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NE-CAN-NETE (Ne-kah-nea, Ne-kah-new, connu sous les noms de Foremost Man et de Front Man), chef des Cris des Plaines ; décédé à un âge avancé le 16 mai 1897 près de Maple Creek (Saskatchewan).

Ne-can-nete passa probablement une partie de sa jeunesse dans la région des forts Qu’Appelle (Fort Qu’Appelle, Saskatchewan) et Pelly (Fort Pelly), mais à un moment quelconque il conçut un solide attachement pour les monts Cypress, situés plus à l’ouest. En vertu du traité n° 4, conclu en 1874 [V. David Laird*], il commença à toucher une rente en qualité de membre de la bande de Kahkewistahaw*. En 1880, son chef consentit à abandonner le mode de vie traditionnel des Cris, fondé sur la chasse au bison, et à s’installer dans une réserve gouvernementale sur le cours inférieur de la rivière Qu’Appelle. Cependant, la plupart des membres de la bande, sous l’autorité de Ne-can-nete, décidèrent de ne pas quitter les plaines, et des Indiens d’autres bandes ne tardèrent pas à les rejoindre. Reconnaissant Ne-can-nete comme le chef de plus de 400 Cris, le département des Affaires indiennes lui promit en 1881 une réserve dans la région des monts Cypress. En juillet de cette année-là, dans le but d’en choisir l’emplacement, des fonctionnaires du département et Acheson Gosford Irvine*, commissaire de la Police à cheval du Nord-Ouest, visitèrent cette région avec lui et d’autres Indiens. Puis, l’année suivante, le département décida que toutes les réserves devaient se trouver plus au nord, loin de la frontière américaine.

À l’époque, le bison avait presque disparu des Prairies canadiennes, et les monts Cypress, riches en gibier, en eau et en bois d’œuvre, devenaient un lieu de rendez-vous pour plusieurs milliers d’Indiens démunis qui, même s’ils n’étaient plus en mesure de tirer leur subsistance de la chasse, refusaient de se sédentariser. Pour les pousser à s’installer dans les réserves où, espérait-on, ils apprendraient à vivre de l’agriculture, le département des Affaires indiennes annonça qu’à compter de 1882 les rentes et autres indemnités garanties par traité n’iraient qu’à ceux qui se fixeraient sur ces terres. En moins de deux ans, toutes les bandes se virent donc contraintes de monter vers le nord, sauf celle de Ne-can-nete, mais à peu près la moitié de ses gens, constatant qu’ils ne pouvaient subsister sans ces indemnités, partirent aussi. Le chef cri affirmait être tout à fait disposé à habiter dans une réserve à condition qu’elle soit près de ses chers monts Cypress, et les 200 Indiens restés avec lui le soutenaient dans cette position. Même si d’autres chefs cris plus éminents, tels Piapot [Payipwat*], Little Pine [Minahikosis*] et Big Bear [Mistahimaskwa*] avaient été obligés de quitter ces collines, le gouvernement ne jugeait pas Ne-can-nete dangereux et, comme sa bande ne causait pas de problèmes, on les laissa demeurer à l’écart.

Ne-can-nete n’était pas l’un de ces chefs dynamiques et portés à l’exhortation comme on en trouve tant dans la tradition crie. Son autorité s’enracinait dans son attachement aux monts Cypress, et ses partisans tiraient leur courage de son exemple. Se faisant leur porte-parole, il tenta, dans les années 1880, de convaincre le département des Affaires indiennes de créer la réserve promise mais, comme il constatait son insuccès, il choisit de ne plus faire appel aux représentants du gouvernement.

Ne-can-nete resta neutre pendant la rébellion du Nord-Ouest [V. Mistahimaskwa] et, après 1885, la petite bande qu’il dirigeait était le seul groupe de Cris des Plaines à ne pas vivre dans une réserve. Considérés comme des « traînards » issus d’autres bandes et classés injustement, par les fonctionnaires des Affaires indiennes, parmi les Indiens qui n’étaient pas visés par les traités, les compagnons et compagnes de Ne-can-nete parvinrent néanmoins à survivre dans les monts Cypress sans l’aide de l’État. Ils étaient souvent disséminés dans une vaste région qui embrassait les deux côtés de la frontière canado-américaine et subsistaient en chassant du petit gibier, en coupant du bois de chauffage dans les monts Cypress, en ramassant, dans les plaines, des os de bison qu’ils vendaient comme engrais, en faisant le commerce des chevaux et en travaillant à la journée pour des éleveurs de bétail. Ils ne demandaient jamais d’assistance publique ni de soins médicaux, n’envoyaient pas leurs enfants à l’école et faisaient rarement appel aux tribunaux canadiens. Ils survivaient plutôt en perpétuant l’organisation sociale et le partage communautaire qui appartenaient à la tradition crie.

Ne-can-nete mourut au printemps de 1897 sans avoir obtenu la réserve dans les monts Cypress qu’il réclamait depuis 1880. En 1913, avec l’aide d’un avocat blanc, son successeur, Crooked Legs, recevrait finalement une concession foncière située près de Maple Creek, où serait aménagée la réserve indienne Nekaneet. Toutefois, les indemnités garanties par traité ne seraient restituées à la bande qu’en 1975.

David Lee

AN, RG 10, B3, 3744–3745 ; 3757 ; 3863 ; 3964 ; 7779 ; B8, 9412–9415A ; RG 18, A1, 62 ; 91 ; 1042 ; B1, 1038 ; 1063 ; 1140 ; 1382.— Canada, Parl., Doc. de la session, 1880–1906 (rapports annuels du ministère des Affaires des Sauvages et de la Police à cheval du Nord-Ouest).— D. G. Mandelbaum, The Plains Cree : an ethnographic, historical, and comparative study (Regina, 1979).— David Lee, « Foremost Man, and his band », Saskatchewan Hist. (Saskatoon), 36 (1983) : 94–101.

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David Lee, « NE-CAN-NETE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ne_can_nete_12F.html.

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Auteur de l'article:   David Lee
Titre de l'article:   NE-CAN-NETE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   26 octobre 2014