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PETERSON, sir WILLIAM, spécialiste des lettres classiques, professeur et administrateur d’université, né le 29 mai 1856 à Édimbourg, cinquième fils de John Peterson, marchand à Leith (Édimbourg), et de Grace Mountford Anderson ; le 8 avril 1885, il épousa à Londres Lisa Ross, et ils eurent deux fils ; décédé le 4 janvier 1921 à Hampstead Heath (Londres).

William Peterson amorça une brillante carrière intellectuelle dès son entrée à la Royal High School d’Édimbourg. En 1875, il était le plus jeune candidat à la remise des diplômes de la University of Edinburgh, et pourtant il se classa en tête de liste avec une mention très bien en lettres classiques. Une bourse de voyage lui permit d’aller à Göttingen (Allemagne), puis une autre bourse, d’entrer au Corpus Christi College d’Oxford. Boursier Ferguson en lettres classiques, il obtint les meilleures notes au premier examen pour le diplôme dans cette discipline, mais, curieusement, se classa deuxième aux examens finals. Après avoir enseigné un moment à Harrow, il fut invité à retourner à Édimbourg à titre de professeur assistant d’humanités. À peine deux ans plus tard, en 1882, à l’âge de 26 ans, il fut nommé directeur et professeur de lettres classiques dans un tout nouvel établissement, le University College de Dundee. À l’époque, celui-ci préparait les élèves aux examens d’admission de la University of London, mais, à l’issue de négociations délicates, Peterson obtint des conditions très avantageuses en vue de l’affiliation du University College à la University of St Andrews, qui survint en 1897, deux ans après son départ. (Cette université lui avait décerné en 1885 un doctorat honorifique en droit.)

Après avoir passé à Dundee 13 ans au cours desquels il fit beaucoup pour le collège, Peterson fut nommé en 1895 recteur de la McGill University à Montréal. À la recherche d’un successeur pour sir John William Dawson*, le chancelier et protecteur de McGill, sir Donald Alexander Smith*, avait remarqué Peterson. Au cours de ses 38 ans de rectorat, Dawson avait sorti McGill de la pauvreté et lui avait assuré une renommée nationale et internationale. L’avance de McGill était particulièrement évidente en médecine, en droit, en sciences, en génie, en architecture et en formation générale. Cette université avait grandement contribué à faire progresser l’instruction d’un bout à l’autre du Canada par son école normale, la tenue d’examens d’admission dans tout le pays et son offre d’affiliation aux collèges donnant des programmes de première et deuxième années. Peterson avait la tâche immense de préserver et d’enrichir ces acquis. Son discours inaugural, qui annonçait sa philosophie de l’éducation, montrait qu’il était à la hauteur. Il déclara que, dans l’enseignement, les humanités et la connaissance pure devaient avoir préséance sur la formation professionnelle et la connaissance appliquée, mais il reconnut aussi que la science pure progressait en cherchant à répondre aux besoins pratiques de l’existence. L’université, dit-il, avait pour mission de donner aux hommes pratiques une solide formation théorique et de permettre aux théoriciens de ne pas se perdre dans les nuages. Cependant, elle avait principalement pour objectif de produire de bons citoyens, des hommes et des femmes de caractère.

Ces opinions favorisèrent les relations de Peterson avec les facultés de McGill. Sous sa direction, tout en ne négligeant pas les humanités, l’université innova dans plusieurs disciplines, surtout les sciences physiques, le génie, la médecine, le droit, l’agriculture et l’éducation. Peterson montra l’importance qu’il accordait aux sciences en recrutant le physicien Ernest Rutherford*. En éducation, il resta fidèle aux idéaux de Dawson en jouant un rôle de premier plan à la Provincial Association of Protestant Teachers (dont il fut président en 1899), en encourageant l’enseignement de la musique dans les écoles élémentaires et en éditant des manuels : A junior school poetry book et A senior school poetry book, tous deux parus à New York en 1903 et réunis en 1919 sous un même titre, A school poetry book. Par souci de promouvoir l’éducation populaire, il accepta de diriger l’édition canadienne de la Nelson’s perpetual loose-leaf encyclopedia […] publiée à New York en 1917. En 1901, il avait soutenu la création de la McLennan Travelling Library par Charles Henry Gould*, bibliothécaire de McGill. Cette bibliothèque itinérante expédiait des caisses de livres à des camps de mineurs, des camps de bûcherons et des localités isolées, par exemple Harbour Grace à Terre-Neuve et Dawson au Yukon. De même, il encouragea des collèges de Victoria et de Vancouver à s’affilier à McGill. En 1902, il visita ces deux établissements qui, par la suite, devinrent des universités indépendantes.

Par ailleurs, Peterson figura parmi les premiers fiduciaires de la Carnegie Foundation for the Advancement of Teaching, créée en 1905 en vue de verser des pensions à des professeurs retraités et de promouvoir l’enseignement supérieur. Par l’entremise de cette fondation, dont il fut président, il fut en contact avec le courant dominant de la pédagogie américaine. En 1919, en signe de reconnaissance envers lui, les administrateurs de l’entreprise à l’origine de la fondation, la Carnegie Corporation, versèrent spontanément à McGill un don spécial de un million de dollars.

Néanmoins, le souci premier de Peterson restait la santé – notamment financière – de McGill. Les fondations des autres universités qui détenaient une charte royale, à Halifax, à Fredericton et à Toronto, avaient toutes été soutenues par des dotations sous forme de concessions foncières. Cependant, McGill n’en avait pas reçu parce qu’on estimait que James McGill* l’avait bien pourvue. Une fois la dotation de ce dernier épuisée, et faute d’une aide gouvernementale additionnelle, Dawson s’assura le parrainage de riches donateurs. Là encore, Peterson se révéla digne de son prédécesseur. Il devait surtout veiller à ce que Smith, William Christopher Macdonald*, William Massey Birks (fils de Henry Birks) et une foule d’autres bienfaiteurs ne délaissent pas l’université. En outre, les relations avec Grace Redpath, veuve de l’industriel montréalais Peter Redpath, et avec l’héritière de Smith, la baronne Strathcona, qui vivaient toutes deux en Angleterre, avaient besoin d’être cultivées. Peterson s’occupa de ces affaires délicates avec une habileté consommée. La Redpath Library et le Royal Victoria College, en particulier, doivent beaucoup à ses talents de diplomate. Quant à l’œuvre maîtresse de Macdonald en matière d’éducation rurale, le Macdonald College pour l’avancement de l’agriculture, de l’économie domestique et de la formation des enseignants – qui devait être à l’origine un établissement indépendant –, elle s’intégra à McGill uniquement grâce à l’initiative et au tact de Peterson.

Ces lourdes responsabilités n’empêchèrent pas Peterson de continuer à enseigner les lettres classiques pendant les premières années de son rectorat et de poursuivre ses recherches jusque vers 1914. À partir d’un manuscrit de discours de Cicéron qu’il avait découvert en 1901 dans la bibliothèque d’un particulier en Angleterre, il rédigea plusieurs articles pour des revues prestigieuses et prépara une édition des Verrines qui parut en 1907. D’autres publications de haute tenue firent suite à ces travaux : autour de 1910, à Oxford, un recueil de discours de Cicéron intitulé Orationes […] et, en 1914, à Londres et New York, une traduction anglaise du Dialogue […] de Tacite. Jusqu’à la fin de sa vie, Peterson conserva une réputation enviable de spécialiste des lettres classiques.

En raison de sa position sociale, de ses antécédents anglo-écossais et des traditions de sa famille, Peterson s’intéressait tout naturellement à la vie publique. Selon lui, un malheureux divorce avait eu lieu entre les universités canadiennes et la conduite des affaires nationales. En 1911, il invita ceux qui prévoyaient assister en 1912 au Congress of the Universities of the Empire à Londres à se réunir à McGill pour étudier l’ordre du jour du congrès et pour explorer la possibilité et l’à-propos de prendre des positions communes. Cette réunion déboucha sur la fondation de la Conference of Canadian Universities, qui se réunit de nouveau à McGill l’année suivante. L’organisme, rebaptisé en 1916 Conférence nationale des universités canadiennes, contribuerait beaucoup à la vie canadienne, surtout à compter de la Deuxième Guerre mondiale. L’engagement de Peterson fut de courte durée, à cause de la Première Guerre mondiale, puis de sa retraite et de son décès, mais la Conférence nationale des universités canadiennes et les associations qui lui succédèrent forment une part importante de l’héritage qu’il a laissé au milieu canadien de l’enseignement.

Les nombreux discours et écrits produits par Peterson dans les années d’avant-guerre témoignent de ses sujets de prédilection et de la variété de ses intérêts. Fédéraliste convaincu, il disait par exemple : « nous entendons trop parler des provinces et pas assez de la nation ». Fervent impérialiste, il fut souvent la cible des publications soutenues par Henri Bourassa* et la Ligue nationaliste canadienne. Cependant, son impérialisme était éclairé. Il semble avoir envisagé la création d’un commonwealth britannique des nations avant que ce terme ne se répande.

À n’en pas douter, Peterson et son université soutinrent sans réserve le Canada et l’Empire dès que la guerre parut inévitable, en 1914. Peterson encouragea le recrutement, se dévoua pour des œuvres de charité et alla visiter, sur le front français, des unités composées d’étudiants ou de diplômés de McGill. Au pays, il travailla dans des comités, participa à des campagnes de financement et, ce qui ne fut pas sa moindre contribution, encouragea une initiative de McGill, la Khaki University of Canada, qui œuvra parmi les forces armées avec un succès éclatant. En fait, au cours de ces années, il se dépensa beaucoup trop. En janvier 1919, au cours d’une de ses multiples réunions de bienfaisance, il fit une crise d’apoplexie qui laissa de graves séquelles. En avril, après 24 années de service, il démissionna du rectorat et se retira en Angleterre, où il mourut en 1921.

Sir William Peterson servit brillamment McGill, le Québec et le Canada, mais il ne devint jamais un Canadien. Administrateur au service de l’Empire, il accomplit sa haute destinée par altruisme – comme ses frères Franklin, professeur de musique en Australie, Peter, professeur de sanscrit en Inde, et Magnus, organiste et maître de musique en Nouvelle-Zélande. Créé le 17 septembre 1910 compagnon de l’ordre de Saint-Michel et Saint-Georges pour services rendus au Canada et à l’Empire, il reçut le 3 juin 1915, le titre de chevalier commandeur du même ordre. Invariablement courtois dans ses rapports personnels, il gardait cependant une réserve que peu de ses connaissances réussissaient à percer. Il jouait au golf et au curling avec modération. Doté d’une bonne voix, il aimait la musique, surtout chanter de vieilles chansons écossaises en s’accompagnant lui-même. Sa vie familiale était très secrète. Tous les étés, il retournait en Angleterre, où ses deux fils étudiaient et firent par la suite de belles carrières. Lady Peterson y mourut en 1929. Peterson fut l’un des plus beaux cadeaux de la Grande-Bretagne au Canada, mais lui-même, du moins, sut toujours qu’il y était, en quelque sorte, en vertu d’un prêt à long terme.

S. B. Frost

Outre les ouvrages déjà mentionnés, sir William Peterson est l’auteur de : Canadian essays and addresses (Londres, 1915). On trouve dans le Répertoire de l’ICMH la liste des autres discours qu’il a prononcés.

SAUM, RG 2, c.15–35.— Times (Londres), 9 avril 1885.— W. M. Birks, « McGill’s principals since 1900 : stories of Peterson, Auckland Geddes, Currie, A. E. Morgan, Lewis Douglas and F. Cyril James », McGill News (Montréal), 31, no 4 (été 1950) : 7–12.— Augustus Bridle, Sons of Canada : short studies of characteristic Canadians (Toronto, 1916).— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1912).— DNB.— S. B. Frost, McGill University : for the advancement of learning (2 vol., Montréal, 1980–1984) ; « Salute to Royal Victoria College », McGilliana (Montréal), numéro spécial (févr. 1980) : 1–12.— Ethel Hurlbatt, « Sir William Peterson, k.c.m.g. », McGill News, 12, no 4 (sept. 1931) : 23–26.— Cyrus Macmillan, « Sir William Peterson », McGill News, 1, no 1 (déc. 1919) : 9, 43.— G. [E.] Pilkington, Speaking with one voice : universities in dialog with government (Montréal, 1983).— J. F. Snell, Macdonald College of McGill University : a history from 1904–1955 (Montréal, 1963).— Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell).

Bibliographie générale

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S. B. Frost, « PETERSON, sir WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/peterson_william_15F.html.

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Auteur de l'article:   S. B. Frost
Titre de l'article:   PETERSON, sir WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2005
Année de la révision:   2005
Date de consultation:   25 juillet 2014