo), 17 déc. 1881, 16, 22, 25 août, 24 oct., 3 nov. 1883, 26 janv., 9 févr., 10 sept., 22 oct. 1884, 13, 20 févr., 16 oct., 17 nov., 22, 25, 30 déc. 1885, 11, 21 mai, 1er juin 1887.— Industrial News (Victoria), 1885–1886.— Journal of United Labor (Philadelphie), 1887.— The British Columbia directory [...] (Victoria), 1882–1885 ; 1887.— CPC, 1887.— First Victoria directory [...], Edward Mallandaine, compil. (Victoria), 1871.— J. N. G. Bartlett, « The 1877 Wellington miners’ strike » (travail présenté à l’Univ. of British Columbia, Vancouver, 1975).— J. E. Garlock, « A structural analysis of the Knights of Labor : a prolegomenon to the history of the producing classes » (thèse de ph.d., Univ. of Rochester, N.Y., 1974).— D. R. Kennedy, « The Knights of Labor in Canada » (thèse de m.a., Univ. of Western Ontario, London, 1945 ; publié sous le même titre, London, 1956).— J. E. Muller et M. E. Atchison, Geology, history and potential of Vancouver Island coal deposits (Ottawa, 1971).— P. A. Phillips, No power greater : a century of labour in British Columbia (Vancouver, 1967).— M. L. Tweedy, « The 1880 and 1881 strikes by the miners of the Vancouver Coal Company » (travail présenté à l’Univ. of British Columbia, 1978).

Bibliographie générale

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H. Keith Ralston et Gregory S. Kealey, « MYERS, SAMUEL H », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/myers_samuel_h_11F.html.

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Année de la publication:   1982
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