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OGIMAUH-BINAESSIH (Okemapenesse, qui signifie « chef petit oiseau » ; Wageezhegome, Wakeshogomy, Weggishgomin, qui veut dire « qui est comme le jour » ; John Cameron, Captain John), chef mississagué de la tribu des Sauteux, membre du clan de l’Aigle et fermier, né en mai 1764 à la rivière Crédit (Ontario) : décédé le 30 septembre 1828 à la mission de la rivière Crédit (Mississauga, Ontario).

Pendant sa jeunesse, Wageezhegome assista à la destruction du mode de vie de son peuple. Après la Révolution américaine, l’arrivée de milliers de colons blancs dans ce qui est maintenant le sud de l’Ontario obligea bientôt les Mississagués à abandonner une grande partie de leur territoire de chasse et leur fit perdre leurs territoires de pêche. La proximité des Blancs amena aussi une série de maladies épidémiques, la petite vérole notamment, contre lesquelles les Indiens n’avaient aucune immunité. Au cours des années 1790, ces nouvelles maladies emportèrent plus de 150 dès 500 membres de la bande de la rivière Crédit, à l’extrémité ouest du lac Ontario. Tandis que leur société agonisait, nombre de Mississagués se contentaient de vendre les quelques fourrures qu’ils prenaient ou les quelques poissons qu’ils pêchaient pour obtenir de l’« eau de feu » des Blancs. Wageezhegome fut presque le seul à opter pour une voie différente.

Reconnaissant que le monde de sa jeunesse avait disparu pour toujours, le jeune guerrier consacra ses efforts à s’adapter à la société blanche qui l’entourait. Auprès de David Ramsay*, tueur notoire d’Indiens et trafiquant de fourrures, il apprit un peu d’anglais et acquit des notions rudimentaires d’agriculture. Il fréquenta une école et adopta même comme nom anglais celui de John Cameron, fonctionnaire du département des Affaires indiennes. Finalement, l’énergique Wageezhegome se construisit une confortable cabane en bois rond dans la plaine de la rivière Crédit et cultiva un peu de maïs et de pommes de terre. Comme pour symboliser sa transformation, il abandonna aussi son costume indien, fait d’une bande-culotte et de jambières, et commença à porter des pantalons de fabrication commerciale.

Les Mississagués respectaient leur compatriote « occidentalisé » et le choisirent en août 1805 pour succéder à son père, en tant que l’un des deux chefs de la bande. On présume que c’est à cette occasion qu’il reçut le titre d’Ogimauh-binaessih, même si son autre nom continua d’être employé. Avec les « principaux hommes et femmes » de la bande, il signa en 1805, 1818 et 1820 les documents par lesquels les Mississagués, incapables de résister plus longtemps à la colonisation blanche, cédèrent leurs dernières terres de la rive nord-ouest du lac Ontario et ne conservèrent qu’une petite parcelle à la rivière Crédit. Là, Ogimauh-binaessih continua de vivre dans sa cabane et de cultiver la terre, tandis que les autres membres de sa tribu habitaient dans des wigwams et tentaient d’assurer leur subsistance en pêchant, en chassant, et en fabriquant des paniers et des balais qu’ils vendaient aux Blancs.

À la fin de 1824, Peter Jones* arriva à la rivière Crédit et Ogimauh-binaessih donna un appui sans réserve à ce missionnaire méthodiste autochtone. Plus d’une décennie auparavant, il avait accepté de recevoir le baptême et, depuis, avait-il confessé à Jones, il avait « à plusieurs reprises souhaité que les bons chrétiens blancs viennent implanter la religion chrétienne parmi [eux] et [leur] enseignent à suivre le bon chemin ». Un nouveau lien familial le rapprochait aussi des méthodistes. Peu avant l’arrivée de Jones, Ogimauh-binaessih, âgé de 60 ans, avait épousé Wechikiwekapawiqua (baptisée Catharine Cameron), la demi-sœur du missionnaire, âgée de 17 ans.

Après la visite de Jones, Ogimauh-binaessih se rendit à une soixantaine de milles à l’ouest de la rivière Crédit, dans la nouvelle communauté d’Indiens méthodistes de Davisville, fondée par Thomas Davis [Tehowagherengaraghkwen] sur la rivière Grand, juste au nord de l’actuelle ville de Brantford. Il monta sa tente dans la mission et inscrivit immédiatement sa jeune épouse à l’école méthodiste. Au printemps suivant, il retourna quelque temps à la rivière Crédit « afin de conseiller aux Indiens païens d’abandonner leurs mauvaises habitudes, [...] de cesser de boire de l’eau de feu et de tenter de servir le Seigneur », pour reprendre les termes de Peter Jones. Beaucoup d’Indiens l’accompagnèrent lorsqu’il revint à Davisville.

Quand, en 1826, les Mississagués chrétiens de la rivière Grand regagnèrent la rivière Crédit pour y fonder une colonie agricole modèle d’autochtones, le vigoureux Ogimauh-binaessih les aida dans toute la mesure du possible en lisant des passages de la Bible à ses compatriotes, en servant d’assistant au class leader de la congrégation et en aidant Peter Jones et son frère John* à enseigner les techniques d’agriculture.

Le 24 février 1828, Ogimauh-binaessih eut une fille, Charlotte, à la mission de la rivière Crédit. Plus tard dans l’année, ce chef respecté tomba subitement malade ; il mourut le 30 septembre. Peter Jones, qui lui succéda comme chef, rappela plus tard que, peu de temps avant de mourir, Ogimauh-binaessih avait dit : « Je remercie le Seigneur de m’avoir laissé vivre assez longtemps pour voir tout mon peuple servir le Grand Esprit. » Ogimauh-binaessih fut un ardent partisan du modernisme ou, pour employer un terme fréquemment utilisé plus tard au xixe siècle par le département des Affaires indiennes et les Églises chrétiennes, un Indien très « progressiste ».

Donald B. Smith

L’auteur tient à remercier Basil Johnston du Royal Ontario Museum (Toronto) pour ses avis sur les noms ojibwés.  [d. b. s.]

UCC, Central Arch., Toronto, Credit Mission, record book.— Canada, Indian treaties and surrenders [...] [1680–1906] (3 vol., Ottawa, 1891–1912 ; réimpr., Toronto, 1971), 1 : 35, 48, 53–54.— Peter Jones, History of the Ojebway Indians ; with especial reference to their conversion to Christianity [...], [Elizabeth Field, édit.] (Londres, 1861) ; Life and journals of Kah-ke-wa-quo-nā-by (Rev. Peter Jones), Wesleyan missionary, [Elizabeth Field et Enoch Wood, édit.] (Toronto, 1860).— D. B. Smith, « The Mississauga, Peter Jones, and the white man : the Algonkians’ adjustment to Europeans on the north shore of Lake Ontario to 1860 » (thèse de ph.d., Univ. of Toronto, 1975).

Bibliographie générale

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Donald B. Smith, « OGIMAUH-BINAESSIH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ogimauh_binaessih_6F.html.

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Auteur de l'article:   Donald B. Smith
Titre de l'article:   OGIMAUH-BINAESSIH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   2 octobre 2014