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Photo de W. Notman, avec l’aimable autorisation des familles Billingsley et Ward

POZER, CHRISTIAN HENRY, avocat et homme politique, né le 26 décembre 1835 au manoir de la seigneurie d’Aubert-Gallion, dans la Beauce, Bas-Canada, fils de William Pozer et d’Ann Milbourne, décédé célibataire le 18 juillet 1884 à Saint-Georges, Québec.

À la naissance de Christian Henry Pozer, l’occupation de la haute Beauce est à peine amorcée et c’est en quelque sorte porté par le développement de cette région et la consolidation des propriétés et par le prestige de sa famille qu’il va parcourir assez rapidement les étapes de sa carrière publique. Son enfance se passe dans la seigneurie d’Aubert-Gallion, où son père est venu s’établir vers 1830 pour organiser la mise en valeur du fief acheté au début du siècle par son grand-père, George Pozer*, marchand de Québec. C’est d’abord une existence assez rude et isolée. Grâce à une subvention de l’Institution royale pour l’avancement des sciences, un maître a été engagé pour instruire les jeunes Pozer. Nous ne savons rien de plus précis sur la formation de Christian Henry, avant son entrée comme clerc dans le bureau de François-Xavier Lemieux*, à Québec. Admis au barreau le 2 juin 1860, il aurait exercé sa profession pendant quelque temps à Québec avec Édouard Rémillard.

Cependant, dans la Beauce, la situation du père de Pozer s’est affermie. Après un âpre procès autour de l’héritage du vieux Pozer, William Pozer avait obtenu en 1852 la confirmation de ses titres sur la seigneurie ainsi que des droits sur deux autres fiefs de la région : Saint-Étienne et Saint-Bernard. Après la mort de son père en 1861, Christian Henry Pozer, qui possède en outre d’importantes concessions dans les cantons de Shenley et de Metgermette, commence à toucher sa part du produit des biens patrimoniaux demeurés indivis entre les neuf enfants, lainé, William Milbourne Pozer, devenant dès lors principal seigneur d’Aubert-Gallion. Les rentes et autres droits seigneuriaux, les ventes de terres et l’exploitation de plusieurs moulins et scieries, le tout greffé sur une expansion rapide de la population, assurent à la famille des revenus considérables et permettent au jeune avocat de poursuivre sans entrave ses ambitions politiques.

Initié aux joutes électorales à l’époque de sa « cléricature », Pozer entreprend en 1863 de faire sa percée dans la Beauce, son comté d’origine, large circonscription comptant une dizaine de bureaux de vote distribués dans les principales paroisses. Il fallait sans doute beaucoup d’audace pour se présenter à la fois contre le parti conservateur, contre Henri-Elzéar Taschereau*, représentant de la plus ancienne famille seigneuriale, laquelle dominait à peu près l’expression politique régionale depuis l’introduction du régime parlementaire, et contre le clergé, hostile à cet étranger protestant. La provocation déclenche une série de campagnes assez violentes pour figurer en bonne place dans les annales électorales d’une époque où l’appareil démocratique reposait ouvertement sur la brutalité, l’intimidation et la vénalité. Perdant en 1863, Pozer perfectionne à son profit les méthodes qu’il dénonçait chez ses adversaires et reçoit le double des voix de Taschereau aux élections de 1867. Nouvelle victoire en 1871 qui couronne une lutte encore plus sauvage. Le whisky et l’argent coulent, et après chaque assemblée on fait le compte des estropiés. Député de Beauce à la fois à Québec et à Ottawa, Pozer n’en continue pas moins à entretenir la faveur de sa clientèle entre chaque élection. On raconte qu’il visitait tous les ans les paroisses du comté, voyageant avec un coffre de pièces sonnantes qu’il distribuait à ses hôtes et autres habitants réunis pour la veillée, ses manières distantes, sa stature et sa corpulence peu communes auréolant ces pratiques d’une grande dignité.

La carrière législative de Pozer est moins spectaculaire. Comme bien des opposants élus à la première législature québécoise, rien ne le sépare idéologiquement du parti ministériel. Ses rares interventions se limitent aux questions qui touchent à son comté, souvent liées à ses propres intérêts, comme la création de municipalités dans certains cantons, la défense des propriétaires fonciers menacés par les amendements à la loi sur les mines d’or. Il joue un rôle actif dans la promotion gouvernementale des chemins « à lisses » de bois (plus tard convertis en chemins de fer), étant lui-même membre des premiers conseils d’administration de la Compagnie du chemin à lisses de Lévis à Kennebec [V. Louis-Napoléon Larochelle] et de celle du chemin de fer de la vallée de Saint-François et Kennebec.

La présence de Pozer à la chambre des Communes semble avoir été encore plus discrète, même après l’abolition du double mandat en 1874 par le gouvernement provincial, au moment où il suit quelques figures marquantes de son parti dans la capitale fédérale. Effacement qui ne fait pas oublier les qualités de l’homme politique fidèle et vigilant, de l’organisateur expérimenté. Dès 1876, le gouvernement d’Alexander Mackenzie* l’appelle au sénat, pour la division de Lauzon. Pozer continue à vivre dans la Beauce, entre sa mère et une sœur célibataire, veillant à conserver le comté dans l’orbite du parti libéral, comme en témoigne sa correspondance avec Wilfrid Laurier*.

La profession d’avocat demeure pour Pozer une activité marginale ; il a abandonné assez tôt la direction du chemin à lisses de Lévis à Kennebec et ne semble pas, d’après les archives familiales, avoir d’autres intérêts que ceux qui touchent à l’exploitation des droits acquis par sa famille et à quelques clients dans les anciennes seigneuries et les cantons environnants. Seuls ses biens de nature immobilière, redistribués entre ses cinq frères et sœurs survivants, sont énumérés dans le testament qu’il dicte trois ans avant sa mort, mais tout laisse supposer que ceux-ci constituent l’essentiel de sa fortune et qu’en définitive c’est un grand propriétaire foncier qui se profile derrière l’homme politique.

Louise Dechêne

Musée McCord (Montréal), Ross papers.— Canada, Sénat, Débats, 18761877.— Débats de la chambre des Communes (Waite), I.— Québec, Statuts, 1869, c.54, c.58.— Achintre, Manuel électoral.— P.-G. Roy, Les avocats de la région de Québec.— Wallace, Macmillan dict.— Philippe Angers, Les seigneurs et premiers censitaires de St-Georges-Beauce et la famille Pozer (Beauceville, Québec, 1927).— Philippe Angers et Robert Vézina, Histoire de Saint-Georges de Beauce (Saint-Georges, Québec, 1935).— William Chapman, Mines d’or de la Beauce ; accompagné d’une carte topographique (Lévis, Québec, 1881).— Jean et Marcel Hamelin, Les mœurs électorales dans le Québec de 1791 à nos jours (Montréal, 1962).— M. Hamelin, Premières années du parlementarisme québécois.— Honorius Provost, Chaudière Kennebec ; grand chemin séculaire (Québec, 1974) ; Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce ; histoire civile (Québec, 1970) ; La vallée de la Chaudière, géographie et histoire ; notes d’enseignement ([Québec], 1970).— C. A. Scott, Chemin de fer de Lévis et Kennebec et ses embarras ; histoire concise des relations de Larochelle et Scott avec la ligne depuis son début jusqu’au temps actuel (Québec, 1877).

Bibliographie générale

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Louise Dechêne, « POZER, CHRISTIAN HENRY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/pozer_christian_henry_11F.html.

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Auteur de l'article:   Louise Dechêne
Titre de l'article:   POZER, CHRISTIAN HENRY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   21 août 2014