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PARSONS, ROBERT JOHN, journaliste et homme politique, né vers 1802 à Harbour Grace, Terre-Neuve ; le 5 novembre 1835, il épousa Eliza Flood de St John’s, et ils eurent au moins un enfant, Robert John ; décédé à St John’s le 20 juin 1883.

On connaît peu de chose des premières années de la vie de Robert John Parsons. Il fit son apprentissage à la Royal Gazette de St John’s et, pendant six ans, fut contre-maître de l’imprimerie de Henry David Winton*, propriétaire et rédacteur en chef du Public Ledger de St John’s. Cette association prit fin en avril 1833, après que les deux hommes en fussent venus aux mains au sujet d’une matrice brisée. Parsons poursuivit Winton et, le 9 mai 1833, il se voyait accorder £10 en dommages-intérêts pour coups et blessures. Au début des années 1830, il fit partie du groupe de libéraux, comprenant des réformateurs tels que le docteur William Carson*, Patrick Morris* et John Kent*, qui menait une campagne en vue d’obtenir un gouvernement représentatif. Après avoir quitté le Public Ledger, Parsons commença de se faire remarquer comme associé du journaliste réformiste John Valentine Nugent* et comme rédacteur-gérant du Newfoundland Patriot, hebdomadaire créé par certains membres du groupe qui avait « obtenu pour la colonie un gouvernement parlementaire » et destiné à être l’organe des libéraux de Terre-Neuve. Parsons devint le seul propriétaire et rédacteur en chef du Patriot en 1840.

Dans les colonnes du journal et, plus tard, de son siège à la chambre d’Assemblée, Parsons allait manifester un talent consommé dans l’art de la rhétorique politique. Intrépide dans ses attaques verbales contre les bastions du privilège, inlassable dans la poursuite de réformes juridiques et constitutionnelles et disposé de temps en temps à critiquer sévèrement les excès de son propre parti, Parsons se révéla un personnage puissant que devaient craindre tous les « despotes qui os[aient] renverser les chartes du pays et établir à leur place les principes absolus du pouvoir arbitraire ». Le juge en chef Henry John Boulton* représentait, aux yeux de Parsons, un despote de ce genre, mais le rédacteur en chef paya la façon dont il rendit publique cette opinion. Après avoir écrit un éditorial ironique dans lequel il commentait une accusation portée par Boulton devant un jury d’accusation en mai 1835, Parsons fut cité pour outrage au tribunal par le juge en chef. Assumant les rôles de demandeur, de juge et de jury, Boulton déclara Parsons coupable, lui imposa une amende de £50 et le condamna à trois mois de prison. On fit appel à la garnison après que les partisans de Parsons eurent menacé de démolir le palais de justice ; ceux-ci formèrent une association dans le but de faire libérer le journaliste emprisonné et envoyèrent une pétition accompagnée de 5 000 signatures au ministère des Colonies. Conformément à des instructions reçues de Londres, on remit la peine d’emprisonnement de Parsons, qui fut libéré, et son amende lui fut remboursée. En fin de compte, ses souffrances lui valurent peut-être une belle récompense, car le martyre constitue une base non négligeable à partir de laquelle on peut bâtir une clientèle loyale.

Le ton acerbe des éditoriaux du Patriot ne diminua pas. Par exemple, après que la campagne en vue de faire révoquer Boulton eut connu une fin heureuse en 1838, Parsons exhorta allègrement les « victimes » du juge en chef à se réjouir de la chute du tyran. Et lorsque le gouverneur Henry Prescott* s’opposa, l’année suivante, au pouvoir de l’Assemblée de nommer ses propres fonctionnaires, Parsons fit allusion au gouverneur en le traitant d’« entremetteur et de partisan [...] un des gouverneurs les plus impopulaires à avoir jamais aussi mal gouverné notre pays malmené ».

Parsons s’opposait implacablement à l’idée, réalisée en 1842, de fusionner en une seule assemblée le Conseil législatif et la chambre d’Assemblée, en grande partie parce qu’elle ne mettait pas en application le principe du gouvernement responsable. Avec le temps, il trouva d’autres motifs de ne pas aimer le régime, l’un des principaux étant que, grâce à ce dernier, le gouvernement réussissait à transformer des « démocrates [jadis] ardents en admirateurs sérieux de formalités et de cérémonies surannées ». Il faisait allusion d’une façon peu équivoque dans ce cas précis à Kent et à Morris qui avaient accepté des nominations à la chambre fusionnée, respectivement en 1842 et en 1845, et qui appuyaient le Militia Bill de 1846 de sir John Harvey*, lequel, selon Parsons, « menaçait d’entraîner la perte des libertés constitutionnelles et l’avènement d’un gouvernement militaire despotique ». La campagne dirigée par le Patriot assura la défaite de ce projet de loi.

Né et élevé dans le presbytérianisme, bien qu’il devînt par la suite anglican, Parsons n’avait pas trouvé de contradiction importante entre sa foi et ses opinions politiques avant 1840. Cette année-là, Mgr Michael Anthony Fleming* s’était servi de son influence et de tout le pouvoir de l’Église catholique pour assurer la victoire de son candidat, Laurence O’Brien*, dans une élection partielle à St John’s et faire battre le candidat libéral officiel, James Douglas*, un protestant. Après l’élection, le Patriot annonça un genre nouveau et « indépendant » de libéralisme. Reconnaissant qu’il avait jusqu’alors fait appel aux préjugés religieux pour séparer les catholiques et les marchands protestants et ainsi faire échec au « torysme despotique », Parsons insinua que les résultats avaient été tragiques et que les libéraux devraient maintenant s’élever contre la reprise des clameurs religieuses et chercher à s’allier avec les marchands qui soutiendraient le « grand principe radical » d’un « régime responsable de gouvernement ». Le changement de ligne de conduite de Parsons ne provenait pas entièrement de ses objections à l’intervention du clergé en politique. Il s’irritait aussi de plus en plus de la domination continue qu’exerçaient dans les domaines de la politique, de la religion et des affaires des chefs de file qui n’étaient pas originaires de la colonie. Ainsi, à moins d’un mois des élections de 1840, il était devenu l’un des membres fondateurs de la Natives’ Society en compagnie d’hommes tels que le docteur Edward Kielley*, Richard Barnes*, Philip Duggan et John Ryan*. Cette société avait pour but de tâcher de mettre un terme à l’« usurpation des étrangers » et de réparer l’« erreur impardonnable » d’avoir considéré « le simple et généreux marchand comme un ennemi des droits du peuple ou du progrès de la collectivité ».

Cela n’implique nullement que Parsons était devenu un conservateur, ni qu’il avait perdu sa popularité auprès de la population à prédominance catholique de St John’s. Lors d’une élection partielle tenue en 1843, après la mort de Carson, il fut élu député à la chambre fusionnée et, à toutes les élections suivantes, y compris celles de 1874, il remporta la victoire dans la même circonscription comme libéral.

Pendant toutes ces années, Parsons se servit avec beaucoup d’effet de sa plume incisive et de sa voix puissante pour promouvoir la réforme constitutionnelle et les droits des gens nés au pays et pour s’opposer à la confédération. Dans la lutte en vue d’obtenir le gouvernement responsable, au cours des années 1850, Parsons, allié à Kent, joua un rôle dominant, et les campagnes qu’il mena personnellement dans le Patriot et de son siège à la législature démontrent l’usage efficace qu’on peut faire de la rhétorique. Il joua aussi un rôle important, bien que non prépondérant, au sein d’un comité, dont firent partie Hugh William Hoyles, Philip Francis Little*, Kent, Robert Prowse et William Henry Ellis, constitué par la chambre en 1857 pour rédiger des résolutions et des adresses contre la convention franco-britannique sur les pêcheries élaborée la même année ; ce travail eut pour résultat de forcer la Grande-Bretagne à concéder « que le consentement [des membres] de la communauté de Terre-Neuve [était] considéré par le gouvernement de Sa Majesté comme un préalable essentiel à toute modification de leurs droits territoriaux ou maritimes ».

Parsons s’adoucit avec le temps et se tenait assez à l’écart des débats en 1860 pour être élu orateur (président) suppléant de la chambre d’Assemblée en l’absence du président Ambrose Shea*. Mais, jusqu’à l’année de sa mort, il demeura inébranlablement fidèle à sa conception du devoir envers la patrie. Polémiste, partisan passionné et parfois politicien opportuniste, Parsons se distingua pendant les années les plus tourmentées de l’histoire politique de Terre-Neuve. Dès son entrée en politique, il consacra tous ses talents à procurer aux Terre-Neuviens le droit d’administrer librement leurs propres affaires. Deux principes guidèrent sa vie : le « grand principe radical » du gouvernement responsable et le statut particulier des Terre-Neuviens autochtones. Dans la mesure où le clergé catholique soutint le principe du gouvernement responsable, Parsons l’appuya ; dans la mesure où il représenta une menace pour les Terre-Neuviens de naissance, il le combattit. Lorsque la classe marchande s’opposa au gouvernement responsable, il la combattit ; lorsqu’elle représenta les Terre-Neuviens de naissance, il l’appuya.

De plus, et ce fut là sa grande contribution, Parsons publia un journal passionnant qui refléta la personnalité de son rédacteur en chef. Parsons vécut en effet selon l’énoncé des principes gouvernant le programme du journal qui apparaissait dans la cartouche de titre : « Ce journal défendra les droits du peuple, aucunement intimidé par des influences ou corrompu par l’appât du gain. La vérité patriotique y énoncera les principes glorieux, garante de la religion, de la liberté et de la loi. »

Leslie Harris

PANL, GN 5/2/A/1 : 88–90.— PRO, CO 194/85–206.— R. v. Parsons (1829–1845), 2 Nfld. R. : 58.— T.-N., House of Assembly, Journal, 1833–1883.— Patriot (St John’s), 1833–1883.— Public Ledger, 1833–1882.— Gunn, Political hist. of Nfld.— Leslie Harris, « The first nine years of representative government in Newfoundland » (thèse de {{m.a}}., Memorial Univ. of Newfoundland, St John’s, 1959).— Prowse, Hist. of Nfld. (1895).— Wells, « Struggle for responsible government in Nfld. ».

Bibliographie générale

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Leslie Harris, « PARSONS, ROBERT JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/parsons_robert_john_11F.html.

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Auteur de l'article:   Leslie Harris
Titre de l'article:   PARSONS, ROBERT JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   30 août 2014