DCB/DBC Mobile beta
+

PETERS, HANNAH (Jarvis), auteure, née le 2 janvier 1763 à Hebron (Marlborough, Connecticut), unique enfant survivante du révérend Samuel Andrew Peters et de sa première femme, Hannah Owen ; le 12 décembre 1785, elle épousa à Londres William Jarvis*, et ils eurent sept enfants ; décédée le 20 septembre 1845 à Queenston, Haut-Canada.

Fille du ministre anglican de Hebron, Hannah Peters perdit sa mère à l’âge de deux ans. On l’envoya à l’école à Boston, et elle demeura dans cette ville lorsque son père dut s’enfuir en Angleterre en 1774 à cause de ses fortes convictions tories. Elle le rejoignit par la suite à Pimlico, alors une banlieue peu peuplée de Londres ; il prétendait qu’elle avait étudié « en Angleterre, en France et en Allemagne ». Une fois mariée à William Jarvis, exilé loyaliste lui aussi, elle demeura avec son mari et son père à Pimlico, où elle donna naissance à ses trois premiers enfants. Nommé secrétaire et registraire du Haut-Canada sur la recommandation de John Graves Simcoe*, Jarvis prit le bateau en avril 1792 avec sa famille. « Mme Jarvis, rapporta-t-il, quitte l’Angleterre d’excellente humeur. »

En septembre 1792, après une dure traversée au cours de laquelle Hannah Jarvis montra un « courage invincible », puis une pause à Kingston, dans le Haut-Canada, la famille parvint à Newark (Niagara-on-the-Lake). Jarvis acheta une cabane en bois rond et entreprit tout de suite de l’agrandir, ce qui pressait puisque Hannah était enceinte. « Je ne doute pas que je m’en tirerai très bien », écrivit-elle quand son unique fils, âgé de cinq ans, mourut de diphtérie. Samuel Peters Jarvis* naquit moins d’un mois plus tard. Deux autres enfants virent le jour à Newark et un dernier après l’installation de la famille dans la nouvelle capitale, York (Toronto), en 1798.

Même si la bonne société yorkaise était peu nombreuse et chauvine, elle avait ses dissensions : Britanniques et Américains d’origine ne s’y entendaient guère. Tout comme Anne Powell [Murray], Hannah Jarvis en voulait beaucoup aux premiers d’entretenir des préjugés à l’endroit des seconds, y compris les loyalistes. Dès l’abord, elle détesta « le vieux fourbe » (Peter Russell*) et « la petite mégère bègue » (Elizabeth Posthuma Simcoe [Gwillim]). Non seulement haïssait-elle Mme Simcoe pour sa fortune, mais elle la trouvait parcimonieuse, suffisante, égoïste et influente à l’excès, surtout auprès du lieutenant-gouverneur Simcoe. « L’argent est un dieu que beaucoup adorent », remarquait-elle. Les meilleurs amis des Jarvis étaient Robert Hamilton* et sa famille.

Dans la première lettre qu’il adressa à sa fille dans le Haut-Canada, Samuel Andrew Peters l’exhortait, ainsi que son mari, à rechercher la bonne entente avec tous et à vivre modestement. Hélas ! ils ne suivirent pas ces conseils. En 1795, au milieu de querelles acerbes, on redistribua parmi les fonctionnaires de la colonie les honoraires prélevés sur les titres de concession foncière, ce qui enleva à Jarvis une bonne part de son revenu. Comme Mmes Simcoe et Powell, quoique avec moins de raison, Hannah Jarvis avait tellement foi en la compétence de son mari qu’elle considérait comme des ennemis mortels ceux qui le critiquaient ou le harcelaient. Toutefois, il y avait pire que ce véhément parti pris : les Jarvis ne savaient nullement restreindre leurs dépenses. Même avant de s’établir à York, ils s’étaient fait connaître par leur ostentation et leur « extravagance sans bornes ». Ils tentèrent de corriger cette faiblesse. Ainsi en 1801 Hannah Jarvis notait : « Je me suis faite couturière pour ma famille, et même pour le secrétaire. » Ces efforts ne suffirent pas, et l’indemnité de £1 000 versée en 1815 à Jarvis en compensation de ses pertes d’honoraires ne régla pas leurs problèmes financiers. Finalement, en octobre 1816, Jarvis, avec le consentement de sa femme, transféra la totalité de ses biens et de ses dettes à son fils Samuel Peters.

William Jarvis mourut moins d’un an plus tard. Stoïque, Hannah assista seule aux funérailles : Samuel Peters, accusé d’avoir commis un meurtre lors d’un duel, était en prison, et les autres enfants n’avaient pas appris la nouvelle à temps. À l’exception d’une pension gouvernementale de 100 $ par an et d’une concession inexploitée de 1 200 acres (obtenue en qualité de loyaliste) qui était taxée mais ne rapportait aucun revenu, Hannah Jarvis ne possédait rien ; désormais, elle était entièrement à la charge de son fils. Elle demeura quelque temps dans son ancienne maison, devenue propriété de Samuel Peters, puis de mai 1819 jusqu’à sa mort elle fit de longs séjours chez l’une ou l’autre de ses filles, à Hamilton, à Niagara, à Queenston ou à Newmarket. Pendant quelques années, elle toucha le loyer de la maison d’York, ce qui lui permit d’envoyer un peu d’argent à son père, qui vivait pauvrement à New York. En 1825, lorsque Samuel Peters reçut, à titre d’héritier de son père, une autre indemnité de £1 000 pour perte d’honoraires et se lança dans la construction d’une vaste demeure, il vendit 400 acres des terres de sa mère, avec sa permission, pour payer l’entrepreneur.

À compter du début des années 1830, Hannah Jarvis vécut presque en permanence à Queenston, chez sa fille Hannah Owen, qui avait épousé Alexander Hamilton ; elle l’aidait à tenir sa grande maison et à traverser ses fréquentes grossesses. Elle y était en 1839 quand Hamilton mourut en laissant dans la gêne sa femme enceinte et ses neuf enfants. « Vous êtes tous des enfants de Dieu maintenant », avait dit ce dernier. La maigre pension de Hannah Jarvis était l’unique revenu de la maisonnée. Hannah Owen cousait des chemises à 2s 6d chacune tandis que sa mère, alors âgée de plus de 75 ans, s’occupait de la maison et des jeunes enfants, avec l’aide des plus vieilles de ses petites-filles, et s’acquittait de tous les travaux de la basse-cour et du potager, le bêchage du printemps excepté. Elle qui avait déjà eu huit domestiques et esclaves passait ses journées à laver, repasser, récurer, nettoyer, repriser et cuisiner. Autrefois, elle avait été la première dans le Haut-Canada à posséder une voiture ; maintenant, elle devait emprunter une charrette à bois pour se déplacer. Souvent, il n’y avait pas d’argent à la maison ; parfois, il n’y avait même pas de quoi manger.

Malgré tout Hannah, ou « la vieille dame » comme l’appelaient ses petits-enfants, conservait son énergie habituelle, sa force d’âme et sa gaieté. En 1815, l’une de ses nièces avait dit : « [voilà bien] la femme la plus active que j’ai jamais vue [...] il est surprenant de la voir voler d’un coin à l’autre de la maison » ; malgré son âge, elle était « aussi active qu’auparavant ». À la veille de mourir d’une tumeur gastrique, elle rêva que des voleurs s’attaquaient aux dindes de la basse-cour – et acheva de tricoter des jarretières pour tous les petits Hamilton.

Dans sa jeunesse, Hannah Jarvis avait écrit à son père et à son demi-frère, William Birdseye Peters*, de longues lettres où elle dépeignait avec force détails sa vie au sein de l’élite et stigmatisait les gens qu’elle n’aimait pas. Dans sa vieillesse, elle tint un journal pathétique dans lequel elle rendait compte de son labeur et de ses épreuves. Bien sûr, nombre de Haut-Canadiens trimèrent dur pendant toute leur vie, mais Hannah Jarvis était une dame qui vivait dans une société hiérarchisée. À cause de l’imprudence de son mari et de son gendre, comme de l’insensibilité de son fils, elle sombra presque dans la misère. Son malheur fut d’avoir plus d’énergie et de sens des responsabilités que les hommes qui auraient dû normalement la protéger.

Edith G. Firth

Une partie de la correspondance de Hannah et de William Jarvis a été publiée sous le titre de « Letters from the secretary of Upper Canada and Mrs. Jarvis, to her father, the Rev. Samuel Peters, D.D. », A. H. Young, édit., Women’s Canadian Hist. Soc. of Toronto, Trans., no 23 (1922–1923) : 11–63.

AO, MS 787 ; MU 2316.— APC, MG 23, HI, 3.— MTRL, [E. Æ. Jarvis], « History of the Jarvis family » (copie dactylographiée, [190?]) ; S. P. Jarvis papers ; William Jarvis papers.— Univ. of Guelph Library, Arch. and Special Coll. (Guelph, Ontario), J. MacI. Duff coll., Samuel Peters papers.— Samuel Peters, « Bishop » Peters », A. H. Young, édit., OH, 27 (1931) : 583–623 ; A history of the Rev. Hugh Peters, A.M. [...] (New York, 1807).— Town of York, 1792–1815 (Firth).— York, Upper Canada: minutes of town meetings and lists of inhabitants, 1797–1823, Christine Mosser, édit. (Toronto, 1984).— The Jarvis family ; or, the descendants of the first settlers of the name in Massachusetts and Long Island, and those who have more recently settled in other parts of the United States and British America, G. A. Jarvis et al., compil. (Hartford, Conn., 1879).— W. B. Sprague, Annals of the American pulpit [...] (9 vol., New York, 1857–1859).— A. S. Thompson, Jarvis Street : a story of triumph and tragedy (Toronto, 1980).

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Edith G. Firth, « PETERS, HANNAH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/peters_hannah_7F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/peters_hannah_7F.html
Auteur de l'article:   Edith G. Firth
Titre de l'article:   PETERS, HANNAH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   24 octobre 2014