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PAINCHAUD, CHARLES-FRANÇOIS, prêtre catholique, missionnaire et administrateur scolaire, né le 9 septembre 1782 à l’île aux Grues, Québec, fils aîné de François Painchaud, navigateur, et d’Angélique Drouin ; décédé le 9 février 1838 à Sainte-Anne-de-la-Pocatière (La Pocatière, Québec).

Charles-François Painchaud est encore tout jeune lorsque ses parents vont s’établir rue Saint-Vallier, dans le faubourg Saint-Roch, à Québec. Son père, doté d’une certaine instruction, lui apprend à lire. Comme le curé Joseph-Octave Plessis* avait remarqué ses talents, Charles-François fait son entrée au petit séminaire de Québec vers 1792. Au milieu de ses études classiques, à l’âge de 15 ans, l’adolescent pleure la mort de son père et Plessis le confie alors au curé de L’Ange-Gardien, Jean Raimbault. C’est dans ce presbytère que Painchaud poursuit ses études jusqu’à la classe de philosophie, qu’il se rend faire au séminaire de Québec en 1799. Pendant ses études théologiques, il sert de précepteur aux enfants du lieutenant-gouverneur sir Robert Shore Milnes.

Ordonné prêtre le 21 septembre 1805, Painchaud occupe pendant quelques mois un poste de vicaire à la cathédrale de Québec, puis il accepte la mission de la baie des Chaleurs. L’un de ses frères plus jeunes, Alexis*, l’accompagne dans ses tournées pastorales. Ses trois premières années de mission accomplies, Painchaud réclame, mais sans succès, son rapatriement ; il devra séjourner dans cette région de 1806 à 1814. Avec des méthodes hardies, qui n’excluent pas le recours à la force physique, le missionnaire mène une croisade contre l’alcoolisme. Il est longtemps seul à desservir la population blanche de la péninsule. Curé de Carleton, il dispense ses services aux fidèles depuis Percé jusqu’à Restigouche. La vie de mission le marque profondément et une fois nommé à la cure de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, en 1814, il semble ne pas pouvoir s’acclimater. Après un an à cet endroit, il demande donc une mutation dans la région de Montréal ou celle de Trois-Rivières, en invoquant des raisons de conscience. Mais l’évêque fait la sourde oreille, et Painchaud gardera cette cure jusqu’à sa mort.

Au moment où Painchaud en prend charge, la paroisse compte près de 2 500 fidèles. Plus petite que celle de Rivière-Ouelle, elle n’en constitue pas moins un assez lourd ministère pour un curé sans vicaire. Il est difficile de donner un aperçu du style des rapports de Painchaud avec ses paroissiens, mais il est probablement plus paternaliste qu’autoritaire. Au demeurant, il a la réputation d’un guérisseur. Ses connaissances en médecine populaire et savante sont souvent mises à l’épreuve et on vient de toute part le consulter, si bien qu’en 1834 il prévient ses confrères des paroisses voisines qu’à l’avenir il traitera seulement les malades munis d’un certificat qui atteste leur incapacité de payer un médecin.

Les responsabilités administratives de Painchaud semblent lui causer du souci. Il y a, entre autres, le marguillier en charge qui ne remet pas ses comptes aux dates prévues. À cet égard, il semble qu’on ait suivi avec plus ou moins de régularité les ordonnances de l’archevêque car, à l’occasion de sa visite pastorale à l’été de 1833, Joseph Signay réclame la reddition des comptes de 1832. En outre, en 1813, Plessis décide d’uniformiser le tarif des messes et autres services religieux. Cette réforme touche directement la fabrique et le curé qui se partagent ces sources de revenus, et Painchaud n’accepte pas facilement la nouvelle politique tarifaire. En 1825, on soulève une autre question administrative qui met en cause les revenus et les tâches du curé. Painchaud cumule des honoraires de basses messes pour en chanter des grandes et se tire d’embarras auprès de l’archevêque en expliquant que, faute de temps pour célébrer toutes les messes, il n’a pourtant agi qu’après s’être expliqué avec ses paroissiens sur les mérites supérieurs des grand-messes chantées pour plusieurs intentions à la fois. Apparemment amène avec ses paroissiens, il cause cependant bien d’autres contrariétés à l’épiscopat. Il veut, par exemple, concurrencer, sinon supplanter, la société de secours mutuels du diocèse créée en 1799 avec l’appui de Plessis. Faute d’un nombre suffisant d’adhérents, il ne réussit pourtant pas à ébranler la Société ecclésiastique Saint-Michel. Habitué aux arguties avec ses supérieurs, Painchaud acquiert un sens de l’initiative, de la réplique et de la négociation susceptible de vaincre toute opposition épiscopale à un projet qu’il caresse depuis au moins 1820 : la fondation d’un collège.

C’est dans une conjoncture éminemment difficile que Painchaud lance son projet au milieu des années 1820. Le séminaire de Nicolet est alors en construction, ce qui limite les possibilités d’aide financière de la part du clergé. Une succession de mauvaises récoltes, particulièrement désastreuses dans la région de la Côte-du-Sud, rend la paysannerie régionale plus ou moins capable d’épauler le projet du curé. Comment envoyer un fils au collège et surtout solder les comptes de pension quand le nécessaire manque ? La rivalité des paroisses environnantes constitue à la fois, à court terme, l’obstacle le plus difficile à lever et une occasion propice à l’exécution du projet. Au début de 1823, le vicaire de Kamouraska, Jean-Baptiste Morin, présente un plan de collège à l’archevêque. Plessis répond en énumérant les difficultés de l’entreprise. Sans s’y opposer, il estime qu’il faut d’abord amasser des fonds et remettre l’exécution à plus tard, en plus d’en discuter avec les notables des localités environnantes. L’affaire fait long feu en partie parce que le vicaire Morin n’inspire pas confiance et de surcroît scandalise par un audacieux libertinage.

En dehors des régions peu peuplées ou mal évangélisées, Kamouraska est peut-être l’une des paroisses de l’est de la province où la liberté de mœurs et la tiédeur religieuse causent le plus de soucis à l’archevêque. En revanche, elle compte une population deux fois plus considérable que celle de Sainte-Anne-de-la-Pocatière au milieu des années 1820. Avec ses quelque 3 500 habitants, Rivière-Ouelle qui songe vaguement à fonder un établissement d’enseignement secondaire est un centre plus important que cette dernière. Kamouraska s’affirme néanmoins comme le centre de services le mieux situé du comté. Avec le concours du curé, des notables vont de nouveau y promouvoir la création d’un collège au cours de l’hiver de 1826–1827. Tout en sollicitant l’approbation de Mgr Bernard-Claude Panet*, les promoteurs s’adressent à la chambre d’Assemblée du Bas-Canada pour obtenir une allocation de ressources. Le projet de Kamouraska s’annonce donc comme une entreprise laïque épaulée par l’État. Les vues de Painchaud correspondent davantage à la philosophie de l’éducation du clergé et de l’épiscopat. Une lettre de Panet, datée du 27 janvier 1827, stimule le curé : « Je serai toujours porté à préférer la paroisse où on aura commencé une telle batisse, dès qu’on ne sera pas obligé d’avoir recours à la législature pour cet effet. » Conscient que l’épiscopat semble préférer l’initiative de Painchaud, le groupe de promoteurs de Kamouraska ne se compte pas pour battu. Il maintient auprès de l’Assemblée un véritable lobby jusqu’à ce que le corps politique, au début de 1829, décide de le débouter, afin notamment de ne pas nuire au collège en construction dans la paroisse voisine. À Sainte-Anne-de-la-Pocatière, en effet, la construction d’un immeuble de trois étages, adjugée à un entrepreneur dès le mois de mars 1827, est en bonne voie d’achèvement. L’ouverture des classes y est prévue pour l’automne de 1829.

Une fois le collège construit à coups de corvées et de dons de matériaux, Painchaud n’est pas au bout de ses tribulations. Il faut des maîtres. D’une part, l’autorisation de l’archevêque au projet de Painchaud repose en partie sur la crainte de voir s’ériger un collège laïque à quelques milles de la paroisse. D’autre part, Panet répète à qui veut l’entendre que Painchaud lui a assuré ne pas avoir besoin d’ecclésiastiques. Enfin, on ne pense pas encore à Québec que le collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière pourrait offrir, dans les années suivantes, un cours complet d’études classiques, susceptible de concurrencer le séminaire de Nicolet ou celui de Québec. Et comment d’ailleurs, à Sainte-Anne-de-la-Pocatière, dès les débuts, des régents pourraient-ils poursuivre leurs études théologiques sans encadrement ou presque ? Toutes ces considérations bien pesées, on estime que des finissants laïques du séminaire de Québec pourraient aller enseigner dans le nouvel établissement. Nul besoin donc d’étudiants en théologie pour y donner des cours. Pour obtenir qu’on nomme un prêtre comme directeur et qu’on choisisse des étudiants en théologie comme professeurs, Painchaud ne manque cependant pas d’arguments. Il négocie avec l’archevêque en faisant valoir que la fondation dont il est à l’origine a, entre autres, empêché la création d’un établissement laïque. À l’automne de 1829, il place l’archevêque devant un fait accompli – l’immeuble est construit – et un ultimatum : ou on lui fournit des aspirants au sacerdoce sous l’autorité de l’archevêque pour servir de maîtres, ou Painchaud lui remet le collège. Compte tenu des ressources humaines disponibles et tout en acceptant qu’on le serve après les collèges plus anciens, Painchaud réussit à obtenir du personnel ecclésiastique. Il ne pourra se plaindre que de la qualité des sujets qu’on lui donne.

Painchaud est exaspéré lorsqu’il se rend compte qu’à Québec le clergé du séminaire et de l’archevêché ne semble pas disposé à pourvoir l’établissement d’un cours d’études complet. Pourquoi, pense-t-on dans la capitale, les collégiens de la Côte-du-Sud ne viendraient-ils pas faire leur philosophie au séminaire ? Au milieu des années 1830, Painchaud, secondé par les curés de la région, refuse que le collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière devienne une succursale destinée à « dégrossir » de jeunes paysans pour le séminaire de Québec. Aux yeux du curé, tout semble concourir à la ruine de son établissement. Comme si cela ne suffisait pas déjà, le directeur lui-même, Alexis Mailloux*, venu au collège en 1834 à la condition expresse qu’on exclue Painchaud de l’administration académique et disciplinaire, semble épouser les vues de ceux qui souhaitent un cours incomplet. Au bout du compte, Painchaud réussit à obtenir un cours d’études complet et des ressources humaines suffisantes. L’année du décès de Painchaud, le collège abritera une centaine d’élèves confiés à sept professeurs, auxquels s’ajoute le personnel de direction composé de trois prêtres.

L’histoire financière de l’institution au temps de Painchaud laisse percevoir le côté presque tragique d’une aventure qui se poursuit malgré une incroyable pénurie de ressources. Seul l’État pouvait combler les déficits de fonctionnement et solder à l’occasion les achats d’équipement. Au moment où le collège de Painchaud ouvre ses portes, les établissements de Chambly et de Saint-Hyacinthe reçoivent des subventions du gouvernement. En 1831, Painchaud obtient une première allocation de £500. Dans les années subséquentes, il reçoit régulièrement quelques centaines de livres qui, ajoutées au produit de sa dîme, suffisent tant bien que mal à nourrir les élèves et le personnel, lequel est rémunéré sur la base du salaire versé aux vicaires. Pour obtenir les faveurs des gardiens du trésor public, Painchaud s’avère là encore un négociateur chevronné. En demandant £1 000 à Louis-Joseph Papineau* en 1836, Painchaud lui fait part de l’importance de son appui, sans lequel le collège pourrait bien être réduit à l’état d’école normale. Il assaisonne alors sa requête d’une profession de foi « libérale » qu’il oppose à l’idéologie des « ultrabureaucrates ecclésiastiques » de Québec. Pendant ce temps, à l’archevêché on s’inquiète de ce que, au moment de la cession du collège à la corporation légale, entre 1835 et 1837, Painchaud a doté l’institution d’un domaine foncier dont la partie située dans la zone seigneuriale est hypothéquée de lourdes charges. Au moment de la fondation, le seigneur de La Pocatière avait bien renoncé aux indemnités seigneuriales normalement perçues pour des biens fonciers entrant en mainmorte, mais la vente subséquente du fief à Amable Dionne* ne liait pas le nouveau propriétaire quant à la remise antérieure. Les craintes de l’archevêché étaient justifiées puisque le paiement des indemnités seigneuriales hypothéquera la santé financière du collège longtemps après la mort du fondateur en 1838.

Entre-temps, des ressources plus ou moins attendues apaisent les créanciers. En 1837, le collège devient le bénéficiaire d’une partie de la succession du marchand Augustin Wexler de Québec. Quelques mois après la mort de Painchaud, le curé Louis-Marie Cadieux meurt à son tour après avoir disposé de sa succession en faveur soit du collège de Nicolet ou de celui de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. C’est ce dernier qui en reçoit finalement les fruits, mais il y a tout lieu de penser que la recette n’est pas considérable. C’est la mort du curé Louis Brodeur, de Saint-Roch-des-Aulnaies, survenue en 1839, qui renfloue le collège pour un temps, car sa succession rapporte quelque £2 000. Voilà qui compense pour le legs de Painchaud lui-même qui, dans son testament, charge la corporation, sa légataire universelle, de diverses obligations, ce qui ajoute au fardeau de la dette corporative estimée à environ £1 000 en 1838. Selon les volontés inscrites au testament du fondateur, l’institution doit supporter le versement annuel de £25 de rente viagère à sa mère, assurer la subsistance d’une ancienne donatrice, distribuer de petites sommes à des parents ou à des serviteurs pour un montant total de £40, et fournir le vivre et l’éducation à un fils adoptif accueilli par Painchaud. D’abord réticent à recommander l’acceptation de la succession, l’archevêque croit que le collège a une obligation morale à l’égard du fondateur et qu’un refus serait jugé des plus inconvenants.

Les personnes qui ont eu à transiger avec Charles-François Painchaud au cours des dix dernières années de sa vie l’ont trouvé particulièrement irascible. Doté d’un tempérament nerveux propice à le rendre désagréable au moment du revers, il était atteint périodiquement de spleen. Ainsi il écrivait un jour à Chateaubriand que sa lecture du Génie du christianisme publié en 1802 l’avait envoûté : « Je dévore vos ouvrages dont la mélancolie me tue, en faisant néanmoins mes délices ; c’est une ivresse. » Des hommes austères de la trempe d’Alexis Mailloux ont fini par écarter de l’institution cet être hypersensible, peu enclin à la discipline ou aux besognes de comptabilité, si essentielles pour la survie de son œuvre. Homme de rêve et d’imagination, propulsé dans l’action au beau milieu d’une conjoncture défavorable, Painchaud devait mourir usé par les contradictions ; il s’estimait payé d’ingratitude pour le rôle de pourvoyeur qu’il avait gardé jusqu’à la fin, en nourrissant les pensionnaires du produit de sa dîme.

Serge Gagnon

AAQ, 210 A.— ANQ-Q, CE2-1, 7 nov. 1782 ; CE2-7, 14 févr. 1838.— Arch. de l’évêché de Sainte-Anne-de-la-Pocatière (La Pocatière, Québec), Sainte-Anne-de-la-Pocatière ; Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière ; Fonds Painchaud ; Reg. de copies de lettres et autres doc. reçus ou envoyés.— ASN, AP-G, L.-É. Bois, S, XI.— Charles Bacon, Éloge de messire C. F. Painchaud, fondateur du collège de Sainte-Anne (La Pocatière, 1863).— Barthe, Souvenirs d’un demi-siècle, 96–101.— N.-E. Dionne, Vie de C.-F. Painchaud (Québec, 1894).— Gérard Ouellet, Histoire de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, 1672–1972 (La Pocatière, 1973).— Horace Têtu, Souvenirs inédits sur l’abbé Painchaud, ancien curé de Ste-Anne-de-la-Pocatière (Québec, 1894).

Bibliographie générale

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Serge Gagnon, « PAINCHAUD, CHARLES-FRANÇOIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/painchaud_charles_francois_7F.html.

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Auteur de l'article:   Serge Gagnon
Titre de l'article:   PAINCHAUD, CHARLES-FRANÇOIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   30 octobre 2014