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NISBET, JAMES, premier missionnaire presbytérien chez les Indiens du Nord-Ouest, fondateur de la colonie de Prince-Albert en Saskatchewan, né le 8 septembre 1823 dans la paroisse de Gorbals, à Glasgow en Écosse, décédé le 30 septembre 1874 à Kildonan au Manitoba.

James Nisbet était le fils de Thomas Nisbet, chef de chantier naval à Rutherglen sur le fleuve Clyde, qui avait émigré dans le Canada-Ouest avec sa famille en 1844 et s’était installé à Oakville sur les rives du lac Ontario. James, qui avait travaillé comme apprenti menuisier à Glasgow, continua d’exercer son métier pendant quelque temps après son arrivée au Canada. Il suivit ensuite un cours de théologie d’une durée de quatre ans, à Knox College, à Toronto. Diplômé en 1849, il fut le représentant et le missionnaire de la Sabbath School Society de Montréal jusqu’en janvier 1850 ; il reçut alors les ordres et fut nommé pasteur de la congrégation d’Oakville. Pendant son séjour à Oakville, il allait en hiver exercer son apostolat dans des cantons aussi éloignés que St Vincent, Artemesia et Nottawasaga.

En 1862, le Foreign Mission Committee de l’Église presbytérienne du Canada confia à Nisbet la tâche d’aider le révérend John Black* à la mission de la Rivière-Rouge. Il devait aussi s’enquérir des possibilités d’établir une nouvelle mission chez les Indiens des territoires de la Hudson’s Bay Company ainsi que de l’endroit où cette mission pourrait être établie. Nisbet atteignit Kildonan en juillet 1862 et s’adapta très vite à sa nouvelle tâche. En 1864, il épousa Mary, fille de Robert MacBeth, de Kildonan, membre du Conseil d’Assiniboia ; ils eurent quatre enfants.

En octobre 1862, Nisbet fit parvenir au Foreign Mission Committee un rapport indiquant le coût approximatif d’une mission chez les Cris de la rivière Berens, sur la rive est du lac Winnipeg. Il suggéra ensuite l’établissement de missions dans les postes miniers de la rivière Saskatchewan situés près du fort Edmonton et dans la région du fleuve Mackenzie. En juin 1863, il s’adressa en personne au synode général réuni à Hamilton, mais il ne réussit pas à convaincre les délégues de la nécessité de faire de nouvelles dépenses pour une mission indienne. Black fut aussi déçu que Nisbet et il proposa, lors des synodes généraux de 1864 et de 1865, que l’Église presbytérienne examine la possibilité d’établir une mission chez les Cris, dans la vallée de la rivière Saskatchewan-Nord. Le synode consentit enfin à ce que l’on chargeât Nisbet d’une mission dans la vallée de la Saskatchewan, ce qui fut fait en 1866.

Nisbet voulait que cette mission fût « itinérante ». En plus d’un interprète qui l’accompagnerait dans ses visites chez les différentes tribus, il avait donc besoin d’une personne digne de confiance qui assumerait la responsabilité du poste de la mission en son absence. Aucun autre ministre du culte n’était disponible mais Nisbet put obtenir l’aide de deux excellents interprètes. Du fort Edmonton, George Flett, le beau-frère de la femme de Black [Henrietta Ross], viendrait au fort Carlton pour aider Nisbet dans le choix d’un endroit convenable. Flett avait des ascendants cris et il avait à cœur le bien-être des Indiens. Il promit donc de se rendre à la mission dès que le contrat qui le liait à la Hudson’s Bay Company aurait pris fin. John McKay, le beau-frère de la femme de Nisbet, servirait de guide et surveillerait les travaux de construction. Il avait, lui aussi, des ascendants cris et il était reconnu comme un grand chasseur de bison. Deux engagés, dont l’un était le beau-frère de Nisbet, viendraient prêter main-forte à Nisbet pendant un an.

Les 6 et 7 juin, le petit groupe quitta Kildonan dans des voitures tirées par des bœufs et arriva, 40 jours plus tard, au fort Carlton, sur la Saskatchewan-Nord. Ils apprirent alors que Flett n’avait trouvé aucune bande de Cris qui consentît à accueillir la mission. Toutefois, Flett, qui avait une ferme située dans les basses terres à 60 milles en aval du fort Carlton, conseilla à Nisbet de s’y installer. Après avoir visité l’endroit, Nisbet y amena ses compagnons et le baptisa Prince-Albert. C’était le 26 juillet 1866.

Les Cris de Prince-Albert ne voulaient pas de mission dans leur territoire : ils craignaient une éventuelle immigration de colons qui leur enlèveraient leurs terres et chasseraient leurs bisons. Nisbet usa de patience et de tact, et fort des conseils de Flett, il réussit à vaincre le résistance des Cris. Il leur offrit des vivres et des vêtements et il s’en fit des amis. On défricha la terre, on fit des provisions de foin pour nourrir les bêtes en hiver et l’on érigea des constructions en rondins. En septembre, Nisbet et Flett remontèrent la rivière pour aller célébrer le culte dans les postes de la compagnie et dans les campements cris situés entre les forts Carlton et Edmonton. Ce fut là le seul service « itinérant » que Nisbet put organiser. Flett ne resta pas très longtemps à Prince-Albert et il y avait trop à faire pour que McKay quittât la mission. Quant à Nisbet, il ne réussit malheureusement pas à se familiariser suffisamment avec le cri pour pouvoir prêcher dans cette langue.

Nisbet croyait que la meilleure façon d’obtenir des résultats définitifs serait de réunir les enfants cris dans une école où on leur enseignerait les « matières ordinaires d’une instruction profane et chrétienne », tout en leur apprenant à devenir fermiers ou artisans. Les frais qu’entraînerait le logement des enfants à l’école ne seraient pas très élevés une fois que la ferme aurait commencé à produire. En outre, on encouragerait les familles indiennes à venir s’établir près de la mission. En plus de l’école pour les jeunes Indiens, Nisbet voulait en ouvrir une pour les enfants des employés de la compagnie et de la mission. Il réussit à s’assurer les services d’un instituteur d’expérience de la Rivière-Rouge, Adam McBeth, et l’école anglaise ouvrit ses portes en 1867. Nisbet pensait que les jeunes Indiens devaient étudier dans la langue crise et que seuls ceux qui montraient des aptitudes particulières pourraient étudier l’anglais. Au cours de l’été de 1866, il avait lui-même essayé d’enseigner aux jeunes Cris l’écriture syllabique et McKay avait été chargé de rédiger un livre de lecture en cri. Nisbet se rendit vite compte que les jeunes Indiens apprenaient rapidement l’anglais et il abandonna son programme d’enseignement en langue crise. En 1871–1872, 26 enfants fréquentaient l’école mais de ce nombre, huit seulement étaient des pensionnaires indiens.

Les services religieux furent célébrés en anglais et en cri jusqu’en 1871–1872 ; à partir de cette date, seul l’anglais fut utilisé le matin mais la célébration de l’après-midi se faisait dans les deux langues. Une chapelle pouvant loger 120 personnes fut inaugurée en 1872 et l’on cessa de célébrer les services religieux à la demeure du missionnaire.

La ferme jouait un rôle important dans la vie de la mission. Elle devait servir de modèle aux Indiens et pourvoir aux besoins de la mission et des autres postes de mission qui seraient établis dans les alentours. L’on récolta du blé et de l’orge en 1867, et les 17 boisseaux de blé ensemencés produisirent 600 boisseaux au moment de la moisson en 1868. Dès 1871, 40 acres de terre étaient en culture et l’on utilisait une batteuse pour la récolte et un petit moulin de fer pour moudre le grain. Nisbet raconte avec une pointe d’ironie qu’au cours des « années de famine », les produits de la ferme attiraient bien plus les bandes d’Indiens nomades que l’enseignement religieux qui se donnait à la mission.

Nisbet continua de réclamer l’aide d’un second missionnaire qui ne lui fut accordé qu’en 1872. C’est cette année-là que des critiques injustes furent formulées contre son œuvre. Selon un article paru le 2 février 1872 dans le Western Advertiser de Winnipeg, il y avait eu favoritisme et mauvaise administration à la mission de Prince-Albert. Ces accusations étaient fondées, disait l’article, sur les déclarations d’anciens employés de la mission ; le Foreign Mission Committee jugea qu’elles étaient suffisamment graves pour envoyer un enquêteur, le révérend William Moore. Celui-ci arriva à Prince-Albert en septembre 1872 et découvrit qu’avec les modestes moyens dont il disposait, Nisbet avait obtenu des « résultats magnifiques ». Cependant, Moore était d’avis que l’on avait consacré trop de temps et d’énergie à l’agriculture et pas assez à l’évangélisation ; que l’on aurait dû utiliser davantage le cri dans l’enseignement et consacrer plus d’effort à la prédication de l’Évangile aux tribus nomades. Puisque l’on n’avait plus besoin de la ferme comme source d’approvisionnement et comme centre de formation, Moore recommanda de l’abandonner. Le Foreign Mission Committee envisageait déjà des changements et après avoir consulté Nisbet, il fut décidé de discontinuer l’exploitation agricole.

Cette décision arrivait cependant trop tard pour aider Nisbet qui avait dû passer l’hiver de 1873 dans son ancienne maison d’Oakville. Peu après son retour à Prince-Albert, la santé de sa femme se détériora rapidement et elle fut ramenée dans l’Est pour y être soignée. Elle mourut chez son père, à Kildonan. Épuisé par son travail ardu, Nisbet tomba malade et mourut quelques jours plus tard.

L’œuvre principale de Nisbet fut l’établissement d’un centre missionnaire où pouvait s’exercer à l’occasion l’œuvre d’évangélisation. Ses contemporains le considéraient comme « un missionnaire particulièrement généreux et dévoué ». Il a peut-être fait plus pour préparer la voie de la colonisation par les Blancs de la région de la Saskatchewan que pour préparer les Indiens à l’arrivée de ces colons.

Jean E. Murray

McGill University Archives, James Nisbet, Diary, Prince Albert, 18681874 ; James Nisbet, Letters, accounts ; James Nisbet, Statement of conditions in Prince Albert, 1875.— The Home and Foreign Record of the Canada Presbyterian Church, III–XIV (Toronto, 18631875).— G. W. D. Abrams, Prince Albert ; the first century, 1866–1966 (Saskatoon, 1966), 2–17.— Hugh McKellar, Presbyterian pioneer missionaries in Manitoba, Saskatchewan, Alberta and British Columbia (Toronto, 1924), 13–15, 87–91.— H. C. Mathews, Oakville and the Sixteen ; the history of an Ontario port (Toronto, 1953), 267–270.— Missionary pathfinders ; Presbyterian laborers at home and abroad, W. S. MacTavish, édit. (Toronto, 1907), 83–93.— E. H. Oliver, The Presbyterian Church in Saskatchewan 1866–1881, MSRC, 3e sér., XXVIII (1934), sect. ii : 61–94.

Bibliographie générale

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Jean E. Murray, « NISBET, JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/nisbet_james_10F.html.

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Auteur de l'article:   Jean E. Murray
Titre de l'article:   NISBET, JAMES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   23 octobre 2014