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NATTE, dit Marseille, JEAN-SÉBASTIEN, soldat, peintre et marionnettiste, né le 20 janvier 1734 à Marseille, France, fils de Jean-Noël Natte et de Françoise Gassin ; le 6 février 1758, il épousa à Québec Marguerite Ducheneau, dit Sanregret, et ils eurent trois filles, puis le 5 mai 1781, Marie-Louise Fluette, veuve de Joseph Barbeau ; décédé le 12 juillet 1803 à Québec.

Jean-Sébastien Natte, dit Marseille, arrive à Québec comme soldat du régiment de la Reine en 1757. Après la Conquête, il choisit de demeurer au Canada. On ne sait à quel moment il quitte l’armée, mais en 1766 il se dit peintre, puis en 1770 maître peintre. En qualité de peintre en bâtiment, il effectue des travaux à l’église de Saint-Michel-de-Bellechasse en 1773. Dans le livre de comptes de la fabrique, on note deux déboursés en faveur de Natte pour les tableaux de l’Ange gardien et de la Sainte Vierge. Mais rien ne permet d’affirmer que Natte en ait été l’auteur ; il est plus probable qu’il n’en ait été que le restaurateur, le monteur ou l’encadreur. Natte peint le banc d’œuvre et les côtés de l’autel de l’église Notre-Dame-de-Liesse, à Rivière-Ouelle, en 1784, ainsi qu’une partie de l’intérieur et de l’extérieur de l’église Saint-Joseph (à Lauzon), en 1787 et 1788.

Avant 1781, Natte se révèle malhabile et malchanceux en affaires, ce qui lui vaut de nombreuses déceptions au fur et à mesure qu’il se voit frustré dans ses tentatives pour acquérir une maison. Après avoir été obligé en 1766 d’abandonner un terrain appartenant à sa femme, il achète de François Lemonier en août 1770 une maison située à Pointe-aux-Trembles (Neuville), près de Québec, qu’il ne conserve que trois mois. Il acquiert, trois ans plus tard, une maison rue Saint-Jean, à Québec, en dehors des murs, mais elle sera incendiée lors du siège de la ville en 1775 [V. Benedict Arnold ; Richard Montgomery*]. Le terrain, dont les redevances annuelles sont en souffrance dès avant l’incendie, devient invendable. Natte est accablé d’une dette qui ne cesse de s’accroître. Condamné devant la justice en 1780, il abandonne ce terrain, mais il doit quand même verser à ses créanciers le montant des arrérages non rachetables. Natte se remarie dix mois après cet incident et semble, dès lors, ne plus avoir d’ennuis financiers.

Après l’incendie, Natte s’était établi dans une maison située rue d’Aiguillon, où il installera plus tard son théâtre de marionnettes. En 1792, Natte se dit « joueur de marionnettes » ; on ne sait à quand emonte cette activité théâtrale, mais elle semble coïncider avec son second mariage. L’exploitation d’un théâtre de marionnettes s’avère fort rentable. Le couple Natte ouvre son théâtre chaque année entre Noël et le carême, soit une période d’environ dix semaines. Philippe-Joseph Aubert* de Gaspé, en s’appuyant sur le témoignage de ses parents, relate dans ses Mémoires quelques souvenirs du théâtre de Natte. Les représentations burlesques, qu’il qualifie de « brillant théâtre », sont mouvementées et hilarantes. Les marionnettes, en plus de parler, exécutent des pas de danse au son d’un violon, d’un tambour et exceptionnellement d’un fifre. Natte, qui possède une « immense bouche », s’emploie à « désopil[er] la rate des nombreux spectateurs avides d’entendre les saillies qu’il prêt[e] à ses poupées ». Les représentations, d’une durée de deux heures, sont normalement destinées aux enfants, mais il arrive couramment que Natte et son épouse, Marie-Louise, déplacent leur matériel chez des particuliers, dont les « chefs de famille de la première société canadienne ». Le spectacle, qui amuse autant les adultes que les enfants, est souvent suivi d’un souper et parfois même d’un bal.

Natte utilise ses talents d’artiste peintre à la préparation des spectacles ; son matériel comporte non seulement « un jeu de marionnettes », mais « tout ce qui en dépend, comme une ville peinte en carton, aussi de petites figures peintes sur du carton, et le théâtre Garni ». Parmi les « garnitures » figurent peut-être des toiles de fond destinées aux diverses mises en scène constituant le répertoire. Comme enseigne sur la porte de la maison se trouve l’image d’un grenadier, grandeur nature, peinte en « couleurs vives et éclatantes ». Si le crédit de l’humour bouffon et de l’habileté en peinture nécessaires à ce métier revient à Natte, l’exploitation de ces talents repose sur les épaules de la « mère Natte ». Marie-Louise anime les spectacles, chantant notamment Malbrough s’en va-t-en guerre, et occupe sa digne place « au bas de la scène » pendant chaque représentation.

Les Natte connaissent leur plus grand succès lors d’une représentation donnée pour le prince Edward Augustus entre 1791 et 1794. Afin d’agrémenter le spectacle, ils présentent en primeur une maquette de la ville de Québec, terrain miniature sur lequel se jouent le « siège de Québec par les Américains en 1775, et [...] la raclée soignée que les Anglais et les Canadiens leur administrèrent », suivis d’un défilé des effigies de la famille royale, lequel, dit-on, fit pleurer le prince.

Il faut croire qu’au moment de se surpasser ainsi les Natte avaient déjà conçu le projet de se retirer, car ils étaient passés chez le notaire en décembre 1790 pour la vente de leur théâtre et de son matériel à François Barbeau, beau-fils de Natte. Les Natte continuent cependant d’habiter la maison et de s’occuper activement du théâtre de marionnettes, et ce jusqu’au décès de Marie-Louise en 1795, qui met un terme à cette collaboration.

Quelques mois plus tard, Jean-Sébastien Natte, dit Marseille, inscrit « barbouilleur » comme profession. Lors du dénombrement de 1798, il a quitté sa maison de la rue d’Aiguillon et a définitivement abandonné les marionnettes. Il habite en basse ville dans « une maison d’apparence pauvre », près de la « voie royale », où il meurt en 1803, oublié depuis un bon moment.

Le théâtre de Barbeau supporte mal la comparaison avec celui des Natte, mais son propriétaire possède au moins la vertu de la constance, sachant prolonger cette œuvre pendant près d’un demi-siècle. Il y aura un troisième propriétaire qui sera témoin de l’anéantissement de ce vénérable établissement que la police viendra « démolir » et « piller » à l’époque des troubles de 1837–1838. Les agents, dit-on, accrochaient sur les marionnettes des noms de rebelles, pour ensuite les promener sur la place publique.

David Karel

ANQ-Q, CE1-1, 13 juill. 1803 ; CN1-122, 5 nov. 1770 ; CN1-189, 5 janv. 1759 ; CN1-205, 19 juill. 1780 ; CN1-284, 17 déc. 1790.— Arch. municipales, Marseille, France, État civil, Saint-Martin, 20 janv. 1734.— MAC-CD, Fonds Morisset, 2, N282/J43.— « Les dénombrements de Québec » (Plessis), ANQ Rapport, 1948–1949 : 100.— P.[-J.] Aubert de Gaspé, Mémoires (Ottawa, 1866), 517, 544–552.— É.-Z. Massicotte, « Les marionnettes au Canada, le théâtre du père Marseille », BRH, 28 (1922) : 8–13.

Bibliographie générale

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David Karel, « NATTE, Marseille, JEAN-SÉBASTIEN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/natte_jean_sebastien_5F.html.

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Auteur de l'article:   David Karel
Titre de l'article:   NATTE, Marseille, JEAN-SÉBASTIEN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   1 octobre 2014