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NEWMAN, ROBERT, capitaine de navire, agent commercial et marchand, baptisé le 9 décembre 1735 à Dartmouth, Angleterre, fils aîné de Robert Newman e de Mary Holdsworth ; en 1760, il épousa Ann Holdsworth, et ils n’eurent pas d’enfants ; décédé le 30 juillet 1803 à Dartmouth.

Vouloir participer, à titre de marchand, à la pêche à la morue de Terre-Neuve, entre 1600 et 1800, période où le commerce était saisonnier et avait son point de départ dans les comtés du sud-ouest de l’Angleterre, c’était se lancer dans une entreprise hautement spéculative qui rapportait parfois d’énormes profits. Malheureusement, au cours d’une grande partie de cette période, ceux-ci furent minces et difficiles à réaliser ; une fortune bâtie en quelques années pouvait, et c’était souvent le cas, être dissipée avant la fin d’une première génération. Une des caractéristiques de cette pêche résidait donc dans le changement continuel de l’importance des familles de marchands. Seules quelques-unes réussirent à créer des dynasties de deux générations ou trois au maximum, mais il y en eut une poignée qui se rendit à Terre-Neuve faire du commerce pendant plus d’un siècle. Or, le cas des Newman est unique puisqu’ils semblent s’être engagés dans la pêche presque dès ses débuts et ne se retirèrent de Terre-Neuve qu’en 1907. La famille demeurait à Dartmouth et à Totnes dans le sud du Devon en 1395, année au cours de laquelle elle expédiait par bateau à Bordeaux, en France, et au Portugal du tissu anglais et du poisson salé en échange de vin. En 1589, John Newman possédait deux bateaux dans les pêcheries de Terre-Neuve et, pendant les trois siècles suivants, chaque génération de Newman eut son représentant dans ce commerce. L’une des premières familles du sud-ouest de l’Angleterre dont les membres firent du commerce à Terre-Neuve, elle fut la dernière à s’en retirer. Il n’est donc pas étonnant qu’elle ait joué un rôle essentiel en aidant non seulement à soutenir les pêcheries de Terre-Neuve, mais même parfois à stabiliser les fortunes précaires de Dartmouth, sa ville natale.

Cependant, une des générations se détache des autres, celle qui se lança dans la pêche entre 1775 et 1811. Cette période connut des vagues de prospérité et de marasme continues ainsi que la guerre et des changements économiques qui frappèrent à la fois le commerce terre-neuvien et l’ensemble de l’économie anglaise ; période qui vit aussi la plupart des marchands de Dartmouth faire rapidement fortune puis faillite, incapables de s’adapter à de nouvelles méthodes commerciales suivant lesquelles on fournissait des marchandises aux colons en échange de poisson plutôt que de pêcher à son propre compte. Sur la quinzaine de marchands de Dartmouth qui exerçaient avant 1793, seuls trois avaient survécu en 1810, et la Robert Newman and Company représentait l’unique entreprise qui avait réussi au point d’être beaucoup plus importante qu’en 1793. Elle avait débuté en 1779 avec un capital de £9 000. En 1800, elle s’était assuré un bénéfice net de plus de £90 000 dont elle avait, avec assiduité, réinvesti une bonne partie dans l’affaire. Si, en 1780, elle possédait trois bateaux, en 1805, elle en avait 12 malgré les lourdes pertes subies pendant les guerres de la Révolution française. Quant à ses exportations de poisson, elles passèrent de 14 000 quintaux en moyenne par an entre 1780 et 1785 à 27 000 quintaux pendant la période de 1800–1805 au cours de laquelle elles représentèrent quelque 5 p. cent du commerce total d’exportation de Terre-Neuve.

Avant que Robert et ses frères n’établissent leur société, la famille avait survécu pendant des générations mais n’avait réussi à amasser que de maigres bénéfices. Or, lorsque la génération de Robert disparut, les Newman avaient accédé, dans l’ouest de l’Angleterre, à une immense fortune et à un rang social supérieur. Ils avaient fourni aux habitants de la côte méridionale de Terre-Neuve une assise matérielle pour tout le xixe siècle, période au cours de laquelle ils exploitèrent au moins dix établissements où ils méritèrent leur réputation de fournisseurs de « rhum et [de] religion ».

La firme fit ses débuts d’une manière assez traditionnelle. Le père de Robert et son frère Richard avaient dirigé leurs pêcheries à St John’s et dans les petits villages de pêcheurs depuis la mort de leur père en 1754. Robert père n’eut pas moins de six fils, dont Robert, qui était l’aîné ; le troisième, Thomas, fit son apprentissage chez Holdsworth, Land, and Olive, négociants en vins et représentants à la commission à Oporto, au Portugal, tandis que le cinquième, Holdsworth, paraît avoir toujours agi à son propre compte – peut-être fit-il un mariage qui déplut à son père. Il restait donc quatre fils qui suivirent leur père dans le commerce terre-neuvien : Robert, John, Lydston et Richard. Robert se rendit à Terre-Neuve pour la première fois au milieu des années 1750. Nommé capitaine du bateau de son père, le Syren, en 1757, il servit apparemment de représentant de la famille à St John’s pendant les trois années suivantes. En 1760, il se maria et fut élu citoyen d’honneur de la ville de Dartmouth. Il semblerait que lui et son frère John aient occupé, à tour de rôle, le poste de représentant à St John’s jusqu’à la mort de leur père en 1774. Ni Lydston ni Richard ne s’étaient encore rendus à Terre-Neuve ; on présume qu’ils travaillaient avec leur père dans le bureau de comptabilité de Dartmouth.

À la mort de Robert père, il se fit une réorganisation de l’affaire familiale sous la direction, assez curieusement, de John, frère cadet de Robert. Cependant, en 1779, John mourut prématurément à 36 ans ; cette même année naquit la Robert Newman and Company, maison où Robert, Lydston et Richard étaient des associés égaux. Sous la direction de John, la firme avait du moins surmonté les difficultés causées par les premières années de la Révolution américaine. Cependant, John n’avait pas pris de nouvelles initiatives et s’était contenté de gérer les affaires de la même manière que son père, c’est-à-dire en exploitant des morutiers et en traitant avec les bye-boat keepers et les planters résidant à St John’s, à Torbay et à Petty Harbour. Robert, lui, eut davantage d’imagination et d’initiative. Juste après la guerre, en 1783, il se rendit à Terre-Neuve puis, de retour à Dartmouth, persuada ses frères qu’ils devraient ouvrir une autre maison à Terre-Neuve, dans la région récemment peuplée, et prometteuse, de la péninsule de Burin. Ils ouvrirent un magasin à Little St Lawrence, en 1784, sous la responsabilité d’un agent et, en 1800, ils y traitaient autant d’affaires que dans l’ancienne maison établie à St John’s ; entre-temps, d’autres succursales virent le jour à Burin et à Little Bay dans la baie Fortune. En 1812, le bureau principal de Terre-Neuve était installé à Harbour Breton, point central d’où l’entreprise domina toute la côte vers l’ouest pendant le xixe siècle.

Si le commerce des Newman survécut et prospéra au cours des années 1790, ce fut presque certainement grâce à la décision qu’ils prirent d’aller s’installer dans un petit village de pêcheurs, dans une région nouvellement peuplée mais qui était en plein essor et entourée de zones de pêche parmi les meilleures de Terre-Neuve. Par contre, les entreprises de leurs compatriotes qui étaient demeurés à St John’s et sur le Southern Shore périclitèrent. Les Newman avaient un approvisionnement en poissons assuré et, par comparaison avec les marchands de St John’s, peu de concurrence. En outre, ils se trouvaient dans une région où la pêche relevait toujours des pêcheurs du pays alors que St John’s et le Southern Shore avaient constamment connu une pêche saisonnière alimentée par le Grand-Banc et la migration annuelle de bye-boat keepers venus d’aussi loin que d’Angleterre et d’Irlande. Pendant les années 1790, cette pêche saisonnière s’effondra et entraîna avec elle les marchands qui en vivaient ; quant à la Robert Newman and Company, en allant s’installer sur la côte méridionale, non seulement échappa-t-elle à ce sort, mais elle ne cessa de prospérer. D’ailleurs, cette décision qu’avaient prise Robert et ses frères de se déplacer n’était pas un coup de chance : elle reflétait leur sens très aigu des affaires et de l’efficacité commerciale. Perspicaces et travailleurs, ils portaient une attention extrême au détail et, comme le prouvent leurs grands livres, toujours conservés, ils étaient des comptables assidus dont le système de comptabilité était très en avance sur celui de la plupart de leurs contemporains. Insensibles et durs envers les employés qui manquaient à leurs engagements, ils se montraient enclins à soutenir ceux qui gagnaient leur confiance. Ils se distinguaient surtout par leur honnêteté et la ponctualité dans leurs transactions commerciales, et la parcimonie dans leur vie personnelle – car, malgré leur enrichissement rapide, ils vivaient toujours simplement – et à l’égard de leurs employés,

En 1800, les associés avaient réussi « de façon remarquable », comme le soulignèrent leurs contemporains, mais une crise en puissance, celle de la succession, menaça la fortune et le commerce familial. Heureusement, leur frère Thomas, qui s’était lancé dans le commerce avec le Portugal et allait prendre sa retraite, avait fait donner à ses deux fils, Robert William et Thomas, une formation dans le domaine du commerce du porto et dans la représentation à la commission. Les associés portèrent leur regard du côté de Dartmouth et décidèrent de partager leur héritage avec un membre d’une famille peu fortunée de l’endroit, Henry Holdsworth Hunt ; fils d’un médecin estimé, il fut accueilli au sein du clan Newman et se rendit à Oporto pour remplacer Thomas Newman quand ce dernier se retira à Bath en 1802. La Robert Newman and Company ouvrit un bureau à Londres où le neveu des associés, Robert William (auquel se joignit plus tard son frère Thomas), apprit les arcanes du commerce terre-neuvien sous la tutelle d’un employé de confiance, John Christopher, et d’un de leurs capitaines en retraite, James Lyon. La succession désormais assurée, les vieux associés continuèrent à exploiter, à Dartmouth, ce qui était encore la maison principale.

Les associés n’avaient sûrement pas agi trop précipitamment car, le 30 juillet 1803, « l’échevin Robert Newman, juge de paix », mourut à Dartmouth ; Richard suivit en 1811. Quant à Lydston, il se retira des affaires, à cause de son âge ; la maison de Dartmouth était ainsi plus ou moins fermée pendant que la nouvelle génération assumait les responsabilités de son bureau de Londres. Lydston vécut jusqu’à 89 ans, mais ne s’intéressa plus de près au commerce que les neveux et leurs associés exploitèrent encore davantage.

Cependant, avant la mort de Richard, les frères Newman avaient fait encore autre chose pour la nouvelle génération. Entre 1801 et 1810, Lydston et Richard achetèrent au moins trois domaines ainsi que d’autres terres d’une valeur minimale de £30 000, qu’ils donnèrent à Robert William Newman. Ces avoirs fonciers le catapultèrent dans les hautes sphères de son comté : en 1818, il devint député d’Exeter à la chambre des Communes, puis baronnet, en 1836, pourvu d’un nouveau manoir à Mamhead. Il possédait une prédilection pour des dotations judicieusement choisies qui subsistent encore. Pendant des siècles, la famille Newman avait tenu une place hautement respectable dans la société de Dartmouth mais, à la fin du xviiie siècle, Robert Newman et ses frères permirent aux générations suivantes d’accéder à un rang social beaucoup plus élevé.

Keith Matthews

Devon Record Office, 2537A ; 2992A ; DD60501–68053 ; Exeter City Arch., town customs accounts.— Dorset Record Office, D203/A4–A5.— Hunt, Roope & Co. (Londres), Robert Newman & Co., corr. from Dartmouth house and Oporto ; journals and ledgers ; ledger for Little Bay, Nfld. (mfm aux PANL).— PANL, GN 1/13/4 ; GN 2/1 ; GN 5/2/A/1–1817, minute-books.— PRO, ADM 7/154–155 ; BT 5/3 ; BT 6/87, 6/190 ; CO 33/13–26 ; CO 194 ; CO 325/7 ; CUST 65 ; HCA 26/62 ; T 64/82.— Trewman’s Exeter Flying Post, or Plymouth and Cornish Advertiser (Exeter, Angl.).— Reg. of shipping.

Bibliographie générale

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Keith Matthews, « NEWMAN, ROBERT », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/newman_robert_5F.html.

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Auteur de l'article:   Keith Matthews
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   18 avril 2014